L’Eglise catholique et la Franc-​Maçonnerie réconciliées ?

La Franc-​maçonnerie a été, offi­ciel­le­ment, fon­dée en 1717. La réac­tion de l’Église catho­lique contre la Franc-​maçonnerie [notée désor­mais : F.-M.] a été qua­si­ment immé­diate et conti­nuelle jusqu’en 1983, année de la pro­mul­ga­tion du nou­veau Code de Droit cano­nique réfor­mé dans la ligne conci­liaire de Vatican II.

Le Magistère des Pontifes romains

Un Sommaire de Théologie dog­ma­tique, publié à Trois-​Rivières au Canada en 1969 (Les Éditions du Bien Public), affirme que « depuis Clément XII jusqu’à Jean XXIII, on ne compte pas moins de 200 docu­ments pon­ti­fi­caux condam­nant la Franc-​maçonnerie » (op. cit. p. 217). La liste n’en est cepen­dant pas donnée.

Un autre ouvrage publié chez Pierre Téqui, inti­tu­lé Les ensei­gne­ments ori­gi­naux des papes sur la Franc-​maçonnerie de 1717 à nos jours, en ras­semble moins d’une cin­quan­taine, mais des plus impor­tants. M. de Lassus, qui en a rédi­gé la pré­face, pré­cise : « Sont repro­duits ici une bonne cin­quan­taine de docu­ments du Saint-​Siège sur la Franc-​maçonnerie, allant de l’encyclique In emi­nen­ti du pape Clément XII (du 28 avril 1738) à la Déclaration du 26 novembre 1983 de la Congrégation pour la doc­trine de la foi. Ensemble de textes impres­sion­nant : il témoigne d’un com­bat de plus de deux siècles et demi entre l’Église et l’un de ses plus redou­tables adver­saires » (p. 7). Notez bien : un de ses plus redou­tables adversaires.

Il est impos­sible de résu­mer tous ces textes en un seul article du Combat de la Foi, mais je vous pro­pose de mettre en lumière ce qui me semble le plus impor­tant dans cette série de documents.

La pre­mière ency­clique sur le sujet, celle de Clément XII, me semble par­ti­cu­liè­re­ment remar­quable. Je vais dire pour­quoi dans la suite. Les docu­ments des suc­ces­seurs de ce pape convergent vers un som­met : la Lettre ency­clique Humanum genus de Léon XIII, datant de 1884. Quant à l’aboutissement de tout ce Magistère des papes d’avant Vatican II, c’est, sans conteste, le Code de Droit cano­nique de 1917, conçu par saint Pie X et pro­mul­gué par Benoît XV. C’est un véri­table « point d’orgue magis­té­riel » au regard de la F.-M.

Le Magistère du Pape Clément XII

La F.-M. a été fon­dée en tant que socié­té secrète. Elle devait donc res­ter cachée aux yeux du com­mun des mor­tels. Née offi­ciel­le­ment en 1717, elle n’a pas pu demeu­rer « secrète » plus de 21 ans, puisqu’en 1738, le pon­tife romain réagit vigou­reu­se­ment avec la lettre ency­clique In emi­nen­ti du 28 avril.

Quand on parle du Magistère des papes sur la F.-M., on pense immé­dia­te­ment à l’encyclique Humanum genus de Léon XIII datant de 1884. Ce n’est peut-​être pas le plus impor­tant docu­ment. En effet, celui de Clément XII est le pre­mier d’une longue série, et c’est lui qui va don­ner le ton.

Au sujet de ce pre­mier docu­ment, je vous pro­pose de mettre en relief une de ses carac­té­ris­tiques fon­da­men­tales qui n’a pas été assez sou­li­gnée : il s’agit d’un docu­ment qui com­porte les notes de l’infaillibilité du pon­tife romain lorsqu’il parle ex cathe­dra.

Qu’est-ce que l’infaillibilité pontificale ?

L’infaillibilité du magis­tère ex cathe­dra du pape a été défi­nie comme dogme de foi en 1870, au cha­pitre 4 de la 4e ses­sion du 1er concile du Vatican. Il est à peine néces­saire de dire que ce type de magis­tère a tou­jours été pra­ti­qué, même avant cette date puisque Pie IX, par exemple, l’a uti­li­sé en 1854 pour la décla­ra­tion du dogme de l’Immaculée Conception.

