26 juillet 1962

Lettre de Mgr Lefebvre aux spiritains après son élection comme Supérieur Général

Mes bien chers Confrères,

Le 26 juillet, les membres du Chapitre géné­ral me dési­gnaient comme suc­ces­seur du TRP Griffin dans la charge de Supérieur géné­ral. Le soir même de Rome me par­ve­nait la réponse offi­cieuse du Saint-​Père qui bénis­sait le vote des capitulants.

Ainsi, en moins de vingt-​quatre heures, m’apparaissait, par des voies qui s’imposaient comme pro­vi­den­tielles, et la dou­lou­reuse sépa­ra­tion d’avec le dio­cèse de Tulle auquel j’étais déjà pro­fon­dé­ment atta­ché et qui ne méri­tait pas d’avoir un évêque éphé­mère, et s’ouvrait désor­mais l’horizon de cette grave res­pon­sa­bi­li­té de diri­ger une famille reli­gieuse dont la vita­li­té et la sain­te­té ont une réper­cus­sion si impor­tante auprès de mil­lions d’âmes qui lui sont confiées par la Sainte Église.

Heureusement ! Saint Paul a maintes fois affir­mé que nous ne pou­vons rien par nous-​mêmes, et que nous pou­vons tout en Dieu. Fiduciam talem habe­mus per Christum ad Deum, non quod suf­fi­cientes simus cogi­tare ali­quid a nobis qua­si ex nobis, sed suf­fi­cien­tia nos­tra ex Deo est… (2 Co 3,4- 5). « Si nous avons une telle confiance en Dieu, c’est pré­ci­sé­ment que nous ne sommes pas capables de quoi que ce soit par nous-​mêmes comme si cela venait de nous, mais que tout ce dont nous sommes capables vient de Dieu…»

Et le Chapitre nous a mani­fes­té cette aide constante de Notre Seigneur, vous en aurez des échos sans tar­der. Nous sou­hai­tons vive­ment que les effets des réso­lu­tions qui ont été adop­tées se fassent sen­tir rapi­de­ment. Il serait trop long de vous don­ner ici un résu­mé suc­cinct de tous les vœux et les pro­jets for­mu­lés au cours de ces semaines de tra­vail en com­mun. Je vous en ferai part dans mes pro­chaines lettres.

Mais ce qui nous récon­for­te­ra sera de savoir que la plus grande cha­ri­té et union s’est mani­fes­tée au cours de ces jour­nées impor­tantes pour la Congrégation. Que Dieu en soit loué et que nos pré­dé­ces­seurs en soient félicités.

Ayant fait, il y a deux jours mes adieux défi­ni­tifs aux dio­cé­sains de Tulle à l’occasion du pèle­ri­nage de Rome où j’ai eu la satis­fac­tion de les accom­pa­gner, je me vois désor­mais tout entier adon­né à ma nou­velle charge.

En l’assumant, j’éprouve deux dési­rs qui appa­raissent un peu contra­dic­toires : l’un d’être tout à tous et tout à cha­cun d’entre vous, d’apporter à cha­cun l’aide et le récon­fort dont il sent le besoin sui­vant son état, sa fonc­tion. Et, d’autre part, je pense qu’il est néces­saire de me libé­rer des détails, trop indi­vi­duels et trop par­ti­cu­liers, pour m’adonner prin­ci­pa­le­ment aux tâches essen­tielles et pri­mor­diales de la Congrégation : pour­suivre sans relâche la sanc­ti­fi­ca­tion des apôtres pour le salut de leurs âmes et de celles qui leur sont confiées ; recher­cher à mul­ti­plier les envoyés et à leur don­ner toute la for­ma­tion néces­saire pour l’accomplissement de leur apos­to­lat, tel qu’il se pré­sente aujourd’hui dans les régions où ils auront à se dévouer ; adap­ter l’organisation de la Congrégation à l’obtention de ces buts essen­tiels, étant don­né le nombre actuel de ses membres, la diver­si­té de ses tâches et les ori­gi­na­li­tés des Provinces.

Pour arri­ver à ces fins, je ne doute pas que je puisse comp­ter sur la bonne volon­té de tous et, en par­ti­cu­lier, de mes proches col­la­bo­ra­teurs. C’est pour­quoi, comme l’Église, qui est à l’image de Dieu, nous en montre l’exemple au cours de son his­toire, nous devons, avec fer­me­té, main­te­nir les prin­cipes fon­da­men­taux et abso­lus qui condi­tionnent la vie même de la Congrégation, c’est-à-dire notre foi en Notre Seigneur, en Pierre, en l’Église, en l’œuvre de nos fon­da­teurs approu­vée par l’Église, et nous devrons réso­lu­ment regar­der le pré­sent et l’avenir pour entre­te­nir et déve­lop­per des rela­tions vitales avec les âmes incar­nées dans les cir­cons­tances de temps, de lieu, de vie fami­liale, sociale, poli­tique, qui ne sont pas celles d’hier. Je suis cepen­dant per­sua­dé que l’accomplissement de ces tâches essen­tielles de la Congrégation sera une occa­sion fré­quente d’être plus proche de vous. Ce sont là de grandes pré­oc­cu­pa­tions et grandes tâches.

Un pre­mier moyen d’être auprès de cha­cun d’entre vous c’est la feuille impri­mée et par­ve­nant à tous. Le Bulletin géné­ral a tou­jours dif­fu­sé les avis du mois du Supérieur géné­ral. Cependant je n’hésiterai pas à faire paraître la lettre du Supérieur géné­ral en des tirés à part, tra­duits dans les diverses langues afin que tous puissent pro­fi­ter des exhor­ta­tions et direc­tives qui s’y trou­ve­ront, et qui, avec la grâce de Dieu, pour­ront être utiles.

C’est un pre­mier moyen de vous être pré­sent, il y en a d’autres comme les contacts régu­liers pris avec ceux qui sont pla­cés par la Providence pour vous gui­der : les évêques, les Supérieurs pro­vin­ciaux et prin­ci­paux. Des réunions seront pré­vues et des entre­tiens seront tou­jours sug­gé­rés à ces Supérieurs, afin d’aider dans leur tâche tous les ouvriers apos­to­liques qui nous sont confiés.

Enfin, c’est sur­tout dans la prière inces­sante et dans la cha­ri­té qui nous vient de l’Esprit Saint que nous serons constam­ment unis pour tra­vailler à la gloire de Dieu et au salut des âmes cha­cun à notre place.

Je me recom­mande à la prière de tous, afin d’obtenir de Notre Seigneur par le Cœur Immaculé de Marie, les grâces néces­saires pour accom­plir ma tâche selon les dési­rs de Dieu. Que les pères n’oublient pas de célé­brer la messe men­suelle aux inten­tions du Supérieur géné­ral. Que nos chers Frères se joignent aux prêtres dans le Saint Sacrifice de la messe pour inter­cé­der en faveur de ces intentions.

Parmi ces inten­tions nous indi­que­rons tout spé­cia­le­ment en témoi­gnage d’affectueuse et fra­ter­nelle recon­nais­sance : que Dieu daigne bénir le RP Griffin, notre pré­dé­ces­seur, et les membres du Conseil géné­ral pré­cé­dent pour tout le dévoue­ment qu’ils ont mani­fes­té à notre chère Congrégation au cours des douze années dernières.

Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge Marie vous garde.

† Marcel Lefebvre

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.