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   Un an après les sacres – Entretien de Mgr Lefebvre à Fideliter – Juin 1989

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Un an après les sacres – Entretien de
Mgr Lefebvre à Fideliter – Juin 1989

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L'histoire des sacres (IV) : Dans l'attente du retour de Rome à la Tradition - Juin 2018
L'histoire des sacres (V) : L'état de nécessité impose les sacres - Juin 2018


Il y a eu un an le 30 juin, au cours d'une cérémonie dont tous ceux qui y ont assisté ont gardé un souvenir empli d'admiration et d'émotion, S. Exc. Monseigneur Lefebvre consacrait quatre évêques, assisté de S. Exc. Monseigneur de Castro Mayer, en sa qualité d'évêque co-consécrateur. A l'occasion de cet anniversaire, Monseigneur Lefebvre a bien voulu répondre aux questions de Fideliter et exprimer sa profonde satisfaction à la suite de cet événement qu'il a qualifié de miraculeux.

FIDELITER - Monseigneur, cette décision que vous avez prise de sacrer des évêques, vous en parliez déjà depuis un certain temps. Vous aviez même écrit au Pape, conjointement avec Mgr de Castro Mayer, pour lui faire part de votre intention. Vous aviez fait aussi une déclaration au périodique italien Trenta Giorni, dans laquelle vous disiez notamment : « Si c'est mon devoir, je sacrerai des évêques ». Propos que vous avez confirmés lors des ordinations de 1987. C'était alors la première fois que vous en parliez en public. Et cela a enclenché une espèce de processus. Vous avez reçu à la fin du mois de juillet une lettre du cardinal Ratzinger, qui vous avait permis de dire lors de la cérémonie du quarantième anniversaire de votre épiscopat : « II me semble effectivement qu'il y a quelque chose de changé à Rome, parce que ce que l'on me propose indique tout de même qu'il y a une nouvelle façon de concevoir les choses ». Puis, il y a eu ces différents échanges qui ont mené aux colloques en mai 1988, ceux-ci débouchant sur le protocole, qui aurait peut-être permis de dégager un accord ; protocole que vous avez signé sans enthousiasme, puisque dès le lendemain vous avez été amené à considérer que les atermoiements du cardinal Ratzinger quant au choix d'un évêque, conduisaient à penser que finalement on cherchait à vous berner. Alors, vous avez pris la décision de sacrer quatre évêques, décision irréversible rendue publique dans la conférence de presse que vous avez faite le 15 juin.

Peut-être serait-il bon de rappeler pourquoi, dans quel but, effectivement, vous avez pris cette décision grave de conséquences, dont vous n'ignoriez pas à l'époque qu'elle susciterait une réaction assez violente de la part de Rome. Vous avez donc accepté de courir le risque d'être excommunié, d'être qualifié de schismatique, parce que vous vouliez assurer par ces sacres, la continuité dans la transmission du sacerdoce et des sacrements.

Monseigneur Lefebvre - Oui, évidemment, il y a eu une préparation. Cela ne s'est pas fait d'un jour à l'autre. Depuis déjà plusieurs années j'essayais de faire entendre à Rome qu'avançant en âge, il me fallait assurer ma succession, que quelqu'un un jour ou l'autre, prenne ma place. On ne peut pas avoir des séminaires et des séminaristes sans un évêque ; les fidèles eux-mêmes ont besoin aussi d'un évêque pour la transmission de la foi et celle des sacrements, en particulier celui de la confirmation. On était très conscient de cela à Rome. J'y ai fait allusion à plusieurs reprises et puis j'ai fini par le faire publiquement. On ne peut pas dire à Rome que je les ai pris au dépourvu, qu'ils ne savaient rien et que j'ai fait cela subrepticement. Ce n'est pas vrai. Ils ont bien été avertis plusieurs années avant par lettres, par les cassettes de mes sermons qu'ils ont eues et par la lettre que Mgr de Castro Mayer et moi-même avions adressée au Saint Père.

Je pense que c'est cela qui a d'ailleurs déterminé un certain changement d'attitude vis-à-vis de nous. Ils craignaient ces consécrations épiscopales, mais ils ne croyaient pas que j'arriverais à les faire.

Alors le 29 juin 1987 quand j'en ai parlé publiquement, le cardinal Ratzinger s'est tout de même un peu ému. A Rome, on a eu peur que j'arrive vraiment à consacrer des évêques et c'est alors qu'il a été décidé de faire une ouverture plus grande vis-à-vis de ce que nous demandions depuis toujours, c'est-à-dire de pouvoir célébrer la Messe, les sacrements et les offices pontificaux selon le rite de Jean XXIII de 1962. A ce moment il semblait qu'ils ne formuleraient pas d'exigences à propos de l'adhésion au Concile. Ils n'en parlaient pas et ils faisaient même une allusion à une possibilité d'avoir un évêque, qui soit pour moi un successeur.

C'était quand même un changement assez profond, assez radical. Alors, là s'est posée la question de savoir ce qu'il y avait lieu de faire. Je suis allé moi-même à Rickenbach voir M. le Supérieur général et ses assistants pour leur demander : qu'en pensez-vous ? Est-ce qu'on prend la main qui nous est tendue ? Ou est-ce qu'on la refuse ? « Moi, personnellement, ai-je dit, je n'ai aucune confiance. Cela fait des années et des années que je fréquente ce milieu, des années que je vois la manière dont ils agissent. Je n'ai plus aucune confiance. Mais je ne voudrais pas quand même, qu'ensuite, dans la Fraternité et dans les milieux de la Tradition, on dise : vous auriez bien pu essayer. Cela ne vous coûtait pas de discuter, de dialoguer. Cela a été leur avis. Ils ont dit : II faut prendre en considération l'offre qui est faite et ne pas la négliger. Cela vaut quand même la peine de parler avec eux ».