Voici le texte de la défi­ni­tion de l’ex cathe­dra :

« Nous ensei­gnons et défi­nis­sons comme un dogme révé­lé de Dieu : le pon­tife romain, lorsqu’il parle ex cathe­dra, c’est-à-dire lorsque, rem­plis­sant sa charge de pas­teur et de doc­teur de tous les chré­tiens, il défi­nit, en ver­tu de sa suprême auto­ri­té apos­to­lique, qu’une doc­trine sur la foi ou les mœurs doit être tenue par toute l’Église, jouit, par l’assistance divine à lui pro­mise en la per­sonne de Pierre, de cette infailli­bi­li­té dont le divin Rédempteur a vou­lu que fût pour­vue son Église, lorsqu’elle défi­nit la doc­trine sur la foi et les mœurs. Par consé­quent, ces défi­ni­tions du pon­tife romain sont irré­for­mables par elles-​mêmes et non en ver­tu du consen­te­ment de l’Église. Si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, avait la pré­somp­tion de contre­dire Notre défi­ni­tion, qu’il soit anathème. »

Les quatre condi­tions de l’infaillibilité du pon­tife romain lorsqu’il parle ex cathe­dra sont donc :

1° condi­tion : il doit rem­plir sa charge de pas­teur et de doc­teur de tous les chré­tiens ;
2° condi­tion : il doit défi­nir, c’est-à-dire énon­cer clai­re­ment ce qui doit être tenu par toute l’Église ;
3° condi­tion : il doit s’exprimer sur une matière se rap­por­tant à la foi ou aux mœurs, c’est-à-dire qu’il doit pré­ci­ser ce qu’il faut croire ou ne pas croire, ce qu’il faut faire ou ne pas faire ;
4° condi­tion : il doit obli­ger toute l’Église, sans exception.

Application au texte de Clément XII

Premièrement, le pape engage son auto­ri­té suprême de sou­ve­rain pon­tife lorsqu’il dit : « De Notre propre mou­ve­ment, de science cer­taine, après mûre déli­bé­ra­tion et de Notre plein pou­voir apos­to­lique ». C’est la pre­mière condi­tion de l’ex cathe­dra.

Deuxièmement, Clément XII défi­nit la ou les socié­tés qu’il va condam­ner : « Il se répand […] cer­taines socié­tés, assem­blées, réunions, agré­ga­tions ou conven­ti­cules, appe­lés com­mu­né­ment du nom de francs-​maçons, ou d’autres noms selon la varié­té des langues, dans les­quels des hommes de toute reli­gion et de toute secte, affec­tant une appa­rence d’honnêteté natu­relle, se lient entre eux par un pacte aus­si étroit qu’impénétrable, d’après des lois et des sta­tuts qu’ils se sont faits, et s’engagent par ser­ment prê­té sur la Bible, et sous les peines les plus graves, à cou­vrir d’un silence invio­lable tout ce qu’ils font dans l’obscurité du secret. » C’est la deuxième condi­tion de l’ex cathe­dra.

Troisièmement, il montre ensuite qu’il veut s’exprimer sur une ques­tion de foi et de morale qui engage le salut des âmes, puisqu’il élève sa voix « pour le salut des âmes ». Plus pré­ci­sé­ment, il déclare que la foi est enga­gée en pré­ci­sant que « les trans­gres­seurs, de quelque état, grade, condi­tion, rang, digni­té ou pré­émi­nence qu’ils soient » doivent être répu­tés « comme for­te­ment sus­pects d’hérésie ».

Ensuite, il pré­cise que les socié­tés de francs-​maçons violent les lois des États et de l’Église, car elles « ne peuvent nul­le­ment s’accorder avec les lois civiles et canoniques ».

Et pour confir­mer son juge­ment, il en appelle au sens moral du peuple chré­tien en affir­mant que « S’enrôler dans ces socié­tés c’est, auprès des per­sonnes de pro­bi­té et de pru­dence, s’entacher de la marque de per­ver­sion et de méchan­ce­té ; car s’ils ne fai­saient point de mal, ils ne haï­raient pas ain­si la lumière ». Tout cela démontre qu’il va se pro­non­cer sur une ques­tion qui touche au salut des âmes, sur une ques­tion de foi et de mœurs.

