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L’abbé Edouard Poppe (1890 – 1924)

Table des matières

Ce saint prêtre est mort le 10 juin 1924, alors qu’il allait célébrer la messe. Retour sur sa physionomie spirituelle.

Edouard Poppe naquit à Tamise (Belgique), le 18 décembre 1890. Il était l’aîné de onze enfants. Son père, chrétien exemplaire, était boulanger de métier. Edouard le perdit en 1907, alors qu’il avait à peine seize ans. Après avoir fait ses études primaires à l’école des Frères, dans sa ville natale, Edouard entra au Petit Séminaire de St-Nicolas et, une fois achevé son service militaire, il entra, à Louvain, au séminaire philosophique Léon XIII, où il acquit, en 1913, le doctorat en philosophie thomiste. De là il passa au Grand Séminaire de Gand, où il fut ordonné prêtre le 1er mai 1916. Le lendemain de son ordination, il fut nommé vicaire, dans la ville épiscopale, de la paroisse ouvrière de Sainte-Colette. Après y avoir fondé l’Œuvre des Catéchistes Eucharistiques, il devînt gravement malade et son évêque le nomma, en octobre 1918, recteur d’une communauté de Religieuses à Moerzeke. Il y resta pendant quatre ans, presque continuellement infirme et alité. En 1922, à la demande de Son Eminence le cardinal Mercier, archevêque de Malines, il partit pour Bourg- Léopold, où il fut chargé de la direction spirituelle des Cibistes (c’est-à-dire de la Compagnie des Infirmiers Brancardiers, Séminaristes et Religieux de l’armée belge). Fin décembre 1923, l’abbé Poppe quitta Bourg-Léopold pour aller passer les vacances de Noël chez sa mère, à Moerzeke. Son état de santé y devint alarmant et il ne put plus quitter le lit. Après plusieurs alternatives de crises et de courtes améliorations, il mourut d’une mort sainte, mais quasi inopinée, le matin du 10 juin, alors qu’il se préparait à célébrer la Messe. Le 16 juin, il fut enterré au cimetière paroissial de Moerzeke. Son enterrement fut un vrai triomphe. C’est là qu’il reposa en paix, 38 années durant, dans son humble tombeau, devenu un lieu de pèlerinages ininterrompus. Le 3 septembre 1962, par ordre de l’Autorité diocésaine, ses restes mortels furent exhumés, en vue de l’examen canonique, et furent transférés, le dimanche 8 septembre, en la fête de la Nativité de la Très Sainte Vierge, avec grande solennité, dans une magnifique chapelle funéraire, en présence de 14 évêques, parmi lesquels Son Exc. le Nonce Apostolique en Belgique et l’évêque diocésain, de 4 abbés mitrés, d’une foule de prêtres et religieux, et de plusieurs milliers de fidèles. A titre d’information nous rappelons ici, que l’ouverture du procès informatif diocésain pour la Cause de béatification de l’abbé Poppe fut décrétée à Gand, le 12 décembre 1945. Cent et trois personnes furent appelées à venir porter témoignage : 1 évêque, 48 prêtres diocésains, 28 religieux, 10 religieuses et 16 laïcs. Le volumineux dossier du procès fut remis à la Congrégation des Rites en 1952. Et les nombreux écrits du Serviteur de Dieu, présentés à Rome, en vue de la béatification, furent approuvés par la Sacrée Congrégation, en janvier 1959. Un nombre vraiment extraordinaire de « Litterae Postulatoriae » pour l’introduction de la cause à Rome fut envoyé au Saint-Père le Pape, parmi lesquelles figurent celles de 17 cardinaux, 3 patriarches, 112 archevêques, 283 évêques, 12 préfets apostoliques, un grand nombre de supérieurs généraux d’ordres et congrégations religieuses, d’associations religieuses et d Action Catholique, et de plusieurs représentants éminents du laïcat, parmi lesquels leurs Majestés le Roi Baudouin de Belgique et la Reine-Mère Elisabeth. Tout laisse donc prévoir que cette introduction ne tardera plus longtemps. (NDLR : il sera béatifié le 3 octobre 1999)

