Chronique de l’infiltration maçonnique dans l’Église, par Paul Delance

Deux amis : le car­di­nal Gianfranco Ravasi et Oscar de Alfonso Ortega, Grand Maître de la Grande Loge d’Espagne

Que des clercs aient été francs-​maçons n’est pas un mythe, mais une vieille his­toire. Toutefois, cette infil­tra­tion de la maçon­ne­rie dans la hié­rar­chie ecclé­sias­tique est deve­nue bien plus signi­fi­ca­tive dans les décen­nies récentes. Jusqu’où les loges ont elles éten­du leur influence dans l’Église ?

Ce que nous devons deman­der, ce que nous devons cher­cher et attendre, comme les Juifs pour le Messie atten­du, c’est un pape selon nos besoins. Alexandre VI, avec tous ses crimes pri­vés, ne nous convien­drait pas, car il n’a jamais com­mis une erreur en matière reli­gieuse. Clément XIV, au contraire, nous convien­drait de la tête aux pieds. » Tel est, en 1818, le des­sein des Carbonari, socié­té secrète ita­lienne liée à la franc-​maçonnerie [1].

Un Pape selon les besoins de la Maçonnerie

En mars 2013, à la suite de l’a­vè­ne­ment au siège pétri­nien de l’é­vêque de Buenos Aires, Jorge Maria Bergoglio, des quatre coins du monde sur­gissent les féli­ci­ta­tions de diverses loges maçon­niques. En date du 13 mars 2013, Luciano Nistri, de la Grande Loge vir­tuelle de l’Italie, publie un com­mu­ni­qué où il exprime son conten­te­ment au nom de ses « frères trois points » :

L’Église catho­lique a choi­si comme pon­tife le jésuite Jorge Mario Bergoglio, qui a pris le nom de François. (…) Dès le pre­mier moment, le pape François, un homme qui vient « presque du bout de l’u­ni­vers », reje­tant la robe d’her­mine et la croix en or rem­pla­cée par sa croix de fer, a accom­pli son pre­mier acte tan­gible. Dans ses pre­mières paroles de salu­ta­tion, il a favo­ri­sé une volon­té de dia­logue avec le monde et avec l’hu­ma­ni­té, nour­ris­sant l’es­poir vivant pour les laïcs et les non-​croyants qu’un chan­ge­ment soit en cours. Peut-​être que cela est vrai­ment ce que le monde attend et qu’il atten­dait. Une nou­velle Église qui sait com­ment recon­nec­ter l’a­mour avec la véri­té dans une confron­ta­tion entre les ins­ti­tu­tions qui ne sont plus retran­chées dans la défense de leur propre pou­voir (…). Un mes­sage que la maçon­ne­rie per­çoit comme une nette rup­ture avec le pas­sé (…). Au nou­veau pon­tife, nous envoyons nos meilleurs vœux de bon tra­vail pour les années à venir [2].

Le 14 mars 2013, le com­mu­ni­qué du grand-​maître du Grand-​Orient d’Italie, Gustavo Raffi, est tout autant dithy­ram­bique : « Avec le pape François, rien ne sera peut-​être plus comme avant. Notre sou­hait c’est que le pon­ti­fi­cat de François (…) puisse mar­quer le retour de l’Église parole par rap­port à l’Église-​institution, en pro­mou­vant une confron­ta­tion ouverte avec le monde contem­po­rain, avec croyants et non-​croyants, selon le prin­temps de Vatican II [3]. »

Le grand-​maître Raffi espère que François mon­tre­ra « au monde le visage d’une Église qui doit retrou­ver l’an­nonce d’une nou­velle huma­ni­té » et que « la simple croix qu’il porte sur sa veste blanche laisse espé­rer qu’une Église du peuple retrouve la capa­ci­té de dia­lo­guer avec tous les hommes de bonne volon­té et avec la maçon­ne­rie qui (…) tra­vaille pour le bien et le pro­grès de l’humanité (…). »

Ne pou­vant détruire l’Église catho­lique, la maçon­ne­rie, tout comme le pro­tes­tan­tisme dont elle est la fille fidèle, a réso­lu de l’in­fil­trer afin d’u­ser de sa struc­ture et des ses rouages pour « bâtir » un monde selon ses idéaux pro­gres­sistes : « le but (de la franc-​maçonnerie) n’est plus de détruire l’Église, mais de se ser­vir d’elle en l’in­fil­trant [4] » décla­rait la Loggia en 1908.

