Profession de foi catholique de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

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Pour éclai­rer les âmes face aux erreurs modernes.

Les notes de bas de page de la pro­fes­sion de foi figurent uni­que­ment dans le docu­ment PDF ci-dessus.

Au nom de la sainte et indi­vise Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit.

Préambule

  1. Je pro­fesse et j’embrasse l’entière véri­té de la foi catho­lique, telle qu’elle a été « reçue par les Apôtres de la bouche même de Notre Seigneur Jésus-​Christ, ou trans­mise comme de main à main par les Apôtres eux-​mêmes sous la dic­tée de l’Esprit-Saint », puis conser­vée fidè­le­ment et par­ve­nue jusqu’à nous en une suc­ces­sion conti­nue dans l’Église catho­lique, à tra­vers la pré­di­ca­tion des papes et des évêques, les écrits des Pères de l’Église et des théo­lo­giens, et les défi­ni­tions des saints conciles.
  2. Je reçois fer­me­ment toutes et cha­cune des véri­tés que l’Église infaillible a pro­po­sées comme divi­ne­ment révé­lées et néces­saires au salut, soit par les défi­ni­tions de son Magistère solen­nel, soit par l’unanimité de son Magistère ordi­naire et uni­ver­sel. Je reçois éga­le­ment tout ce qui appar­tient à la doc­trine catho­lique en rai­son d’une connexion néces­saire avec le dépôt révé­lé, et je tiens pour sûres les véri­tés que l’Église a ensei­gnées avec constance afin de pré­ser­ver ce dépôt contre les erreurs.
  3. Je rejette en consé­quence toutes les erreurs contraires à cette foi, spé­cia­le­ment celles du libé­ra­lisme, de l’indifférentisme, du moder­nisme, de l’œcuménisme et du laï­cisme, condam­nées par les papes Pie IX, Léon XIII, saint Pie X, Pie XI et Pie XII. Ces erreurs, en effet, obs­cur­cissent la doc­trine révé­lée, faussent la Tradition, défi­gurent la sainte litur­gie, cor­rompent les mœurs, affai­blissent l’esprit mis­sion­naire et désa­grègent l’ordre social chré­tien, nui­sant gra­ve­ment au salut des âmes.
  4. Je pro­fesse cette foi et rejette toutes les erreurs qui lui sont contraires parce que je veux demeu­rer fidè­le­ment sou­mis à la sainte Église catho­lique, apos­to­lique et romaine, Maîtresse de véri­té, ain­si qu’au Pape, Vicaire du Christ, dans l’attachement à la Rome éter­nelle qui a reçu mis­sion de gar­der sain­te­ment et d’exposer fidè­le­ment le dépôt révé­lé jusqu’à la fin des siècles.
  5. J’ajoute que, dans la confu­sion pré­sente, il ne suf­fit plus de rap­pe­ler quelques véri­tés iso­lées. Il devient indis­pen­sable de mettre en pleine lumière l’ordre entier de la doc­trine catho­lique, dans sa cohé­rence sur­na­tu­relle et son har­mo­nie lumi­neuse, sans omettre aucun dogme, sans dimi­nuer aucune véri­té, sans sub­sti­tuer à la foi reçue un lan­gage équi­voque ou tron­qué qui, sous pré­texte d’œcuménisme ou d’adaptation au monde, défi­gure cette doc­trine avec une audace tou­jours plus grande. 
  6. La cha­ri­té elle-​même com­mande de pro­fes­ser cette doc­trine avec clar­té, patience et force, pour la gloire de Dieu, l’honneur de l’Église et le salut des âmes.

I. La Révélation divine, la foi et la Tradition

  1. Je crois que Dieu, dans sa bon­té, a appe­lé l’homme, par le don de la grâce, à obte­nir la vision béa­ti­fique. Je tiens fer­me­ment et je pro­fesse que cette exal­ta­tion de l’homme dépasse les forces et les exi­gences de la nature humaine, et qu’elle est un don gra­tuit de Dieu, c’est-à-dire un don surnaturel.
  2. Je crois que Dieu n’a pas lais­sé l’homme à ses seules forces natu­relles, mais qu’il lui a révé­lé les mys­tères de sa vie divine et la des­ti­née sur­na­tu­relle à laquelle il l’appelle. C’est ain­si que, après avoir par­lé autre­fois par les Prophètes dans l’ancienne Alliance, il a par­lé défi­ni­ti­ve­ment par son Fils unique, Notre Seigneur Jésus-​Christ, dans la nou­velle Alliance, avec laquelle la Révélation divine a reçu son par­fait accomplissement.
  3. Cette Révélation est la parole véri­dique de Dieu, confiée à l’Église comme un dépôt, et pro­po­sée aux hommes comme règle de foi sous la forme d’un corps de doc­trine, dans lequel les mys­tères sont for­mu­lés d’une manière qui les rend intel­li­gibles et expri­mables par des mots. La Révélation n’est pas l’expression pro­gres­sive d’une conscience reli­gieuse, ni le fruit d’une expé­rience col­lec­tive de la com­mu­nau­té croyante ; elle est la véri­té même de Dieu se com­mu­ni­quant sur­na­tu­rel­le­ment à l’intelligence des hommes pour leur salut.
  4. Je crois que le dépôt de la foi a été ache­vé avec la mort du der­nier Apôtre. Après les Apôtres, l’Église ne reçoit pas une nou­velle Révélation : elle garde, explique, défend et trans­met le dépôt reçu.
  5. Je recon­nais les preuves externes de la Révélation, en par­ti­cu­lier les miracles et les pro­phé­ties, comme des signes très cer­tains par les­quels l’origine divine de la reli­gion chré­tienne est démon­trée de manière adap­tée à l’intelligence humaine, en tout temps et en tout lieu. Je recon­nais éga­le­ment l’Église elle-​même, par son uni­té, sa sain­te­té, sa catho­li­ci­té, sa fécon­di­té et sa sta­bi­li­té invin­cible, comme un motif per­ma­nent de cré­di­bi­li­té et un témoi­gnage irré­fu­table de sa mis­sion divine.
  6. Je pro­fesse que la foi est la sou­mis­sion sur­na­tu­relle de l’intelligence, sous la motion de la grâce, à la véri­té révé­lée exté­rieu­re­ment par Dieu. Elle ne repose ni sur l’évidence des choses vues, ni sur le juge­ment pri­vé, ni sur l’expérience de ce qui est vécu, mais sur l’autorité même de Dieu qui parle et qui, étant la Vérité pre­mière, ne peut ni se trom­per ni nous trom­per. La foi n’est donc ni un sen­ti­ment reli­gieux aveugle, ni une émo­tion de l’âme, ni une convic­tion intime pro­duite par la conscience per­son­nelle ou col­lec­tive. Elle est la ver­tu sur­na­tu­relle qui sur­élève l’intelligence humaine et lui per­met de connaître Dieu tel qu’il est, grâce au témoi­gnage que Dieu donne de lui-​même, en atten­dant la vision.
  7. Je rejette par consé­quent l’erreur du moder­nisme, telle qu’elle sévit encore actuel­le­ment, qui réduit la foi à une expé­rience inté­rieure, à une aspi­ra­tion sen­sible, ou à une prise de conscience pro­gres­sive de la com­mu­nau­té croyante. Une telle concep­tion détruit la notion même de dogme et rend impos­sible l’obligation de croire, rem­pla­çant la véri­té divine par la sin­cé­ri­té sub­jec­tive et livrant la doc­trine aux fluc­tua­tions de l’histoire.
  8. Je pro­fesse encore que le dépôt de la doc­trine révé­lée par Dieu est ren­fer­mé dans ses deux sources que sont la Sainte Écriture et la Tradition. Je pro­fesse que la Tradition com­porte plus d’une véri­té révé­lée par Dieu qui ne se trouve pas dans l’Écriture, et que par consé­quent l’Écriture doit être lue et com­prise dans la dépen­dance de la Tradition.
  9. Je pro­fesse que la Sainte Écriture, dont les livres ont été écrits inté­gra­le­ment, en toutes leurs par­ties, sous l’inspiration du Saint-​Esprit, est véri­ta­ble­ment la parole de Dieu, exempte de toute erreur et confiée à l’interprétation authen­tique du Magistère de l’Église, selon la norme de la Tradition et selon l’analogie de la foi.
  10. Je rejette donc l’exégèse ratio­na­liste, qui traite les livres saints comme des docu­ments ayant seule­ment l’homme pour auteur, qui exclut a prio­ri la pos­si­bi­li­té du sur­na­tu­rel, sépare arti­fi­ciel­le­ment le Christ his­to­rique de la foi de l’Église, dis­sout les miracles dans le sym­bole, ou sou­met l’Écriture aux hypo­thèses chan­geantes et aux mani­pu­la­tions des méthodes cri­tiques natu­ra­listes. La vraie science biblique doit se mettre au ser­vice de l’intelligence de la foi ; il ne lui appar­tient pas de se faire la règle, l’interprète ou le juge de la parole de Dieu.
  11. Je pro­fesse enfin que la Tradition n’est pas une mémoire morte, mais la trans­mis­sion vivante de la doc­trine reçue des Apôtres. Elle demeure vivante par dis­tinc­tion d’avec la Révélation qui est close. Elle l’est à la fois dans l’activité du Magistère de l’Église ensei­gnante et dans la pro­fes­sion de foi de l’Église ensei­gnée, dont le « sen­tire cum Ecclesia » est le résul­tat pro­duit par l’enseignement du Magistère. La Tradition peut se dire « vivante », non pas au sens où elle chan­ge­rait de signi­fi­ca­tion, mais au sens où le Magistère vivant pro­pose à tra­vers les siècles, d’une manière tou­jours plus claire et plus expli­cite, la même véri­té selon la même signi­fi­ca­tion. Ce qui a été cru par tous, par­tout et tou­jours, comme appar­te­nant à la foi, ne peut être nié ni mis en doute par aucune mode théo­lo­gique, aucune pres­sion pas­to­rale, aucune néces­si­té diplo­ma­tique, aucune pré­ten­due exi­gence du monde moderne.