A ce moment j'ai accepté de voir le cardinal Ratzinger et j'ai beaucoup insisté auprès de lui pour que l'on nous visite. J'espérais que cette visite aurait pour résultat de montrer le bienfait du maintien de la Tradition, en même temps que d'en constater les effets. Je pensais que cela aurait pu renforcer nos positions à Rome et que les demandes que je ferais d'obtenir plusieurs évêques et une commission à Rome pour défendre la Tradition, auraient plus de chances d'aboutir.

Mais rapidement, nous nous sommes aperçus que nous avions affaire à des gens qui ne sont pas honnêtes. Déjà dès le retour du cardinal Gagnon et de Mgr Péri à Rome, le mépris était jeté sur nous. Le cardinal Gagnon faisait dans les journaux des déclarations invraisemblables. Selon lui, 80 % des gens nous quitteraient si je faisais des ordinations épiscopales. Nous, nous désirions la reconnaissance, Rome voulait la réconciliation et que nous reconnaissions nos erreurs. Ceux qui nous avaient visités disaient qu'après tout ils n'avaient vu que l'extérieur, que seul Dieu voit l'intérieur et que par conséquent la visite ne valait que ce qu'elle valait... Bref des choses qui ne correspondaient pas à ce qu'ils avaient dit et fait pendant la visite. Cela paraissait inimaginable. Parce qu'ils retournent au Vatican et qu'ils retrouvent cette mauvaise influence de Rome, ils en reprennent la mentalité et se retournent vers nous, ils nous méprisent de nouveau.

Je suis quand même allé à Rome pour ces colloques, mais en n'ayant pas confiance. J'écrivais au début du mois de janvier à M. l'abbé Aulagnier : je suis persuadé que le 30 juin je sacrerai des évêques. Ce sera l'année de la consécration des évêques, parce que je n'ai vraiment pas confiance.

Et de fait, j'ai voulu aller aussi loin que possible pour montrer la bonne volonté qui était la nôtre. On nous a alors remis la question du Concile sous les yeux, dont nous ne voulions pas entendre parler. On a trouvé une formule, acceptable à la rigueur.

Ensuite ils nous accordaient la messe et les sacrements et les livres liturgiques. Mais au sujet de cette commission romaine et du sacre des évêques ils n'ont pas voulu accepter nos demandes. Nous n'obtenions que deux membres sur sept dans la commission romaine, ni le président, ni le vice-président et je n'obtenais qu'un évêque, alors que j'en demandais trois. Cela était déjà, presque inacceptable. Et quand, avant même de signer, nous demandions quand aurions-nous cet évêque, c'était la fuite en avant. On ne savait pas. Mois de novembre, on ne sait pas. Noël, on ne sait pas. Impossible d'avoir une date.

C'est là, qu'après avoir signé le protocole qui devait ouvrir la voie à un accord, j'ai réfléchi. Cette accumulation de méfiance et de réticence, m'a poussé à exiger la nomination d'un évêque pour le 30 juin, parmi les trois dossiers que j'avais déposés le 5 mai. C'est cela, ou je fais des évêques. C’est cette mise en demeure qui a fait que le cardinal Ratzinger a dit : « Si c'est comme cela, le protocole est aboli. C'est fini il n'y a plus de protocole. Vous rompez les relations. » - C'est lui qui l'a dit, ce n'est pas moi.

Le 20 mai j'ai écrit au Saint Père en lui disant que j'avais signé le protocole, mais que je tenais absolument à avoir des évêques et pour le 30 juin.

Mais en fait il n'y a pas eu moyen d'arriver à un accord. Tandis que je mettais le cardinal Ratzinger au pied du mur et qu'il nous disait qu'il allait nous donner un évêque le 15 août, il me demandait encore d'autres dossiers, pour que le Saint-Siège puisse choisir un évêque qui aurait « le profil » désiré par le Vatican. Où est-ce que cela pouvait nous mener ?

Constatant l'impossibilité de nous entendre, le 2 juin j'ai écrit de nouveau au Pape : inutile de continuer les colloques et les contacts. Nous n'avons pas le même but. Vous voulez nous rallier et nous réconcilier et nous, nous voulons être reconnus tels que nous sommes. Nous voulons continuer la Tradition, comme nous le faisons.

Cela a été fini. Alors j'ai pris la décision de faire cette conférence de presse le 15 juin, parce que je ne voulais pas agir d'une manière secrète. Il ne peut pas y avoir de Tradition qui tienne sans évêque traditionnel. C'est absolument indispensable. C'est pourquoi la Fraternité Saint-Pierre et le Barroux se font complètement illusion, car ils n'ont pas d'évêques traditionnels.

FIDELITER - Le bruit a couru que la Fraternité Saint-Pierre pourrait être dotée d'un évêque.