Ma première rencontre avec l’abbé Poppe

L’auteur de cet article compte parmi les grandes grâces de sa vie d’avoir rencontré sur son chemin le saint prêtre et de l’avoir eu comme collaborateur (depuis 1920 jusqu’à sa mort, en 1924), pour l’Œuvre de la Croisade Eucharistique Pie X, dont l’abbé Poppe a été en Belgique l’apôtre zélé et le saint animateur. Ce fut au mois de mars 1920, qu’avec l’approbation de l’épiscopat belge, un mouvement eucharistique pour les enfants et la jeunesse fut lancé à l’abbaye d’Averbode, de l’Ordre de Prémontré, en Belgique. A peine le mouvement lancé, la Divine Providence voulut se servir d’un séminariste du diocèse de Gand, pour nous mettre en contact avec l’abbé Poppe, qui, en ce temps, était recteur au couvent des religieuses de St-Vincent à Moerzeke.

Voici le texte de la lettre dans laquelle il nous signale le saint prêtre : « Mon père, si vous voulez être absolument certain que le mouvement eucharistique, que vous .voulez inaugurer, produise des fruits abondants, il faut vous assurer, coûte que coûte, le secours de M. l’abbé Poppe, recteur au couvent de Moerzeke. C’est un saint prêtre comme il y en a probablement peu. Il serait l’homme par excellence pour vous aider. Je vous demande avec insistance de vouloir prier et faire prier, pour que Notre-Seigneur vous accorde cette grâce. Il me semble qu’alors un magnifique plan d’apostolat eucharistique se réalisera sous peu ». Les événements – ont prouvé que le zélé séminariste, sans s’en rendre compte, avait joué un rôle de prophète. Suivre ce bon conseil n’était pas difficile. Tout en confiant le succès de l’entreprise au bon Dieu et à la Sainte Vierge, une lettre partit pour Moerzeke, demandant à l’abbé Poppe de vouloir collaborer au mouvement eucharistique projeté. Sa réponse ne tarda pas. Elle était datée du 15 mars 1920. En voici le contenu: « Mon Père, j’ai bien reçu votre aimable invitation. La « Croisade Eucharistique » ne me laisse nullement indifférent, bien au contraire. Ecrivez-moi donc ce que vous désirez de moi: je ferai ce que je peux. Mais. Je suis toujours malade et ne travaille que par intervalles, de mon lit. Comptez donc sur ma coopération, mais d’une façon libre et irrégulière. Pour ce qui regarde l’action eucharistique, ce que fai surtout au cœur, c’est défaire en sorte que la Sainte Communion soit pour les enjânts une source deformation chrétienne intense, et que le nombre des communions soit complété par leur qualité, et par la ferveur des communiants. lime semble que jusqu’à présent, on n’a pas toujours fait assez attention à cela. Non seulement vouloir que nos enfanta communient fréquemment, mais aussi leur apprendre à mieux profiter de leurs communions. Et puis, veiller aussi à ce que la vie de nos enfants devienne mariale, précisément parce que la dévotion à Jésus est mar iale. Voila, une préoccupation étroitement liée à mes désirs d’apostolat eucharistique. J’espère qu’avec cela vous en savez assez. Je prie pour votre entreprise et Je vous promets ma- meilleure aide ».