II. Dieu, principe et fin de toutes choses, Trinité sainte

  1. Je pro­fesse l’existence d’un Dieu unique, per­son­nel, vivant et vrai, prin­cipe pre­mier et fin der­nière de toutes choses, qui au com­men­ce­ment créa à par­tir de rien le ciel et la terre, les choses visibles et invi­sibles. Infiniment par­fait, éter­nel et tout-​puissant, immuable, incom­pré­hen­sible dans son essence et sou­ve­rai­ne­ment libre dans ses œuvres, il est dis­tinct du monde qu’il a créé libre­ment, qu’il conserve dans l’existence et qu’il gou­verne par sa Providence.
  2. Je pro­fesse que Dieu peut être connu avec cer­ti­tude par la lumière natu­relle de la rai­son à par­tir de ses créa­tures, comme la cause est connue par ses effets. La foi catho­lique recon­naît en effet que l’intelligence humaine est capable d’atteindre véri­ta­ble­ment la réa­li­té des choses, d’en connaître sou­vent les causes, et de par­ve­nir à de vraies certitudes.
  3. C’est pour­quoi je rejette l’agnosticisme moderne, le scep­ti­cisme phi­lo­so­phique, le sub­jec­ti­visme idéa­liste, et toutes les doc­trines qui limitent la por­tée de la connais­sance humaine aux phé­no­mènes sen­sibles ou aux construc­tions de la conscience, niant par là la pos­si­bi­li­té même d’un Magistère ecclé­sias­tique et d’une théo­lo­gie véritable.
  4. Je confesse qu’en l’unique nature divine sub­sistent trois Personnes réel­le­ment dis­tinctes : le Père, le Fils et le Saint-​Esprit, Trinité consub­stan­tielle et indi­vi­sible. Le Père est sans prin­cipe ; le Fils est engen­dré de toute éter­ni­té par le Père ; le Saint-​Esprit pro­cède éter­nel­le­ment du Père et du Fils comme d’un seul prin­cipe. Mais ces trois Personnes sont une seule et même sub­stance divine : elles sont un seul Éternel et non pas trois Éternels ; un seul Dieu sage, bon, tout-​puissant, et non pas trois dieux éga­le­ment sages, bons et tout-​puissants ; elles ne font qu’un dans la volon­té et la pro­vi­dence divine,et jouissent d’une seule et même gloire.
  5. Je rejette les pro­fes­sions dimi­nuées de la foi tri­ni­taire qui, sous pré­texte d’unité reli­gieuse ou de pru­dence œcu­mé­nique, taisent volon­tai­re­ment ce que Dieu a révé­lé sur lui-​même. Il ne suf­fit pas de dire avec les juifs et les musul­mans que Dieu est un ; il ne suf­fit pas de recon­naître avec les ariens que le Fils est de même nature que le Père ; il ne suf­fit pas non plus de confes­ser avec les grecs schis­ma­tiques que le Saint-​Esprit pro­cède du Père en tai­sant le Filioque. Ce faux iré­nisme pour­suit une concorde illu­soire : en omet­tant de pro­fes­ser cer­taines véri­tés révé­lées, il sub­sti­tue la confu­sion à la clar­té et menace l’intégrité de la foi.

III. La création de l’homme et l’ordre surnaturel de la grâce

  1. Je crois que Dieu a créé l’homme à son image, pour­vu d’une âme spi­ri­tuelle et immor­telle, capable de connaître la véri­té, d’aimer le bien connu par la rai­son natu­relle, et de se tour­ner libre­ment vers son Créateur. L’homme n’est donc pas le pro­duit néces­saire d’une évo­lu­tion aveugle, ni le simple résul­tat de forces maté­rielles ; il vient de Dieu comme de sa cause créa­trice, dépend de Dieu qui le main­tient dans l’être, et est ordon­né à Dieu comme à sa fin.
  2. Je pro­fesse que Dieu n’a pas des­ti­né l’homme à sa seule per­fec­tion natu­relle, mais l’a appe­lé gra­tui­te­ment à une fin sur­na­tu­relle qui dépasse abso­lu­ment les forces et les droits de la nature créée : la vision béa­ti­fique, par laquelle l’âme ver­ra Dieu face à face et par­ti­ci­pe­ra à la vie intime de la Très Sainte Trinité. Que l’homme soit appe­lé à deve­nir enfant de Dieu, par­ti­ci­pant de la nature divine et héri­tier du Ciel, n’est pas l’accomplissement néces­saire de sa nature, mais un pur effet de la libé­ra­li­té divine.
  3. Je rejette donc toute doc­trine qui dis­sout la dis­tinc­tion entre nature et grâce, qui fait de la vie sur­na­tu­relle une exi­gence de la nature humaine, ou qui pré­sente la grâce comme un simple déve­lop­pe­ment inté­rieur des capa­ci­tés natu­relles de l’homme. Une telle confu­sion ruine à la fois la gra­tui­té du sur­na­tu­rel et la réa­li­té de la nature. Elle finit par réduire la foi à une anthro­po­lo­gie reli­gieuse, et la Rédemption à une révé­la­tion de l’homme à lui-même.
  4. Je pro­fesse éga­le­ment que la grâce ne détruit ni ne rem­place la nature : elle la gué­rit, l’élève et la per­fec­tionne tout en la conser­vant. L’ordre sur­na­tu­rel ne remet en cause ni la rai­son, ni la loi natu­relle, ni les créa­tures ; il les gué­rit et les subor­donne à une fin plus haute. C’est pour­quoi l’opposition moderne entre la liber­té humaine et la grâce, entre la digni­té de la per­sonne et la dépen­dance envers Dieu, entre la culture et la foi, est radi­ca­le­ment fausse.
  5. Je rejette le faux huma­nisme reli­gieux qui célèbre l’homme en lui-​même, comme si l’Incarnation avait révé­lé d’abord et seule­ment l’image de Dieu dans la créa­tion de l’homme, plu­tôt que la misère du péché et la misé­ri­corde de Dieu s’abaissant vers le pécheur. L’homme n’est vrai­ment grand que lorsqu’il reçoit hum­ble­ment la grâce qui le gué­rit et l’élève, fait péni­tence pour ses péchés, se sou­met à la véri­té et vit en enfant de Dieu. En se sépa­rant de Dieu, il ne s’exalte pas : il se perd.
  6. Je pro­fesse que la digni­té humaine, dans laquelle Dieu a éta­bli sa créa­ture au som­met du monde maté­riel, ne peut jamais être invo­quée contre la loi de Dieu, contre la néces­si­té de la conver­sion, ou contre la sou­mis­sion à la véri­té révé­lée. Cette digni­té est bles­sée par le péché : elle doit être res­tau­rée et sur­éle­vée à la digni­té des fils adop­tifs de Dieu, par la grâce.

IV. Le péché originel et la condition de l’homme

  1. Je crois que nos pre­miers parents furent éta­blis par Dieu dans un état de jus­tice et de sain­te­té ori­gi­nelles, et dotés des dons d’intégrité, d’impassibilité et d’immortalité. Par une faveur par­ti­cu­lière de Dieu, ils pos­sé­daient non seule­ment l’intégrité de leur propre nature, mais encore les dons sur­na­tu­rels qui les ordon­naient à la vie même de Dieu. Adam, chef et prin­cipe de l’humanité, reçut en outre le don de science.
  2. Je pro­fesse que, par sa déso­béis­sance, Adam a réel­le­ment com­mis le péché ori­gi­nel, qui se trans­met à tous les hommes par géné­ra­tion. Ce péché est pour tous un péché de nature, qui les condamne à la mort, à la souf­france, à l’ignorance et à la concu­pis­cence. Ayant été dépouillés de la grâce sanc­ti­fiante et des dons pré­ter­na­tu­rels, qu’ils ne peuvent plus trans­mettre à leur des­cen­dance, Adam et Ève ont été chas­sés du para­dis terrestre.
  3. En Adam, la nature de l’homme n’a cepen­dant pas été détruite, mais seule­ment bles­sée : son intel­li­gence, quoiqu’obscurcie, demeure capable de connaître la véri­té ; son libre arbitre, quoiqu’affaibli,demeure capable de vou­loir et d’aimer le bien natu­rel. C’est pour­quoi je rejette toutes les doc­trines qui, dans un pes­si­misme déses­pé­ré, jugent l’homme irré­mé­dia­ble­ment cor­rom­pu et inca­pable de tout bien.
  4. Toutefois, je rejette pareille­ment toutes les doc­trines qui, dans un opti­misme insen­sé, mini­misent le péché ori­gi­nel, exaltent naï­ve­ment la bon­té native de l’homme, ou pré­tendent fon­der la paix uni­ver­selle sur le seul pro­grès moral, tech­nique, poli­tique ou cultu­rel de l’humanité. Les tra­gé­dies de l’histoire, les désordres des socié­tés et les ténèbres du cœur humain s’expliquent fon­da­men­ta­le­ment, d’abord et avant tout, par la bles­sure pro­fonde du péché.
  5. Je pro­fesse que l’homme a besoin d’être sau­vé par une rédemp­tion qui le délivre à la fois de ce péché ori­gi­nel et de l’ensemble de ses péchés per­son­nels. Cette rédemp­tion – ou ce rachat – néces­site le don de la grâce de Dieu dans le Christ : sans elle, l’homme ne peut pas se sau­ver lui-​même par ses œuvres natu­relles, sa culture, sa science ou sa sin­cé­ri­té reli­gieuse. Sans la grâce sanc­ti­fiante du Christ, il demeure inca­pable d’atteindre sa fin surnaturelle.
  6. Je rejette donc le natu­ra­lisme moderne, qu’il soit théo­rique (en phi­lo­so­phie ou en théo­lo­gie) ou pra­tique (en morale, en poli­tique ou en pas­to­rale). Toute doc­trine qui parle de fra­ter­ni­té, de paix, de digni­té ou de pro­grès, sans recon­naître le péché, la Croix ni la néces­si­té de la grâce, bâtit sur un fon­de­ment illu­soire et finit par trom­per les âmes qu’elle pré­tend servir.
  7. Je pro­fesse en même temps que la gra­vi­té du péché ne doit jamais conduire au déses­poir, car Dieu, dans sa misé­ri­corde, n’a pas aban­don­né l’homme après sa chute, mais dès les ori­gines, lui a pro­mis un Sauveur né de la Femme, dont il a pré­pa­ré pro­gres­si­ve­ment l’avènement à tra­vers l’histoire du salut.
  8. En tout cela, je pro­fesse que les faits rap­por­tés par le livre de la Genèse tou­chant les fon­de­ments de la reli­gion catho­lique sont à prendre au sens lit­té­ral his­to­rique : par exemple, la créa­tion de toutes choses faite par Dieu au com­men­ce­ment du temps ; la créa­tion par­ti­cu­lière de l’homme ; la for­ma­tion de la pre­mière femme à par­tir du pre­mier homme ; l’unité du genre humain ; le bon­heur ori­gi­nel des pre­miers parents dans l’état de jus­tice d’intégrité et d’immortalité ; le com­man­de­ment don­né par Dieu à l’homme pour éprou­ver son obéis­sance ; la trans­gres­sion du pré­cepte divin, à l’ins­ti­ga­tion du diable sous la forme du ser­pent ; la déchéance des pre­miers parents de cet état pri­mi­tif d’in­no­cence ; ain­si que la pro­messe du Rédempteur à venir.