Mgr Lefebvre - Quel évêque ? Un évêque qui aura le profil que désire le Vatican ? Dans ce cas, ils auront un évêque qui tout doucement les ramènera au Concile, c'est évident. Ils n'obtiendront jamais un évêque pleinement traditionnel, opposé aux erreurs du Concile et aux réformes post-conciliaires. C'est pourquoi ils n'ont pas signé le même protocole que nous, parce qu'ils n'ont pas d'évêque. Le protocole que j'ai signé avec le cardinal Ratzinger stipulait quand même que nous pourrions avoir un évêque. Donc, d'une certaine manière, Rome approuvait la nomination d'un évêque. On nous dit : vous avez désobéi au Saint Père. Désobéi partiellement, mais fondamentalement, nous n'avons pas désobéi. Le cardinal Ratzinger a donné l'autorisation par écrit pour nous d'avoir un évêque membre de la Fraternité. J'en ai fait quatre, c'est vrai. Mais le principe lui-même d'avoir un ou plusieurs évêques a été accordé par le Saint Père.

Jusqu'à preuve du contraire, ceux qui nous ont quittés n'ont pas obtenu d'évêque et aucune représentation dans la commission romaine. Alors, ils sont pieds et poings liés, dans les mains des progressistes. Dans de telles conditions ce n'est pas possible d'arriver à maintenir la Tradition. On leur accorde soi-disant tout ce qu'ils désirent, mais ils se font absolument illusion.

Je crois que c'était un devoir pour moi et donc une nécessité pour les fidèles et pour les séminaristes d'avoir ces évêques traditionnels.

Encore une fois, je ne crois pas possible pour une communauté de rester fidèle à la foi et à la Tradition, si les évêques n'ont pas cette foi et cette fidélité à la Tradition. C'est impossible. L'Eglise est quand même faite avant tout des évêques. On a beau avoir des prêtres, les prêtres sont influencés par les évêques. Ce sont tout de même les évêques qui font les prêtres et donc qui les orientent, que ce soit dans les séminaires, par des prédications, des retraites ou par tout un ensemble de choses. Il est impossible de garder la Tradition avec des évêques progressistes.

Puisqu'il n'y avait pas d'autres moyens pour nous, je suis très content que nous soyons maintenant assurés d'avoir des évêques qui maintiennent la tradition catholique, qui maintiennent la foi. Car c'est une question de foi, ce n'est pas une petite chose. Il ne s'agit pas de quelques broutilles.

FIDELITER - Certains disent : oui, mais Monseigneur aurait dû accepter un accord avec Rome, parce qu'une fois que la Fraternité aurait été reconnue et les suspenses levées, il aurait pu agir d'une manière plus efficace à l'intérieur de l'Eglise, alors que maintenant il s'est placé à l'extérieur.

Monseigneur - Ce sont des choses qui sont faciles à dire. Se mettre à l'intérieur de l'Eglise, qu'est-ce que cela veut dire ? Et d'abord de quelle Eglise-t-on ? Si c'est de l'Eglise conciliaire, il faudrait que nous qui avons lutté contre elle pendant vingt ans parce que nous voulons l'Eglise catholique, nous rentrions dans cette Eglise conciliaire pour soi-disant la rendre catholique. C'est une illusion totale. Ce ne sont pas les sujets qui font les supérieurs, mais les supérieurs qui font les sujets.

Dans toute cette Curie romaine, parmi tous les évêques du monde qui sont progressistes, j'aurais été complètement noyé. Je n'aurais rien pu faire, ni protéger les fidèles et les séminaristes. On nous aurait dit : bon, on va vous donner tel évêque pour faire les ordinations, vos séminaristes devront accepter des professeurs venus de tel ou tel diocèse. C'est impossible. A la Fraternité Saint-Pierre ils ont des professeurs qui viennent du diocèse d'Augsbourg. Quels sont ces professeurs ? Qu'est-ce qu'ils enseignent ?

FIDELITER - Est-ce que vous ne craignez pas qu'à la longue et quand le Bon Dieu vous aura rappelé à Lui, petit à petit le clivage s'accentue et qu'on ait un peu l'impression d'une Eglise parallèle à ce que certains appellent l'« Eglise visible » ?

Monseigneur - Cette histoire d'Eglise visible de Dom Gérard et de M. Madiran est enfantine. C'est incroyable que l'on puisse parler d'Eglise visible pour l'Eglise conciliaire par opposition à l'Eglise catholique que nous essayons de représenter et de continuer. Je ne dis pas que nous sommes l'Eglise catholique. Je ne l'ai jamais dit. Personne ne peut me reprocher d'avoir jamais voulu me prendre pour un pape. Mais, nous représentons vraiment l'Eglise catholique telle qu'elle était autrefois puisque nous continuons ce qu'elle a toujours fait. C'est nous qui avons les notes de l'Eglise visible : 'l'unité, la catholicité, l'apostolicité, la sainteté. C'est cela qui fait l'Eglise visible.

M. Madiran ajoute : et l'infaillibilité. Mais, l'infaillibilité il faut bien se dire comme l'exprimait l'abbé Dulac dans une phrase suggestive au sujet du pape Paul VI : « Quand il y a eu dans l'histoire de l'Eglise plusieurs papes, on pouvait choisir parmi les papes. Mais maintenant nous avons deux papes en un. » Nous n'avons pas le choix. Ce sont en effet des papes qui ont une double face. En ce qu'ils représentent la tradition des papes, la tradition de l'infaillibilité nous sommes d'accord avec le Pape. Nous lui sommes attachés en tant que continuant la succession de Pierre et à cause des promesses de l'infaillibilité qui lui ont été faites. C'est nous qui sommes attachés à son infaillibilité. Mais lui, même, si sous certains aspects, ontologiquement, on peut dire qu'il la   représente, formellement il lui est opposé parce qu'il ne veut plus de  l'infaillibilité. Il n'y croit pas et ne pose pas d'actes marqués de l'infaillibilité.

