Editorial de la Lettre n° 27 de l’école de Marlieux n° 27 – Une éducation virile

Baptême de la pro­mo­tion Général de Sonis


La mixi­té ou coédu­ca­tion à l’âge de l’a­do­les­cence demeure une inno­va­tion récente. Après quelques essais dans des éta­blis­se­ments pilotes, elle s’est géné­ra­li­sée dans les années 60 et 70 du siècle der­nier, y com­pris dans les écoles catho­liques, sou­cieuses de ne pas paraître en retard d’une révo­lu­tion. Les der­niers bas­tions à tom­ber furent les écoles d’of­fi­ciers. Pourtant les écoles de ce que nous pou­vons appe­ler « la Tradition catho­lique » refusent caté­go­ri­que­ment cette mixi­té pour les classes du secon­daire (de la sixième à la ter­mi­nale). Essayons de creu­ser les rai­sons d’une telle oppo­si­tion sur ce point précis.

L’enseignement de l’Eglise

L’Eglise n’a jamais pra­ti­qué la coédu­ca­tion à l’âge de l’a­do­les­cence avant la crise liée au Concile Vatican II. Si l’ins­truc­tion secon­daire des filles ne s’est déve­lop­pée que tar­di­ve­ment, à l’é­poque moderne, l’Eglise a encou­ra­gé les ordres reli­gieux accueillant des filles tout autant que ceux accueillant des gar­çons. Jean de Viguerie, dans son livre L’Eglise et l’é­du­ca­tion, remarque ceci :

La pre­mière fon­da­tion d’un grand ins­ti­tut ensei­gnant à l’é­poque moderne, concerne l’en­sei­gne­ment des filles et non celui des gar­çons. C’est la fon­da­tion des ursu­lines en 1537 par Angèle Merici, huit ans avant la fon­da­tion des jésuites.

Jean de Viguerie, L’Eglise et l’é­du­ca­tion, DMM, 2001, page 63.

Les pre­mières écoles mixtes sont fon­dées à la fin du 19° siècle aux Etats-​Unis. Le Saint-​Office rédi­gea en 1875 une Instruction des­ti­née aux évêques de ce pays pour inter­dire la fré­quen­ta­tion par les catho­liques de ces écoles :

Ceux-​ci [les jeunes catho­liques] sont encore mena­cés d’une cor­rup­tion cer­taine du fait que dans ces écoles, ou du moins dans plu­sieurs d’entre elles, les ado­les­cents des deux sexes sont réunis dans la même salle pour suivre les cours et que gar­çons et filles doivent s’as­seoir sur les mêmes bancs.

Instruction du Saint Office du 24 novembre 1875 aux évêques des Etats-Unis.

Cet ensei­gne­ment de l’Eglise se retrouve de manière lumi­neuse et pré­cise dans l’en­cy­clique de Pie XI sur l’é­du­ca­tion, Divini illius Magistri du 31 décembre 1929. La méthode de coédu­ca­tion est fer­me­ment condam­née car elle est fon­dée « sur un natu­ra­lisme néga­teur du péché originel ».

Ces direc­tives très claires de Pie XI vont conti­nuer à s’ap­pli­quer sous Pie XII. Une Instruction sur la coédu­ca­tion pro­mul­guée le 8 décembre 1957 par la Congrégation des Religieux reprend l’en­cy­clique de Pie XI. Ce docu­ment pré­cise que lorsque les catho­liques n’ont pas la pos­si­bi­li­té maté­rielle d’en­tre­te­nir deux écoles dis­tinctes, ils pour­ront accueillir dans ce cas les filles et les gar­çons dans le même éta­blis­se­ment mais en veillant à conser­ver la plus grande sépa­ra­tion pos­sible. Il ne s’a­git nul­le­ment de coédu­ca­tion, tou­jours pro­hi­bée à l’âge de l’a­do­les­cence, mais de « co-​institution » pour reprendre le terme uti­li­sé par le document.

