Entretien avec Mgr B. Tissier de Mallerais : je suis profondément indigné de la vidéo du pape François

Dans un entre­tien du 9 mars 2016, Mgr Bernard Tissier de Mallerais [1], évêque auxi­liaire de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, revient fer­me­ment sur la vidéo du pape du 6 jan­vier der­nier qui l’a pro­pre­ment indi­gné. « Ce ne sont pas tant les paroles de François qui sont scan­da­leuses mais c’est la force des images qu’il a lui-​même réa­li­sées, scan­da­leuses au sens fort. indui­sant à l’erreur, à l’hérésie. »

Ces fortes paroles se font l’écho de l’article publié par La Porte Latine sous le titre « La vidéo des inten­tions de prières du pape : un pas de plus vers l’a­po­sta­sie silen­cieuse ? » et sur celui de John Vennari [2] pour le District des USA inti­tu­lé « la vidéo inter­re­li­gieuse du Pape est-​elle une héré­sie ? »

Comme le conclut l’évêque sacré par Mgr Lefebvre prions pour que « le pape François veuille bien se mettre d’accord avec son divin Maître ».

La Porte Latine – 9 mars 2016

Monseigneur Tissier de Mallerais, évêque de la Fraternité Saint-​Pie X, a été sacré par Mgr Lefebvre en 1988. Il a accep­té de répondre aux ques­tions MPI concer­nant la vidéo des vœux du pape publiée au mois de jan­vier 2016. Nous le remer­cions pour ses paroles claires et sans ambi­guï­tés comme elles se doivent de l’être de la part d’un évêque catholique.

Monseigneur, le pape François a publié au mois de jan­vier une vidéo pour ses vœux et la pré­sen­ta­tion de ses inten­tions de prières. Dans cette vidéo on y voit un musul­man, une boud­dhiste, un juif et un prêtre catho­lique. Ils tiennent entre leurs mains des sym­boles cha­cun selon sa reli­gion. Que se doit de dire un évêque catho­lique sur une telle vidéo ?

Un évêque catho­lique doit être pro­fon­dé­ment indi­gné de la vidéo du pape François du 6 jan­vier 2016. Elle est inad­mis­sible. Ce ne sont pas tant les paroles de François qui sont scan­da­leuses mais c’est la force des images qu’il a lui-​même réa­li­sées, scan­da­leuses au sens fort. indui­sant à l’erreur, à l’hérésie.

D’abord la fausse com­mu­nion dans le foi en Dieu, de ce prêtre catho­lique, de ce rab­bi, de ce muf­ti et de cette femme boud­dhiste, est affi­chée en images comme étant la pen­sée du pape. Or quelle com­mu­nion peut-​il y avoir entre le vrai et seul Dieu, Sainte Trinité, Dieu fait homme, Dieu Sauveur, et les néga­teurs de la tri­ni­té des Personnes divines, de l’incarnation de Dieu le Fils, de la Rédemption par Sa Croix, de l’existence même de Dieu ?

D’ailleurs le muf­ti affirme sa foi en « Dieu, Allah », mar­quant bien la dif­fé­rence, l’opposition entre son Dieu et le vrai Dieu, celui des chré­tiens. Et la boud­dhiste dit seule­ment « J’ai confiance en Bouddha », parce que Bouddha n’est pas dieu et qu’il n’y a pas de dieu pour elle. Cette fausse com­mu­nion s’évanouit donc d’elle-même.

Mais elle laisse au spec­ta­teur la croyance en une récon­ci­lia­tion pos­sible de ces reli­gions : Les sym­boles que cha­cun apporte à la fin du scé­na­rio : le prêtre catho­lique un Enfant Jésus, le rab­bi israé­lite sa Ménora (le chan­de­lier à sept branches signi­fiant l’Ancienne Alliance, que nous chré­tiens savons révo­quée); le muf­ti musul­man : son cha­pe­let des noms d’Allah ; et la boud­dhiste : son Bouddha, par leur rap­pro­che­ment sont une pro­fes­sion en images, par le pape, de l’indifférentisme religieux.

C’est cette héré­sie condam­née déjà par le pape Grégoire XVI en 1832, selon quoi « on pour­rait par n’importe quelle pro­fes­sion de foi obte­nir le salut éter­nel. » [3].

Nous avons donc un pape qui pro­page une héré­sie ; je ne suis pas juge de son péché, je constate qu’il pro­page une hérésie.

Le pape François y affirme « Nous devons prier sans cesse pour cela et tra­vailler avec ceux qui pensent d’une autre manière. » N’est-ce pas le sens qu’il faut don­ner à la phrase « paix aux hommes de bonne volon­té », car beau­coup de per­sonnes peuvent être de bonne volon­té sans être chrétiennes ?

François a dit exac­te­ment : « Beaucoup pensent de manières dif­fé­rentes, res­sentent les choses dif­fé­rem­ment, cherchent et ren­contrent Dieu de diverses manières. » Donc, peu importe la réa­li­té objec­tive de Dieu, l’important est le ‘fee­ling’, le sen­ti­ment d’un-chacun au sujet de Dieu ou de la reli­gion. Chaque homme se fabrique une dieu à sa guise.

Et le pape François ne porte aucun juge­ment sur un tel sub­jec­ti­visme, un tel moder­nisme. Nous avons un pape qui laisse se pro­pa­ger la reli­gion au goût de cha­cun. Il appelle cela la ‘recherche’ de la véri­té. mais la Vérité est une, c’est Notre Seigneur Jésus-​Christ, qui seul a dit : « Je suis la voie, la véri­té et la vie » (Jn 14, 6). Seul le Verbe incar­né, l’unique Sauveur des hommes, est la vérité.