C'est pourquoi ils ont voulu que Vatican II soit un Concile pastoral et non un Concile dogmatique, parce qu'ils ne croient pas à l'infaillibilité. Ils ne veulent pas de vérité définitive. La Vérité doit vivre et doit évoluer. Elle peut changer éventuellement avec le temps, avec l'histoire, la science, etc... L'infaillibilité, elle, fixe à jamais une formule et une vérité qui ne changent plus. Cela ils ne peuvent pas y croire. C'est nous qui sommes avec l'infaillibilité, ce n'est pas l'Eglise conciliaire. Elle est contre l'infaillibilité, c'est absolument certain.

Le cardinal Ratzinger est contre l'infaillibilité, le Pape est contre l'infaillibilité de par sa formation philosophique. Que l'on nous comprenne bien, nous ne sommes pas contre le Pape en tant qu'il représente toutes les valeurs du siège apostolique, qui sont immuables, du siège de Pierre, mais contre le Pape qui est un moderniste qui ne croit pas à son infaillibilité, qui fait de l'œcuménisme. Evidemment nous sommes contre l'Eglise conciliaire qui est pratiquement schismatique, même s'ils ne l'acceptent pas. Dans la pratique c'est une Eglise virtuellement excommuniée, parce que c'est une Eglise moderniste. Ce sont eux qui nous excommunient, alors que nous voulons rester catholiques. Nous voulons rester avec le Pape catholique et avec l'Eglise catholique. Voilà la différence.

Que M. Madiran qui connaît tout de même bien la situation, aille dire que nous ne sommes pas l'Eglise visible, que nous quittons l'Eglise visible qui a l'infaillibilité, ce sont des mots qui n'expriment pas la réalité.

FIDELITER - Peut-on à la fois n'être ni pour, ni contre les sacres et même avoir le droit de ne rien en penser du tout et prôner la formation des prêtres telle que vous l'avez pratiquée en fondant Ecône, sans aboutir à la conclusion que s'il y a des séminaristes formés au sacerdoce catholique, il faut des évêques catholiques pour les ordonner ?

Monseigneur - Ils auront des évêques comme Mgr de Milleville qui est venu en civil pour faire les ordinations à Fontgombault. S'il avait fait un sermon, je me demande bien ce qu'il aurait dit à ces séminaristes et quel exemple il leur aurait donné.

Cela n'est plus l'Eglise catholique, c'est l'Eglise conciliaire avec toutes ses mauvaises conséquences. Ils contribuent à détruire l'Eglise.

C'est Jean XXIII, qui, comme le disait l'abbé Dulac, a commencé à être deux papes en un. C'est lui qui a joué l'ouverture de l'Eglise au monde. Dès lors on est entré dans l'ambiguïté, dans l'équivoque et cette manière d'agir est le propre du libéral.

Je pense donc qu'il n'y a aucune hésitation, ni aucun scrupule à avoir vis-à-vis de ces consécrations épiscopales. Nous ne sommes ni schismatiques, ni excommuniés, nous ne sommes pas contre le Pape. Nous ne sommes pas contre l'Eglise catholique. Nous ne faisons pas d'Eglise parallèle. Tout cela est absurde. Nous sommes ce que nous avons toujours été, des catholiques qui continuent. C'est tout. Il n'y a pas à chercher midi à quatorze heures. Nous ne faisons pas une « petite Eglise », comme l'écrit Paupert dans son livre (1). Quand on arrive à la conclusion de son ouvrage, ce qu'il écrit est à vous faire trembler : « Je ne sais plus ce que je suis » !

Ce Paupert qui a été séminariste, sinon prêtre, a perdu la foi, puis l'a retrouvée plus ou moins et il est plutôt traditionnel d'esprit, mais il a peur de quitter l'Eglise conciliaire. Alors, il ne sait plus s'il est catholique ou non, s'il est pratiquant ou non. « Quand je suis dans une église actuellement, j'ai l'impression de ne pas être chez moi. C'est pourquoi je ne communie pas. »

C'est un homme intelligent, mais qui se trouve dans une espèce d'impasse à laquelle il ne trouve pas d'issue. C'est effrayant. Et cela c'est le problème de tous les catholiques qui ne veulent absolument pas faire le pas vers la Tradition. Ils veulent rester avec ceux qui occupent les sièges, avec les évêques, mais ils n'ont plus rien à voir avec la foi catholique qu'ils ont pratiquée quand ils étaient plus jeunes et à laquelle ils n'ont pas la volonté de revenir. Cela fait vraiment frémir quand on pense que des millions de catholiques se trouvent dans cette situation. C'est ainsi que beaucoup d'entre eux ne vont plus à l'église le dimanche, que d'autres entrent dans les sectes, ou ne pratiquent plus du tout et perdent la foi.

FIDELITER - Dans son livre « Ecône, comment dénouer la tragédie », le Père de Margerie vous conseille de vous réconcilier avec Rome pratiquement en acceptant ce que vous avez toujours rejeté. Qu'en pensez-vous ?

