Jean-Paul II

28 octobre 1995

Congrégation pour la doctrine de la foi Réponse à un doute sur la doctrine de la lettre apostolique "Ordinatio Sacerdotalis"

Impossibilité d'ordonner des femmes au sacerdoce

Question : Doit-​on consi­dé­rer comme appar­te­nant au dépôt de la foi la doc­trine selon laquelle l’Église n’a pas le pou­voir de confé­rer l’ordination sacer­do­tale aux femmes, doc­trine qui a été pro­po­sée par la Lettre apos­to­lique Ordinatio sacer­do­ta­lis, comme à tenir de manière définitive ?

Réponse : Oui

Cette doc­trine exige un assen­ti­ment défi­ni­tif parce qu’elle est fon­dée sur la Parole de Dieu écrite, qu’elle a été constam­ment conser­vée et mise en pra­tique dans la Tradition de l’Église depuis l’origine et qu’elle a été pro­po­sée infailli­ble­ment par le Magistère ordi­naire et uni­ver­sel (cf. Concile Vatican II, Constitution dog­ma­tique Lumen gen­tium, 25, 2). C’est pour­quoi, dans les cir­cons­tances actuelles, le Souverain Pontife, exer­çant son minis­tère de confir­mer ses frères (cf. Lc 22, 32), a expri­mé cette même doc­trine par une décla­ra­tion for­melle, affir­mant expli­ci­te­ment ce qui doit tou­jours être tenu, par­tout et par tous les fidèles, en tant que cela appar­tient au dépôt de la foi.

Au cours d’une Audience accor­dée au car­di­nal Préfet sous­si­gné, le Souverain Pontife Jean-​Paul II a approu­vé cette réponse, éla­bo­rée durant la réunion ordi­naire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et en a ordon­né la publication.

À Rome, au Siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 28 octobre 1995, en la fête des saints Apôtres Simon et Jude.

Joseph Card. RATZINGER, Préfet
Tarcisio BERTONE, Archevêque émé­rite de Vercelli, Secrétaire

Explicitation de la Réponse de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi

À l’occasion de la publi­ca­tion de la Réponse de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à un doute concer­nant le motif pour lequel on doit tenir pour défi­ni­tive la doc­trine expo­sée dans la Lettre apos­to­lique Ordinatio sacer­do­ta­lis, les réflexions sui­vantes semblent opportunes.

L’importance ecclé­sio­lo­gique de cette Lettre apos­to­lique était sou­li­gnée par la date même de sa publi­ca­tion : en effet, en ce 22 mai 1994, on célé­brait la fête de la Pentecôte. Mais, sur­tout, on pou­vait décou­vrir son impor­tance dans les der­nières phrases de la Lettre : « C’est pour­quoi, afin qu’il ne sub­siste aucun doute sur une ques­tion de grande impor­tance qui concerne la consti­tu­tion divine elle-​même de l’Église, je déclare, en ver­tu de ma mis­sion de confir­mer mes frères (cf. Lc 22, 32), que l’Église n’a en aucune manière le pou­voir de confé­rer l’ordination sacer­do­tale à des femmes et que cette posi­tion doit être tenue défi­ni­ti­ve­ment par tous les fidèles de l’Église » (n. 4).

L’intervention du Pape avait été ren­due néces­saire, non pas sim­ple­ment pour réaf­fir­mer la vali­di­té d’une dis­ci­pline obser­vée dans l’Église depuis son com­men­ce­ment, mais pour confir­mer une doc­trine (n. 4) « conser­vée par la Tradition constante et uni­ver­selle de l’Église » et « fer­me­ment ensei­gnée par le Magistère dans les docu­ments les plus récents », doc­trine qui « concerne la consti­tu­tion divine elle-​même de l’Église » (ibid.). Le Saint-​Père enten­dait ain­si dire clai­re­ment que l’enseignement sur l’ordination sacer­do­tale réser­vée uni­que­ment aux hommes ne pou­vait pas être consi­dé­ré comme une matière à « dis­cus­sion », et que l’on ne pou­vait pas non plus attri­buer à la déci­sion de l’Église « une valeur pure­ment dis­ci­pli­naire » (ibid.).