Quelques semaines plus tard, je me rendis à Moerzeke, pour faire connaissance avec celui qui allait devenir l’âme de l’œuvre commencée. Je le vois encore devant moi, à cette première entrevue, assis dans son lit, me souhaitant la bienvenue et me demandant bien simplement ma bénédiction- II portait un chapelet au cou et devant lui, sur le lit, se trouvait un crucifix, qu’il fixait de temps à autre du regard pendant la conversation. Sur un piédestal, pas loin de l’extrémité du lit, se trouvait une statue de la Vierge de Lourdes, sous les yeux de laquelle il priait et travaillait. Ainsi je le trouvai la première ibis, ainsi je le trouvai à toutes mes visites ultérieures, ayant sur le visage un sourire, avec un je-ne-sais-quoi de céleste, comme d’une âme toute perdue en Dieu. Après un fervent « Ave Maria », ce que l’abbé Poppe ne négligeait jamais, nous nous mîmes au travail. Tout le mouvement de la « Croisade Eucharistique », tel qu’il existait déjà, fut passé en revue avec soin, et les grandes lignes, d’après lesquelles l’œuvre devait évoluer à l’avenir, furent tracées. La sainte Croisade devait devenir une œuvre de formation eucharistique intense, dans le plein sens du mot… Les adhérents devaient apprendre à profiter pleinement des grâces eucharistiques, afin de devenir de plus en plus conformes au Christ, dans toutes les manifestations de la vie, La Sainte Vierge Marie devait y jouer son rôle de Médiatrice. Avant tout, il était nécessaire de prier et de faire prier à cette intention. Ce ne serait qu’à ce prix que l’œuvre conduirait un grand nombre d’âmes à Jésus et à Marie. Avec quelle insistance le saint prêtre revenait sur cet « unum necessarium », dans chaque entretien ou dans chaque lettre: « Mon Père, est-ce qu’on prie pour la Croisade ?… C’est bien là un point essentiel !… Travaillons avec courage et n’attendons les fruits de notre travail qu’après des mois, même après des années. Oh que Notre-Seigneur est .content quand il voit qu’on est sûr de Lui et qu’on se confie entièrement à Lui. Soyons nous-mêmes des exemples et attendons tout du sacrifice de nous-mêmes! Sans ce sacrifice personnel, nous n’arriverons jamais à faire couler sur les âmes les grâces du Sacrifice de Jésus. Notre vie est bien courte et nous devons être tellement pénétrés de l’Esprit de notre Sacerdoce, que notre vie ne soit rien de moins qu’une vie de victime, toute consumée pour les âmes. Le sacrifice doit nous inspirer quand nous écrivons, il doit donner de la couleur à nos paroles et de la force à nos phrases. Le sacrifice doit être comme la vie de notre âme, en tout ce que nous faisons et disons… Cela peut coûter ce que cela veut, « Paratum cor meum » ; mon cœur est prêt… « Adveniat Regnum tuum ! » Que votre Règne arrive!… Mais, n’oublions pas non plus que le « Regnum » a commencé à se réaliser par l’« Ave Maria ». Faites que dans la Croisade il y ait beaucoup de place pour Marie, alors il y aura aussi beaucoup de place pour Jésus… Croyons à l’efficacité de la « vraie dévotion » à la Sainte Vierge ! » Et, quand je fus sur le point de le quitter : « Mon cher frère, dit-il, priez bien pour moi et demandez à Marie, qu’Elle tire de mon être misérable toute la gloire que Jésus en peut tirer ».