La bonne volon­té des igno­rants et des errants ne les sauve pas. La bonne volon­té ne sauve per­sonne. la Vérité seule sauve.

Que pen­ser de cette phrase du pape « Dans cette mul­ti­tude, dans cet éven­tail de reli­gions, nous avons une seule cer­ti­tude pour tous : nous sommes tous enfants de Dieu. » ?

Par nature, à cause du péché ori­gi­nel que contractent tous les hommes dès leur concep­tion dans le sein de leur mère (la Vierge Immaculée excep­tée), nous sommes tous « fils de colère » (Ep 2, 3); et « c’est par l’excessif amour avec lequel Dieu nous a aimés (nous les chré­tiens), qu’il nous a don­né la vie dans le Christ » par le bap­tême, et la digni­té d’enfants de Dieu.

Seuls, au sens propre, les bap­ti­sés sont « enfants de Dieu », « par­ti­ci­pants à la nature divine » (2 Pe 1, 4), ornés de la grâce sanc­ti­fiante, capables de dire à Dieu, grâce à l’Esprit d’adoption des fils, « Abba, Père »(Rm 8,15).

En disant pré­ci­sé­ment des adeptes de toutes reli­gions « nous sommes tous enfants de Dieu », Français dit plus qu’une équi­voque, il dit une erreur, et il pro­page de toute façon une hérésie.

Nous avons donc un pape qui pro­page une héré­sie, de nou­veau. Je ne dis pas ‘héré­tique’ mais fau­teur d’hérésie.

Le pape conclut en disant « Je compte sur vous pour dif­fu­ser mon inten­tion de ce mois : « Que le dia­logue sin­cère entre les hommes et les femmes de dif­fé­rentes reli­gions porte des fruits de paix et de jus­tice. » Je compte sur ta prière. » N’est-ce pas un vœu tout à fait louable ? La paix n’est-elle pas un préa­lable à une évan­gé­li­sa­tion sereine ?

Les fruits de paix et de jus­tice sont les fruits de Notre Seigneur Jésus-​Christ lui seul, de sa croix, de son règne. Hors de lui, Prince de la paix, il ne peut y avoir que guerres et injus­tices. Seul l’ordre social chré­tien est source de paix, de la paix inté­rieure des nations et de la paix internationale.

C’est pour­quoi il faut d’abord évan­gé­li­ser, afin de pou­voir civi­li­ser et paci­fier. Le pape Pie XI avait cette belle devise. « La paix du Christ dans le Règne du Christ ». C’est ce que le pape François devrait affir­mer et faire vivre. En dehors de cela, ses voeux ne sont qu’ « autant en emporte le vent ».

Votre parole marque un désac­cord pro­fond – voir une franche oppo­si­tion – avec le pape. N’est-ce pas vous qui êtes trop sévère ?

Ce n’est pas moi, ni aucun de mes confrères membres de la Fraternité Saint-​Pie X, ni aucun membre de la famille catho­lique, c’est Notre Seigneur Jésus-​Christ, qui reproche ses infi­dé­li­tés et ses scan­dales à celui qui est aujourd’hui son Vicaire, le suc­ces­seur de Pierre.
Ce que Jésus disait à Pierre en priant pour que sa foi ne défaillît pas, Jésus le dit encore aujourd’hui à François : »Mais toi, une fois que tu seras conver­ti, confirme tes frères ! »(Lc 22. 32). Confirme-​les dans la foi !

Que le pape François veuille bien se mettre d’accord avec son divin Maître, et nous le suivrons.

Mgr Bernard Tissier de Mallerais, Chicago, le 9 mars 2016

Sources : MPI du 9 mars 2016

Notes de bas de page

  1. - Son Excellence Mgr Bernard Tissier de Mallerais est né à Sallanches, Haute-​Savoie, le 14 sep­tembre 1945. Après des études uni­ver­si­taires, il entre au sémi­naire St Pie X à Fribourg (Suisse) en octobre 1969. Il est ordon­né prêtre le 29 juin 1975 à Ecône. Il est suc­ces­si­ve­ment pro­fes­seur, puis sous-​directeur et direc­teur au sémi­naire d’Ecône. Il assu­me­ra ensuite la charge de Secrétaire Général de la Fraternité Saint-​Pie X. Il est consa­cré évêque le 30 juin 1988 et main­te­nu dans ses fonc­tions jus­qu’en 1996. Il est alors char­gé de pré­pa­rer une vie de Mgr Lefebvre, un long et patient tra­vail de recherche. Le livre paraît en librai­rie en 2002. Mgr Tissier de Mallerais réside actuel­le­ment à Chicago (USA). Il parle le fran­çais, l’an­glais et l’al­le­mand, et connaît l’es­pa­gnol.[]
  2. - John Venari a publié cet article sur le site du District des USA de la FSSPX.[]
  3. - In Mirari vos.[]

FSSPX Évêque auxliaire

Mgr Bernard Tissier de Mallerais, né en 1945, titu­laire d’une maî­trise de bio­lo­gie, a rejoint Mgr Marcel Lefebvre dès octobre 1969 à Fribourg et a par­ti­ci­pé à la fon­da­tion de la Fraternité Saint-​Pie X. Il a assu­mé d’im­por­tantes res­pon­sa­bi­li­tés, notam­ment comme direc­teur du sémi­naire d’Ecône. Sacré le 30 juin 1988, il est évêque auxi­liaire et fut char­gé de pré­pa­rer l’ou­vrage Marcel Lefebvre, une vie, bio­gra­phie de réfé­rence du fon­da­teur de la Fraternité.