Comme d’ha­bi­tude, le Concile Vatican II va ouvrir des portes qui vont intro­duire dans l’Eglise les tor­rents de boue jusque-​là conte­nus vaille que vaille à l’ex­té­rieur, sous cou­vert d’ou­ver­ture au monde, d’empathie pour l’homme moderne et ses manières de pen­ser. La décla­ra­tion conci­liaire sur l’é­du­ca­tion, Gravissimum donum, n’a que quelques mots sur le sujet :

Qu’ils [les maîtres] tra­vaillent en col­la­bo­ra­tion, sur­tout avec les parents ; qu’en union avec ceux-​ci ils sachent tenir compte, dans toute l’é­du­ca­tion, de la dif­fé­rence des sexes et du but par­ti­cu­lier attri­bué à cha­cun par la pro­vi­dence divine, dans la famille et dans la société.

Concile Vatican II, décla­ra­tion De edu­ca­tione chris­tia­na pro­mul­guée le 28 octobre 1965, N°8.

Ce petit rap­pel donne bonne conscience aux évêques conser­va­teurs mais enterre bien la règle de la non-​mixité sco­laire à l’âge de l’a­do­les­cence déjà bat­tue en brèche dans bien des pays. La suite nous la connais­sons : une fré­né­sie de mixi­té avec seuls quelques éta­blis­se­ments qui résistent à la pres­sion généralisée.

Les raisons d’une éducation différenciée

1. Raison morale

Les rai­sons d’une sépa­ra­tion entre les sexes à l’âge de l’a­do­les­cence sont de plu­sieurs ordres. La pre­mière est la pré­ser­va­tion de la mora­li­té et des bonnes moeurs. Une pro­mis­cui­té trop géné­ra­li­sée entre gar­çons et filles à l’âge de l’a­do­les­cence com­porte un vrai dan­ger moral.

Il ne s’a­git pas de nier que l’hu­ma­ni­té est com­po­sée, de par la volon­té du Créateur, d’hommes et de femmes et de refu­ser une légi­time com­mu­nau­té de vie entre eux, de dres­ser des bar­rières infran­chis­sables. Les familles sont bien évi­dem­ment mixtes, les frères et les soeurs gran­dissent ensemble et se côtoient dans une atmo­sphère hon­nête. Les rela­tions fami­liales élar­gies, les rela­tions sociales se déroulent dans le cadre d’une saine mixi­té, sur laquelle les parents doivent exer­cer par­fois leur devoir de sur­veillance. Mais il n’empêche qu’en dehors de ce cadre fami­lial élar­gi, la pru­dence chré­tienne demande que l’é­du­ca­tion soit sépa­rée entre les filles et les garçons.

Il suf­fit de pas­ser devant un col­lège ou un lycée mixte pour avoir l’é­vi­dence des dégâts immenses cau­sés par cette pro­mis­cui­té pré­ma­tu­rée. A l’heure où le gar­çon et la fille ont besoin de solides ami­tiés leur per­met­tant de construire et d’af­fi­ner leur per­son­na­li­té, la coédu­ca­tion les contraint de se livrer aux amou­rettes, au flirt per­ma­nent. Celui qui n’a pas sa petite amie, son petit ami passe pour un arrié­ré, un cas social. On ne parle plus, en direct ou via les réseaux sociaux, que de « on sort ensemble », « elle m’a pla­qué », « entre nous, c’est le grand amour » et j’en passe pour res­ter dans les limites de la correction.

