Un secret intouchable : celui de la franc-maçonnerie

Le secret maçon­nique est-​il « plus fort que la loi de la République » ?

Une polé­mique au sujet du secret de confes­sion vient de faire ces der­nières semaines les choux gras des médias. Qu’a-​t-​on repro­ché à Mgr de Moulin-​Beaufort[1] ? D’avoir affir­mé sur le pla­teau de Franceinfo que « le secret de confes­sion était plus fort que les lois de la République »[2], ce qui est une évi­dence si l’on a l’humilité et le bon sens de recon­naître que la République fran­çaise n’est pas Dieu et que ce régime gou­ver­nant la France, appa­ru il y a un peu plus de deux siècles dans les cir­cons­tances que l’on sait, doit comme toute œuvre humaine res­pec­ter et prendre en compte des lois divines qui la dépassent [3]. Tel n’est pour­tant pas l’avis du gou­ver­ne­ment, puisque par la bouche de son porte-​parole M. Gabriel Attal, celui-​ci a enfon­cé le clou en affir­mant qu’ « il n’y a rien de plus fort que les lois de la République. » [4] Rien de plus fort, vrai­ment ? On peut en dou­ter tant il est vrai que l’on n’a jamais vu la République oser s’attaquer à un cer­tain type de secret : celui de la franc-​maçonnerie. Cette secte tant de fois condam­née par les papes paraît pour­tant être l’une des plus per­ni­cieuses au bien de la socié­té toute entière…

Rien à cacher ?

Il est cou­rant de voir dans des jour­naux, illus­trés et émis­sions de toutes sortes des mises en scène fort avan­ta­geuses des diverses obé­diences maçon­niques. Telle, par exemple, celle parue le same­di 16 octobre 2021 dans le quo­ti­dien régio­nal Presse-​Océan qui relate une réunion de « l’Association fra­ter­nelle d’études sociales », un regrou­pe­ment de 26 loges maçon­niques. Son pré­sident nous apprend qu’« au total nous sommes envi­ron 2000 francs-​maçons en Loire-​Atlantique » et la pra­tique, si l’on peut dire, est active puisque l’association vient d’inaugurer dans la péri­phé­rie de Nantes un nou­veau temple de 5000 m2. Pas moins de cinq grand-​maîtres furent pré­sents à cet évè­ne­ment [5]. Le pré­sident en pro­fite pour nous assu­rer « qu’il n’y a rien de secret dans la franc-​maçonnerie », que nous avons affaire là à des rites qui « par­tagent le même idéal d’universalisme et d’humanisme ». Circulez, il n’y a rien à voir. Trop hon­nête, le jour­na­liste ne peut s’empêcher de noter tout de même : « mais dif­fi­cile de leur faire dire ce qui se passe lors des réunions ».

Des articles comme celui-​ci ne manquent pas, tou­jours on y met en exergue la phi­lan­thro­pie des francs-​maçons, tou­jours on prend soin d’éloigner les soup­çons de secte en pré­sen­tant la franc-​maçonnerie comme une res­pec­table école de pen­sée. La main sur le cœur, Catherine Lyautey, grande maî­tresse de la Grande Loge fémi­nine de France, se veut ras­su­rante, « nous ne sommes pas une socié­té secrète mais dis­crète. La preuve : régu­liè­re­ment nous ouvrons les portes de nos temples, nous publions nos tra­vaux, nous nous expri­mons. Le secret c’est de l’initiation, il n’est pas com­mu­ni­cable, c’est de l’ordre de l’intime. » Les loges de son obé­dience tra­vaillent, dit-​elle, « sur la défense des droits des femmes, du prin­cipe de laï­ci­té, et sur les ques­tions d’éthique et de bioé­thique. Les par­le­men­taires sont par­fois ame­nés à nous inter­ro­ger… »[6]

N’en croyez rien !

Tel est le cri d’alarme lan­cé par l’Eglise, avant évi­dem­ment que n’arrive le funeste concile Vatican II. Loin d’être naïve, voi­ci ce qu’elle nous dit par le pape Léon XIII[7] au sujet des loges et de leur secret : « Bien qu’à pré­sent elles aient l’apparence de ne pas aimer à demeu­rer cachées, bien qu’elles tiennent des réunions en plein jour et sous les yeux de tous, bien qu’elles publient leurs jour­naux, tou­te­fois, si l’on va au fond des choses, on peut voir qu’elles appar­tiennent à la famille des socié­tés clan­des­tines et qu’elles en gardent les allures. Il y a, en effet, chez elles, des espèces de mys­tères que leur consti­tu­tion inter­dit avec le plus grand soin de divul­guer, non seule­ment aux per­sonnes du dehors, mais même à bon nombre de leurs adeptes. A cette caté­go­rie, appar­tiennent les conseils intimes et suprêmes, les noms des chefs prin­ci­paux, cer­taines réunions plus occultes et inté­rieures ain­si que les déci­sions prises, avec les moyens et les agents d’exécution. A cette loi du secret concourent mer­veilleu­se­ment : la divi­sion faite entre les asso­ciés des droits, des offices et des charges, la dis­tinc­tion hié­rar­chique savam­ment orga­ni­sée des ordres et des degrés et la dis­ci­pline sévère à laquelle tous sont sou­mis. La plu­part du temps, ceux qui sol­li­citent l’initiation doivent pro­mettre, bien plus, ils doivent faire le ser­ment solen­nel de ne jamais révé­ler à per­sonne, à aucun moment, d’aucune manière, les noms des asso­ciés, les notes carac­té­ris­tiques et les doc­trines de la Société. C’est ain­si que, sous les appa­rences men­son­gères et en fai­sant de la dis­si­mu­la­tion, une règle constante de conduite, comme autre­fois les mani­chéens, les francs-​maçons n’épargnent aucun effort pour se cacher et n’avoir d’autres témoins que leurs complices. »

Détruire de fond en comble toute la dis­ci­pline reli­gieuse et sociale qui est née des ins­ti­tu­tions chré­tiennes et lui en sub­sti­tuer une nou­velle façon­née à leurs idées.