Physionomie spirituelle

La biographie de l’abbé Poppe, écrite par un de ses amis intimes, l’abbé Jacobs, nous fait connaître admirablement la vie intérieure intense et l’âme apostolique du saint prêtre. Qu’il me soit permis de communiquer ici mes impressions personnelles, dont je conserve bien vif le souvenir. L’abbé Poppe avait l’extérieur simple et modeste, le visage souriant et sympathique, plein d’intelligence et de bonté. Sa parole était cordiale et gaie, spirituelle et pleine d’images. Il avait un goût prononcé pour la sainte pauvreté, et ne craignait pas d’en faire extérieurement profession, quant à son habillement, le mobilier de sa chambre, les objets à son usage ou dont il se privait volontiers totalement, par amour pour la pauvreté. C’était la seule chose, me semble-t-il, en quoi il ne suivait pas le tram général et les usages de ses confrères. Il ne faisait pas de longues prières vocales, mais celles qu’il faisait, il les accomplissait avec une dévotion impressionnante. Un simple signe de croix valait toute une prédication. Il jugeait aussi toujours tout du point de vue surnaturel et en esprit de foi, II recourait en toutes circonstances avec grande fidélité à la prière, avant de décider quoi que ce soit, de donner un conseil, d’écrire une lettre, etc., étant pleinement convaincu de la nécessité absolue de la grâce en tout. Il se recueillait fréquemment, a la maison ou en voyage, ainsi que pendant ses entretiens et conférences. On pouvait alors constater par tout son maintien, qu’il s’efforçait visiblement de rester autant que possible sous l’influence actuelle de la grâce. C’est surtout en ces occasions qu’il recourait fidèlement à sa chère Médiatrice, comme il aimait a, appeler la Sainte Vierge, et qu’il attendait tout de son intervention. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui aimât autant la Sainte Vierge que l’abbé Poppe et qui ait pratiqué avec autant de fidélité et de profit spirituel la « vraie dévotion » à la Très Sainte Vierge de Saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Lui-même a avoué que, s’il y avait quelque chose de bon en sa vie, il le devait à cette merveilleuse dévotion, dont il se faisait en toutes circonstances l’apôtre zélé et convaincu.

Quant au reste, tout le train de sa vie quotidienne était simple et quasi ordinaire. C’est bien à cause de cela qu’il est si encourageant à imiter. Il ressemble en cela à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, envers laquelle il avait une tendre dévotion, précisément à cause de sa « petite voie », pleine de simplicité évangélique. La voie que l’abbé Poppe a suivie dans sa vie spirituelle est, extérieurement, non moins ordinaire que celle de la sainte de Lisieux. Mais le bon Dieu, qui avait des vues toutes spéciales sur lui et avait disposé que sa vie serait courte, l’avait gratifié d’une espèce de charisme, si je peux m’exprimer ainsi. Nonobstant son extérieur tout modeste, une influence surnaturelle mystérieuse semblait émaner de lui et s’emparer irrésistiblement des âmes qui entraient en contact avec lui. On sentait l’Esprit de Dieu, parlant et agissant en lui. Un entretien avec l’abbé Poppe était ime véritable grâce, et on sortait de chez lui éclairé, réconforté et stimulé au bien. Tandis que lui-même restait dans l’aridité et l’obscurité, comme nous le savons par ses lettres à son directeur spirituel, tous ceux qui avaient le bonheur de l’approcher s’en allaient consolés et en paix.

Le Cardinal Mercier, de sainte mémoire, avoua que seulement deux personnages, durant sa longue vie, lui avaient fait cette profonde impression de sainteté: le Saint Pape Pie X et l’abbé Poppe. Rien d’étonnant dès lors, que, pendant les dernières années de sa vie, celui-ci ait été choisi comme conseiller et directeur spirituel par un grand nombre d’âmes, surtout sacerdotales, et que par là, il soit devenu comme le centre animateur de ce qui s’opérait de bien, à cette époque, en Belgique. Il ne suffisait plus à la tâche. C’est pourquoi, il avait supplié le Seigneur, vu son incapacité, de vouloir accepter le sacrifice de sa vie, pour que, en mourant, il obtînt en retour, de se voir multiplié dans une multitude de saints et zélés confrères. Le bon Dieu exauça cette prière et continue par son exemple et ses nombreux écrits à susciter partout des âmes, surtout sacerdotales, désireuses de marcher sur ses traces et de continuer son apostolat.

