François, de Jérusalem aux jardins du
Vatican, abbé Philippe Toulza - Juillet 2014
Un an après le Brésil, le
pape François a effectué son
deuxième grand voyage en
se rendant en Terre sainte,
du 24 au 26 mai dernier.
Le souverain pontife a
commencé cet itinéraire
par la Jordanie ; puis il
s'est rendu en Palestine,
précisément à Bethléem ;
enfin il a visité Jérusalem
et ses multiples lieux saints.
Que peut-on retenir de
ce voyage ?
Le souverain pontife s'est arrêté, pendant
quelques jours, sur la terre du Sauveur. En
retiendrons-nous le souvenir des invitations
qu'a multipliées François à la paix entre les
hommes et à la réconciliation ? Le refus (au moins
théorique) par le pape d'une unité entre dissidents
orientaux et catholiques qui reposerait sur la recherche
d'un « plus petit dénominateur commun »
doctrinal (déclaration du 25 mai) ? La célébration
oecuménique dans la basilique du Saint-Sépulcre ?
Les appels de François au « droit à la liberté religieuse
» (par exemple dans son discours au roi de
Jordanie) – comme si les discriminations, voire les
persécutions, subies par les catholiques au Proche-
Orient pouvaient être évitées par le recours à un
faux principe ?
Il faut le reconnaître, et c'est une incise qui mérite
d'être développée, les voyages qu'effectuent les papes
depuis environ cinquante ans constituent une réalité
devant laquelle le catholique de Tradition peut
se trouver désarçonné par manque d'éléments de
comparaison. Il n'en est pas de même pour le reste
des actions pontificales. Jean XXIII convoque un
concile ? Paul VI réforme la liturgie ? Jean-Paul II édite un Code de droit canonique ? Il nous est possible
d'aborder ces actes pontificaux en nous souvenant
de ceux du même genre posés par leurs prédécesseurs
: car de nombreux papes ont, auparavant,
convoqué des conciles, réformé la liturgie ou décidé du droit. En revanche aucun pape, avant
Paul VI, n'a effectué des voyages lointains
qui nous permettraient de les comparer
aux voyages des papes actuels et
d'user de la règle indiquée par saint Paul :
« Omnia probáte, quod bonum est tenéte »,
« Examinez toutes choses, retenez ce qui
est bon » (1 Th 5, 21), donc aussi mettez
l'ivraie de côté. Sans doute quelques
souverains pontifes,
par exemple au
xviiie siècle, ont effectué des voyages loin
des États pontificaux, mais ces déplacements
offrent peu de ressemblance avec
les voyages récents. Et ce, notamment en
raison de la croissance extraordinaire des
techniques de transport, qui a caractérisé
les soixante dernières années. À quoi il
faut ajouter l'essor sans précédent des relations
internationales, essor auquel participe
l'État du Vatican.
Une invitation originale
Ce préambule étant posé, restreignons
l'objet de notre intérêt au moment peutêtre
le plus mémorable de ce voyage :
l'invitation que le pape François a faite
au président de l'État d'Israël, Shimon
Pérès, et à son homologue palestinien,
Mahmoud Abbas, de se rendre au Vatican
pour y prier en faveur de la paix – invitation
formulée le 25 mai. C'est un bon
exemple de ce que le manque d'éléments
de comparaison dans les pontificats antérieurs
ne s'avère pas toujours nécessaire.
MM. Pérès et Abbas ont répondu à
l'invitation. Le 8 juin, une cérémonie de
prière pour la paix a donc eu lieu dans les
jardins du Vatican. Des représentants du
judaïsme (côté Pérès) ont d'abord lu des
psaumes et formé des prières : prière de la
fête du Yom Kippour ; prière du rabbin
ukrainien Nahman de Breslav, etc. Puis les chrétiens ont pris la parole, orthodoxes
et catholiques mêlés, le patriarche
de Constantinople Bartholomée Ier étant
présent. Enfin l'on a écouté les représentants
musulmans prononcer diverses
prières en langue arabe. Finalement, le
pape, Shimon Pérès et Mahmoud Abbas
ont tour à tour pris la parole.
Il ne faudrait cependant pas que l'arbre
cache la forêt. Se scandaliser que l'imam
conclue ainsi sa prière avec une insolence
tranquille ; ou que le Vatican ait
caché, dans la publication de ces prières
qu'il a ordonnée sur son site officiel, cette
conclusion de la prière de l'imam sur les
« peuples infidèles », est louable. Mais en
rester là ne suffit pas. Car cela laisse entendre
que la petite « cérémonie » organisée
par le pape dans les jardins du
Vatican, parce qu'elle s'est faite en faveur
de la paix, n'avait rien de déplorable en
elle-même. Il ne faut pas s'étonner qu'un
musulman appelle, à Rome, à la victoire
des mahométans sur les chrétiens, dès
lors qu'on lui donne la parole. Le mal,
c'est qu'il ait reçu cette dernière dans un
pareil cadre. Tout cela fait penser aux cris
d'orfraie que d'aucuns poussent devant
les abus de la nouvelle messe, sans reconnaître
que la nouvelle messe constitue
elle-même un abus. Prononcer devant le
pape le verset 286 de la deuxième sourate
n'est qu'un scandale inscrit dans un autre,
à la façon d'une poupée russe. Comme l'a
rappelé Fideliter dans son numéro 200 (mars-avril 2011, page 14), la morale catholique
interdit d'inviter autrui à toute
prière d'une religion non catholique.
Le pape souhaite user de son autorité
pour éviter de trop grandes souffrances
des peuples orientaux qui s'entre-déchirent.
Dans un contexte conflictuel au
plus haut point et dont les catholiques
sont aussi les victimes, il invite deux
chefs d'État à se serrer la main, à échanger
des sourires et de bonnes paroles :
pourquoi pas ? Démunis de repères antécédents
– faut-il le répéter ? – nous
gagnons à rester circonspects dans l'appréciation
de ces initiatives pontificales.
Mais nous bénéficions de suffisamment
de repères antérieurs pour nous attrister
de la cérémonie au contenu ébouriffant
qui s'est faite le 8 juin. L'invite, faite à
des musulmans et à des juifs, à prier dans
leurs rites respectifs reste inconcevable.
Le verset 286 récité audacieusement, le
8 juin, par l'imam, est une illustration des
risques que fait courir le partenariat interreligieux,
insouciant des principes les
plus établis de la morale catholique.
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