Presque deux siècles séparent la décla­ra­tion de la Haute Vente de l’é­lec­tion de François. La maçon­ne­rie semble donc avoir atteint son but, elle a un pape comme elle l’en­tend. Mais pour arri­ver à ce résul­tat vic­to­rieux, les temples occultes ont inexo­ra­ble­ment favo­ri­sé les contacts avec les hommes d’Église. Afin d’a­me­ner subrep­ti­ce­ment ces der­niers à pen­ser et à conce­voir la des­ti­née du monde futur et la rédemp­tion sal­va­trice de l’hu­ma­ni­té à tra­vers le prisme des « Lumières », des valeurs huma­nistes et pro­gres­sistes ont été écha­fau­dées dans les loges sou­ter­raines : met­tons de côté le Christ, place à l’Homme ; pareille­ment pour les dogmes catho­liques qui sont détrô­nés au pro­fit des droits de l’homme sans Dieu ; une tri­lo­gie révo­lu­tion­naire, liberté-​égalité-​fraternité, vient rem­pla­cer une tri­ni­té divine.

Un tour­nant déci­sif dans son action d’in­fil­tra­tion fut Vatican II qui enga­gea réso­lu­ment le monde catho­lique dans la voie tra­cée par l’hu­ma­nisme maçon : « Nous sou­hai­tons de tout cœur la réus­site de la révo­lu­tion de Jean XXIII (…). Tout franc-​maçon digne de ce nom (…) ne pour­ra pas faire autre­ment que de se réjouir sans aucune res­tric­tion des résul­tats irré­ver­sibles du Concile [5] » sou­li­gnait le baron Yves Marsaudon, diri­geant du conseil suprême fran­çais des francs-​maçons de rite écos­sais, et ami de Jean XXIII.

Vatican II, un tournant décisif

« La reli­gion du Dieu qui s’est fait homme s’est ren­con­trée avec la reli­gion, car c’en est une, de l’homme qui se fait Dieu », s’é­cria Paul VI lors de son dis­cours de clô­ture de Vatican II.

Reconnaissez-​lui au moins ce mérite, vous, huma­nistes modernes, qui renon­cez à la trans­cen­dance des choses suprêmes, et sachez recon­naître notre nou­vel huma­nisme : nous aus­si, nous plus que qui­conque, nous avons le culte de l’homme [6].

Cette recon­nais­sance par le pape Montini des valeurs véhi­cu­lées par les temples occultes a enga­gé un pro­ces­sus de réha­bi­li­ta­tion de la maçon­ne­rie auprès des fidèles catho­liques. Le vati­ca­niste ita­lien Marco Tosatti relate, dans un article d’a­vril 2017, que le grand maître de la loge du Grand-​Orient d’Italie, l’a­vo­cat Raffi, consta­tait lors de deux entre­tiens, l’un en 1999 et l’autre en 2003, que pen­dant le pon­ti­fi­cat de Paul VI « la franc-​maçonnerie avait eu une grande période de dia­logue avec l’Église. Plusieurs dans le cler­gé ont par­lé alors de la fin de la cen­sure anti­ma­çon­nique et ont plai­dé en faveur de la com­pa­ti­bi­li­té entre l’Église et la Loggia [7]. » L’humanisme gnos­tique va, à par­tir de ce concile impré­gné d’i­déaux maçon­niques et de la main ami­cale offerte par Paul VI, s’é­pa­nouir libre­ment à l’ombre de l’Église catho­lique, péné­trer en pro­fon­deur sa struc­ture et sa hié­rar­chie, cir­con­ve­nir nombre de pré­lats romains. Mgr Annibale Bugnini, le concep­teur du nou­vel Ordo Missæ et très pro­ba­ble­ment frère maçon, se plai­ra dès lors à invo­quer la nou­velle « Église conci­liaire » issue de Vatican II dont Mgr Bernard Tissier de Mallerais dresse ain­si le por­trait : « Formellement consi­dé­rée, l’Église conci­liaire est (…) le fruit d’un plan our­di par la franc-​maçonnerie [8]

