Pie XI

Homélie Præclaram nobis

31 mai 1925

Prononcée à la canonisation solennelle des Bienheureux Confesseurs Jean-Baptiste M. Vianney et Jean Eudes

Vénérables frères,
Chers fils,

Elle est bien spé­ciale, et pour Nous et pour tous les fidèles, la cause de joie que Nous apporte la véné­rable solen­ni­té de ce jour : Nous y revoyons la mer­veilleuse nais­sance de l’Eglise, qui, parée de tous les dons de l’Esprit-Saint, sort du silence et de la retraite du Cénacle, et pour la pre­mière fois paraît au grand jour et se mani­feste aux foules.

Dès cette heure, ce fut un flux inces­sant de vie et de vigueur spi­rituelle qui com­men­ça à cou­ler dans les veines de l’Epouse imma­cu­lée du Christ ; car, au témoi­gnage de saint Augustin, ce qu’est l’âme dans notre corps, l’Esprit-Saint l’est dans le corps du Christ, qui est l’Eglise. Par le secours tou­jours assu­ré de l’Esprit de véri­té, non seule­ment l’Eglise est res­tée à l’abri de l’erreur, mais jamais elle n’a ces­sé de semer et de culti­ver avec le plus grand zèle les germes de la sainte doc­trine et de la cha­ri­té par­mi tous les peuples ; n’était-elle pas née pour le salut de tous les peuples ?

Cette divine puis­sance de l’Esprit conso­la­teur, déployée pour écar­ter de l’Eglise la conta­gion de l’erreur, s’est assu­ré­ment mani­fes­tée à tous les regards, avec l’éclat le plus vif, dans la célé­bra­tion du Concile de Nicée, il y a seize siècles. En ces fêles com­mé­mo­ra­tives, Nous appe­lons d’en haut sur les âmes et sur les cœurs les grâces de lumière et d’élan qui hâte­ront la réa­li­sa­tion de Nos vœux les plus chers par l’union enfin réa­li­sée des Eglises dis­si­dentes au Siège Apostolique.

Du reste, l’œuvre accom­plie par les apôtres à par­tir de la Pente­côte et pour ain­si dire scel­lée de leur sang — cette œuvre qui arra­chait le monde à la dépra­va­tion païenne pour le conduire à la nou­velle reli­gion — est en quelque manière conti­nuée et per­pé­tuée. Ceux qui la pour­suivent, ce sont tous ceux qui, renon­çant aux dou­ceurs du foyer et de la vie, s’en vont, au prix de fatigues immenses, au risque même de leur vie, por­ter aux nations bar­bares tout à la fois la lumière de l’Evangile et la civi­li­sa­tion ; ce sont aus­si ceux qui répandent sans nul repos leurs sueurs pour arra­cher les fidèles à la fange du vice et pour les for­mer à la pra­tique de la vertu.

Dans l’exercice de ce minis­tère sacré se véri­fie l’adage « La grâce ne détruit pas la nature, mais elle l’achève », et le mot de l’Apôtre sur les opé­ra­tions variées de l’Esprit-Saint sui­vant la diver­si­té des per­sonnes : Il n’y a qu’un seul et même Esprit, mais qui donne a cha­cun la part qui lui convient, Différents, en effet, sont les dons accor­dés aux uns et aux autres, et dis­tri­bués en une mesure dif­fé­rente. Mais il est des âmes qui ont reçu du ciel les grâces en une telle abon­dance et avec une telle puis­sance d’action qu’elles unissent en elle une sain­te­té extra­or­di­naire de vie et une fécon­di­té vrai­ment éton­nante d’apostolat.

C’est pré­ci­sé­ment, vous le savez, ce qui est arri­vé pour les deux prêtres que Nous venons de pla­cer au nombre des Saints : aus­si, en ce jour de fête, c’est pour Nous et pour le catho­li­cisme tout entier une double joie.