En consé­quence, le pape défi­nit une règle de morale catho­lique vis-​à-​vis des socié­tés maçon­niques : « Nous avons conclu et décré­té de condam­ner et d’interdire ces dites socié­tés, assem­blées, réunions, agré­ga­tions ou conven­ti­cules, appe­lés du nom de francs-​maçons, ou connus sous toute autre déno­mi­na­tion, comme Nous les condam­nons et les défen­dons par Notre pré­sente consti­tu­tion, valable à perpétuité. »

Vous avez bien lu : « valable à per­pé­tui­té ». Il ne s’agit donc pas d’une règle morale liée aux circonstances.

Et le pape pré­cise que son pré­cepte oblige en matière grave : « Nous défen­dons sévè­re­ment et en ver­tu de la sainte obéis­sance, à tous et à cha­cun des fidèles de Jésus-​Christ, (…) d’oser ou de pré­su­mer, sous quelque pré­texte, sous quelque cou­leur que ce soit, d’entrer dans les­dites socié­tés de francs-​maçons ou autre­ment appelées ».

Et puisqu’une loi qui n’est pas assor­tie d’une sanc­tion ne pro­duit aucun effet, le pape attache à son pré­cepte une peine dont il se réserve per­son­nel­le­ment l’absolution :

« Nous leur ordon­nons abso­lu­ment de se tenir stric­te­ment à l’écart de ces socié­tés, […] sous peine d’excommunication à encou­rir par tous les contre­ve­nants dési­gnés ci-​dessus, ipso fac­to et sans autre décla­ra­tion, excom­mu­ni­ca­tion de laquelle nul ne peut rece­voir le bien­fait de l’absolution par nul autre que Nous, ou le pon­tife romain qui nous suc­cè­de­ra, si ce n’est à l’article de la mort ». La troi­sième condi­tion de l’ex cathe­dra est donc bien remplie.

Quatrièmement, le pape pré­cise la por­tée uni­ver­selle de son pré­cepte. Il l’a déjà fait ci-​dessus en s’adressant « à tous et à cha­cun des fidèles du Christ ». Mais il ren­ché­rit : « Qu’il ne soit per­mis à aucun homme d’enfreindre ou de contra­rier, par une entre­prise témé­raire, cette Bulle de Notre décla­ra­tion, condam­na­tion, man­de­ment, pro­hi­bi­tion et inter­dic­tion. » C’est bien la qua­trième condi­tion de l’ex cathe­dra. Et le pon­tife ter­mine par une for­mule solen­nelle, sem­blable à celle uti­li­sée dans la pro­cla­ma­tion des dogmes de l’Immaculée Conception (Pie IX, 8 décembre 1854) et de l’Assomption (Pie XII, 1er novembre 1950) : « Si quelqu’un ose y atten­ter, qu’il sache qu’il encour­ra l’indignation du Dieu tout-​puissant, et des bien­heu­reux apôtres saint Pierre et saint Paul. »

Un document infaillible ?

Conformément à la défi­ni­tion dog­ma­tique du concile Vatican I, le docu­ment de Clément XII condam­nant la Franc-​maçonnerie est pro­ba­ble­ment doté des condi­tions de l’infaillibilité dont jouit le pon­tife romain lorsqu’il parle ex cathe­dra. C’est notre opinion.

La lettre ency­clique In emi­nen­ti de Clément XII semble donc bien un docu­ment infaillible à per­pé­tui­té et non réfor­mable, ni par la lon­gueur du temps, ni par la diver­si­té des cir­cons­tances, ni par la volon­té de ses successeurs.