Théories ascétiques

Quelles sont les théories du pieux abbé sur la vie ascétique et apostolique sacerdotale? A cette question je réponds que l’abbé Poppe était dans le plein sens du mot l’homme de la primauté de la grâce, vivant lui-même intégralement et logiquement de cette doctrine, sans toutefois méconnaître ou négliger les moyens naturels. Comme il le dit lui-même: « Pour sauver la société chrétienne, aucune institution ou force naturelle ne doivent être exclues ; mais, ajoute-t- il immédiatement, aucune d’elles n’est suffisante. Dans tous les domaines leur incapacité a fourni ses preuves. La société a besoin d’un secours supérieur et d’une impulsion surnaturelle. Tout doit être restauré dans le Christ et par le Christ. Or le Christ, c’est avant tout l’Hostie ». Voici, par exemple, quelques textes de l’Ecriture sainte qu’il aimait à citer et à commenter, dont il vivait lui-même et qu’il inculquait continuellement aux autres : « Sine Me nihil potestis facere » – « Omne quod natum est ex Deo vincit mundum » – « Haec est Victoria quae vincit mundum, fides vestra » – « Amen, amen dico vobis, qui crédit in Me, opéra quae egofacio et ipsefaciet, et majora horum faciet »… Mr Poppe était vraiment l’homme de la foi vive, et de la vie pleinement et intégralement conséquente à cette foi.

Voici en quelques sentences sa conception sur la vie sacerdotale et apostolique, formulée, comme il le fait dans ses écrits :

  • Jésus m’a revêtu de son Sacerdoce pour continuer son Œuvre Rédemptrice. Ce Sacerdoce est pour moi un titre à des grâces spéciales de sanctification. Je ferai le bien dans la mesure de cette sanctification. C’est ce qui compte avant tout le reste : « Pro eis sanctifico meipsum ». Je suis obligé de me sanctifier, en tant que prêtre et apôtre.
  • Pour me sanctifier, je ne dois pas nécessairement quitter le monde ou délaisser le ministère sacerdotal, mais je dois trouver, de par la Volonté de Dieu, dans ce ministère même, un moyen de sanctification efficace. Dans l’ordre établi par Dieu, qui veut les deux: ma sanctification et mon apostolat, cela doit être possible, à condition d’organiser ma vie d’après les directives de l’Evangile… Donc: « Cibando cibor ». A cette fin, dans toute la pratique de ma vie personnelle et de mon apostolat sacerdotal, je donnerai toujours la préférence aux moyens surnaturels, comme nous l’enseigne l’Evangile et l’exemple des saints… J’observerai la vraie hiérarchie des valeurs : « Travailler est bien, prier est mieux, souffrir est le meilleur ».
  • La Sainte Eucharistie est, dans le plan divin, le moyen de sanctification par excellence pour moi prêtre, et pour les âmes qui me sont confiées. Je puiserai moi-même abondamment et de la façon la plus fructueuse, à cette source de grâces, et j’y conduirai les autres, spécialement les enfants et les jeunes.
  • Dans la Rédemption du genre humain, Marie est constituée par Dieu-même Corédemptrice et Médiatrice de toutes les grâces. Si nous voulons nous conformer pleinement au plan divin, nous ne séparerons Jamais Jésus de Marie, comme nous l’enseigne si bien Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, dans la « Vraie Dévotion ».
  • Le Christ a confié sa mission à son Eglise. La Hiérarchie Ecclésiastique est le canal extérieur visible de la grâce. Nous devons nous sauver et nous sanctifier dans le sein spirituel de notre Mère la Sainte Eglise. Donc : toujours et en toutes choses : « sentire cum Ecclesia », dans un esprit d’humble soumission et de filiale dépendance envers la Hiérarchie, parce que Nôtre-Seigneur a dit : « Qui vos audit. Me audit ». üe là le triple caractère de la spiritualité de l’Abbé Poppe : elle est eucharistique, marial et hiérarchique. Cela apparaît nettement dans tous ses écrits ascétiques et pédagogiques.