La publi­ca­tion de cette Lettre a por­té ses fruits. Bien des consciences qui, de bonne foi, s’étaient peut-​être lais­sé trou­bler, plus que par le doute, par l’incertitude, ont retrou­vé la séré­ni­té grâce à l’enseignement du Saint-​Père. Cependant, les per­plexi­tés n’ont pas man­qué non plus, non seule­ment de la part de ceux qui, loin de la foi catho­lique, n’acceptent pas l’existence d’une auto­ri­té doc­tri­nale dans l’Église, c’est-à-dire du Magistère revê­tu sacra­men­tel­le­ment de l’autorité du Christ (cf. Const. Lumen gen­tium, 21), mais aus­si de la part de cer­tains fidèles qui conti­nuent à esti­mer que l’exclusion du minis­tère sacer­do­tal repré­sente une vio­lence ou une dis­cri­mi­na­tion à l’égard des femmes. Certains objectent qu’il ne res­sort pas de la Révélation que cette exclu­sion ait été la volon­té du Christ pour son Église, et d’autres s’interrogent sur l’assentiment dû à l’enseignement de la Lettre.

Sûrement, on peut appro­fon­dir encore davan­tage les motifs pour les­quels l’Église n’a pas la facul­té de confé­rer aux femmes l’ordination sacer­do­tale, motifs déjà expo­sés, par exemple, dans la Déclaration Inter insi­gniores du 15 octobre 1976, de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, approu­vée par Paul VI, et dans divers docu­ments de Jean-​Paul II (comme l’Exhort. apost. Christi fideles lai­ci,51 ; la Lettre apost. Mulieris digni­ta­tem, 26), ain­si que dans le Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 1577. Mais, en tout cas, on ne peut pas oublier que l’Église enseigne, comme véri­té abso­lu­ment fon­da­men­tale de l’anthropologie chré­tienne, l’égale digni­té per­son­nelle entre l’homme et la femme, et le besoin de sur­mon­ter et d’éliminer « toute espèce de dis­cri­mi­na­tion dans les droits fon­da­men­taux » (Const. Gaudium et spes, 29). À la lumière de cette véri­té, on peut cher­cher à mieux com­prendre l’enseignement selon lequel la femme ne peut pas rece­voir l’ordination sacer­do­tale. Une théo­lo­gie cor­recte ne peut faire abs­trac­tion ni de l’un ni de l’autre ensei­gne­ment, mais elle doit les tenir ensemble ; ce n’est qu’ainsi que l’on pour­ra appro­fon­dir les des­seins de Dieu sur la femme et sur le sacer­doce et, donc, sur la mis­sion de la femme dans l’Église. Si au contraire on devait affir­mer qu’il existe une contra­dic­tion entre les deux véri­tés, peut-​être en se lais­sant trop condi­tion­ner par la mode ou l’esprit du temps, on s’égarerait au lieu de pro­gres­ser dans l’intelligence de la foi.

Dans la Lettre Ordinatio sacer­do­ta­lis, le Pape arrête un ins­tant sa pen­sée, d’une manière para­dig­ma­tique, sur la per­sonne de la bien­heu­reuse Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Église : le fait qu’elle « n’ait reçu ni la mis­sion spé­ci­fique des Apôtres ni le sacer­doce sacra­men­tel montre clai­re­ment que la non-​admission des femmes à l’ordination sacer­do­tale ne peut pas signi­fier qu’elles auraient une digni­té moindre ni qu’elles seraient l’objet d’une dis­cri­mi­na­tion ; mais c’est l’observance fidèle d’une dis­po­si­tion qu’il faut attri­buer à la sagesse du Seigneur de l’univers » (n. 3). La dif­fé­rence quant à la mis­sion ne porte pas atteinte à l’égalité dans la digni­té personnelle.