Toute idéo­lo­gie – mais l’on peut par­ler rai­son­na­ble­ment pour la maçon­ne­rie éga­le­ment de reli­gion – a besoin de s’in­car­ner dans une par­celle d’hu­ma­ni­té pour pro­gres­ser et se per­pé­tuer. Les contacts entre maçons et ecclé­sias­tiques sont donc pri­mor­diaux pour impo­ser d’a­bord, raf­fer­mir ensuite, les valeurs huma­nistes, fruits de la moder­ni­té pro­tes­tante, au sein du monde romain. D’abord secrètes, par­ti­cu­liè­re­ment sous le pon­ti­fi­cat du saint pape Pie X qui fit cour­ber la tête aux moder­nistes et les fit ren­trer dans leurs tanières obs­cures, les rela­tions ami­cales entre maçons et clercs pro­gres­sistes se firent par la suite moins secrètes et sim­ple­ment dis­crètes. Depuis le concile, elles s’af­fichent plus ouver­te­ment au grand jour.

La liste Pecorelli

Certains prêtres, évêques ou théo­lo­giens, voire papes, ne dédaignent pas de se glo­ri­fier publi­que­ment de leurs ami­tiés occultes. Et que cette proxi­mi­té porte une par­tie d’entre eux à s’af­fi­lier à une loge quel­conque ne fait guère de doutes. La dis­cré­tion semble cepen­dant encore de mise pour la gent sacerdotale.

Les men­ta­li­tés ne sont pas encore tota­le­ment prêtes à auréo­ler de pres­tige les prêtres francs-​maçons. Cependant mal­gré leur désir de res­ter cachés, le 12 sep­tembre 1978, un jour­na­liste ita­lien à l’Osservatore Politico, membre de la loge P2, Mino Pecorelli, publiait un article inti­tu­lé « La Grande Loge vati­cane » dans lequel figu­rait, accom­pa­gné des dates d’adhé­sion, numé­ros de matri­cule et sigles maçon­niques, une liste de plus d’une cen­taine d’ec­clé­sias­tiques maçons, car­di­naux, évêques, simples prêtres, par­mi les­quels on retrouve les noms des car­di­naux Jean-​Marie Villot, Augustin Bea et Augustin Casaroli, dont deux furent secré­taires d’État au Vatican, emploi équi­valent à celui de pre­mier ministre. Six mois après la publi­ca­tion de cet index sul­fu­reux, Pecorelli était, étran­ge­ment, assassiné.

Si, pour brouiller les pistes, le jour­na­liste a pu intro­duire des noms de non-​affiliés, le pro­fes­seur Carlo-​Alberto Agnoli, dans une étude édi­tée au Courrier de Rome en 2001 et inti­tu­lée « La maçon­ne­rie à la conquête de l’Église », estime fiable [9] la liste Pecorelli, « symp­tôme d’une péné­tra­tion de la maçon­ne­rie dans les plus hautes hié­rar­chies ecclé­sias­tiques, à semer le doute que cette secte ait pra­ti­que­ment pris la barre de cette Église catho­lique [10] ».