Benoît XIV : les raisons de la condamnation

Dans son ency­clique Providas du 16 mars 1751, Benoît XIV répond à une objec­tion qui vou­drait faire croire que la condam­na­tion de Clément XII n’est plus valable après la mort de son auteur ! Il y répond en ces termes :

« Pour ôter tous les sub­ter­fuges des calom­nia­teurs et pour décla­rer l’uniformité de Notre inten­tion avec la volon­té de Notre pré­dé­ces­seur, il serait fort expé­dient d’ajouter le suf­frage de Notre confir­ma­tion à la consti­tu­tion de Notre sus­dit pré­dé­ces­seur. (…) Nous la confir­mons, cor­ro­bo­rons, renou­ve­lons de science cer­taine et de la plé­ni­tude de Notre auto­ri­té apos­to­lique… en tout et pour tout, comme si elle était publiée de Notre propre mou­ve­ment, de Notre propre auto­ri­té, en Notre propre nom, pour la pre­mière fois ; vou­lons et sta­tuons qu’elle ait force et effi­ca­ci­té à toujours. »

Le pape donne les rai­sons de la condam­na­tion de la F.-M. qui sont : l’indifférentisme reli­gieux (c’est un des points les plus impor­tants) ; l’immoralité du pacte étroit et impé­né­trable du secret qui lie les membres ; le ser­ment de gar­der invio­la­ble­ment ce secret (même sous peine de mort) ; l’opposition de ces socié­tés aux lois civiles de l’État et aux lois cano­niques de l’Église ; la condam­na­tion de cer­tains princes tem­po­rels et la mau­vaise répu­ta­tion de ces socié­tés auprès du peuple.

Comme Clément XII, Benoît XIV ter­mine en appe­lant l’indignation du Dieu tout-​puissant et des bien­heu­reux Apôtres Pierre et Paul sur tous les trans­gres­seurs de son document.

Il faut expli­quer ici les rai­sons de la condam­na­tion des socié­tés secrètes ou maçon­niques. Le dic­tion­naire d’apologétique (p. 127) explique qu’« il n’existe, d’après le droit natu­rel et le droit divin révé­lé, que deux socié­tés, indé­pen­dantes et par­faites, l’Église et l’État ; or, une socié­té secrète, quelle qu’elle soit, par le fait même de son secret, devient indé­pen­dante de l’Église et de l’État, qui n’ont aucun moyen de contrôle rela­ti­ve­ment à son but, son orga­ni­sa­tion, son action ; elle est donc illégitime. »

Cette argu­men­ta­tion mérite un déve­lop­pe­ment. La majeure du rai­son­ne­ment : Dieu n’a créé que deux socié­tés par­faites pour l’organisation de la vie de l’homme ici-​bas dont l’unique but ultime est le salut éter­nel : l’une de ces socié­tés est faite pour le tem­po­rel : c’est l’État ; l’autre est faite pour le spi­ri­tuel : c’est l’Église catho­lique. Toutes les autres socié­tés doivent se rat­ta­cher à l’une ou à l’autre, dont elles en sont les com­po­sants et il ne peut exis­ter d’association qui soit légi­time si elle ne dépend soit de l’Église, soit de l’État. La mineure du rai­son­ne­ment : or, une socié­té secrète, par le seul fait du secret, devient indé­pen­dante de l’Église et de l’État qui n’ont plus aucun moyen de contrôle sur son acti­vi­té. La conclu­sion : une telle socié­té n’a donc pas son ori­gine dans le droit natu­rel, ni dans le droit divin révé­lé. L’autorité qui la gou­verne ne vient pas de Dieu ; elle vient donc du diable et elle est fon­ciè­re­ment illé­gi­time (Connaissance élé­men­taire de la F.-M., par A. de Lassus, AFS, p. 103). Pour com­prendre et démon­trer son ori­gine dia­bo­lique, vous pour­rez lire les livres d’Epiphanius, Maçonnerie et sectes secrètes, le côté caché de l’histoire (Editions du Courrier de Rome) et celui de Serge Abad Gallardo, inti­tu­lé Je ser­vais Lucifer sans le savoir (Editions Téqui).

