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Editorial de juillet 2005

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Editorial du mois de juilet 2005, par l’abbé Régis de Cacqueray

« Combien d’hommes peuvent arriver à la vérité sans le secours de l’autorité et, pire, à rebours de la pression sociale ? »

Dans la grande bataille contre la funeste « liberté religieuse » que mena au Concile Mgr Lefebvre, assisté de son théologien l’abbé Berto, le prélat employa des raisons tirées du Magistère et des arguments d’ordre philosophique.
Mais Mgr Lefebvre, qui était un homme de terrain, employa aussi un argument qu’on pourrait appeler « sociologique », « anthropologique » ou « éducatif ».

« Il y en a qui disent, écrivait alors pour lui l’abbé Berto, que la vérité peut par elle-même et toute seule vaincre l’erreur, sans l’aide d’aucune autorité. Ce sera vrai le jour où les hommes ne seront plus des hommes, mais des surhommes. (…) Le Schéma fait silence sur les timides, il fait silence sur les esclaves du péché, il fait silence sur la pression des passions, il fait silence sur la diffusion des erreurs par des hommes pervers, pour imaginer un homme surangélique. (…) En quel endroit du monde, sur quelle planète ce Schéma nous établit-il ? (…) La plupart des hommes ne sont pas capables de vaincre les erreurs même vincibles, à moins que l’erreur ne soit éloignée d’eux par ceux qui en ont reçu la charge, et qu’ils respirent la vérité dans une certaine mesure. »

Ce que Mgr Lefebvre résumait d’une phrase énergique, en stigmatisant « l’irréalisme de cette Déclaration » :

« La recherche de la vérité, pour les hommes vivant sur cette terre, consiste avant tout à obéir, à soumettre leur intelligence à quelque autorité que ce soit, familiale, religieuse et même civile. Combien d’hommes peuvent arriver à la vérité sans le secours de l’autorité ? »

Incontestablement, l’homme se détermine beaucoup plus en raison de la pression sociale, c’est-à-dire en définitive de l’autorité (autorité des parents, de l’État, des gens intelligents, du nombre, des médias, de la télévision, de la publicité, de la mode, etc.), qu’après une longue et minutieuse étude du problème, qu’après une enquête approfondie auprès des spécialistes de la question.

D’où l’importance majeure, pour la découverte de la vérité chez la plupart des hommes, pour leur droite vie morale et religieuse, d’une pression sociale unanime et orientée vers le vrai et le bien. Pour que les hommes en général (et nous devons nous inclure nous-mêmes dans ce lot) puissent accéder à la vérité et la suivre, il convient que la famille, l’école, l’État, les élites oeuvrent simultanément dans le sens de cette vérité.

Or, la situation actuelle est catastrophiquement inverse. Si, dans un certain nombre de cas, le libéralisme se contente d’engendrer la cacophonie parmi les autorités, donc la perplexité parmi les hommes, nous constatons surtout, et de plus en plus, une pression sociale nettement et positivement orientée vers l’erreur et le mal, et entraînant bon gré mal gré les hommes dans cette direction.

Les modèles de comportement inlassablement diffusés par le cinéma, par les publicités, par la télévision (notamment par les feuilletons et « séries »), par les radios (et, en premier lieu, par les « émissions de libre antenne » des radios pour jeunes comme NRJ, Skyrock, Fun Radio, etc.), par les journaux et magazines, vont tous dans le même sens de la décadence et du mépris de l’esprit chrétien.

La moquerie du mariage et sa dévalorisation systématique, la promotion de l’adultère et de la fornication, l’apologie de l’impudeur, la banalisation explicite ou implicite de l’homosexualité, pour ne parler que de cela, favorisent évidemment chez nos contemporains un hédonisme qui finit par leur sembler « naturel » puisque, aussi bien, « tout le monde le fait ».

Mais il serait trompeur de ne s’arrêter qu’à la morale conjugale : il s’agit de l’arbre qui cache la forêt. Par exemple, la promotion de la paresse, par des gains totalement disproportionnés au travail fourni, et les lueurs trompeuses de la gloire télévisuelle et médiatique, font que beaucoup de jeunes ne rêvent plus que d’être acteur, chanteur ou mannequin, au détriment de leur devoir d’état : c’est là également un fruit de la pression sociale vers le mal.

Notre dossier a pour ambition de rendre plus concret, plus immédiat, notre combat central contre la liberté religieuse. Les documents du Magistère et les arguments philosophiques sont parfois un peu difficiles. Mais l’impressionnante pression sociale qui tente de nous entraîner vers le mal est une démonstration éclatante que, pour le vrai et pour le bien, la liberté libérale, la liberté du mouton au milieu du troupeau de loups n’est pas une protection adaptée à une humanité déchue à la suite du péché originel.

Que faire, face à cette pression sociale ? Y résister, avec la grâce de Dieu, au plan individuel et familial. Mais aussi, travailler à inverser la tendance, pour rétablir la naturelle pression sociale vers le bien, celle qui aide les hommes faibles à rester dans le droit chemin.
Sans doute, n’ayant guère accès aux arcanes du pouvoir politique, ne pouvons-nous espérer modifier radicalement et dans un délai bref la situation : il convient de rester réaliste. Cependant, le réalisme ne doit pas être un prétexte à la paresse. Il y a des choses possibles à faire. Ces actions, quand bien même elles ne porteraient pas tous les fruits espérés, auront au minimum valeur de témoignage pour l’avenir. C’est pourquoi j’ai demandé à l’un des participants de commenter la belle, utile, courageuse et habile campagne contre l’homofolie.

Cependant, nous ne devons pas exclusivement vouloir «témoigner»: ce serait désespérer de la nature et de la grâce. Certaines réussites sont possibles, qui ont leur valeur propre, et nous ne devons pas les sousestimer. Des événements politiques récents ne l’ont-ils pas montré ? Tous les hommes politiques, tous les médias, toutes les autorités morales (y compris ecclésiastiques, malheureusement) étaient ligués pour obliger les Français à voter dans le « sens de l’Histoire ». Et, par une sorte de petit miracle, malgré cette incroyable pression, les Français ont trouvé le courage de dire « Non ».

Il est donc possible d’inverser une tendance, même dominante.

« Ou alors il faut dire que la grâce du saint sacrifice de la messe n’est plus la grâce, que Dieu n’est plus Dieu, remarquait Mgr Lefebvre en 1979. »

Il faut mener ce combat pour inverser la pression sociale. Car les seuls combats certainement perdus sont ceux qu’on ne mène pas.

Abbé Régis de Cacqueray †
Supérieur du District de France

Fideliter n° 166

Rendez-vous sur notre page consacré à ce dossier « Pression sociale vers le mal »

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