L’apôtre des prêtres

L’abbé Poppe était dévoré de zèle pour l’avènement du Règne de Dieu. Or il comprenait pleinement que ce Règne est confié en grande partie aux prêtres, et que l’efficacité de l’apostolat sacerdotal dépend souverainement de leur sanctification personnelle, De là sa soif ardente de leur perfectionnement spirituel. 11 disait un jour : « On se plaint qu’il y ait trop peu de prêtres. Ce n’est pas tout à fait exact. La vérité est, qu’il y a trop peu de saints prêtres. Si par nos sacrifices et prières nous obtenions, ne fût-ce qu’un seul saint prêtre chaque année, en peu de temps le monde serait sanctifié… Je brûle du désir de l’avènement du Règne de Dieu dans les âmes sacerdotales. Mais, Je suis si pauvre, que je serai consumé avant la venue de ce Règne tant désiré ». Il aurait fallu entendre l’accent de sa voix quand il parlait aux prêtres de la grande œuvre de leur sanctification. « Oui, chers confrères, écrit-il à un groupe de prêtres en retraite, vous devez être des saints, vous ne pouvez pas être des prêtres vulgaires. Sinon, votre zèle et vos peines aboutiront à fort peu de chose et vos brebis vous échapperont et se perdront en grand nombre. Un saint fait plus avec un seul mot qu’un travailleur ordinaire avec toute une série de sermons. Les paroles d’un saint prêtre frappent, touchent et remuent, elles transforment les âmes et les renouvellent d’une façon étonnante; elles sont nées de la grâce, de la prière et de la pénitence; elles sont pleines de la force de Dieu-même. Mes chers confrères, ayez de la science et du talent ; mais soyez avant tout des hommes de prière et adonnés à la pénitence : soyez des saints ! »

L’abbé Poppe connaissait par expérience les dangers qui menacent les prêtres diocésains, vivant seuls au milieu du monde, dans le souci et le tracas du ministère des âmes. Il savait combien, au milieu des circonstances, parfois bien défavorables, de l’apostolat absorbant de nos temps modernes, il est difficile de persévérer dans toute la ferveur des années de séminaire, et qu’il faut pour cela parfois de l’héroïsme. Comme il comprenait que très souvent le ministère des âmes devient une pierre d’achoppement pour le prêtre, il fait entrevoir à ses confrères comment ils doivent se comporter et s’y prendre, dans les menus détails de la vie quotidienne » pour faire concourir le tout à la grande œuvre de leur sanctification. C’est cette méthode simple et directe qui faisait le grand charme de ses entretiens et conférences, et qui fait encore celui de ses écrits. Afin de mieux réussir et de triompher de tous les obstacles, il conseille à ses confrères d’aller toujours à Marie : « C’est bien Elle, dit-il, qui vous apprendra cet art parfois bien difficile. Allez: donc avec pleine confiance à Marie… C’est Elle qui accomplira en vous ce que tant d’autres prêtres ont essayé en vain ».

Pour encourager les prêtres de bonne volonté et les munir contre le péril de l’isolement, il fonda, pour ceux qui s’étaient mis à sa suite, la ligue des « filioli » ou « petits frères », s’encourageant mutuellement à la ferveur et à la fidélité.

« N’attendons pas, disait-il, pour commencer pour de bon ce travail si urgent, que l’un ou l’autre de nos confrères prenne les devants et nous entraîne à sa suite ; non, soyons nous- même cet entraîneur et présentons-nous avec courage au Seigneur, pour qu’il commence avec nous. » L’abbé Poppe m’a un jour confié, qu’étant devant le Tabernacle, lui-même s’était offert pour ses confrères à Notre-Seigneur. Sa prière a été exaucée. Il est devenu comme une lumière sur le candélabre, pour éclairer les âmes sacerdotales entrant en contact avec lui.