Monseigneur - Je ne connais pas personnellement le Père de Margerie. Il est plein de contradictions. On voit bien qu'il est fort embarrassé pour défendre la liberté religieuse et pour affirmer qu'elle est conforme à la Tradition, qu'il n'y a pas de rupture. C'est une position insoutenable. Parce que les tenants de l'Eglise conciliaire, les personnalités les plus marquantes, comme par exemple le Recteur de l'Université du Latran, ou Mgr Pavan qui est un homme important à Rome (c'est lui qui a pratiquement rédigé toutes les encycliques sociales des papes), ont dit ouvertement l'an dernier au mois de mai au Congrès de Venise à propos de la liberté religieuse : Oui, il y a eu quelque chose de changé. Les autres, comme le cardinal Ratzinger et les théologiens qui ont écrit de nombreux ouvrages sur la question s'efforcent de prouver que c'est la continuation de la Tradition.

Avant, la liberté était essentiellement en rapport avec la Vérité. Maintenant la liberté est en rapport avec la conscience humaine. C'est donc laisser à la liberté de la conscience le choix de la Vérité. C'est la mort de l'Eglise. C'est l'introduction du poison de la Révolution, des Droits de l'homme agréés par l'Eglise. Le Recteur de l'Université du Latran et Mgr Pavan eux au moins le reconnaissent. Les autres diront ce qu'ils voudront pour essayer de nous fermer la bouche. Mais c'est écrit noir sur blanc : « L'Etat, la Société civile, est radicalement incapable de connaître quelle est la véritable religion ».

Toute l'histoire de l'Eglise depuis Notre Seigneur s'inscrit en faux contre une affirmation semblable.

Et Jeanne d'Arc, et les saints, et tous les princes et les rois qui ont été saints, qui ont défendu l'Eglise, étaient-ils incapables de discerner la véritable religion ? On se demande comment on peut écrire de pareilles énormités.

Les réponses à nos objections qui nous ont été envoyées de Rome par des intermédiaires, tendaient toutes à démontrer qu'il n'y avait pas de changement mais continuation de la Tradition. Ce sont des affirmations qui sont pires que celles de la Déclaration conciliaire sur la liberté religieuse. C’est le vrai mensonge officiel.

Tant qu'à Rome on restera attaché aux idées conciliaires : liberté religieuse œcuménisme, collégialité... on fera fausse route. C'est grave parce que cela va jusque dans des réalisations pratiques. C'est cela qui justifie la visite du Pape à Cuba. Le Pape visite ou reçoit les chefs communistes tortionnaires ou assassins qui ont du sang de chrétiens sur les mains, comme s’ils étaient aussi dignes que des honnêtes gens.

FIDELITER - II v a eu un hiatus avec le cardinal Lustiger qui n'a pas pu aller à Kiev.

Monseigneur - En allant en U.R.S.S., il a cru que Moscou était devenue catholique. C'est un manque de jugement. Le Pape, dit-on, aurait plus ou moins accordé à Moscou la désignation du Patriarche ukrainien en remplace ment de l'actuel, qui a lui-même succédé au cardinal Slipyi, mais un patriarche qui serait évidemment un agent soviétique comme Pimène.

Toutes ces visites font le jeu des Soviétiques qui finiront par avoir ce qu'ils désirent c'est-à-dire mettre les Ukrainiens dans leur poche par l’intermédiaire d'une hiérarchie dans la main du gouvernement. Exactement comme ils l’ont fait après le cardinal Mindszenty en Hongrie en nommant Lekaï : le scandale Lekaï ! Autrefois tous ces cardinaux et ces évoques étaient jetés en prison parce qu'ils défendaient, la religion catholique et maintenant ce sont eux qui font mettre en prison les prêtres qui sont vraiment catholiques. Nous sommes exactement dans la même situation : les évoques nous poursuivent parce que nous sommes catholiques. Ce n'est pas le gouvernement athée, les socialistes les francs-maçons qui nous poursuivent, ce sont les évoques soi-disant catholiques, les évoques conciliaires.

C'est la même chose dans les pays communistes, ils ont des évêques conciliaires, des évêques qui font partie des « prêtres de la paix », qui sont d'accord avec le gouvernement communiste. Ce ne sont plus les gouvernements qui sont les persécuteurs, mais les évêques.

J'ai reçu une lettre d'un prêtre hongrois qui m'écrit : quand il y a des litiges le gouvernement serait presque le bon papa qui essaie de mettre l'évêque d'accord avec les prêtres et qui se donne le beau rôle. C’est invraisemblable. Le Pape est la cause d'un tort considérable avec cette manière d'accorder le même respect à l'erreur et au vice qu'à la vérité et à la vertu. C'est catastrophique pour les petites gens, c'est la ruine totale de toute morale chrétienne, du fondement même de la moralité et même de la vie sociale.

FIDELITER - Jean-Paul II défend l'unité de la famille, il est contre le mariage des prêtres, contre l'avortement. Au plan de la morale beaucoup estiment que c'est un bon pape.

Monseigneur - Oui vis-à-vis de certains principes de morale naturelle. On dit cela, et puis pratiquement on laisse faire sans les poursuivre les prêtres qui sont favorables à la contraception. Il n'y a pas de prises de positions énergiques. Ce sont des dispositions générales qui font tellement partie de la morale naturelle que l'on ne va pas s'y opposer. Bush, le président des Etats-Unis est contre l'avortement, il ne serait pas imaginable que le Pape y soit favorable.