Conférences, invi­ta­tions et récep­tions de part et d’autre, éloges funèbres, congra­tu­la­tions, etc., toutes les occa­sions sont bonnes pour cimen­ter cette embras­sade mor­telle pour l’Église catho­lique dont la maçon­ne­rie uni­ver­sa­liste, mes­sia­nique et farou­che­ment anti-​catholique dans son fon­de­ment, veut la perte : cette infil­tra­tion suave et douce est mue par cette fina­li­té des­truc­trice que Mgr Marcel Lefebvre avait dénon­cée : « (…) je ne peux pas nier que Rome est sous l’in­fluence de la maçon­ne­rie ! Rome est sous l’in­fluence des maçons ! C’est sûr, voyez : récon­ci­lier avec les prin­cipes de 89, les prin­cipes maçon­niques ! C’est ce que disait le car­di­nal Ratzinger, il ne s’en cache pas ! Vatican II est un effort pour se récon­ci­lier avec 89. Vous vous ren­dez compte ? C’est effrayant ! (…) C’est maçon­nique, c’est vrai­ment une révo­lu­tion à l’in­té­rieur de l’Église. Le diable a fait son coup de maître : il s’est ser­vi de l’Église pour détruire l’Église ! Il s’est ser­vi des auto­ri­tés de l’Église pour détruire l’Église [11]) !»

Les exemples des liens divers et variés qui unissent ces libé­raux vou­lant ame­ner l’Église à s’al­lier avec la maçon­ne­rie regorgent dans l’his­toire récente.

Un document inédit

Un docu­ment inédit, publié après l’é­lec­tion de Jorge Maria Bergoglio par deux jour­na­listes ita­liens, Giacomo Galeazzi et Ferruccio Pinotti, et dans leur ouvrage Vatican maçon édi­té en 2013, témoigne du rap­pro­che­ment opé­ré notam­ment depuis le concile Vatican II : une lettre écrite [12] par le car­di­nal Silvio Oddi (1910–2011), pro­tec­teur de la Militia Templi et consi­dé­ré comme un conser­va­teur, et l’ex-​grand maître du Grand- Orient ita­lien, l’a­vo­cat romain Virgilio Gaito. Dans cette mis­sive adres­sée au pape Jean-​Paul II et que les deux jour­na­listes situent entre les années 1999–2001, ces deux per­son­na­li­tés deman­daient au pon­tife polo­nais « un grand pacte » de paci­fi­ca­tion entre l’Église et la franc-​maçonnerie afin qu’elles « marchent ensemble » pour gui­der « le trou­peau » des hommes. Ils en appe­laient à l’u­nion des deux ins­ti­tu­tions pour « le bien de l’hu­ma­ni­té » et à la recon­nais­sance offi­cielle de la part du Vatican de l’en­tente pos­sible entre foi catho­lique et appar­te­nance à la maçonnerie.

Si la Déclaration sur la franc-​maçonnerie de novembre 1983 publiée par la Congrégation pour la doc­trine de la foi, diri­gée à l’é­poque par le car­di­nal Joseph Ratzinger, renou­velle l’in­ter­dic­tion de l’ap­par­te­nance pour un catho­lique aux loges maçon­niques, le code de droit cano­nique de cette même année 1983 est en revanche bien plus ambi­gu et laisse une porte ouverte à la double obé­dience en levant la peine d’ex­com­mu­ni­ca­tion. L’article 1374 dis­pose en effet : « Qui s’ins­crit à une asso­cia­tion qui conspire contre l’Église sera puni d’une juste peine ; mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d’in­ter­dit. » La franc-​maçonnerie n’est plus men­tion­née en tant que telle tan­dis que l’ex­pres­sion « asso­cia­tion qui conspire contre l’Église » est assez floue pour que les maçons se jus­ti­fient en s’es­ti­mant amis et non enne­mis du Vatican, donc ne tom­bant pas sous le coup de ce canon ecclésiastique.

D’ailleurs les louanges des frères « trois-​points » envers le pape François sont là pour les affran­chir aux yeux du public de toute volon­té de conspi­ra­tion contre la Rome néo­mo­der­niste et néo-​protestante actuelle, qui leur convient si bien. Un rapide tour d’ho­ri­zon de la presse maçonne donne une idée de l’am­pli­tude de l’af­fec­tion por­tée au pape argen­tin qui fut, il est vrai, en tant qu’é­vêque de Buenos Aires, membre hono­raire du Rotary Club [13], anti­chambre des loges.