L’Abbé Berto a des paroles de sainte indi­gna­tion contre les pro­mo­teurs de cette coéducation :

La mix­ti­té (et non mixi­té, ces cuistres ne savent pas le fran­çais) est en train de rava­ger tout cela. Ses pro­mo­teurs, si haut pla­cés qu’ils soient, sont en état de dam­na­tion. Ils jettent par mil­liers de mal­heu­reux enfants dans une occa­sion pro­chaine de péché. Et quand ces gar­çons et ces filles seraient tous sans excep­tion des héros et des héroïnes, qui résis­te­raient à toutes ces occa­sions et ten­ta­tions (mais qui le croi­ra ?), a‑t-​on le droit de les y pré­ci­pi­ter, de les y main­te­nir ? « Et moi je vous dis que qui­conque regarde une femme avec convoi­tise, a déjà com­mis la for­ni­ca­tion avec elle dans son cœur ». Et réci­pro­que­ment ! Seigneur Jésus, qui avez dit aus­si que nous devons deve­nir comme de petits enfants incons­cients de leur sexe si nous vou­lons deve­nir comme des anges dans votre royaume, que ferez-​vous dans votre jus­tice de ces atroces cor­rup­teurs, dont vous avez dit encore : « Celui qui scan­da­lise un de ces petits qui croient en moi, mieux vau­drait pour lui qu’il fût jeté au pro­fond de la mer avec une meule au cou » ? Nous pleu­rons sur l’in­no­cence qu’on pour­rit, sur les voca­tions qu’on ruine, nous com­bat­tons selon nos forces, mais aus­si nous pre­nons date, et nous en appe­lons solen­nel­le­ment à votre tri­bu­nal au Jour du votre colère.

Abbé Berto, Leur crime, Itinéraires, N°132, avril 1969., p. 173 – 174.

2. La vocation de l’homme et de la femme diffèrent en se complétant

Au-​delà de cette rai­son morale, l’Eglise sait bien que le gar­çon et la fille, s’ils par­tagent la même nature humaine, se dif­fé­ren­cient cepen­dant fon­da­men­ta­le­ment. L’homme et la femme n’au­ront pas le même rôle à jouer dans la famille, l’Etat, l’Eglise. Cette diver­si­té com­plé­men­taire entraîne néces­sai­re­ment une édu­ca­tion dif­fé­ren­ciée et une ins­truc­tion adap­tée. L’homme aura à faire vivre sa famille grâce à son acti­vi­té pro­fes­sion­nelle, il devra assu­rer la pro­tec­tion de ceux qui se confient en lui. Il aura sou­vent un rôle social et pour­ra prendre des res­pon­sa­bi­li­tés poli­tiques. La femme aura à être l’âme de son foyer, le bon ange qui veille sur tout le monde. Elle assu­me­ra une grande part de l’é­du­ca­tion de ses enfants, orga­ni­se­ra la vie domes­tique, se dévoue­ra pour de nom­breuses bonnes œuvres. Il faut donc une édu­ca­tion virile, don­nant le goût du tra­vail, le sens des res­pon­sa­bi­li­tés, l’ou­ver­ture aux pro­blèmes de socié­té pour le gar­çon et une édu­ca­tion fémi­nine pour la fille.

3. Une approche éducative différente

Si le but est dif­fé­rent, les méthodes mêmes sont dif­fé­rentes. Une édu­ca­tion virile passe par une pra­tique spor­tive plus intense, la vie au grand air, les exer­cices pour dis­ci­pli­ner la volon­té, un rap­port franc et direct avec les édu­ca­teurs, des céré­mo­nies pleines de panache. C’est ce que nous essayons de faire pour les gar­çons qui nous sont confiés.

Les rares auteurs qui osent encore défendre la non-​mixité s’ap­puient en géné­ral sur ces rai­sons, pas trop éloi­gnées du poli­ti­que­ment cor­rect, de dif­fé­rence de psy­cho­lo­gie entre les filles et les gar­çons, ain­si que sur la nette dif­fé­rence de matu­ri­té. Les filles ont tout sim­ple­ment une avance de deux ans sur les gar­çons à l’âge de l’a­do­les­cence, tant au niveau de la puber­té que de la matu­ri­té psy­cho­lo­gique et intel­lec­tuelle. Les gar­çons vivent mal cette situa­tion humi­liante dans les classes mixtes et ont davan­tage ten­dance à déve­lop­per ce qui à leur yeux les met en valeur : la vio­lence phy­sique, les com­por­te­ments à risque, la gros­siè­re­té, l’ad­dic­tion aux jeux vidéos et à la por­no­gra­phie numé­rique. Le livre du Docteur Stéphane Clerget est à ce sujet très éclai­rant [1].