FIDELITER - Jean-Paul II a procédé à des nominations d'évoqués, en Autriche ou ailleurs, qui sont considérés comme plutôt traditionnels, à tel point qu'un groupe de théologiens allemands, relayés par des théologiens français, critiquent le Pape et lui en font reproche.

Récemment aussi, le cardinal Ratzinger a publié cette instruction sur le serment de fidélité avec la profession de foi qui le précède, est-ce que vous ne voyez pas là des signes d'une sorte d'amendement et de retour vers certaines formules plus traditionnelles ?

Monseigneur - Je ne pense pas que ce soit un véritable retour. C'est comme dans un combat, quand on a l'impression que les troupes vont un peu trop loin, on les retient, on freine un tout petit peu l'élan de Vatican II, parce que les tenants du Concile vont trop loin. D'ailleurs ces théologiens ont bien tort de s'émouvoir. Ces évêques sont tout acquis au Concile et aux réformes post-conciliaires, à l'œcuménisme et au charismatisme.

Apparemment ils font quelque chose d'un peu plus modéré, un peu de sentiment religieux traditionnel, mais ce n'est pas profond. Les grands principes fondamentaux du Concile, les erreurs du Concile, ils les accueillent, ils les mettent en pratique. Cela ne fait pas de problème. Au contraire, je dirais même que ce sont ceux-là qui sont les plus durs avec nous. Ce sont eux qui exigeraient le plus que nous nous soumettions aux principes du Concile.

Non, c'est une tactique un peu nécessaire comme dans tout combat. Il faut éviter les excès.

D'ailleurs le Pape vient de nommer Mgr Kasper en Allemagne. Il était secrétaire du Synode en 1985, présidé par le cardinal Danneels de Bruxelles. Kasper était le chef, l'homme à penser du Synode. Il est très intelligent et c'est l'un des plus dangereux. Le Pape vient de le nommer évêque. Il est un peu comme l'évêque de Trêves qui est président de l'Assemblée épiscopale allemande et qui est très dangereux aussi. Ce sont tout à fait des gens de gauche qui, au fond, rejoignent les Rahner, les Hans Küng, mais qui se gardent bien de le dire. Ils prennent des formes pour éviter qu'on les associe à eux, mais ils ont le même esprit. Alors non, je pense qu'il n'y a guère d'espoir pour le moment.

FIDELITER - Que penser finalement de l'attitude de Rome qui peut être caractérisée par les cardinaux Ratzinger et Mayer qui, jusqu'à maintenant, font tout de même preuve d'une certaine tolérance vis-à-vis du Barroux, de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, de la Fraternité Saint-Pierre. Pensez-vous qu'ils soient sincères ? Est-ce un double jeu que l'on poursuivra le temps d'épuiser tous les moyens de faire se rallier d'autres groupes traditionalistes, et qu'alors le jeu étant abattu, il soit demandé aux « réconciliés » avec Rome : soumettez-vous au Concile. Ou bien est-ce un virage à inscrire à leur actif ?

Monseigneur - II y assez de signes qui nous montrent que tout cela n'est  qu'exception et provisoire. Ce ne sont pas des règlements généraux intervenant pour tous les prêtres et pour le monde entier. Ce sont des privilèges exceptionnels accordés à des cas précis. Ainsi ce qui est accordé à l'abbaye de Fontgombault ou aux Sœurs de Jouques et à d'autres monastères - ils ne le disent pas - mais c'est selon l'induit. Or l'induit est une exception. Il peut toujours être retiré. L'induit confirme la règle générale. Et celle-ci c'est la nouvelle messe, la liturgie nouvelle. C'est donc une exception qui est faite pour ces communautés.

Nous avons un exemple à Londres, où le cardinal archevêque a inauguré trois messes autour de notre propre centre dans la capitale britannique pour essayer de nous enlever des fidèles. « Je fais un essai pour six mois » a-t-il dit. Si nos fidèles commencent à se détacher de notre centre, il continuera. Si au contraire les fidèles restent chez nous, il les supprimera. Si on leur supprime ces messes, les fidèles qui auront repris goût à la liturgie traditionnelle viendront sans doute chez nous.

Il paraît que le cardinal Lustiger envisagerait de donner une église à des prêtres qui nous ont quittés, mais il exigerait que des messes nouvelles soient aussi célébrées. Lorsque nous discutions à Rome avec le cardinal Ratzinger, il m'avait dit que dans la perspective d'un accord, si l'autorisation était donnée d'utiliser l'ancienne liturgie à Saint-Nicolas, il faudrait aussi qu'il y ait des messes nouvelles.

C'était parfaitement clair et cela illustre bien leur état d'esprit. Il n'est pas question pour eux d'abandonner la nouvelle messe. Au contraire et cela est évident. C'est pourquoi ce qui peut apparaître comme une concession n'est en réalité qu'une manœuvre pour parvenir à détacher de nous le plus possible de fidèles. C'est dans cette perspective qu'ils semblent donner toujours un peu plus et aller très loin. Il nous faut absolument convaincre les fidèles qu'il s'agit bien d'une manœuvre, que c'est un danger de se mettre entre les mains des évêques conciliaires et de la Rome moderniste. C'est le plus grand danger qui les menace. Si nous avons lutté pendant vingt ans pour éviter les erreurs conciliaires, ce n'est pas pour nous mettre maintenant dans les mains de ceux qui les professent.