V. Jésus-​Christ, Verbe incarné, unique Médiateur et Rédempteur

  1. Je crois et pro­fesse que Notre Seigneur Jésus-​Christ est le Verbe éter­nel de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, consub­stan­tiel au Père selon la divi­ni­té et de même nature que nous selon l’humanité, sem­blable à nous hor­mis le péché. Il est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes, l’unique Sauveur du genre humain, l’unique Roi des âmes et des socié­tés, pro­mis par Dieu dans sa misé­ri­corde à nos pre­miers parents et annon­cé par les prophètes.
  2. Je pro­fesse que lorsque vint la plé­ni­tude des temps, le Fils de Dieu s’est incar­né, non pour confir­mer l’homme dans sa digni­té humaine ou pour lui révé­ler l’image de Dieu en lui-​même, mais pour le sau­ver du péché et lui redon­ner accès à la vie éter­nelle. Né de la Vierge Marie, sans ces­ser d’être Dieu il a pris une nature humaine véri­table, a vécu par­mi nous, a ensei­gné la véri­té, a accom­pli les pro­phé­ties, a mani­fes­té sa divi­ni­té par ses miracles, puis s’est offert libre­ment sur la Croix en sacri­fice pro­pi­tia­toire pour les péchés du monde.
  3. Je pro­fesse que la Rédemption est une satis­fac­tion véri­table offerte à la jus­tice divine, en répa­ra­tion pour le péché d’origine et les péchés per­son­nels. Le Christ, Prêtre et Victime dans son huma­ni­té sainte, nous a rache­tés par son Sang. En por­tant nos péchés et en subis­sant la peine qui nous était due, il a offert à son Père un acte par­fait d’obéissance, acte d’amour et de répa­ra­tion, auquel la digni­té de sa Personne divine confé­rait une valeur méri­toire infinie.
  4. Je rejette donc toute doc­trine qui rédui­rait la Rédemption à une simple mani­fes­ta­tion de l’amour de Dieu, à une soli­da­ri­té du Christ avec les souf­frances humaines, à une révé­la­tion de la digni­té de l’homme, ou à une libé­ra­tion pure­ment morale, poli­tique ou sociale. La Croix n’est pas seule­ment un signe : elle est l’autel du sacri­fice rédemp­teur. Le Christ n’a pas seule­ment annon­cé le salut : il l’a méri­té par son sacri­fice. Sa pas­sion volon­taire et sa mort sur la Croix consti­tuent l’unique sacri­fice rédemp­teur par lequel l’humanité est récon­ci­liée avec Dieu.
  5. Je pro­fesse que le troi­sième jour il est res­sus­ci­té glo­rieux d’entre les morts, et que cette résur­rec­tion est pro­pre­ment un fait his­to­rique. Elle est le signe le plus écla­tant de sa vic­toire défi­ni­tive sur le péché, la mort et l’enfer. Elle consti­tue le fon­de­ment de l’espérance chré­tienne et le gage de notre propre résur­rec­tion. Elle repré­sente aus­si le prin­ci­pal motif de cré­di­bi­li­té de la divi­ni­té de Jésus-Christ.
  6. Je crois que qua­rante jours plus tard il est mon­té aux cieux, qu’il siège désor­mais à la droite de son Père, qu’il gou­verne invi­si­ble­ment son Église par l’intermédiaire de son Vicaire, et qu’il inter­cède pour nous constam­ment, en atten­dant de reve­nir dans la gloire à la fin des temps, pour juger les vivants et les morts.
  7. Je pro­fesse éga­le­ment que si le Christ est mort pour tous, tous ne sont pas sau­vés par le fait même. Les mérites de la Passion doivent être appli­qués aux âmes, ce qui a lieu ordi­nai­re­ment lorsque celles-​ci reçoivent avec les dis­po­si­tions requises les sacre­ments qui leur com­mu­niquent la grâce sanc­ti­fiante. Celui qui refuse les sacre­ments, les reçoit indi­gne­ment, ou qui demeure volon­tai­re­ment dans le péché se ferme au salut que le Christ lui a acquis.
  8. Je rejette donc le faux opti­misme d’une rédemp­tion uni­ver­selle déjà réa­li­sée en tout homme, indé­pen­dam­ment de sa conver­sion et de sa per­sé­vé­rance. Une telle doc­trine détruit l’urgence de la pré­di­ca­tion, affai­blit le zèle mis­sion­naire, rend inutile la péni­tence et contre­dit les paroles mêmes du Sauveur : « Celui qui croi­ra et sera bap­ti­sé sera sau­vé ; celui qui ne croi­ra pas sera condamné. »
  9. Je pro­fesse enfin que Jésus-​Christ est non seule­ment le Rédempteur des indi­vi­dus, mais le centre de toute l’histoire et le Roi de toute la Création. Tout a été créé par lui et pour lui ; tout doit être res­tau­ré en lui. Aucune culture, aucune socié­té, aucune loi, aucune sagesse humaine ne trouve sa vraie per­fec­tion, com­plète et ache­vée, en dehors de son règne. 

VI. La très sainte Vierge Marie dans l’économie du salut

  1. Je crois que la très sainte Vierge Marie occupe dans l’histoire du salut une place unique vou­lue par Dieu de toute éter­ni­té, et que sa condi­tion n’est donc pas la condi­tion com­mune des autres créa­tures. Celui qui avait réso­lu de don­ner son Fils aux hommes avait aus­si réso­lu de lui don­ner une Mère.
  2. Je pro­fesse que la Bienheureuse Vierge Marie, par un pri­vi­lège sin­gu­lier, fut imma­cu­lée dès le pre­mier ins­tant de sa concep­tion, afin d’être la digne Mère de Jésus-​Christ : pré­ser­vée du péché ori­gi­nel par pré­vi­sion des mérites du Christ et ain­si rache­tée d’une manière plus sublime, com­blée de grâce dès le pre­mier ins­tant de son exis­tence, Marie s’est tou­jours mon­trée par­fai­te­ment fidèle à la volon­té de Dieu.
  3. Je crois qu’elle demeu­ra tou­jours vierge, avant, pen­dant et après l’enfantement ; sa vir­gi­ni­té per­pé­tuelle mani­feste l’origine divine de son Fils et sa consé­cra­tion totale à l’œuvre de Dieu.
  4. Je pro­fesse que, véri­ta­ble­ment Mère de Dieu et Mère des hommes, elle a été asso­ciée d’une manière unique et incom­pa­rable à l’œuvre rédemp­trice de son divin Fils : nou­velle Ève auprès du nou­vel Adam, son « Fiat » a ouvert la voie à l’Incarnation ; sa fidé­li­té silen­cieuse a accom­pa­gné toute la vie du Sauveur ; sa Compassion dou­lou­reuse au pied de la Croix l’a unie d’un seul cœur au sacri­fice rédempteur.
  5. Je pro­fesse qu’ainsi unie à son divin Fils, elle a méri­té par conve­nance dans sa Compassion ce que le Christ a méri­té par jus­tice stricte dans sa Passion ; non comme cause prin­ci­pale de la Rédemption, mais comme asso­ciée subor­don­née, dépen­dante et toute rela­tive à son Fils, dans un seul et même acte du rachat de nos âmes. C’est en ce sens que la pié­té catho­lique, appuyée sur l’enseignement tra­di­tion­nel des papes et des théo­lo­giens, l’appelle à juste titre, en rai­son de cette Compassion, « Corédemptrice », et par consé­quent « Médiatrice universelle ».
  6. Je rejette par consé­quent avec indi­gna­tion la ten­dance moderne à dimi­nuer les pri­vi­lèges de la très sainte Vierge sous pré­texte de pru­dence œcu­mé­nique, de dia­logue avec les fausses reli­gions, ou par crainte fal­la­cieuse d’obscurcir l’unique média­tion rédemp­trice de Jésus-​Christ. Affaiblir la doc­trine mariale, ce n’est pas mieux hono­rer le Christ : c’est mécon­naître l’ordre vou­lu par Dieu, qui a vou­lu venir à nous par Marie et nous conduire à lui par elle.
  7. Je crois qu’au terme de sa vie ter­restre, elle fut éle­vée corps et âme à la gloire céleste, où elle règne auprès du trône de Dieu, aux côtés de la sainte huma­ni­té de son divin Fils, sur les anges et sur les hommes, exer­çant son rôle mater­nel de Dispensatrice de toutes les grâces.
  8. Je pro­fesse enfin que le culte authen­tique et spé­cial ren­du à sa Mère ne dimi­nue en rien le culte dû à Dieu ; il l’accroît au contraire, parce qu’il recon­naît les mer­veilles de la grâce divine dans la créa­ture la plus par­faite, et conduit les âmes plus sûre­ment à Jésus-​Christ. La vraie res­tau­ra­tion catho­lique ne peut être sépa­rée de l’honneur ren­du à celle qui écrase la tête du serpent.