Forts de la nou­velle orien­ta­tion don­née par le Concile, il est cer­tain que nom­breux sont les ecclé­sias­tiques qui ont été ou sont au ser­vice des deux ins­ti­tu­tions. L’abbé Jean Claude Desbrosse, avec l’ac­cord de son évêque, Mgr Le Bourgeois d’Autun, était entré, en 1980, à la Grande Loge natio­nale fran­çaise. Son décès fut annon­cé par son obé­dience sur le car­net mon­dain du Figaro du 9 décembre 1999 en ces termes : « On nous prie d’an­non­cer le retour à l’Orient éter­nel de l’ab­bé J.-C. Desbrosse ». Il était éga­le­ment pré­ci­sé qu”« une messe de funé­railles a été célé­brée le same­di 4 décembre à la cathé­drale d’Autun [14] ».

Pareillement la dis­pa­ri­tion du très pro­gres­siste jésuite le car­di­nal Carlo Martini, le 31 août 2012, sou­tien du car­di­nal Bergoglio lors du conclave de 2005, fut saluée par le Grand-​Orient ita­lien en ces termes :

Maintenant que les célé­bra­tions rhé­to­riques et les condo­léances empha­tiques ont lais­sé place au silence et à la souf­france du deuil, le Grand-​Orient démo­cra­tique salue avec affec­tion le frère Carlo Maria Martini, pas­sé à l’Orient éter­nel [15].

Dans leur petite bio­gra­phie de Martini publiée à la suite de leurs condo­léances, les frères maçons révèlent à demi-​mot l’af­fi­lia­tion du pré­lat à la confré­rie des Libres Maçons.

Le 28 juillet 2013, lors du décès du car­di­nal Ersilio Tonini, le grand maître Raffi s’ex­prime par des mots qui ne laissent, là aus­si, pas beau­coup de doutes quant à l’ap­par­te­nance du prince de l’Église aux loges : il pleure « l’a­mi, l’homme de dia­logue avec les maçons, le maître de l’Évangile social. Aujourd’hui, l’hu­ma­ni­té est plus pauvre » et il ajoute cet hom­mage au pape François qui donne une pers­pec­tive par­ti­cu­lière à ce pon­ti­fi­cat : « l’Église du pape François est une Église qui pro­met d’être res­pec­tueuse de l’al­té­ri­té et de par­ta­ger l’i­dée que l’État laïc pro­meut la paix et la coexis­tence des diverses reli­gions [16]

Entre les amis de la maçon­ne­rie, qu’ils soient affi­liés ou simples proches, les murs tombent et les ponts chers à François se mul­ti­plient, favo­ri­sés qu’ils sont par des arti­sans du rap­pro­che­ment, tel le car­di­nal Gianfranco Ravasi. Le 14 février 2016, ce pré­lat publie, sur le quo­ti­dien ita­lien Il Sole 24 ore, une tri­bune adres­sée à « ses chers frères maçons » dans laquelle il leur recon­naît « tant de valeurs com­munes ». Le site de la Fraternité Saint-​Pie X en France, La Porte Latine, rap­porte que le 8 mars sui­vant, « Oscar de Alfonso Ortega, grand maître de la Grande Loge d’Espagne lui a cha­leu­reu­se­ment répon­du en sou­li­gnant le « grand cou­rage » de son « hono­rable frère Gianfranco ». L’hommage va même si loin que la Grande Loge d’Espagne recon­naît, de fait, le car­di­nal Ravasi comme « maître » et s’a­dresse ain­si à lui comme à un ini­tié [17]

Quelques années aupa­ra­vant, un prêtre de Marseille, Xavier Manzano, direc­teur adjoint de l’ins­ti­tut de Sciences et de théo­lo­gie des reli­gions de Marseille et pro­fes­seur de phi­lo­so­phie fon­da­men­tale au grand sémi­naire régio­nal d’Aix-​en-​Provence, par­ti­ci­pait offi­ciel­le­ment à un col­loque maçon­nique orga­ni­sé par la Grande Loge de France, la Grande Loge tra­di­tion­nelle et sym­bo­lique Opéra et la Grande Loge fémi­nine de France, sans que son évêque Mgr Georges Pontier ne condamne ce grave scan­dale [18].