Le but de ce secret est de cacher ce qu’est véri­ta­ble­ment la franc-​maçonnerie. Un paravent de res­pec­ta­bi­li­té vient cou­vrir des objec­tifs connus par les seuls ini­tiés : « Leur grand inté­rêt étant de ne pas paraître ce qu’ils sont, ils jouent le per­son­nage d’amis des lettres ou de phi­lo­sophes réunis ensemble pour culti­ver les sciences. Ils ne parlent que de leur zèle pour les pro­grès de la civi­li­sa­tion, de leur amour pour le pauvre peuple. A les en croire, leur seul but est d’améliorer le sort de la mul­ti­tude et d’étendre à un plus grand nombre d’hommes les avan­tages de la socié­té civile. Mais à sup­po­ser que ces inten­tions fussent sin­cères, elles seraient loin d’épuiser tous leurs des­seins. En effet, ceux qui sont affi­liés doivent pro­mettre d’obéir aveu­glé­ment et sans dis­cus­sion aux injonc­tions des chefs, de se tenir tou­jours prêts sur la moindre noti­fi­ca­tion, sur le plus léger signe, à exé­cu­ter les ordres don­nés, se vouant d’avance, en cas contraire, aux trai­te­ments les plus rigou­reux et même à la mort. […] Or, vivre dans la dis­si­mu­la­tion et vou­loir être enve­lop­pé de ténèbres ; enchaî­ner à soi par les liens les plus étroits et sans leur avoir préa­la­ble­ment fait connaître à quoi ils s’engagent, des hommes réduits ain­si à l’état d’esclaves ; employer à toutes sortes d’attentats ces ins­tru­ments pas­sifs d’une volon­té étran­gère ; armer pour le meurtre des mains à l’aide des­quelles on s’assure l’impunité du crime, ce sont là de mons­trueuses pra­tiques condam­nées par la nature elle-​même. La rai­son et la véri­té suf­fisent donc à prou­ver que la Société dont Nous par­lons est en oppo­si­tion for­melle avec la jus­tice et la mora­li­té naturelles. »

Ce secret a une fina­li­té ultime bien défi­nie : « Il s’agit pour les francs-​maçons, et tous leurs efforts tendent à ce but, il s’agit de détruire de fond en comble toute la dis­ci­pline reli­gieuse et sociale qui est née des ins­ti­tu­tions chré­tiennes et de lui en sub­sti­tuer une nou­velle façon­née à leurs idées et dont les prin­cipes fon­da­men­taux et les lois sont emprun­tées au naturalisme. »

Trop occu­pé à remettre en cause la loi divine du secret de confes­sion, le gou­ver­ne­ment semble igno­rer tota­le­ment le dan­ger ô com­bien plus réel pour la socié­té que repré­sente le secret maçon­nique. Cela s’expliquerait-​il par quelques col­lu­sions en haut lieu ? Une ques­tion qui assu­ré­ment dérange…

Notes de bas de page

  1. Président de la Conférence des Evêques de France.[]
  2. Intervention sur Franceinfo le mer­cre­di 6 octobre 2021.[]
  3. « Selon eux, les lois divines doivent régler la vie et la conduite des par­ti­cu­liers, mais non celle des Etats ; il est per­mis dans les choses publiques de s’écarter des ordres de Dieu et de légi­fé­rer sans en tenir aucun compte ; d’où naît cette consé­quence per­ni­cieuse de la sépa­ra­tion de l’Église et de l’État. Mais l’absurdité de ces opi­nions se com­prend sans peine. Il faut, la nature même le crie, il faut que la socié­té donne aux citoyens les moyens et les faci­li­tés de pas­ser leur vie selon l’honnêteté, c’est-à-dire selon les lois de Dieu, puisque Dieu est le prin­cipe de toute hon­nê­te­té et de toute jus­tice ; il répu­gne­rait donc abso­lu­ment que l’État pût se dés­in­té­res­ser de ces mêmes lois ou même aller contre elles en quoi que ce soit. » Léon XIII, Lettre Encyclique Libertas Praestantissimum du 20 juin 1888.[]
  4. Jeudi 7 octobre, confé­rence de presse d’après-Conseil des ministres.[]
  5. Grand Orient de France, Grande Loge de France, Droit Humain, Grande loge fémi­nine de France, Grande loge tra­di­tion­nelle et sym­bo­lique Opéra[]
  6. Quotidien Presse-​Océan du same­di 16 octobre 2021.[]
  7. Léon XIII, Lettre Encyclique Humanum Genus du 20 avril 1884.[]

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