L’éducateur des enfants

Il y a une autre catégorie d’âmes, qui était, non moins que les prêtres, l’objet de prédilection de l’abbé Poppe : les enfants. Il comprenait pleinement la valeur prépondérante et l’importance capitale de leur formation religieuse pour l’avenir de l’Eglise, et il les voulait gagner tous à Nôtre-Seigneur, surtout en les faisant vivre d’une vie eucharistique intense. Le nom du saint prêtre et son apostolat auprès des enfants sera lié pour toujours, en Belgique, au mouvement de la « Croisade Eucharistique », Déjà du temps qu’il était vicaire à Gand, il avait fondé une espèce de ligue de communions pour les enfants, et l’Œuvre des Catéchistes Eucharistiques. D’après son propre témoignage, il considérait la « Croisade Eucharistique » comme la plus belle œuvre de sa vie. Il y a consacré les dernières années de son existence. C’était le temps de sa vie de prière intense et, à cause de sa maladie, de son isolement, C’est de cette époque féconde que datent la plupart de ses écrits ascétiques et pédagogiques. Il les composa le plus souvent, étendu sur son lit de malade ou sur sa chaise- longue, dans le jardin du couvent. L’apostolat eucharistique de l’abbé Poppe visait un triple but: il voulait amener les enfants à la pratique de la messe et de la communion fréquentes, ferventes et mises en pratique. Il appuyait beaucoup sur ce dernier point. A cette fin, il voulait qu’on apprenne soigneusement aux enfants la pratique ascétique du « point particulier » constamment rattaché à leur vie eucharistique. La Sainte Eucharistie devait devenir de cette façon le centre et l’âme de leur vie, les aidant à se conformer en toutes leurs actions au Christ, moyennant les grâces abondantes d’une vie eucharistique intense. Cette « Méthode éducative eucharistique » fut, appliquée avec grand soin dans les groupements d’élite de la « Croisade Eucharistique », d’abord pour les enfants et puis pour la jeunesse et les adultes, et continue de l’être de nos jours, formant ainsi, en Belgique, les animateurs des groupements de l’Action Catholique.

Ce n’est pas tout. Eclairé par le Saint-Esprit et encouragé par les résultats consolants de la « Croisade Eucharistique », l’abbé Poppe, vers la fin de sa vie, entrevoyait de plus en plus clairement l’importance de la formation religieuse des enfants dans nos écoles et le rôle prépondérant à jouer, dans cette éducation, par l’enseignement du catéchisme et des autres branches religieuses. Le tout mis en rapport avec une vie foncièrement chrétienne, donc ; eucharistique et mariale. C’est alors qu’il composa son admirable petit livre : « La Méthode eucharistique dans l’éducation », et qu’il prépara les matériaux pour un livre de plus grande envergure sur le problème si important et toujours si actuel des rapports de la catéchèse avec l’éducation chrétienne. La mort l’empêcha de finir ce travail. Mais les différents articles et notes de l’abbé Poppe sur ce sujet ont été publiés par son biographe, l’abbé Jacobs, dans un livre intitulé : « Catéchèse et Education ». Après la mort de l’abbé Poppe, les éducateurs chrétiens en Belgique se sont mis à l’œuvre pour appliquer ses directives au catéchisme et à l’éducation religieuse des enfants, Grâce surtout à la Congrégation, des Sœurs des Ecoles Chrétiennes de Vorselaar (Belgique), tout un système d’éducation catéchétique a été élaboré, d’après les principes de pédagogie chrétienne de l’abbé Poppe, faisant l’admiration du monde des éducateurs chrétiens. Ce système, fruit de l’expérience de beaucoup d’années, a reçu l’approbation officielle de Son Eminence le Cardinal Van Roey, archevêque de Malines, qui a voulu qu’un programme pour les cours de religion fût conçu et rédigé d’après les mêmes directives. A l’occasion dîme visite au saint abbé, alors qu’il allait fort mal et qu’on pouvait s’attendre tous les jours à sa mort, à ma demande :’ si vraiment il allait nous quitter et nous laisser seuls dans le mouvement de la Croisade Eucharistique, alors encore à ses débuts : « Oh ! dit-il, laissez-moi m’en aller… L’œuvre ne peut qu’y gagner. Une fois là-haut, dans la maison paternelle, que j’y serai importun!… J’y ferai tant de « tapage » en faveur de la Croisade, que tout le ciel sera obligé de m’écouter… Veillez seulement à ne pas me faire rester trop longtemps au purgatoire!…» Nisi granumfrumenti, cadens in terram mortuum fuerit, ipsum solum manet. C’est pourquoi, je n’en doute pas, l’abbé Poppe a offert sa vie et pour les prêtres et les éducateurs, et pour les enfants. Sa chère Médiatrice, la Bienheureuse Vierge Marie, à laquelle il abandonnait avec ime confiance illimitée tous ses intérêts, qui n’étaient autres que ceux du « Regnum », a obtenu sans aucun doute de son divin Fils, que cette offrande devienne une source féconde de grâces sanctificatrices pour ses confrères dans le sacerdoce et pour la jeunesse du monde entier.