VII. L’Église catholique, Corps mystique du Christ et unique arche du salut

  1. Je crois fer­me­ment que, pour per­pé­tuer et pro­lon­ger l’œuvre de la Rédemption jusqu’à la fin des siècles, Notre Seigneur Jésus-​Christ a fon­dé une seule Église, visible, hié­rar­chique, indé­fec­tible et néces­saire au salut. Cette Église, acquise par le Sang du Christ, confiée à Pierre et à ses suc­ces­seurs, les Pontifes romains, n’est autre que l’Église catho­lique romaine.
  2. Je pro­fesse que l’Église est une, sainte, catho­lique et apos­to­lique. Elle est une par sa foi, son culte, son gou­ver­ne­ment et sa fin. Elle est sainte par son Fondateur, par sa doc­trine, par ses sacre­ments et par les saints qu’elle ne cesse d’enfanter. Elle est catho­lique parce que, envoyée à tous les peuples et éta­blie dans tout l’univers, elle est par­tout apte à pro­cu­rer le salut aux hommes de toutes les condi­tions. Elle est apos­to­lique parce qu’elle demeure fon­dée sur les Apôtres, conserve leur doc­trine et pour­suit leur mis­sion, gou­ver­née par leurs successeurs.
  3. Je pro­fesse que l’Église est iden­ti­que­ment socié­té visible et Corps mys­tique du Christ. Le Christ en est la Tête ; les fidèles en sont les membres ; la vie sur­na­tu­relle acquise sur la Croix se com­mu­nique en elle par les sacre­ments reçus dans la foi, et s’épanouit dans la charité. 
  4. Je pro­fesse que l’Église est l’Épouse imma­cu­lée du Christ. Le Christ l’a aimée jusqu’à se livrer pour elle, afin de la sanc­ti­fier et de se la pré­sen­ter sans tache ni ride. Si ses membres peuvent pécher, elle-​même, dans sa doc­trine, ses sacre­ments, sa consti­tu­tion divine et sa fin, demeure la gar­dienne fidèle et pure du dépôt révé­lé, et la dis­pen­sa­trice des mys­tères de Dieu. Les fautes des hommes d’Église ne peuvent pas être impu­tées à l’Église en tant que telle ; elles viennent de ce que ces hommes n’ont pas vécu selon ses lois saintes. Aussi je rejette les accu­sa­tions injustes et blas­phé­ma­toires por­tées contre l’Église au nom des péchés de ses enfants, ain­si que les repen­tances qui semblent faire por­ter à l’Épouse du Christ les fautes de ceux qui l’ont trahie.
  5. Je pro­fesse que l’Église est Mère des âmes. Elle les engendre à la vie divine par le bap­tême, les nour­rit par l’Eucharistie, les relève par la péni­tence, les for­ti­fie par la confir­ma­tion, sanc­ti­fie les familles par le mariage, consacre les prêtres par l’ordre et assiste les mou­rants par l’extrême-onction. Sa mater­ni­té est sur­na­tu­relle et sal­vi­fique : elle donne aux hommes le pain de la saine doc­trine, la grâce et les moyens de la vie éternelle. 
  6. Je pro­fesse que Dieu a vou­lu faire de l’Église le moyen néces­saire du salut ; de même qu’il n’y a sous le ciel aucun autre nom don­né aux hommes que celui de Jésus-​Christ, par lequel nous devions être sau­vés, de même il n’y a aucun salut sur­na­tu­rel indé­pen­dam­ment de l’Église catho­lique. Car tout salut vient de Jésus-​Christ ; et toute grâce salu­taire, soit est don­née dans et par l’unique Église qu’il a fon­dée, soit ordonne celui qui la reçoit à cette même Église.
  7. Cette véri­té signi­fie que nul ne peut être sau­vé sans le Christ et son Église, par une fausse reli­gion en tant que telle, ni assu­ré de son salut en dehors de la struc­ture visible de l’Église. Si des hommes sont sau­vés sans appar­te­nir à la socié­té visible qu’est l’Église, Corps mys­tique du Christ, ils le sont par une ordi­na­tion sur­na­tu­relle à l’unique Église du salut, et mal­gré les erreurs des fausses reli­gions où ils se trouvent, dont ils se délivrent en ne refu­sant pas la grâce qui leur est offerte, et en y correspondant.
  8. Je rejette donc le faux œcu­mé­nisme, repo­sant sur cette idée que le Saint-​Esprit ne refu­se­rait pas de se ser­vir des com­mu­nau­tés sépa­rées comme de moyens de salut, comme si l’Église du Christ y était pré­sente et agis­sante, ou comme si ces com­mu­nau­tés pos­sé­daient en elles-​mêmes une valeur sal­vi­fique, dont la ver­tu déri­ve­rait de la plé­ni­tude de grâce et de véri­té confiée à l’Église catho­lique. Si quelque homme accède à la véri­té révé­lée ou reçoit une grâce de sanc­ti­fi­ca­tion en dehors des limites visibles de l’Église catho­lique, cette véri­té et cette grâce appar­tiennent de droit à cette même Église, appellent sans équi­voque à l’unité catho­lique, et le Saint-​Esprit ne les donne pas en se ser­vant comme de moyens de salut des com­mu­nau­tés sépa­rées en tant que telles, dont on ne sau­rait trop détour­ner les âmes. 
  9. Je rejette éga­le­ment l’idée selon laquelle les reli­gions non chré­tiennes reflè­te­raient un rayon de la véri­té qui illu­mine tout homme, ou seraient des voies légi­times par les­quelles Dieu condui­rait posi­ti­ve­ment les hommes au salut. Quelques frag­ments de véri­té natu­relle, ou des ves­tiges défor­més de véri­tés anciennes, peuvent bien se ren­con­trer chez les adeptes de ces fausses reli­gions ; mais celles-​ci prises comme telles, et en tant qu’elles mêlent l’erreur à leur culte, sont l’œuvre du démon et ne peuvent être agréées par Dieu. Le Saint-​Esprit ne se sert pas d’elles comme de voies de salut, et il ne se trouve en elles aucune ver­tu propre de l’unique Église du Christ, seule lumière qui éclaire tout homme dans les ténèbres.
  10. Je rejette encore l’idée d’un « chris­tia­nisme ano­nyme », selon laquelle tout homme qui mène une vie natu­rel­le­ment hon­nête, qu’il soit « croyant », athée ou agnos­tique, serait orien­té vers le Christ et donc sau­vé par lui, parce que « chré­tien » sans le savoir.
  11. Je pro­fesse enfin que l’ancienne Alliance a été accom­plie, dépas­sée et ren­due caduque par la Nouvelle Alliance, qui est l’accomplissement de la pro­messe faite à Abraham, dans le Christ et dans son Église. Les figures de l’ancienne Loi ont trou­vé leur réa­li­sa­tion et leur ces­sa­tion dans le sacri­fice du véri­table Agneau, Médiateur de la Nouvelle Alliance et Prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech. De par la volon­té éter­nelle de Dieu, la véri­table des­cen­dance d’Abraham est le Christ, avec ceux qui lui appar­tiennent dans son Corps mys­tique qui est l’Église.
  12. Je réprouve donc la nou­velle ecclé­sio­lo­gie, qui détruit l’élan mis­sion­naire en rela­ti­vi­sant l’unicité de l’Église, seule arche du salut. 
  13. Je rejette éga­le­ment l’inculturation com­prise comme l’adoption sans dis­cer­ne­ment des caté­go­ries reli­gieuses, morales ou sym­bo­liques des cultures païennes et de leurs pra­tiques. L’Évangile peut assu­mer ce qui est natu­rel­le­ment bon, vrai et noble dans les peuples ; il ne peut jamais consa­crer l’idolâtrie, la super­sti­tion, l’erreur ou les mœurs contraires à la loi natu­relle. La mis­sion de l’Église n’est pas un dia­logue indé­fi­ni, une coopé­ra­tion huma­ni­taire ou une recon­nais­sance mutuelle des tra­di­tions reli­gieuses : elle est l’ordre reçu du Christ d’enseigner toutes les nations, de les bap­ti­ser et de leur apprendre à gar­der tout ce qu’il a commandé.

VIII. Le Saint-​Esprit, sanctificateur des âmes et âme de l’Église

  1. Je pro­fesse que le Saint-​Esprit, troi­sième Personne de la Très Sainte Trinité, vrai Dieu avec le Père et le Fils, a par­lé par les pro­phètes, ins­pi­ré les Écritures, sanc­ti­fié les justes, for­mé l’humanité du Verbe incar­né dans le sein vir­gi­nal de Marie, et a été envoyé visi­ble­ment à la Pentecôte pour mani­fes­ter l’Église et la vivi­fier jusqu’à la consom­ma­tion des siècles.
  2. Je crois que, envoyé par le Père et le Fils, il demeure dans l’Église jusqu’à la fin des siècles, confor­mé­ment à la pro­messe de Notre-​Seigneur. Il est l’âme incréée de l’Église, non comme une forme sub­stan­tielle qui abo­li­rait la dis­tinc­tion entre le Christ et ses membres, mais comme le prin­cipe invi­sible et la cause effi­ciente de sa vie sur­na­tu­relle, de son uni­té de pro­fes­sion de foi et de culte, de la sain­te­té de son gou­ver­ne­ment et de son Magistère, et de sa fécon­di­té en ses œuvres. 
  3. Je pro­fesse que toute la vie de l’Église dépend de son action. C’est lui qui assiste le Magistère ecclé­sias­tique, spé­cia­le­ment celui du Pape, pour qu’il conserve, déclare et explique sans erreur le dépôt révé­lé : non pour qu’il invente de nou­velles doc­trines, mais pour qu’il pénètre plus pro­fon­dé­ment, dans le même sens et la même signi­fi­ca­tion, la véri­té déjà révé­lée par Dieu aux Apôtres. 
  4. Je crois que c’est lui qui com­mu­nique aux âmes, dans les sacre­ments, la grâce acquise par le Sauveur, habite en elles par cette grâce et les rend conformes au Christ ; lui qui éclaire les intel­li­gences par sa sagesse, sou­tient les volon­tés par sa force, répand sa cha­ri­té dans les cœurs ; lui qui sus­cite les bonnes œuvres, ins­pire la cha­ri­té fra­ter­nelle et conduit les âmes vers leur perfection. 
  5. C’est lui qui a sou­te­nu les mar­tyrs, éclai­ré les doc­teurs, sus­ci­té les mis­sion­naires, nour­ri la vie contem­pla­tive, fécon­dé les ordres reli­gieux et fait fleu­rir la sain­te­té dans tous les états de vie. Les grandes œuvres de la civi­li­sa­tion chré­tienne, fruits de la culture catho­lique, témoignent elles-​mêmes de cette pré­sence dis­crète mais féconde de l’Esprit de Dieu dans l’Église à tra­vers les siècles.
  6. Je réprouve donc toute pré­ten­tion à invo­quer le Saint-​Esprit pour jus­ti­fier des adap­ta­tions doc­tri­nales en rup­ture avec la Tradition, des ren­ver­se­ments moraux, ou des pro­cé­dés syno­daux par les­quels on met en dis­cus­sion ce que l’Église a reçu de Dieu. L’Esprit de véri­té ne peut ins­pi­rer aujourd’hui le contraire de ce qu’il a ins­pi­ré hier. Il n’invite pas l’Église à écou­ter le monde pour en rece­voir les aspi­ra­tions ; il la pousse au contraire à ensei­gner le monde, à le conver­tir et à le sanc­ti­fier. Son œuvre n’est ni de sus­ci­ter des ins­pi­ra­tions anar­chiques, ni d’encourager la créa­ti­vi­té doc­tri­nale, ni de faire repo­ser la vie spi­ri­tuelle sur la recherche de phé­no­mènes cha­ris­ma­tiques extra­or­di­naires ; elle consiste à gui­der les âmes en éclai­rant leur foi et à les défendre contre leurs enne­mis spi­ri­tuels, pour ache­ver en elles l’œuvre de leur salut et les conduire dans la lumière de l’éternité.

