Une vie équilibrée

Pour une vie spi­ri­tuelle fer­vente, il faut veiller à ce que notre vie natu­relle soit elle-​même équi­li­brée. Voici quelques pistes de réflexion don­nées par le direc­teur d’une œuvre d’éducation.

Nous vivons dans un monde de plus en plus désor­don­né. Et cha­cun sent confu­sé­ment qu’il faut retrou­ver une vie équi­li­brée si nous vou­lons pro­gres­ser dans la vie chré­tienne, ou même tout sim­ple­ment mener une bonne vie chré­tienne. Nous avons sous les yeux les consé­quences désas­treuses du mode de vie actuel : dépres­sions, sépa­ra­tions ou divorces, ner­vo­si­té crois­sante, désordres fami­liaux, insta­bi­li­té et fai­blesse des carac­tères, tié­deur spi­ri­tuelle, vul­né­ra­bi­li­té des esprits…

Tous, nous vou­lons évi­ter cela, pour nous et pour nos enfants. C’est pour­quoi il est néces­saire de com­men­cer par le com­men­ce­ment, c’est-à- dire par s’imposer des condi­tions de vie saine et équilibrée.

Qu’est-ce donc qu’une vie équilibrée ?

C’est tout sim­ple­ment une vie dans laquelle on s’impose un cer­tain nombre de condi­tions qui vont favo­ri­ser le déve­lop­pe­ment har­mo­nieux des facul­tés humaines et des vertus.

Regardez Dieu dans sa créa­tion ! Il a tout fait avec ordre et mesure. Et si la créa­tion dans son ensemble glo­ri­fie Dieu, mani­feste les per­fec­tions de Dieu, c’est parce quelle donne toute sa mesure, dans l’ordre har­mo­nieux vou­lu par Dieu.

De même, pour que l’homme s’élève en sagesse et en ver­tu, il faut qu’il ordonne tous les aspects de sa vie de manière à favo­ri­ser l’élévation de son âme.

La vie béné­dic­tine reste un modèle de vie équi­li­brée, parce quelle est orga­ni­sée pour réa­li­ser le per­fec­tion­ne­ment de toutes les âmes, quels que soient leurs talents.

Le monde moderne n’a plus un objec­tif si éle­vé, car il est deve­nu maté­ria­liste, il cherche la ren­ta­bi­li­té, il nour­rit l’indépendance, il place le bon­heur dans toutes les jouis­sances ter­restres… N’ayant plus le même idéal quant à la réus­site d’une vie humaine, il ne pro­pose plus les mêmes bases, les mêmes condi­tions de vie. Et c’est-ainsi que nous nous éloi­gnons des habi­tudes de vie équilibrée.

Après ces quelques consi­dé­ra­tions, don­nons une liste des condi­tions essen­tielles qui forment le cli­mat dans lequel une vie chré­tienne peut s’épanouir normalement.

  • Domination de la sen­si­bi­li­té et de l’imagination

L’intelligence et la volon­té, pour s’exercer nor­ma­le­ment, ne doivent pas être acca­pa­rées par la par­tie sen­sible de l’âme. C’est pour­quoi il est néces­saire, chez cer­taines per­sonnes, de remettre la sen­si­bi­li­té et l’imagination dans de justes limites, sinon la vie s’écoule dans l’instabilité : on passe sou­vent « de la cave au gre­nier », de l’accablement le plus pro­fond à l’exubérance incontrôlée.

Pour recon­qué­rir ces facul­tés, il est néces­saire de faire dès le début, une diver­sion en se plon­geant dans le réel, dans une acti­vi­té manuelle qui aide à sor­tir de soi, et donc qui apporte des satisfactions.

  • La régu­la­ri­té des horaires

Une vie réglée, c’est une vie où l’on peut res­pec­ter la hié­rar­chie des choses, sans être bous­cu­lé. Ce seul aspect faci­lite la pra­tique de nom­breuses ver­tus : la pié­té, la vie fami­liale, le tra­vail, la détente, la for­ma­tion spi­ri­tuelle et intel­lec­tuelle, la vie sociale. Cet ordre est très impor­tant ; il nous per­met de domi­ner les acti­vi­tés de notre jour­née, et donc de gar­der la pra­tique de la volon­té de Dieu, sans sur­charge, tout en éli­mi­nant le caprice.

Il faut res­ter très ferme sur l’heure du cou­cher et par suite du lever. Pour don­ner son plein ren­de­ment sans trop de fatigue, le corps a besoin de cette régularité.

  • Les repas équi­li­brés et la détente

Le monde moderne donne l’impression que le temps du repas est du temps per­du, et beau­coup « expé­dient » ce devoir envers leur corps.

C’est un tort ! Le corps a besoin de ce temps de repos que donnent les trois quarts d’heure d’un repas nor­mal ; de plus il a besoin d’un apport ali­men­taire équi­li­bré et bien mâché. Qui nie­ra que le corps ait une influence sur l’âme ? Alors, res­pec­tons les réels besoins de « frère l’âne », si nous vou­lons qu’il soit un bon ins­tru­ment de l’âme.

La détente devient éga­le­ment indis­pen­sable dans ce monde agi­té, stres­sé. Ce n’est pas du temps per­du ! Le sys­tème ner­veux a besoin de se reprendre aus­si, de se repo­ser. La détente dans une acti­vi­té phy­sique est la meilleure : marche, sport, jeux, jar­di­nage, vélo…

  • Avoir un temps d’avance

Pour les acti­vi­tés inha­bi­tuelles, l’organisation per­met à la fois de réa­li­ser des pro­jets à court terme, et par ailleurs de ne pas être débor­dé. Le tout est de pré­voir lar­ge­ment le temps néces­saire pour chaque chose. Ainsi, nous res­te­rons calmes, dis­po­nibles, et la patience, la dou­ceur, la bon­té, n’en seront que plus faciles à exercer.

D’autre part, la pos­si­bi­li­té d’avoir des pro­jets à court terme et de les réa­li­ser, per­met de déve­lop­per toutes nos facul­tés, d’apprendre à nous dépas­ser en sur­mon­tant quelques obs­tacles, et de goû­ter des satis­fac­tions, des joies qui nous gardent dans la générosité.

  • Une vie simple, asso­ciée au dévouement

Apprendre à se conten­ter du néces­saire dans le monde maté­riel, sup­prime beau­coup d’occasions de péché et per­met de faire appa­raître nos vraies richesses.

Le dévoue­ment tue l’égoïsme qui est au fond de cha­cun de nous en obli­geant au renon­ce­ment à soi-​même ; et puis il nous aide à rela­ti­vi­ser nos épreuves en décou­vrant des misères morales ou spi­ri­tuelles. Il faci­lite gran­de­ment l’exercice de la cha­ri­té fra­ter­nelle et de la pié­té. Cependant, il faut trou­ver le juste milieu pour ne pas nuire à la vie fami­liale et spirituelle.

La vie moderne ne nous offre plus l’exemple d’une vie équi­li­brée, mais à nous d’y tra­vailler pour faci­li­ter notre vie chrétienne.

L’hauteur de ces quelques lignes vivait avant l’ère du numé­rique. Ajoutons donc pour com­plé­ter le tableau, qu’un temps trop grand pas­sé sur les moyens de com­mu­ni­ca­tion sont destructeurs !

Source : Pour qu’il règne, octobre 2025