Le sujet de la mixi­té a fait récem­ment l’ob­jet d’une réflexion de la Plateforme des Organisateurs Chrétiens, réunie par l’AFOCAL à Paris en novembre 2016. Des orga­ni­sa­teurs de séjours de vacances n’hé­sitent pas à reven­di­quer le choix de la non-​mixité. Ainsi, un res­pon­sable de l’œuvre des patro­nages mar­seillais dans la lignée du Père Allemand explique que cette œuvre gère deux struc­tures : une mixte et une pour gar­çons seule­ment. La struc­ture non-​mixte leur coûte 15 000 euros de plus car les Caisses d’Allocations Familiales refusent de la sub­ven­tion­ner pour ce seul motif. Le res­pon­sable avance deux rai­sons qui jus­ti­fient cette struc­ture non-​mixte : une qua­li­fiée de « non avouable » : la com­mu­nau­té qui gère cette struc­ture est une com­mu­nau­té d’hommes qui ne désire pas s’in­ves­tir dans l’é­du­ca­tion mixte, l’autre, « avouable », est de per­mettre de fon­der de vrais ami­tiés, longues, appro­fon­dies, et éga­le­ment de per­mettre aux gar­çons d’as­su­mer des res­pon­sa­bi­li­tés (dans les struc­tures mixtes, les res­pon­sa­bi­li­tés sont assu­mées à 80 % par les filles !) [2].

Le Père Duhr, jésuite, a cette remarque dans son trai­té sur l’é­du­ca­tion : « Le mot du poète alle­mand Schiller « le gar­çon, dans sa fier­té, s’é­carte de la fille », exprime une véri­té psy­cho­lo­gique de tous les temps. D’instinct, jeunes gens et jeunes filles s’as­so­cient et se groupent à part. Dans ces grou­pe­ments dis­tincts, ils déploient le plus à l’aise les richesses nou­velles dont se trouvent dotés leur corps, leur esprit et leur âme. La réserve et l’abs­ten­tion mutuelle contri­buent le mieux, à cet âge, au déve­lop­pe­ment nor­mal du carac­tère par­ti­cu­lier des deux sexes » [3].

La non mixi­té va donc de soi. Elle est un fon­de­ment de l’é­du­ca­tion catho­lique. Vouloir s’en dis­pen­ser, c’est se pri­ver d’un tra­vail effi­cace sur les ado­les­cents et les ado­les­centes tout en les expo­sant à des ten­ta­tions insupportables.

Abbé Ludovic Girod, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

Sources : Le Courrier de la Ville n° 27 de juillet 2017

Notes de bas de page

  1. Docteur Stéphane Clerget, Nos gar­çons en dan­ger – Ecole, san­té, matu­ri­té – Pourquoi c’est plus com­pli­qué pour eux et com­ment les aider, Flammarion, 2015. Cf. éga­le­ment : Florence Brière-​Loth, Mixité sco­laire – SOS gar­çons en dif­fi­cul­té, in Famille Chrétienne N°1548 du 15 au 20 sep­tembre 2007, pages 66 à 70.[]
  2. Plateforme des Organisateurs Chrétiens réunie par l’AFOCAL – Actes de la jour­née du 17 novembre 2016 – Ensemble ou sépa­rés : édu­quer des filles et des gar­çons.[]
  3. Joseph Duhr, S.J., L’art des arts – Eduquer un enfant, Salvator, 1953, page 360.[]

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