IX. Le Pontife romain, l’épiscopat et la constitution hiérarchique de l’Église

  1. Je recon­nais dans le Pontife romain le suc­ces­seur de saint Pierre, le Vicaire de Jésus-​Christ, le Pasteur suprême et uni­ver­sel, chef visible de toute l’Église, pos­sé­dant, par ins­ti­tu­tion divine, un pou­voir de vraie et propre juri­dic­tion suprême, plé­nier, immé­diat et uni­ver­sel, sur tous les pas­teurs et sur tous les fidèles bap­ti­sés dans l’Église. 
  2. Je crois que cette auto­ri­té ne lui vient pas d’une délé­ga­tion de la com­mu­nau­té, mais direc­te­ment du Christ lui-​même, qui a ins­ti­tué cette charge pour la garde de la doc­trine de la foi, la sanc­ti­fi­ca­tion des âmes et le gou­ver­ne­ment de l’Église.
  3. Je recon­nais qu’en rai­son de ce pou­voir propre et véri­table, pas­teurs et fidèles lui doivent res­pect et obéis­sance filiale dans tout ce qui relève de l’exercice légi­time de sa charge. Ainsi, l’unité de com­mu­nion avec le Pontife romain et l’unité de pro­fes­sion de la même foi étant sau­ve­gar­dées, l’Église du Christ consti­tue un seul trou­peau sous un seul pas­teur suprême.
  4. Je recon­nais éga­le­ment que les évêques sont les suc­ces­seurs des Apôtres, ce qui fait d’eux de véri­tables pas­teurs de droit divin, pos­sé­dant dans l’Église, de par la volon­té du Christ, une juri­dic­tion par­ti­cu­lière et subor­don­née, qu’ils reçoivent immé­dia­te­ment du Pontife romain. Unis à ce der­nier dans la sou­mis­sion à son auto­ri­té suprême, ils exercent légi­ti­me­ment leur propre auto­ri­té dans leurs dio­cèses res­pec­tifs, comme éta­blis par le Saint-​Esprit dans l’ordre hié­rar­chique vou­lu par le Christ.
  5. Je recon­nais encore que le corps des évêques, uni à son chef le Pontife romain et jamais sans ce chef, peut être le sujet extra­or­di­naire et non per­ma­nent d’un pou­voir plé­nier et suprême sur l’Église uni­ver­selle, mais que cela a lieu seule­ment dans l’acte d’un concile œcu­mé­nique, sur l’initiative et l’ordre du seul Souverain pon­tife, et dans les limites de sa volon­té exclusive.
  6. Je rejette en consé­quence les concep­tions col­lé­gia­listes qui feraient du col­lège des évêques une per­sonne morale per­ma­nente dans l’Église, ou un deuxième sujet du pou­voir suprême, dis­tinct du suc­ces­seur de Pierre. La consti­tu­tion monar­chique de l’Église est d’institution divine et intan­gible, et il en sera ain­si jusqu’à la fin des siècles, car nul ne peut redé­fi­nir la fonc­tion que le Christ lui-​même a confé­rée à Pierre dans son Église.
  7. Je rejette pareille­ment les concep­tions syno­dales qui tendent à trans­for­mer l’Église hié­rar­chique en une struc­ture consul­ta­tive, par­le­men­taire ou démo­cra­tique, sou­mise aux opi­nions fluc­tuantes du peuple chré­tien ou aux pres­sions du monde. La conscience col­lec­tive des fidèles, les enquêtes pas­to­rales, les sen­si­bi­li­tés cultu­relles et les attentes du monde ne sont pas des sources de la Révélation. L’écoute légi­time des âmes ne peut jamais deve­nir une adap­ta­tion conti­nuelle de la vie de l’Église, de sa doc­trine et de sa consti­tu­tion divine à l’esprit du monde, sous pré­texte d’interpréter le « sen­sus fidei » du peuple de Dieu.

X. Le Magistère, gardien du dépôt révélé

  1. Je crois que le Pontife romain jouit de l’infaillibilité lorsqu’il parle ex cathe­dra, c’est-à-dire lorsque, accom­plis­sant sa charge de pas­teur et doc­teur de tous les chré­tiens, il défi­nit, en ver­tu de sa suprême auto­ri­té apos­to­lique, qu’une doc­trine concer­nant la foi ou les mœurs doit être tenue par l’Église universelle.
  2. Je pro­fesse en outre que le pou­voir de Magistère dans l’Église est essen­tiel­le­ment ordon­né à la garde du dépôt révé­lé et, par le moyen de celle-​ci, au salut des âmes. Le Saint-​Esprit n’a pas été pro­mis aux suc­ces­seurs de Pierre pour qu’ils mani­festent une doc­trine nou­velle, mais pour qu’ils gardent sain­te­ment et exposent fidè­le­ment le dépôt trans­mis par les Apôtres.
  3. C’est pour­quoi le magis­tère pré­sent ne peut contre­dire sub­stan­tiel­le­ment le magis­tère anté­rieur. Le magis­tère vivant n’est pas la pré­di­ca­tion actuelle oppo­sée à la pré­di­ca­tion pas­sée ; il est la pré­di­ca­tion conti­nuelle et inin­ter­rom­pue de la même signi­fi­ca­tion de la même véri­té de foi à tra­vers les siècles. Le pape et les évêques ne sont pas les maîtres de la Révélation ; ils en sont les gar­diens et lui sont sou­mis comme le dis­ciple l’est au maître. Ils ne peuvent ni chan­ger la foi, ni modi­fier la consti­tu­tion divine de l’Église, ni décla­rer bon ce qui est contraire à la loi de Dieu.
  4. Je rejette donc toute concep­tion évo­lu­tive du dogme selon laquelle les véri­tés révé­lées chan­ge­raient de signi­fi­ca­tion au cours de l’histoire. Il peut y avoir au sein de l’Église un pro­grès homo­gène dans l’intelligence, qui per­çoit mieux, de façon plus dis­tincte et plus expli­cite, le sens de la véri­té révé­lée ; mais jamais une muta­tion du sens de cette véri­té. Ce qui a déjà été ensei­gné par le Magistère vivant de l’Église ensei­gnante, et cru dans la pro­fes­sion de foi de l’Église ensei­gnée, ne peut deve­nir faux ; ce qui a été condam­né comme contraire à la foi ne peut deve­nir légi­time ; ce qui appar­tient à la consti­tu­tion divine de l’Église ne peut être remo­de­lé selon les caté­go­ries du monde moderne ou le contexte historico-culturel.
  5. Je rejette donc la notion d’un nou­veau magis­tère, qui pré­ten­drait s’autoriser du temps pré­sent pour impo­ser des doc­trines oppo­sées ou étran­gères à la Tradition constante. Je rejette éga­le­ment l’opposition arti­fi­cielle entre le Magistère d’hier et celui d’aujourd’hui, comme si le seul Magistère vivant de l’Épouse du Christ était celui du temps pré­sent et pou­vait, sous pré­texte de mieux l’adapter, renier ce que l’Église a tou­jours ensei­gné, cru et condam­né depuis l’époque des Apôtres.
  6. Je tiens que, demeu­rant sauve la légi­time liber­té de recherche et d’opinion des théo­lo­giens rela­ti­ve­ment aux ques­tions doc­tri­nales ouvertes ou dis­pu­tées, le Magistère de l’Église a le devoir légi­time d’exercer un contrôle et, le cas échéant, une cen­sure sur les publi­ca­tions, pour évi­ter que celles-​ci ne mettent en dan­ger la foi des fidèles. Je rejette donc l’accusation por­tée contre la sainte Église d’avoir man­qué de cha­ri­té, en ana­thé­ma­ti­sant les héré­sies et en excom­mu­niant les hérétiques.
  7. Je rejette aus­si le dia­logue per­pé­tuel ins­tau­ré dans l’esprit du der­nier Concile, par lequel la hié­rar­chie renonce à exer­cer un véri­table Magistère, et pré­tend tan­tôt rece­voir son ins­pi­ra­tion du « sens de la foi » du peuple des croyants, tan­tôt dis­cu­ter d’égal à égal avec les adeptes des fausses reli­gions, ou même avec les incroyants. 
  8. Je rejette enfin la concep­tion sub­jec­ti­viste du plu­ra­lisme théo­lo­gique, qui découle d’une telle démis­sion de la fonc­tion magis­té­rielle. Je tiens que l’Église n’est pas une assem­blée en recherche per­ma­nente, mais qu’elle est la gar­dienne d’une véri­té révé­lée par Dieu et trans­mise par les Apôtres, et que son Magistère authen­tique, assu­rant au cours de tous les siècles la trans­mis­sion inin­ter­rom­pue du dépôt révé­lé, est la règle pro­chaine et uni­ver­selle de la véri­té en matière de foi et de mœurs.

XI. L’ordre moral et la loi de Dieu

  1. Je pro­fesse qu’il existe un ordre moral réel­le­ment fon­dé dans la sagesse éter­nelle de Dieu. Les actes humains sont bons ou mau­vais selon leur confor­mi­té ou leur oppo­si­tion à la loi divine, sainte et indé­fec­tible. Les opi­nions indi­vi­duelles, le consen­sus social, les inten­tions sub­jec­tives, les cir­cons­tances his­to­riques, ne peuvent pas chan­ger la valeur intan­gible de ces prin­cipes de la morale chrétienne. 
  2. De l’immense bon­té par laquelle Dieu a éle­vé l’homme à l’ordre sur­na­tu­rel, il s’ensuit que l’homme n’a qu’une fin ultime, sur­na­tu­relle, à laquelle il reste ordon­né selon le des­sein de Dieu, même après le péché. Cette fin sur­na­tu­relle assume, élève et per­fec­tionne la fin de l’ordre natu­rel de l’homme. 
  3. La loi natu­relle, ins­crite par Dieu dans la nature de l’homme, reste connais­sable par la droite rai­son et oblige tous les hommes. La loi posi­tive révé­lée, d’ordre sur­na­tu­rel, la confirme, l’élève et la pré­cise en la dépas­sant. Il n’y a donc aucune oppo­si­tion entre la loi de l’Évangile et la loi natu­relle ; bien plus, la même grâce donne à l’homme la force d’être sur­na­tu­rel­le­ment fidèle à leurs exi­gences res­pec­tives, et de jouir ain­si de cette liber­té des enfants de Dieu par laquelle, déli­vré du pou­voir du péché, il peut tendre vers sa fin ultime. 
  4. Je rejette donc la morale de situa­tion, selon laquelle les cir­cons­tances concrètes pour­raient rendre bonnes des actions intrin­sè­que­ment mau­vaises. En par­ti­cu­lier je tiens qu’aucune cir­cons­tance ne pour­ra jamais légi­ti­mer le recours à la contra­cep­tion, à l’avortement et à l’euthanasie. Je rejette toute doc­trine qui pré­ten­drait qu’une conduite objec­ti­ve­ment contraire aux com­man­de­ments de Dieu pour­rait consti­tuer, pour cer­tains, la réponse géné­reuse actuel­le­ment deman­dée par Dieu. Dieu ne com­mande jamais le péché ni ce qui est impos­sible ; il ne bénit jamais le désordre moral et ne jus­ti­fie jamais ce qui contre­dit sa propre loi ; mais à celui qui fait son pos­sible, il ne refuse jamais sa grâce pour gar­der ses commandements.
  5. Je pro­fesse que les unions adul­tères, les unions contre nature et toutes les situa­tions publiques contraires à la loi divine ne peuvent être pré­sen­tées comme des biens impar­faits, des dons de Dieu, des étapes posi­tives ou des réa­li­tés sus­cep­tibles d’être bénies en tant que telles. Une telle pré­sen­ta­tion trom­peuse altère gra­ve­ment les prin­cipes de la morale chré­tienne, et porte atteinte à l’institution sacrée du mariage et au bien des familles.
  6. Je rejette donc comme contraire à la foi et à la dis­ci­pline constantes de l’Église la pré­ten­tion d’admettre aux sacre­ments, et tout spé­cia­le­ment à la récep­tion de la très sainte Eucharistie, ceux qui per­sistent publi­que­ment dans de tels états sans renon­cer à leur désordre. La vraie misé­ri­corde appelle le pécheur à la conver­sion ; elle ne rati­fie pas le péché sous pré­texte d’accompagnement pas­to­ral ou de dis­cer­ne­ment des situa­tions particulières.
  7. Je rejette pareille­ment la dis­so­cia­tion moderne entre doc­trine et pas­to­rale. Une pas­to­rale qui contre­dit la doc­trine n’est pas pas­to­rale ; elle égare les âmes. La cha­ri­té ne consiste pas à taire la véri­té pour évi­ter la souf­france, mais à dire la véri­té avec bien­veillance pour conduire au salut. La méde­cine de l’Église ne peut gué­rir qu’en nom­mant le mal, en appe­lant à la péni­tence et en offrant les remèdes de la grâce.
  8. Je pro­fesse enfin que Dieu est non seule­ment l’auteur et la fin de l’ordre moral, mais aus­si son gar­dien, son juge et le sou­ve­rain rému­né­ra­teur du bien et du mal. L’oubli du juge­ment divin engendre une fausse misé­ri­corde, sen­ti­men­tale et impuis­sante, qui ne sauve per­sonne parce qu’elle ne conver­tit personne.