« Les saints seuls laissent des traces »

« Les saints seuls laissent des traces »… Cette phrase, tombée un jour des lèvres de l’abbé Poppe, a reçu sa pleine réalisation en sa propre personne, après sa sainte mort. N’est-elle pas comme l’écho de la parole de l’apôtre saint Jean : « Mundus transit et concupiscentia ejus » ? (Jo. H, 17). A peine la nouvelle de son départ pour la Maison du Père s’était-elle répandue, que des milliers d’amis et d’admirateurs accouraient à l’humble village de Moerzeke, pour saluer une dernière fois la dépouille mortelle de celui, qui, déjà pendant sa vie, était considéré comme un saint. Sa chambre mortuaire ressemblait plutôt à un sanctuaire, où, pendant six jours, une foule ininterrompue de dévots confrères et de simples fidèles venait prier et se recommander à ses prières, faisant toucher, à son corps, des objets clé piété, pour les conserver comme des reliques. Le Cardinal Mercier, apprenant la mort de son saint ami, n’hésita pas à déclarer ouvertement: «qu’il l’invoquait déjà comme un saint, ayant le ferme espoir qu’un jour l’Eglise l’aurait glorifié ». Cette « fama sanctitatis » n’a fait que s’accroître durant les 39 ans qui suivirent sa mort. Ce qui est encore bien

plus important : son exemple a suscité dans tous les pays, qui ont appris à le connaître, surtout parmi le clergé, une foule d’admirateurs et d’imitateurs, encouragés par sa sainte vie à suivre avec une nouvelle ferveur le chemin de la perfection.

Bien plus, l’influence salutaire incalculable des nombreux écrits ascétiques et pédagogiques du saint prêtre continue, dans le monde entier, à être un instrument providentiel pour l’avènement du « Regnum dans d’innombrables âmes, et une source de vie chrétienne intense et apostolique pour toutes les classes de la société. Ainsi, le cercle plutôt restreint de son apostolat terrestre s’est élargi après sa mort jusqu’à devenir un apostolat vraiment universel et mondial. « Defunctus adhuc loquitur » : Cest bien le cas d’appliquer cet adage au saint abbé, donnant sa vie pour les prêtres et les enfants. Veuillent surtout tous les prêtres, qui liront ces lignes, se souvenir de cette intention au saint sacrifice de la messe et pendant la récitation du chapelet, afin d’obtenir du Souverain Prêtre Jésus, par l’intercession de sa sainte Mère, cette nouvelle grâce de sanctification pour la Sainte Eglise et ses ministres !

E. VANMAEI, O. Praem., Abbaye d’Averbode (Belgique).

Source : Pour qu’il règne n°140, revue du District de Belgique de la Fraternité Saint-Pie X.

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