En outre, pour com­prendre qu’il n’y a ni vio­lence ni dis­cri­mi­na­tion envers les femmes, il faut éga­le­ment consi­dé­rer la nature même du sacer­doce minis­té­riel, qui est un ser­vice et non pas une posi­tion de pou­voir humain ou de pri­vi­lège par rap­port aux autres. Quiconque, qu’il soit homme ou femme, conçoit le sacer­doce comme une affir­ma­tion per­son­nelle, comme le terme ou le point de départ d’une car­rière de suc­cès humain, se trompe pro­fon­dé­ment parce qu’on ne peut trou­ver le vrai sens du sacer­doce chré­tien, qu’il s’agisse du sacer­doce com­mun des fidèles ou, tout spé­cia­le­ment, du sacer­doce minis­té­riel, que dans le sacri­fice de son exis­tence per­son­nelle, en union avec le Christ, au ser­vice de nos frères. Le minis­tère sacer­do­tal ne peut consti­tuer ni l’idéal géné­ral ni, encore moins, le but de la vie chré­tienne. En ce sens, il n’est pas super­flu de rap­pe­ler une fois encore que « le seul cha­risme supé­rieur que l’on peut et doit recher­cher, c’est la cha­ri­té » (Déclar. Inter insi­gniores, VI).

En ce qui concerne le fon­de­ment dans la Sainte Écriture et la Tradition, Jean-​Paul II s’arrête sur le fait que le Seigneur Jésus, comme cela est attes­té par le Nouveau Testament, n’a appe­lé que des hommes, et non pas des femmes, au minis­tère ordon­né, et que les Apôtres « ont fait de même lorsqu’ils ont choi­si leurs col­la­bo­ra­teurs, qui devaient leur suc­cé­der dans le minis­tère » (Lettre apost. Ordinatio sacer­do­ta­lis, 2 ; cf. 1 Tm 3, 1 et s. ; 2 Tm 1, 6 ; Tt 1, 5). Il existe des argu­ments valables pour sou­te­nir que la manière d’agir du Christ n’a pas été déter­mi­née par des motifs cultu­rels (cf. n. 2), tout comme il y a des rai­sons suf­fi­santes pour affir­mer que la Tradition a inter­pré­té le choix fait par le Seigneur comme liant l’Église de tous les temps.

Mais nous sommes déjà ici devant l’interdépendance essen­tielle entre l’Écriture Sainte et la Tradition ; inter­dé­pen­dance qui fait de ces deux modes de trans­mis­sion de l’Évangile une uni­té que l’on ne peut sépa­rer du Magistère, lequel fait par­tie inté­grante de la Tradition et est l’instance d’interprétation authen­tique de la Parole de Dieu écrite et trans­mise (cf. Const. Dei Verbum, 9 et 10). Dans le cas spé­ci­fique des ordi­na­tions sacer­do­tales, les suc­ces­seurs des Apôtres ont tou­jours obser­vé la norme de confé­rer l’ordination sacer­do­tale seule­ment aux hommes, et le Magistère, avec l’assistance du Saint-​Esprit, nous enseigne que cela s’est fait non pas par hasard, ni par une répé­ti­tion habi­tu­di­naire, ni par sou­mis­sion à des condi­tion­ne­ments socio­lo­giques, ni, encore moins, à cause d’une infé­rio­ri­té ima­gi­naire de la femme, mais parce que « l’Église a tou­jours recon­nu comme norme constante la manière d’agir de son Seigneur dans le choix des douze hommes dont il a fait le fon­de­ment de son Église » (Lettre apost. Ordinatio sacer­do­ta­lis, 2).

Comme on le sait, il y a des rai­sons de conve­nance par le moyen des­quelles la théo­lo­gie a cher­ché et cherche à com­prendre le bien-​fondé de la volon­té du Seigneur. Ces motifs, tels qu’on les trouve expri­més par exemple dans la Déclaration Inter insi­gniores, ont une valeur incon­tes­table, mais ne sont pas conçus ni employés comme s’ils étaient des démons­tra­tions logiques et per­sua­sives décou­lant de prin­cipes abso­lus. Cependant, il est impor­tant de se sou­ve­nir que la volon­té humaine du Christ non seule­ment n’est pas arbi­traire, comme ces rai­sons de conve­nance aident en fait à le com­prendre, mais qu’elle est inti­me­ment unie à la volon­té divine du Fils éter­nel, de laquelle dépend la véri­té onto­lo­gique et anthro­po­lo­gique de la créa­tion des deux sexes.