Pie VII condamne la secte des Carbonari

Dans sa Lettre ency­clique Ecclesiam a Jesu Christo du 13 sep­tembre 1821, le pape Pie VII dénonce « une socié­té nou­vel­le­ment for­mée qui s’est pro­pa­gée au loin dans toute l’Italie et dans d’autres contrées, et qui, bien que divi­sée en plu­sieurs branches et por­tant dif­fé­rents noms, sui­vant les cir­cons­tances, est cepen­dant réel­le­ment une, tant par la com­mu­nau­té d’opinions et de vue, que par sa consti­tu­tion. Elle est plus sou­vent dési­gnée sous le nom de Carbonari ». Le pape dit qu’elle est com­po­sée d’« hommes per­fides ». Il dénonce leurs inten­tions : « Les Carbonari ont prin­ci­pa­le­ment pour but de pro­pa­ger l’indifférence en matière de reli­gion, le plus dan­ge­reux de tous les sys­tèmes ; de don­ner à cha­cun la liber­té abso­lue de se faire une reli­gion sui­vant ses pen­chants et ses idées… ». Ils veulent « ren­ver­ser ce Siège apos­to­lique ». Cette secte « enseigne… qu’il est per­mis d’exciter des révoltes pour dépouiller de leur puis­sance les rois et tous ceux qui com­mandent, aux­quels elle donne le nom inju­rieux de tyrans. » Ils veulent donc s’attaquer aux princes tem­po­rels et au Siège apos­to­lique du suc­ces­seur de Pierre.

Quel est le plan des Carbonari ? Les papiers secrets de la Haute-​Vente des Carbonari sont tom­bés entre les mains du pape Grégoire XVI (1831 à 1846). Ils embrassent une période qui va de 1820 à 1846. Ils ont été publiés, sur la demande du pape Pie IX, par Jacques Crétineau-​Joly dans son ouvrage inti­tu­lé L’Église romaine en face de la révo­lu­tion, en 1859. Par le Bref d’approbation du 25 février 1861 qu’il adres­sa à l’auteur, Pie IX a consa­cré l’authenticité de ces docu­ments, mais il ne per­mit pas qu’on divul­guât les noms véri­tables des membres de la Haute-​Vente impli­qués dans cette correspondance.

Voici quelques extraits (relire le texte inté­gral dans Le Combat de la Foi n° 179) d’une ins­truc­tion de ces Carbonari datant de 1820 : « Ce que nous devons deman­der, ce que nous devons cher­cher et attendre, comme les juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins. (…)

« Pour nous assu­rer un pape dans les pro­por­tions exi­gées, il s’agit d’abord de lui façon­ner, à ce pape, une géné­ra­tion digne du règne que nous rêvons. Laissez de côté la vieillesse et l’âge mûr ; allez à la jeu­nesse, et si c’est pos­sible, jusqu’à l’enfance. (…) Cette répu­ta­tion don­ne­ra accès à nos doc­trines au sein du jeune cler­gé comme au fond des cou­vents. Dans quelques années, ce jeune cler­gé aura, par la force des choses, enva­hi toutes les fonc­tions ; il gou­ver­ne­ra, il admi­nis­tre­ra, il juge­ra, il for­me­ra le conseil du sou­ve­rain, il sera appe­lé à choi­sir le pon­tife qui devra régner, et ce pon­tife, comme la plu­part de ses contem­po­rains, sera néces­sai­re­ment plus ou moins imbu des prin­cipes ita­liens et huma­ni­taires que nous allons com­men­cer à mettre en circulation.

(…) Cherchez le pape dont nous venons de faire le por­trait. […] Que le cler­gé marche sous votre éten­dard en croyant tou­jours mar­cher sous la ban­nière des Clefs apos­to­liques. Vous vou­lez faire dis­pa­raître le der­nier ves­tige des tyrans et des oppres­seurs, ten­dez vos filets comme Simon Bar Jona (c.-à‑d. saint Pierre, n.d.l.r.) ; tendez-​les au fond des sacris­ties, des sémi­naires et des cou­vents plu­tôt qu’au fond de la mer : et si vous ne pré­ci­pi­tez rien, nous vous pro­met­tons une pêche plus mira­cu­leuse que la sienne. […] Vous, vous amè­ne­rez des amis autour de la Chaire apos­to­lique. Vous aurez prê­ché une révo­lu­tion en tiare et en chape, mar­chant avec la croix et la ban­nière » (op. cit. pp. 82–90).

Et voi­ci encore un second extrait, tiré d’une lettre du 3 avril 1824 d’un cer­tain Nubius à un cer­tain Volpe : « Nous devons faire l’éducation immo­rale de l’Église, et arri­ver, par de petits moyens bien gra­dués, quoique assez mal défi­nis, au triomphe de l’idée révo­lu­tion­naire par un pape. Dans ce pro­jet, qui m’a tou­jours sem­blé d’un cal­cul sur­hu­main, nous mar­chons encore en tâton­nant » (Mgr Lefebvre, Ils L’ont décou­ron­né, Éditions Fideliter, 1987, pp. 145–148).