En 2013, une autre affaire qui implique un prêtre franc-​maçon fait grand bruit : Pascal Vesin, curé de la paroisse Sainte-​Anne d’Arly-​Montjoie, à Megève, va plus loin dans le rap­pro­che­ment entre maçon­ne­rie et Église : il appar­tient tout bon­ne­ment au Grand Orient de France. Destitué de sa charge de curé par son évêque après que sa double obé­dience a été ren­due publique, il entame un long pèle­ri­nage à Rome dans l’es­poir vain d’y ren­con­trer le pape François afin de plai­der la cause de cette ouver­ture. Il lui a notam­ment adres­sé une lettre qui a été expé­diée au Vatican « par quatre ou cinq canaux, notam­ment via cer­tains car­di­naux ». Pascal Vesin explique que sa démarche « est dans la dyna­mique de ce que le nou­veau pape annonce et semble com­men­cer à faire [19] ». Dans la suite de ce dos­sier, le cas du père Vesin est racon­té dans ses détails.

Les Papes et la dédiabolisation de la Franc-Maçonnerie

Il faut admettre que les papes conci­liaires eux-​mêmes ont don­né l’exemple de cette ami­tié contre-​nature. Tout comme elle salue l’ac­tion de François et de Paul VI, la maçon­ne­rie a hono­ré celle de Jean-​Paul II en lui dis­cer­nant, par l’in­ter­mé­diaire de la loge du Grand-​Orient ita­lien, sa plus grande dis­tinc­tion, l’Ordre de Galilée, car, expliquait-​elle, le pape a pro­mu « les valeurs de la franc-​maçonnerie uni­ver­selle : fra­ter­ni­té, res­pect de la digni­té de l’homme, et l’es­prit de tolé­rance, points cen­traux de la vie des vrais maçons [20] ».

Le 22 mars 1984, le pape polo­nais reçut les Bnai’B’rith, puis­sante maçon­ne­rie juive. Son allo­cu­tion témoigne du chan­ge­ment opé­ré envers la maçon­ne­rie : « Le simple fait de votre visite, dont je vous suis recon­nais­sant, est en lui-​même une preuve du déve­lop­pe­ment et de l’ap­pro­fon­dis­se­ment constants de ces rela­tions. » L’année pré­cé­dente, le 18 avril, ce furent les membres de la Trilatétrale qui eurent l’hon­neur d’une audience publique avec Jean-​Paul II, lequel leur adres­sa ses com­pli­ments : « C’est avec plai­sir que je reçois les membres de la com­mis­sion Trilatérale… Et que Dieu, le Créateur de la per­sonne humaine et le Seigneur de vie rende effi­cace votre contri­bu­tion à l’hu­ma­ni­té. » On ne peut être plus expli­cite quant à l’es­time que porte le pon­tife à l’ac­tion huma­niste des maçons !

Benoît XVI ne négli­gea pas lui non plus d’ac­cueillir et de féli­ci­ter les frères du Bnai’B’rith : le 18 décembre 2006, il rece­vait une délé­ga­tion de la secte au Vatican avec ce message :

Je suis heu­reux de saluer votre délé­ga­tion du B’nai B’rith International à l’oc­ca­sion de sa visite au Vatican » et conti­nue en sou­hai­tant « à nos com­mu­nau­tés non seule­ment d’en­trer en dia­logue, mais éga­le­ment d’être des par­te­naires en vue d’œu­vrer ensemble au bien de la famille humaine (…) en pro­mou­vant les valeurs spi­ri­tuelles et morales enra­ci­nées dans nos convic­tions reli­gieuses [21].