XII. La royauté sociale du Christ et la civilisation chrétienne

  1. Je pro­fesse que la Très Sainte Trinité peut et doit être recon­nue et ado­rée non seule­ment par chaque homme en par­ti­cu­lier, mais aus­si par les familles, les ins­ti­tu­tions et les socié­tés civiles. Aucune auto­ri­té humaine n’est indé­pen­dante de Dieu, car toute auto­ri­té vient de lui et doit s’exercer selon la loi éternelle. 
  2. Je pro­fesse que les socié­tés civiles, comme les per­sonnes, ont le devoir de recon­naître et d’honorer ce seul et unique vrai Dieu, qu’est Jésus-​Christ, Verbe incar­né, deuxième Personne de la Sainte Trinité, et de lui rendre le culte qui lui est dû, dans la vraie reli­gion révé­lée et ins­ti­tuée par Lui. 
  3. Je pro­fesse que les auto­ri­tés qui gou­vernent ces socié­tés doivent en pro­cu­rer le bien com­mun en se confor­mant à la double loi divine, natu­relle et révé­lée. L’usage de la liber­té ne consiste pas à don­ner libre cours à tous les caprices de la concu­pis­cence, mais à choi­sir la meilleure manière d’user des biens de ce monde en vue du salut éternel.
  4. Je rejette ain­si le laï­cisme moderne, qui pré­tend consti­tuer la socié­té comme si Dieu n’existait pas. Le refus public de recon­naître Dieu comme sou­ve­rain Seigneur n’est pas une neu­tra­li­té, mais une injus­tice sociale envers le Créateur et une cause pro­fonde de désordre dans les peuples. En effet, une socié­té qui refuse à Dieu l’honneur qui lui est dû détruit pro­gres­si­ve­ment les fon­de­ments de sa propre jus­tice : elle coupe la loi humaine de sa source éter­nelle et livre les peuples aux volon­tés chan­geantes de l’homme déchu. 
  5. Je pro­fesse que Notre Seigneur Jésus-​Christ, parce qu’il est le Verbe incar­né et parce qu’il a rache­té les hommes par son Sang, est Roi non seule­ment des indi­vi­dus, mais aus­si des familles, des ins­ti­tu­tions, des peuples et des nations. Toute puis­sance lui a été don­née au ciel et sur la terre : son règne ne se limite pas au for inté­rieur des consciences ou à la sphère pri­vée ; il doit s’étendre au for externe, aux lois, aux mœurs, à l’éducation, à la culture et à la vie publique. Son Royaume est éter­nel et uni­ver­sel : royaume de véri­té et de vie, royaume de sain­te­té et de grâce, royaume de jus­tice, d’amour et de paix.
  6. Je pro­fesse que la socié­té civile, quoique par­faite en son ordre, ne pos­sède pas tous les moyens néces­saires pour conduire l’homme à sa vraie per­fec­tion, laquelle demeure inac­ces­sible à la nature humaine déchue sans le secours de la grâce gué­ris­sante et élevante. 
  7. C’est pour­quoi je pro­fesse que ceux qui gou­vernent la socié­té doivent se sou­mettre à l’influence salu­taire de l’Église, qui éclaire les intel­li­gences par son Magistère, gué­rit et for­ti­fie les volon­tés par la grâce des sacre­ments, et oriente l’homme vers sa vraie des­ti­née sur­na­tu­relle, dont elle a la garde. Le bien de la socié­té exige en consé­quence que les chefs d’État recon­naissent leur droit et leur devoir de favo­ri­ser et de pro­té­ger la sainte Église, ain­si que de s’opposer par les lois de leur gou­ver­ne­ment à tout ce qui ferait obs­tacle à son influence néces­saire, qui est celle de l’unique vraie religion. 
  8. Je rejette donc le libé­ra­lisme poli­tique et reli­gieux : non seule­ment celui qui reven­dique pour l’erreur les mêmes droits que pour la véri­té, et pour les faux cultes la même recon­nais­sance offi­cielle et publique que pour le vrai ; mais aus­si celui qui, au nom de la digni­té humaine et d’une fausse liber­té reli­gieuse, attri­bue à cha­cun le droit d’agir publi­que­ment selon sa conscience sans en être empê­ché par l’autorité civile, même lorsque cette conscience est erro­née et s’oppose au bien com­mun ou à la vraie religion. 
  9. J’admets que l’erreur peut être en cer­tains cas tolé­rée pour évi­ter de plus grands maux, ou pour pré­ser­ver le bien plus grand de la paix civile, mais je pro­fesse qu’elle ne pos­sède pas en elle-​même un droit moral à être défen­due ou encou­ra­gée au même titre que la véri­té, ni même à n’être jamais entra­vée au nom d’une fausse liber­té de conscience. 
  10. Je tiens éga­le­ment que, si l’homme pos­sède une digni­té onto­lo­gique qui l’élève au-​dessus des êtres maté­riels, la digni­té humaine à res­pec­ter n’est pas indif­fé­rente au vrai et au faux que pro­fessent les per­sonnes, ni au bien et au mal qu’elles accom­plissent : celui qui pro­fesse le faux ou accom­plit le mal déchoit de sa digni­té morale. C’est pour­quoi, lorsque l’autorité légi­time, pour défendre le bien com­mun contre des désordres graves, sanc­tionne les crimes selon les exi­gences de la jus­tice, par des peines pro­por­tion­nées, elle ne porte nul­le­ment atteinte à la digni­té humaine.
  11. Je rejette aus­si cette forme moderne de per­son­na­lisme qui vou­drait assi­gner pour mis­sion à l’Église la sau­ve­garde de la digni­té de la per­sonne humaine, et l’instauration d’une fra­ter­ni­té uni­ver­selle sur le fon­de­ment de cette digni­té pré­ten­du­ment com­mune au genre humain – sans éta­blir de dis­tinc­tion entre, d’une part, la vraie digni­té du chré­tien qui renonce au péché pour vivre selon la morale évan­gé­lique dans l’Église catho­lique, et d’autre part, la fausse digni­té de ceux qui, éga­rés dans l’erreur et le vice, refusent la voie du salut. 
  12. Je réprouve la fal­si­fi­ca­tion qui en découle et qui tend à faire de l’Église, sinon la ser­vante, du moins la col­la­bo­ra­trice du monde dans la réa­li­sa­tion de son idéal propre : celui d’une paix pure­ment ter­restre et tem­po­relle, fon­dée sur un per­fec­tion­ne­ment natu­ra­liste de l’humanité, sans pers­pec­tive sur­na­tu­relle. Cet idéal favo­rise l’indépendance de l’homme à l’égard de Dieu, de sa loi, de la véri­té et du bien ; implique le mépris de la royau­té sociale du Christ et de la Chrétienté ; et conduit fina­le­ment à l’athéisme et à la sub­sti­tu­tion de l’homme à Dieu.
  13. Je rejette éga­le­ment le pré­ju­gé moderne qui pré­sente la civi­li­sa­tion chré­tienne comme oppres­sive, obs­cu­ran­tiste ou enne­mie de la digni­té humaine. Loin de détruire ce qu’il y a de bon dans les dif­fé­rentes cultures, l’ordre chré­tien l’assume et le puri­fie. C’est ain­si que, à par­tir de la doc­trine révé­lée et par le rayon­ne­ment de la théo­lo­gie catho­lique, spé­cia­le­ment celle de saint Thomas d’Aquin, Docteur com­mun de l’Église, s’est consti­tuée, sous la vigi­lance du Magistère, une véri­table culture chré­tienne de por­tée uni­ver­selle, inté­grant les meilleurs élé­ments des cultures grecque et latine. Fruit authen­tique de l’Évangile, elle a contri­bué à édu­quer les peuples et à les faire croître dans la foi et les ver­tus chré­tiennes. Même si elle ne fut jamais par­faite, les hommes demeu­rant tou­jours pécheurs, cette civi­li­sa­tion fut néan­moins dans l’histoire la plus haute réa­li­sa­tion de l’ordre social chrétien. 
  14. À l’inverse, le refus moderne de la royau­té sociale du Christ a pro­duit un recul de la civi­li­sa­tion, à tra­vers la laï­ci­sa­tion des ins­ti­tu­tions, la dis­so­lu­tion du mariage, la des­truc­tion de l’autorité, l’éducation sans Dieu, la tyran­nie des pas­sions et l’effacement pro­gres­sif de l’esprit de sacri­fice dans les nations autre­fois catho­liques. Contre cette apos­ta­sie publique, nous pro­fes­sons qu’il faut tout res­tau­rer dans le Christ, qui est le seul Saint et, à tra­vers son Corps mys­tique, le seul sanc­ti­fi­ca­teur des âmes et des peuples.