Voilà le pro­gramme qui s’est réa­li­sé dans l’histoire de l’Église dans les quelque cent cin­quante années qui ont pré­cé­dé Vatican II. Les Carbonari pré­tendent qu’ils ne sont pas visés par les docu­ments des papes condam­nant la F.-M. C’est pour­quoi Pie VII renou­velle toutes les condam­na­tions de ses prédécesseurs.

Et comme eux, il ter­mine en appe­lant l’indignation du Dieu tout-​puissant et des bien­heu­reux Apôtres Pierre et Paul, sur tous les transgresseurs.

Léon XIII : le sommet du Magistère romain

Bien que le plus impor­tant des docu­ments reste, à mon sens, l’encyclique In emi­nen­ti de Clément XII en rai­son de son auto­ri­té doc­tri­nale, le magis­tère des pon­tifes romains sur la Franc-​maçonnerie a atteint son apo­gée avec la Lettre ency­clique Humanum genusdu 20 avril 1884 de Léon XIII qui est un véri­table trai­té magistral.

Léon XIII com­mence par rap­pe­ler, à la suite de saint Augustin, qu’il y a, dans le monde, deux camps qui s’affrontent : l’Église et la F.-M. Il rap­pelle la lutte de ses pré­dé­ces­seurs contre les socié­tés maçonniques.

Résumé d’Humanum genus

Voici la syn­thèse du texte de Léon XIII : la F.-M. est cri­mi­nelle dans son orga­ni­sa­tion ; impie dans ses prin­cipes et ses actes contre la reli­gion catho­lique ; immo­rale dans ses prin­cipes et par ses actes contre la loi natu­relle ; des­truc­trice de la famille par ses actes contre le mariage et l’éducation ; révo­lu­tion­naire dans ses actes oppo­sés à la véri­table science poli­tique ; irra­tion­nelle et per­verse dans l’ensemble de sa doc­trine et de ses actes ; dan­ge­reuse pour les États, dont elle tente de prendre le contrôle ; hypo­crite et men­son­gère. En résu­mé, la F.-M. cherche à « détruire de fond en comble toute la dis­ci­pline reli­gieuse et sociale qui est née des ins­ti­tu­tions chré­tiennes et à lui en sub­sti­tuer une nou­velle ».

La F.-M. : un esclavage !

Léon XIII a fait une ana­lyse judi­cieuse sur les membres de la F.-M. Compte tenu de la loi du secret abso­lu, du ser­ment solen­nel de res­pec­ter ce secret et de l’obéissance aveugle et incon­di­tion­nelle aux chefs de la socié­té secrète, même sous peine de mort, aux­quels sont sou­mis les F.-M., il conclut que les membres des socié­tés secrètes sont réduits « à l’état d’esclaves » et qu’ils deviennent les « ins­tru­ments d’une volon­té étran­gère ». Cela prouve que l’on a véri­ta­ble­ment affaire à une secte pro­pre­ment dite. Et il conclut qu’il s’agit là de « mons­trueuses pra­tiques condam­nées par la nature elle-​même », qui sont contraires à la jus­tice et à la mora­li­té natu­relle. C’est pour­quoi, « cette asso­cia­tion répugne à l’honnêteté ».

Léon XIII dit qu’il n’y a « rien de plus per­vers » que ce sys­tème maçon­nique qui est « le comble de la folie » ; que c’est à cause de lui que se pro­page « la plus auda­cieuse impié­té », grâce à un « plan insen­sé et cri­mi­nel » que l’on peut « attri­buer à Satan ».