Le « Mariage adultère »

La ren­contre entre libé­raux, qu’ils soient maçons ou catho­liques, a bien eu lieu. Le dia­logue et la col­la­bo­ra­tion entre les deux ins­ti­tu­tions sont à l’hon­neur depuis le concile Vatican II : « J’ai un rêve, écrit un maçon ita­lien de haut grade, le séna­teur Paolo Amato en 2008 : qu’une alliance entre les « por­teurs » de sens, de valeurs, comme l’Église et la maçon­ne­rie, soit éta­blie [22]. »

Son rêve d’al­liance est en train de deve­nir une réa­li­té tan­gible. Mgr Lefebvre consta­tait qu’elle était déjà en che­min lors d’une confé­rence à Saint-​Nicolas-​du- Chardonneret le 13 décembre 1984 :

Or c’est ce que font les hommes d’Église actuel­le­ment. Nous le voyons sous nos yeux, c’est clair, par­tout. Depuis le Concile le libé­ra­lisme a inves­ti les postes les plus impor­tants de l’Église, depuis le pape jus­qu’aux car­di­naux de Rome, jus­qu’à la Curie.

Le libé­ra­lisme s’est implan­té dans l’Église, donc la com­pro­mis­sion des hommes d’Église avec les hommes de Satan, par un pacte ouvert (…) et ce pacte a été signé à l’oc­ca­sion du Concile ouver­te­ment, publi­que­ment avec les francs-​maçons, avec les pro­tes­tants, avec les com­mu­nistes. Nous assis­tons à ce mariage, à ce mariage adul­tère, abo­mi­nable entre les hommes d’Église et la révo­lu­tion et les idées qui vont contre Dieu et Notre- Seigneur Jésus-​Christ, contre son règne. C’est abominable.

Parallèlement à la péné­tra­tion des idées huma­nistes ger­mées dans les loges maçon­niques au sein de l’Église catho­lique, se sont aus­si réa­li­sées une affi­lia­tion des hommes d’Église à la secte et une « dédia­bo­li­sa­tion » au sein du monde catho­lique de la franc-​maçonnerie. L’infiltration et la proxi­mi­té ayant per­sé­vé­ré, les maçons ont enfin, avec le pape François, « un pape selon [leurs] besoins ». Plus que jamais la recom­man­da­tion de Léon XIII dans l’en­cy­clique Humanum genus est à l’ordre du jour : il faut « arra­cher à la franc-​maçonnerie le masque dont elle se couvre et la faire voir telle qu’elle est ».

Paul Delance

Sources : Fideliter n° 239 de septembre-​octobre 2017

Notes de bas de page

  1. www.dominicainsavrille.fr ; fr.wikipedia. org/​wiki/​Alta_​Vendita ; De l’ins­truc­tion per­ma­nente de l’Alta Vendita, art. xix[]
  2. blog.libero.it[]
  3. www.grandeoriente.it[]
  4. cité par Michael Davies, Pope John’s Council, vol. 2 : « Liturgical Revolution », Angelus Press, 1977, p. 165.[]
  5. www.courrierderome.org[]
  6. w2.vatican.va[]
  7. www.marcotosatti.com[]
  8. www.dominicainsavrille.fr[]
  9. www.revue-item.com[]
  10. www.a‑c-r‑f.com[]
  11. Mgr Lefebvre, Cospec 118‑B (20 mai 1986[]
  12. Giacomo Galeazzi et Ferruccio Pinotti, Vaticano mas­sone, Piemme[]
  13. rotaryba.com.ar[]
  14. www.revue-item.com[]
  15. www.grandeoriente-democratico.com[]
  16. www.grandeoriente.it[]
  17. laportelatine.org[]
  18. www.contre-info.com[]
  19. www.liberation.fr[]
  20. The Remnant, Saint-​Paul, MN, 30 avril 2000, p. 6. 21 – Cité par Daniel Leroux, Pierre m’aimes-​tu ?, édi­tions Fideliter, 1988, p. 80.[]
  21. w2.vatican.va[]
  22. www.grandeoriente.it[]