XIII. Les sacrements de la Loi nouvelle

  1. Je crois qu’il existe sept sacre­ments pro­pre­ment dits de la Loi nou­velle, ins­ti­tués par Notre Seigneur Jésus-​Christ pour confé­rer effi­ca­ce­ment la grâce qu’ils signi­fient : le bap­tême, la confir­ma­tion, l’Eucharistie, la péni­tence, l’extrême-onction, l’ordre et le mariage.
  2. Je pro­fesse que les sacre­ments doivent être célé­brés vali­de­ment, avec la matière, la forme et l’intention pres­crites, en obser­vant les rites litur­giques qui expriment clai­re­ment la foi catho­lique ; et qu’ils doivent être reçus avec les dis­po­si­tions requises.
  3. Je crois que le bap­tême est la porte de l’Église et qu’il est néces­saire au salut. Ordinairement, nul ne peut être sau­vé sans le rece­voir ; par ce sacre­ment, l’homme est lavé du péché ori­gi­nel, incor­po­ré au Christ, mar­qué du carac­tère chré­tien et ren­du membre de l’Église. C’est pour­quoi je réprouve la pra­tique qui consiste à dif­fé­rer sans motif grave le bap­tême des enfants qui n’ont pas l’usage de la rai­son. Cependant, celui qui, après l’âge de rai­son et sans faute de sa part, est empê­ché d’accéder à ce sacre­ment, peut se sau­ver de manière extra­or­di­naire par le bap­tême de désir, c’est-à-dire par un acte sur­na­tu­rel de foi et de cha­ri­té par­faite qui l’ordonne à l’Église.
  4. Je pro­fesse que la confir­ma­tion for­ti­fie le bap­ti­sé par le don du Saint-​Esprit, afin qu’il confesse cou­ra­geu­se­ment la foi, résiste aux enne­mis du salut et vive en témoin du Christ. Dans un temps de confu­sion, cette force sur­na­tu­relle est par­ti­cu­liè­re­ment néces­saire, car nul ne peut gar­der la foi sans combat.
  5. Je pro­fesse que la péni­tence remet les péchés com­mis après le bap­tême, moyen­nant les actes du péni­tent que sont la contri­tion, la confes­sion et la satis­fac­tion. Je rejette fer­me­ment toute pas­to­rale qui affai­blit le sens du péché, mini­mise la néces­si­té de la confes­sion sacra­men­telle, ou réduit la satis­fac­tion à une simple démarche de répa­ra­tion à l’égard de soi-​même ou d’autrui, sans réfé­rence à l’offense com­mise envers Dieu.
  6. Je pro­fesse que l’extrême-onction sou­lage et for­ti­fie les malades, remet les péchés s’il y a lieu, contri­bue puis­sam­ment à effa­cer la peine due au péché, et pré­pare l’âme chré­tienne à paraître devant Dieu. 
  7. J’affirme que le mariage est l’union stable et indis­so­luble d’un homme et d’une femme, éle­vée par le Christ à la digni­té de sacre­ment entre bap­ti­sés. Le but de cette union, éta­bli par Dieu, ordon­na­teur de la nature, est double : la géné­ra­tion et l’éducation des enfants d’une part, qui consti­tuent la fin pri­maire et prin­ci­pale du mariage ; le sou­tien mutuel des époux et le remède à la concu­pis­cence d’autre part, qui en sont les fins secon­daires, fins véri­tables et essen­tielles, mais natu­rel­le­ment subor­don­nées à la première.
  8. Je rejette donc toute doc­trine qui consi­dère les unions contraires au mariage comme des par­ti­ci­pa­tions réelles, quoiqu’imparfaites, de ce der­nier ; ou qui, en vou­lant défi­nir le mariage en fonc­tion du seul amour des conjoints, détruit la hié­rar­chie des fins du mariage, au risque de légi­ti­mer le divorce, le refus d’avoir des enfants, et ain­si la contra­cep­tion, pour­tant contraire au droit naturel.
  9. Je confesse que le sacre­ment de l’ordre imprime en celui qui le reçoit le carac­tère sacer­do­tal qui le confi­gure au Christ Prêtre, et qu’aucune femme ne peut le rece­voir, à quelque degré que ce soit. Par là, le prêtre reçoit le pou­voir d’offrir le sacri­fice salu­taire pour les vivants et pour les morts, de remettre les péchés et de sanc­ti­fier les fidèles. Je rejette ain­si toute confu­sion entre le sacer­doce, au sens vrai et propre des ministres du Christ, et le sacer­doce com­mun, dit au sens impropre des fidèles : les fidèles offrent spi­ri­tuel­le­ment avec le prêtre et par le prêtre ; mais seul le prêtre dûment ordon­né réa­lise et offre sacra­men­tel­le­ment le sacri­fice en la per­sonne du Christ.

XIV. Le saint sacrifice de la Messe, la sainte Eucharistie et la liturgie catholique

  1. Je pro­fesse que la Messe est véri­ta­ble­ment, au sens propre du terme, un sacri­fice. Elle n’est pas seule­ment un mémo­rial de la Cène ou de la Passion ; célé­brée par un prêtre dûment ordon­né, elle repré­sente sacra­men­tel­le­ment le sacri­fice unique du Calvaire, et le renou­velle de manière non san­glante, sans le mul­ti­plier pour autant. La Victime est la même, le Prêtre prin­ci­pal est le même, seule la manière d’offrir diffère.
  2. Dans la Messe, et par l’action de son ministre, Notre Seigneur Jésus-​Christ s’offre lui-​même à son Père en sacri­fice d’adoration, d’action de grâces, de pro­pi­tia­tion et d’impétration. En s’unissant à cette action du Christ, qui est iden­ti­que­ment celle du prêtre célé­brant, l’Église rend à Dieu le culte par­fait qui lui est dû, et applique aux âmes des vivants et des défunts les mérites du sacri­fice de la Croix.
  3. Je crois que, par les paroles de la consé­cra­tion pro­non­cées vali­de­ment par un prêtre, le pain et le vin sont chan­gés dans toute leur sub­stance au Corps et au Sang du Christ, bien que leurs acci­dents sen­sibles demeurent. Ce chan­ge­ment admi­rable est jus­te­ment appe­lé transsubstantiation.
  4. Je crois que la très sainte Eucharistie occupe le centre de la vie de l’Église, et qu’elle contient véri­ta­ble­ment, réel­le­ment et sub­stan­tiel­le­ment le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Notre Seigneur Jésus-​Christ. J’adore le Très Saint Sacrement de l’autel et rejette toute doc­trine ou pra­tique qui affai­blit la foi en la pré­sence réelle, dimi­nue le res­pect dû à l’Eucharistie, bana­lise la com­mu­nion ou altère le carac­tère sacré du sanctuaire.
  5. Parce qu’elle est l’expression pri­vi­lé­giée de la foi, la litur­gie est aus­si l’école per­ma­nente où se forme l’âme chré­tienne. Par son orien­ta­tion, son silence, ses gestes, son canon, sa langue sacrée, son esprit d’adoration et sa struc­ture théo­cen­trique, la litur­gie nour­rit la foi et exerce une influence pro­fonde sur les âmes. Par elle, les peuples apprennent à pen­ser selon Dieu, à juger selon l’éternité, à aimer ce qui est saint, à mépri­ser ce qui passe et à ordon­ner leur vie entière au sacri­fice du Christ. Elle façonne aus­si les mœurs, ins­pire les arts, les ins­ti­tu­tions, les fêtes et les cou­tumes du peuple chré­tien. C’est pour­quoi, lorsque le culte divin devient pro­saïque, creux, équi­voque, pro­fane ou anthro­po­cen­trique, il affai­blit l’intelligence même de la foi. 
  6. Je pro­fesse que la messe tra­di­tion­nelle romaine, célé­brée selon le rite en usage avant la réforme du Novus Ordo Missae, exprime avec une clar­té incom­pa­rable la doc­trine catho­lique du sacri­fice, du sacer­doce et de la pré­sence réelle. Mais je constate avec dou­leur que les réformes litur­giques contem­po­raines se sont éloi­gnées consi­dé­ra­ble­ment de la litur­gie tra­di­tion­nelle, dans l’ensemble comme dans le détail : ce fai­sant, elles ont obs­cur­ci le carac­tère sacri­fi­ciel et pro­pi­tia­toire de la Messe, favo­ri­sé une concep­tion démo­cra­tique du culte, rap­pro­ché l’expression litur­gique catho­lique des concep­tions pro­tes­tantes, et contri­bué ain­si de manière pré­pon­dé­rante à la perte du sens du sacré, à la cor­rup­tion de l’esprit chré­tien, à la dimi­nu­tion des voca­tions et à l’affaiblissement géné­ral de la foi.
  7. Je rejette donc toute réforme ou tout usage litur­gique qui, par omis­sion, ambi­guï­té doc­tri­nale ou orien­ta­tion pra­tique, favo­rise l’hérésie, affai­blit la foi, s’éloigne de la doc­trine catho­lique de la messe for­mu­lée au Concile de Trente, ou détourne les fidèles de l’adoration due à Dieu. Le culte public de l’Église doit expri­mer la foi catho­lique sans équivoque.
  8. Je suis cer­tain, enfin, que la res­tau­ra­tion catho­lique des peuples passe néces­sai­re­ment par la res­tau­ra­tion du culte divin, à tra­vers la litur­gie tra­di­tion­nelle de tou­jours. Là où la Messe est célé­brée comme le vrai sacri­fice du Christ, renaissent la foi, la pié­té, la vie de la grâce, les familles chré­tiennes, les voca­tions et le désir des biens éternels.

XV. La vie chrétienne, la sainteté et la perfection de la charité

  1. Je crois que la voca­tion suprême de l’homme est la sain­te­té. Créé par Dieu, rache­té par le Christ et sanc­ti­fié par l’action du Saint-​Esprit, l’homme est appe­lé à par­ti­ci­per à la vie même de Dieu par une confor­mi­té crois­sante à sa volon­té, pour par­ve­nir à l’union par­faite et défi­ni­tive avec lui dans la gloire.
  2. Je crois que la grâce sanc­ti­fiante fait de l’homme un enfant adop­tif du Père, un membre de Jésus-​Christ, un temple du Saint-​Esprit et un héri­tier de la vie éter­nelle. Elle rend l’âme agréable à Dieu, lui com­mu­nique une par­ti­ci­pa­tion créée à la nature divine, la rend capable d’actes sur­na­tu­rels et l’ordonne à la vision béa­ti­fique. Les ver­tus théo­lo­gales de foi, d’espérance et de cha­ri­té unissent l’âme direc­te­ment à Dieu ; les ver­tus morales infuses ordonnent sa conduite selon la loi divine ; les dons du Saint-​Esprit la rendent apte à rece­voir doci­le­ment ses ins­pi­ra­tions, don­nant aux ver­tus leur per­fec­tion ultime.
  3. Je crois que la vie chré­tienne com­porte, pour une part très impor­tante et non négli­geable, un com­bat spi­ri­tuel. Depuis la chute ori­gi­nelle, l’homme demeure expo­sé aux ten­ta­tions du monde, de la chair et du démon. La grâce ne sup­prime pas ce com­bat : elle donne la force néces­saire pour le mener victorieusement.
  4. Je crois que le che­min de la sain­te­té passe par l’imitation de Jésus-​Christ, l’obéissance à ses com­man­de­ments, la prière, les sacre­ments, la péni­tence, le renon­ce­ment à soi-​même, la fidé­li­té au devoir d’état et l’amour de la Croix. Le dis­ciple n’est pas au-​dessus du Maître : s’il veut entrer dans la gloire, il doit mar­cher à la suite du Christ crucifié.
  5. Je rejette donc le faux chris­tia­nisme sans Croix, qui pro­met une paix ter­restre sans conver­sion, une misé­ri­corde sans péni­tence, une fra­ter­ni­té sans dépen­dance à l’égard de la pater­ni­té de Dieu, et une sain­te­té sans héroïsme. L’Église n’a jamais cano­ni­sé la médio­cri­té, l’adaptation au monde ou la simple bonne volon­té natu­relle ; elle a pro­po­sé à l’imitation de ses fidèles des saints dont la foi fut intègre, la cha­ri­té héroïque et la vie confor­mée à celle du Christ.
  6. Je rejette donc toute réduc­tion de la vie chré­tienne à une vague phi­lan­thro­pie, à une sen­si­bi­li­té sociale ou à un enga­ge­ment ter­restre. La cha­ri­té chré­tienne ne se mesure pas d’abord à l’émotion par­ta­gée ou à l’utilité visible, mais à l’amour sur­na­tu­rel de Dieu par-​dessus tout et du pro­chain pour Dieu. La misé­ri­corde cor­po­relle elle-​même perd sa vraie signi­fi­ca­tion et sa valeur authen­tique lorsqu’elle n’est plus ordon­née à la misé­ri­corde spi­ri­tuelle et au salut éternel.
  7. Je pro­fesse que la sain­te­té est le plus beau fruit de l’Église. Les mar­tyrs, les confes­seurs, les vierges, les moines, les mis­sion­naires, les doc­teurs, les pas­teurs et toutes les saintes âmes fidèles témoignent de la puis­sance de la véri­té, de la fécon­di­té de la grâce, et de la vic­toire du Christ sur le péché.