Nous n’avons pas ici — le sujet, d’ailleurs, est trop connu — à dépeindre lon­gue­ment leurs exemples de ver­tus et le cours de leur vie. Mais il Nous semble voir se dres­ser à Nos yeux la frêle sil­houette de Jean-​Baptiste Vianney, cette tête aux longs che­veux blancs qui lui lotit comme une écla­tante cou­ronne ; ce mince visage creu­sé par les jeûnes, mais sur lequel se reflé­tait si bien l’innocence et la sain­te­té d’un cœur très humble et très doux, ce visage dont le seul aspect suf­fisait à rame­ner les foules à de salu­taires pensées.

Et qui donc — si enfon­cé fût-​il dans le péché, — qui donc sut résis­ter à ses exhor­ta­tions et à ses larmes ? Et ses ins­truc­tions du soir – bien que pro­non­cées la plu­part du temps d’une voix éteinte, — à qui donc n’ont-elles pas ins­pi­ré et le repen­tir et un amour qui payât de retour l’amour du Christ ? Assurément, voi­là bien où éclate d’une façon mer­veilleuse l’action de L’Esprit-Saint ; car il est le seul qui puisse, d’un homme dépour­vu de science et sans culture, faire le plus expé­ri­men­té des pêcheurs d’hommes.

C’est un- champ à coup sûr beau­coup plus large qui se pré­sen­ta et s’ouvrit au zèle ardent de Jean Eudes. C’est par toute la France que sa voix se fit entendre, la voix très élo­quente d’un héraut des véri­tés éter­nelles ; elles sont innom­brables, les proies qu’il sut arra­cher à l’antique enne­mi du genre humain pour les rendre au divin Rédemp­teur. Nous ne Nous arrê­te­rons qu’à ses fon­da­tions : l’héritage de son apos­to­lat, il l’a trans­mis à la Congrégation des reli­gieux de Jésus et Marie ; la sainte ardeur de son zèle, il en a impré­gné les Sœurs de Notre-​Dame de Charité, qui aux trois vœux ordi­naires ajoutent les obli­ga­tions d’un qua­trième, celui de recueillir et de rame­ner aux habi­tudes de la ver­tu les femmes per­dues : le fon­da­teur n’oubliait pas, en effet, la misé­ri­corde du Christ Jésus pour la Samaritaine, pour la femme adul­tère et pour la femme pécheresse.

C’est assez dire Notre vif désir de voir le cler­gé arrê­ter ses regards sur les deux nou­veaux Saints et en imi­ter les exemples. L’un est par­ti­cu­liè­re­ment pro­po­sé en modèle aux curés, fût-​ce même des plus humbles hameaux : ils appren­dront près de lui avec quel zèle de la gloire divine, avec quel esprit de prière, avec l’aide de quelles ver­tus ils ont à gérer la charge des âmes. L’autre sera le modèle des prédica­teurs et des mis­sion­naires : ils com­pren­dront à son école que leur élo­quence ne doit pas être celle qui chante aux oreilles, mais celle qui gagne au Christ les cœurs. A l’exemple de l’un et de l’autre, tous se sou­vien­dront que, dans les labeurs de leur apos­to­lat, il ne doit y avoir de repos pour eux qu’après leur départ d’ici-bas dans le très doux bai­ser du Christ, Prince des Pasteurs.

Pour en reve­nir à Nos pen­sées du début, adressons-​Nous à l’Esprit de véri­té, qui est aus­si le prin­cipe de toute sain­te­té ; à Nos prières joi­gnez les vôtres, Vénérables Frères, Chers Fils, et ne vous arrê­tez point de sol­li­ci­ter sa faveur pour les inté­rêts catho­liques. C’est Lui qui, bien qu’in­vi­sible, est dans l’Eglise le prin­cipe de vie et d’u­ni­té ; c’est Lui qui, au Concile de Nicée et dans tous les Conciles au cours des âges, a diri­gé la pen­sée des Pères. Oh ! puisse-​t-​il, Lui encore, assis­ter l’Eglise par l’abondance de jour en jour plus grande de ses dons ! Puisse-​t-​il, Lui encore, prier pour nous avec des gémisse­ments inef­fables, et, par celte prière, renou­ve­ler la face de la terre et hâter l’unité chré­tienne, Lui qui vit et règne avec le Père et le Fils, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Source : Actes de S. S. Pie XI, t. III, p. 47, La Bonne Presse

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