Il rati­fie ensuite les docu­ments de ses pré­dé­ces­seurs : « Aussi, tous les décrets por­tés par les pon­tifes romains, Nos pré­dé­ces­seurs, en vue de para­ly­ser les efforts et les ten­ta­tives de la secte maçon­nique, toutes les sen­tences pro­non­cées par eux pour détour­ner les hommes de s’af­fi­lier à cette secte ou pour les déter­mi­ner à en sor­tir, Nous enten­dons les rati­fier à nou­veau, tant en géné­ral qu’en par­ti­cu­lier. Pleins de confiance à cet égard dans la bonne volon­té des chré­tiens, Nous les sup­plions, au nom de leur salut éter­nel, et Nous leur deman­dons de se faire une obli­ga­tion sacrée de conscience de ne jamais s’é­car­ter, même d’une seule ligne, des pres­crip­tions pro­mul­guées à ce sujet par le Siège apos­to­lique. » Et il exhorte l’épiscopat « à faire dis­pa­raître l’impure conta­gion du poi­son qui cir­cule dans les veines de la socié­té et l’infecte tout entière », et donne cette consigne de guerre : « Arrachez à la Franc-​maçonnerie le masque dont elle se couvre et faites la voir telle qu’elle est. »

Une main invisible

Dans une Lettre aux évêques de Bavière du 22 décembre 1887, Léon XIII se plaint de la « timi­di­té des bons ». Dans la Lettre Dell’alto du 15 octobre 1890, Léon XIII aver­tit que les maçons cherchent à séduire le cler­gé infé­rieur. Le 8 décembre 1892, il s’adresse éga­le­ment au peuple ita­lien et rap­pelle que la maçon­ne­rie mène une double guerre, « deux fois scé­lé­rate » dit-​il : l’une contre la patrie de la terre et l’autre contre la patrie du Ciel. Il explique que les pou­voirs publics, conscients ou non, sont deve­nus les ins­tru­ments de la F.-M. qu’il appelle « la main invi­sible », qui est enne­mie de Dieu, de l’Église et de la Patrie. Il affirme clai­re­ment que le chris­tia­nisme et la F.-M. sont « essen­tiel­le­ment incompatibles ».

Un état invisible et irresponsable

Dans une Lettre du 19 mars 1902, rédi­gée pour la 25e année de son pon­ti­fi­cat, LéonXIII, au terme d’une longue vie et d’une longue expé­rience, retrace à grands traits ce qu’il convient d’appeler la « conju­ra­tion anti­chré­tienne » de la F.-M., qu’il dénonce comme « secte téné­breuse que la socié­té porte depuis de longues années dans ses flancs et qui, comme un germe mor­tel, y conta­mine le bien-​être, la fécon­di­té et la vie. » Et comme pour réunir en un seul jet toute sa pen­sée sur la maçon­ne­rie, il la défi­nit comme une « per­son­ni­fi­ca­tion per­ma­nente de la révo­lu­tion ».

Léon XIII livre, dans ce docu­ment, sa der­nière syn­thèse sur la F.-M. : « Elle consti­tue une sorte de socié­té retour­née dont le but est d’exer­cer une suze­rai­ne­té occulte sur la socié­té recon­nue et dont la rai­son d’être consiste entiè­re­ment dans la guerre à faire à Dieu et à son Église. Il n’est pas besoin de la nom­mer, car, à ces traits, tout le monde a recon­nu la Franc-​maçonnerie, dont Nous avons par­lé d’une façon expresse dans Notre Encyclique Humanum genus du 20 avril 1884, en dénon­çant ses ten­dances délé­tères, ses doc­trines erro­nées et son œuvre néfaste. Embrassant dans ses immenses filets la presque tota­li­té des nations, et se reliant à d’autres sectes qu’elle fait mou­voir par des fils cachés, atti­rant d’a­bord et rete­nant ensuite ses affi­liés par l’ap­pât des avan­tages qu’elle leur pro­cure, pliant les gou­ver­nants à ses des­seins, tan­tôt par ses pro­messes et tan­tôt par ses menaces, cette secte est par­ve­nue à s’in­fil­trer dans toutes les classes de la socié­té. Elle forme comme un état invi­sible et irres­pon­sable dans l’État légi­time. Pleine de l’es­prit de Satan qui, au rap­port de l’Apôtre, sait au besoin se trans­for­mer en ange de lumière, elle met en avant un but huma­ni­taire, mais elle sacri­fie tout à ses pro­jets sec­taires ; elle pro­teste qu’elle n’a aucune visée poli­tique, mais elle exerce en réa­li­té l’ac­tion la plus pro­fonde dans la vie légis­la­tive et admi­nis­tra­tive des États, et, tan­dis qu’elle pro­fesse en paroles le res­pect de l’au­to­ri­té et de la reli­gion elle-​même, son but suprême (ses propres sta­tuts en font foi) est l’ex­ter­mi­na­tion de la sou­ve­rai­ne­té et du sacer­doce, en qui elle voit des enne­mis de la liber­té. Or, il devient de jour en jour plus mani­feste que c’est à l’ins­pi­ra­tion et à la com­pli­ci­té de cette secte qu’il faut attri­buer en grande par­tie les conti­nuelles vexa­tions dont on accable l’Église et la recru­des­cence des attaques qu’on lui a livrées tout récem­ment. Car la simul­ta­néi­té des assauts dans la per­sé­cu­tion qui a sou­dai­ne­ment écla­té en ces der­niers temps, comme un orage dans un ciel serein, c’est-​à-​dire sans cause pro­por­tion­née à l’ef­fet ; l’u­ni­for­mi­té des moyens mis en œuvre pour pré­pa­rer cette per­sé­cu­tion, cam­pagne de presse, réunions publiques, pro­duc­tions théâ­trales ; l’emploi dans tous les pays des mêmes armes, calom­nies et sou­lè­ve­ments popu­laires, tout cela tra­hit bien vrai­ment l’i­den­ti­té des des­seins et le mot d’ordre par­ti d’un seul et même centre de direc­tion. Simple épi­sode du reste qui se rat­tache à un plan arrê­té d’a­vance, et qui se tra­duit en actes sur un théâtre de plus en plus large, afin de mul­ti­plier les ruines que nous avons énu­mé­rées précédemment. »