XVI. Les fins dernières et l’espérance chrétienne

  1. Je crois que la vie pré­sente est un temps de pré­pa­ra­tion à l’éternité et donc d’épreuve. L’homme n’a pas ici-​bas sa demeure défi­ni­tive : il est créé pour une des­ti­née sur­na­tu­relle qui dépasse infi­ni­ment les biens pas­sa­gers de ce monde. Je crois à la vie après la mort, où l’on entre par la sépa­ra­tion de l’âme et du corps.
  2. Je crois qu’au terme de sa vie ter­restre, cha­cun com­pa­raî­tra d’abord devant le tri­bu­nal du Christ pour le juge­ment par­ti­cu­lier et rece­vra, selon ses pen­sées, paroles, actions et omis­sions, la sen­tence de sa des­ti­née éter­nelle ; je crois aus­si qu’à la fin des temps, Notre Seigneur Jésus-​Christ revien­dra dans sa gloire pour pré­si­der le juge­ment général.
  3. Je sou­tiens avec amour et trem­ble­ment que, dans les œuvres de Dieu, res­plen­dissent à la fois la misé­ri­corde et la jus­tice. Le péché de l’homme a por­té atteinte à la gloire du Créateur, l’homme est deve­nu le débi­teur de Dieu, et la jus­tice divine exige répa­ra­tion ; mais, dans sa plus grande misé­ri­corde, Dieu nous a don­né un Rédempteur qui, en tant que Chef de l’humanité, a offert lui-​même, pour les péchés du monde entier, une satis­fac­tion qui appelle le concours de la nôtre.
  4. Je me confie dans l’infinie misé­ri­corde de Dieu : il n’est aucun péché qu’il ne puisse par­don­ner ni aucune misère qu’il ne veuille sou­la­ger ; mais je réprouve fer­me­ment cette misé­ri­corde sans jus­tice que prêche le nou­vel huma­nisme, celle d’un dieu qui ne châ­tie pas le péché, ne condamne per­sonne et n’exige aucune conver­sion, jus­ti­fiant plu­tôt le péché que le pécheur.
  5. Je pro­fesse que les âmes qui meurent en état de péché mor­tel sont condam­nées à l’effroyable abîme de l’enfer, peine éter­nelle de la pri­va­tion de Dieu et peine éter­nelle du feu. Je rejette toute doc­trine qui nie l’éternité de l’enfer, dimi­nue la réa­li­té des peines éter­nelles, ou laisse entendre que tous les hommes seront fina­le­ment sau­vés, l’enfer demeu­rant vide.
  6. Je crois que les âmes qui meurent en état de grâce, mais sont encore rede­vables de peines tem­po­relles, sont puri­fiées au pur­ga­toire. Je pro­fesse donc la néces­si­té de prier pour les défunts, de leur appli­quer les suf­frages de l’Église, et je rejette les men­songes qui pro­mettent à tous l’entrée immé­diate dans la mai­son du Père, étei­gnant ain­si la pieuse cou­tume de l’Église de prier constam­ment pour les morts.
  7. Je rejette par­ti­cu­liè­re­ment le faux lan­gage pas­to­ral qui, par crainte de trou­bler les consciences, tait le juge­ment, l’enfer et la néces­si­té de la péni­tence. Il n’y a pas de cha­ri­té à cacher aux hommes le péril éter­nel où les met le péché. La pré­di­ca­tion des fins der­nières appar­tient à la misé­ri­corde de l’Église, parce qu’elle réveille les âmes et les tourne vers le salut.
  8. J’affirme enfin que les âmes qui meurent dans l’amitié de Dieu, par­fai­te­ment puri­fiées, entrent immé­dia­te­ment dans la vie éter­nelle et jouissent de la vision béa­ti­fique. Elles contemplent Dieu face à face, tel qu’il est, et pos­sèdent en lui leur repos éter­nel. La vie chré­tienne est ordon­née à cette béa­ti­tude ; toute pas­to­rale qui réduit le bon­heur humain au bien-​être ter­restre, à la paix sociale ou à l’épanouissement seule­ment psy­cho­lo­gique, tra­hit la fin sur­na­tu­relle de l’Évangile.
  9. L’espérance chré­tienne n’est donc ni opti­misme ter­restre, ni incer­ti­tude mêlée de crainte. Elle est attente confiante du Royaume éter­nel, fon­dée sur les pro­messes de Dieu et nour­rie par la grâce. Elle donne au chré­tien de tra­vailler ici-​bas sans oublier que sa patrie est au Ciel, et de com­battre les erreurs du temps sans perdre la paix de l’âme.

XVII. La crise moderne et le devoir de confesser la foi

  1. Je crois que l’Église, assis­tée par la Providence divine, demeure indé­fec­tible jusqu’à la fin des siècles. La pro­messe du Christ ne peut faillir : les portes de l’enfer ne pré­vau­dront jamais contre elle.
  2. Je crois cepen­dant que l’histoire de l’Église connaît des périodes d’épreuve, où la pro­fes­sion de la vraie foi se trouve gra­ve­ment dimi­nuée, où les erreurs se répandent, où la dis­ci­pline s’affaiblit et où de nom­breuses âmes sont entraî­nées vers l’égarement.
  3. Je recon­nais en par­ti­cu­lier que les erreurs modernes repré­sentent une menace redou­table pour l’ensemble de l’ordre catho­lique, et que leur péné­tra­tion dans la vie de l’Église, à la faveur du Concile Vatican II et des réformes post-​conciliaires, a pro­vo­qué une crise d’une gra­vi­té excep­tion­nelle : l’agnosticisme attaque la connais­sance de Dieu ; le natu­ra­lisme attaque la néces­si­té de la grâce ; le sub­jec­ti­visme attaque le motif sur­na­tu­rel de la foi ; le rela­ti­visme attaque l’immutabilité du dogme ; la morale de situa­tion attaque la loi divine ; le libé­ra­lisme attaque la royau­té sociale du Christ ; le faux œcu­mé­nisme attaque l’unicité de l’Église ; la col­lé­gia­li­té et la syno­da­li­té attaquent la consti­tu­tion divine de l’Église dans sa hié­rar­chie ; l’anthropocentrisme litur­gique attaque le saint sacri­fice de la messe.
  4. La crise actuelle ne sau­rait donc être réduite à un simple conflit de sen­si­bi­li­tés, de pré­fé­rences litur­giques ou d’options pas­to­rales. Elle touche aux fon­de­ments mêmes de la foi et de la morale, du sacer­doce et du culte, de l’Église et de la royau­té du Christ. 
  5. Ces erreurs ne demeurent pas abs­traites, elles ont pro­duit des fruits visibles : affai­blis­se­ment de la pré­di­ca­tion doc­tri­nale, effa­ce­ment de l’esprit mis­sion­naire, bana­li­sa­tion du péché, crise de la famille, ruine de la litur­gie, perte du sens de Dieu, raré­fac­tion des voca­tions, apos­ta­sie silen­cieuse des nations chré­tiennes et confu­sion pro­fonde des fidèles.
  6. C’est pour­quoi il ne suf­fit plus aujourd’hui d’affirmer les véri­tés catho­liques en termes géné­raux, sans dénon­cer paral­lè­le­ment les erreurs qui tentent de les cor­rompre. La cha­ri­té envers les âmes exige la clar­té de la véri­té totale, sans aucune ambiguïté.
  7. Cette crise ne peut être sur­mon­tée que par la res­tau­ra­tion de toutes choses en Jésus-​Christ, par le retour à la foi, à la vie de grâce, au culte divin et à la quête de la sainteté.
  8. Dans ces cir­cons­tances dou­lou­reuses, sans juger qui­conque ni usur­per l’autorité de l’Église, je ne puis pas ne pas confes­ser la foi dont on dimi­nue la pro­fes­sion, rap­pe­ler la Tradition que l’on ban­nit, défendre la morale, gar­der la litur­gie, pro­cla­mer les droits du Christ.

Conclusion

  1. Fidèle à la Rome éter­nelle qui garde le dépôt trans­mis par les Apôtres, je veux conser­ver inté­gra­le­ment cet héri­tage, sans dimi­nu­tion, sans alté­ra­tion et sans crainte, non comme une opi­nion par­ti­cu­lière dans l’Église d’aujourd’hui, mais comme la foi reçue de l’Église une, sainte, catho­lique, apos­to­lique et romaine.
  2. Car cette foi ne m’appartient pas : je l’ai reçue pour y demeu­rer fidèle, en vivre, la trans­mettre et, si Dieu le demande, souf­frir pour elle, dans l’attente confiante du triomphe de la véri­té et de la grâce, pour le salut des âmes et la gloire de la Très Sainte Trinité.
  3. Je demande à Dieu qu’il me main­tienne ferme dans cette confes­sion jusqu’au der­nier ins­tant de ma vie. Je confie cette pro­fes­sion de foi à l’intercession de la très sainte Vierge Marie, des saints Apôtres, des mar­tyrs, des confes­seurs et de tous les saints qui nous ont pré­cé­dés dans la fidé­li­té au Christ.
  4. Et dans l’espérance de la résur­rec­tion et de la vie du monde à venir, je remets mon âme, l’Église et toutes choses entre les mains de Dieu, Père, Fils et Saint-​Esprit, à qui appar­tiennent l’honneur, la gloire et la puis­sance dans les siècles des siècles.

Ainsi soit-​il.

Donné à Menzingen, le 24 juin 2026, Nativité de saint Jean-Baptiste