FIDELITER - Après un an d'exercice est-ce que pour ces évêques que vous avez choisis, tout s'est déroulé comme vous le désiriez et selon les directives que vous leur aviez données dans cette lettre écrite presque un an par avance ?

Monseigneur - Jusqu'à présent il me semble que les événements se déroulent bien. On s'efforce de faire en sorte que l'on ne puisse pas nous reprocher de leur affecter une juridiction territoriale, qu'il n'y ait pas un évêque attribué à tel territoire. Bien sûr il paraît plus normal que ce soit un évêque français qui aille chez les Français et un évêque germanophone qui aille chez les Allemands. Mais nous nous efforçons de faire de temps en temps un échange pour ne pas donner prise à la critique. Certes il est normal qu'aux Etats-Unis ce soit Mgr Williamson qui donne les confirmations. Mais, Mgr Fellay est allé confirmer à Saint Mary's. On ne peut donc pas dire que les Etats-Unis sont le fief de Mgr Williamson. Mgr Fellay s'est aussi rendu en Afrique du Sud qui avait été visitée précédemment par Mgr Williamson. Quant à Mgr Tissier de Mallerais, il s'est rendu en Amérique du Sud et à Zaitzkofen en Allemagne. Nous nous efforçons donc de bien maintenir ce principe qu'il n'y a pas d'affectation territoriale. Ils sont là pour donner les ordinations et la confirmation, pour me remplacer et pour faire ce que j'ai fait pendant des années.

Pour le reste ce sont évidemment les supérieurs de districts qui, eux, sont affectés à un territoire déterminé, et qui dans la mesure où ils le peuvent, vont au secours des âmes qui les appellent. Parce que ces âmes ont le droit d'avoir les sacrements et la vérité, le droit d'être sauvées. Alors nous allons à leur secours, et c'est l'appel de ces âmes qui nous confère le droit prévu par la loi canonique de nous porter vers elles.

Je crois que l'on peut donc remercier le Bon Dieu que tout se soit bien passé. Les échos que nous recueillons auprès des fidèles nous prouvent qu'ils sont satisfaits et que nos évêques sont bien accueillis.

Sans doute a-t-on souffert du départ de quelques prêtres et séminaristes. Mais c'est un peu comme le pèlerinage de Chartres, on peut remercier le Bon Dieu d'avoir permis que ceux qui ne sont pas complètement d'accord avec nous, qui ne comprennent pas notre combat, s'en aillent. Nous sommes ainsi plus forts et plus sûrs dans notre action. Sans quoi, nous serions tout le temps avec des gens qui nous critiquent, qui ne sont pas d'accord avec nous à l'intérieur de nos propres œuvres, et cela entraînerait la division et le désordre.

Ainsi que le soulignait M. l'abbé Schmidberger dans le dernier numéro de FIDELITER, nous avons eu de bonnes rentrées dans nos séminaires, ainsi que chez les Sœurs de la Fraternité et chez les autres religieuses. On ne sent donc pas un contrecoup dur, comme certains l'auguraient, qui nous faisait craindre une diminution considérable.

FIDELITER - Vous avez rencontré récemment le cardinal Thiandoum à sa demande, cherchait-il à ouvrir une voie de conciliation ?

Monseigneur - C'est vrai, il avait insisté pour que j'aille le voir à Neuilly  chez les Sœurs de Saint-Thomas de Villeneuve, alors je m'y suis rendu. Il est toujours très aimable, très affectueux, mais pour le moment il n'y a rien, ni de la part de Rome, ni de la part du cardinal Thiandoum, ni d'aucun autre cardinal. Il n'y a aucune espèce d'ouverture.

Comme toujours je pense que les faits sont plus convaincants que les paroles. Il y en a qui me disent : vous pourriez bien faire une grande lettre au Pape. Mais cela fait vingt ans que nous faisons des lettres qui ne servent à rien ! Encore une fois, ce sont les faits qui parlent. Quand on ouvre un séminaire, que l'on crée des prieurés, que l'on ouvre des écoles, que les Sœurs essaiment et que les couvents se multiplient, cela constitue le seul moyen d'obliger Rome au dialogue. Il ne s'agit pas de ma présence, mais bien des œuvres. Ils se rendent bien compte que ce n'est pas rien. Les évêques s'énervent un peu que l'on s'installe ici ou là. Alors ils se plaignent à Rome et Rome sait.

Je ne crois donc pas qu'il soit opportun de tenter quelque chose en direction de Rome. Je pense qu'il faut attendre. Attendre malheureusement que la situation s'aggrave encore de leur côté. Mais jusqu'à présent ils ne veulent pas en convenir.

FIDELITER - Si Rome avait accepté de vous donner seulement un évêque, le protocole d'accord aurait pu déboucher sur un accord et on peut s'étonner que cette concession qui n'engageait pas à grand chose (un évêque sur près de trois mille dans le monde) vous ait été refusée.

Monseigneur - C'est extraordinaire oui, et cela ne s'explique que par la crainte de la Tradition. C'est incroyable mais ils ont peur d'un évêque traditionnel qui travaille contre les erreurs conciliaires et cela ils ne peuvent pas le supporter.

FIDELITER - Que pensez-vous de l'instruction du cardinal Ratzinger instituant le serment de fidélité et qui comporte une profession de foi ?