Devant cet acte magis­té­riel pré­cis du Pontife romain, expli­ci­te­ment adres­sé à toute l’Église catho­lique, tous les fidèles sont tenus de don­ner leur assen­ti­ment à la doc­trine énon­cée. Et c’est à ce pro­pos que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, avec l’approbation du Pape, a don­né une réponse offi­cielle quant à la nature de cet assen­ti­ment. Il s’agit d’un assen­ti­ment plé­nier et défi­ni­tif, c’est-à-dire irré­vo­cable, à une doc­trine pro­po­sée de manière infaillible par l’Église. En effet, comme l’explique la Réponse, ce carac­tère défi­ni­tif découle de la véri­té de la doc­trine elle-​même, parce que, fon­dée sur la Parole de Dieu écrite et constam­ment tenue et appli­quée dans la Tradition de l’Église, elle a été pro­po­sée infailli­ble­ment par le Magistère ordi­naire uni­ver­sel (cf. Const. Lumen gen­tium, 25). Aussi, la Réponse précise-​t-​elle que cette doc­trine appar­tient au dépôt de la foi de l’Église. Il faut donc sou­li­gner que le carac­tère défi­ni­tif et infaillible de cet ensei­gne­ment de l’Église n’est pas né avec la Lettre Ordinatio sacer­do­ta­lis. Par elle, comme l’explique éga­le­ment la Réponse de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le Pontife romain, compte tenu des cir­cons­tances actuelles, a confir­mé cette même doc­trine par une Déclaration for­melle, énon­çant à nou­veau « quod sem­per, quod ubique et quod ab omni­bus tenen­dum est, utpote ad fidei depo­si­tum per­ti­nens » [Ce qui doit être tenu tou­jours, par­tout et par tous, en tant que cela appar­tient au dépôt delà foi]. Dans le cas pré­sent, un acte du Magistère pon­ti­fi­cal ordi­naire, en soi non infaillible, atteste le carac­tère infaillible de l’enseignement d’une doc­trine déjà en pos­ses­sion de l’Église.

Enfin, cer­tains com­men­taires de la Lettre Ordinatio sacer­do­ta­lis n’ont pas man­qué d’affirmer que celle-​ci consti­tue­rait une dif­fi­cul­té de plus, et donc inop­por­tune, sur le che­min déjà dif­fi­cile du mou­ve­ment œcu­mé­nique. À cet égard, il ne faut pas oublier que selon la lettre et l’esprit du Concile Vatican II (cf. Décret Unitatis redin­te­gra­tio, 11), l’authentique enga­ge­ment œcu­mé­nique, auquel l’Église catho­lique ne peut pas et ne veut pas faire défaut, exige une pleine sin­cé­ri­té et clar­té dans la pré­sen­ta­tion de sa propre foi. Il faut en outre sou­li­gner que la doc­trine réaf­fir­mée par la Lettre Ordinatio sacer­do­ta­lis ne peut pas ne pas être utile à la recherche de la pleine com­mu­nion avec les Églises ortho­doxes, les­quelles, confor­mé­ment à la Tradition, ont main­te­nu et main­tiennent avec fidé­li­té le même enseignement.

L’originalité sin­gu­lière de l’Église et, à l’intérieur de celle-​ci, du sacer­doce minis­té­riel, requiert pré­ci­sion et clar­té dans les cri­tères. Concrètement, on ne doit jamais perdre de vue que l’Église ne trouve pas la source de sa foi et de sa struc­ture consti­tu­tive dans les prin­cipes de la vie sociale de chaque époque his­to­rique. Tout en por­tant atten­tion au monde dans lequel elle vit et pour le salut duquel elle tra­vaille, l’Église a conscience qu’elle est por­teuse d’une fidé­li­té supé­rieure à laquelle elle est liée. Il s’agit de la fidé­li­té radi­cale à la Parole de Dieu reçue par cette même Église éta­blie par Jésus-​Christ jusqu’à la fin des temps. Cette Parole de Dieu, en pro­cla­mant la valeur essen­tielle et le des­tin éter­nel de toute per­sonne, mani­feste le fon­de­ment ultime de la digni­té de tout être humain : de toute femme et de tout homme.

fraternité sainte pie X