Monseigneur - II y a d'abord le Credo, qui ne pose pas de problème. Il est resté intact. Le premier et le deuxième alinéa ne soulèvent pas non plus de difficultés. Ce sont des choses courantes au point de vue théologique. Mais le troisième est très mauvais.
C'est pratiquement s'aligner sur ce que les évêques du monde entier pensent aujourd'hui. Dans le préambule il est d'ailleurs clairement indiqué que cet alinéa a été ajouté en raison de l'esprit du Concile. Il se réfère au Concile et au soi-disant magistère d'aujourd'hui qui est celui des conciliaires. Il aurait fallu ajouter : en tant que ce magistère est en pleine conformité avec la Tradition.

Telle qu'elle est cette formule est dangereuse. Cela démontre bien l'esprit de ces gens avec lesquels il est impossible de s'entendre. C'est absolument ridicule et faux - comme certains l'ont fait - de présenter ce serment de fidélité comme une résurgence du serment antimoderniste supprimé depuis le Concile. Tout le venin est dans le troisième alinéa qui semble fait exprès pour obliger ceux qui sont ralliés à signer cette profession de foi et d'affirmer leur plein accord avec les évêques.

C'est comme si au temps de l'arianisme on avait dit, maintenant vous êtes en accord avec tout ce que pensent les évêques ariens.

Non je n'exagère pas, c'est clairement exprimé dans l'introduction. C'est de la fourberie. On peut se demander si l'on n'a pas voulu à Rome, corriger ainsi le texte du protocole. Bien qu'il ne nous satisfasse pas, il paraît encore trop en notre faveur en l'article 3 de la déclaration doctrinale, car il n'exprime pas assez la nécessité de nous soumettre au Concile.

Alors je pense qu'il se rattrapent maintenant. Ils vont sans doute faire signer ces textes aux séminaristes de la Fraternité Saint-Pierre avant leur ordination et aux prêtres de cette Fraternité, qui vont alors se trouver dans l'obligation de faire un acte officiel de ralliement à l'Eglise conciliaire.

A la différence du protocole, par ces nouveaux textes on se soumet au Concile et à tous les évêques conciliaires. C'est leur esprit et on ne les changera pas.

FIDELITER - Finalement vous n'avez aucun doute et vous ne regrettez rien.

Monseigneur - Ah non pas du tout. Je crois que tout cela a été mené vraiment providentiellement et presque miraculeusement.

Beaucoup me pressaient : vous prenez de l'âge, si vous veniez à disparaître qu'est-ce que nous deviendrions... J'aurais pu ordonner des évêques il y a trois ou quatre ans au moins. Cela aurait même été raisonnable. Mais, je crois que le Bon Dieu voulait que les choses mûrissent tout doucement, pour bien montrer à Rome que nous avons fait tout ce que nous avons pu pour arriver à obtenir cette autorisation d'avoir des évêques vraiment traditionnels.

Tout en signant le protocole, Rome a refusé de nous donner ces évêques. Et si nous avions poursuivi, dans la pratique nous aurions eu toutes les peines du monde. Je pense bien qu'il fallait arriver à la décision que j'ai prise, et nous en étions à la toute dernière limite.

Notre bon Mgr de Castro Mayer est si fatigué maintenant qu'il ne peut plus dire sa messe, et cela moins d'un an après les sacres.

Je crois vraiment que cela a été miraculeux, sa venue, son voyage, son admirable profession de foi, l'acceptation de faire avec moi la cérémonie de consécration de nos évêques. Tout cela a été miraculeux. La presse n'a pas mesuré l'importance de sa présence. Mais pour moi et pour les évêques qui ont été consacrés, cela a été vraiment une grâce toute particulière. Le fait qu'il y ait eu deux évêques qui les ont consacrés est très important.

Quant à moi, je me sens bien, je n'ai pas d'infirmité grave, mais quand  même je ressens la fatigue et je vais être obligé de renoncer complètement  aux cérémonies que j'accepte encore de faire parce que je n'en ai plus la force. Je serais maintenant incapable de faire tous ces voyages à travers le monde comme je le faisais. Ils insistent pour que je retourne en Argentine, que j'aille aux Etats-Unis voir le nouveau séminaire de Winona. Mais il y a des limites et je ne peux plus. Je conserve seulement les choses qui ne sont pas fatigantes : une bénédiction de chapelle, une prise de voile chez les carmélites, une première messe à laquelle j'assisterai, enfin peu de choses par rapport à mes activités antérieures. Je sens très bien que pour moi aussi le 30 juin dernier était la date limite. Je crois que le Bon Dieu voulait que ces choses se déroulent comme elles se sont passées. Tous ceux qui ont assisté à cette cérémonie en gardent un souvenir extraordinaire. Tout cela a été providentiel.

Ce que l'on peut espérer, c'est que les fidèles soient de plus en plus nombreux, qu'ils ouvrent les yeux et finissent par voir où se trouve la vérité et constatent que le salut est dans la Tradition et non dans l'Eglise conciliaire qui est de plus en plus schismatique.

FIDELITER - Bien sûr vous savez que votre nom a disparu de la dernière édition de l'Annuaire Pontifical.

Monseigneur - Je pense qu'il n'a pas disparu de l'annuaire du Bon Dieu, du moins je l'espère... et c'est le principal.

Propos recueillis par André CAGNON

Source : Fideliter n° 70 de juillet-août 1989 / La Porte Latine

 

Note

(1) Les chrétiens de la déchirure, Jean-Marie Paupert.

 

 

 

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