L’avis de Mgr Lefebvre

Au début de cet article, l’opinion de l’infaillibilité du docu­ment In emi­nen­tide Clément XII (1738) a été émise. Si cette opi­nion lais­sait encore sub­sis­ter des doutes dans l’esprit du lec­teur, voi­ci celle de Mgr Lefebvre sur l’enseignement constant des Pontifes romains sur la F.-M.

Le fon­da­teur d’Écône a lon­gue­ment com­men­té les docu­ments des papes sur ce sujet dans son cours des Actes du Magistère (cf. C’est moi l’accusé… Éditions Clovis, 2014, pp. 49–142).

Au sujet d’Humanum genus de Léon XIII, il dit : « Le pape s’appuie sur le Magistère anté­rieur (…) Il se réfère à tous les docu­ments (…) de Clément XII, de Benoît XIV et de Pie VII. Et cela est très impor­tant. Car lorsqu’un pape dénonce ou affirme quelque chose en s’appuyant sur le pas­sé, cela ren­force sa propre parole. (…) Une doc­trine qui est ensei­gnée de cette manière, une condam­na­tion qui est faite dans ces condi­tions paraît être infaillible » (op. cit. p. 92).

A ce stade de notre étude, nous arri­vons donc à une très forte pro­ba­bi­li­té, bien éta­blie, de l’infaillibilité de Magistère de l’Église au sujet de la condam­na­tion de la F.-M.

L’aboutissement : le Code de Droit canon

Le Code de Droit cano­nique, pro­mul­gué par le pape Benoît XV le 27 mai 1917 (on en célèbre le cen­te­naire cette année) et entré en vigueur le 19 mai 1918, a consa­cré dans les lois de l’Église catho­lique toute la tra­di­tion magis­té­rielle des papes sur la Franc-maçonnerie.

Le code de 1917 pré­voyait les peines sui­vantes pour ceux qui donnent leur nom à une secte maçon­nique ou asso­cia­tion semblable :

1) excom­mu­ni­ca­tion réser­vée au pape (canon 2335) ;

2) plus une sus­pense s’il s’agit de clerc (canon 2336, § 1) avec obli­ga­tion de dénon­cia­tion de ces clercs et des reli­gieux à la Congrégation du Saint-​Office (canon 2336, § 2) ;

3) pri­va­tion de la sépul­ture ecclé­sias­tique, c’est-à-dire des funé­railles catho­liques (canon 1240, § 1).
De plus, étaient pro­hi­bés les livres qui traitent des sectes maçon­niques et autres socié­tés du même genre, qui sou­tiennent qu’elles sont utiles et qu’elles ne sont pas nui­sibles à l’Église et à la socié­té civile (canon 1399).

L’Église a donc fait pas­ser tout le Magistère des pon­tifes romains sur la F.-M. dans son pre­mier Code de Droit canonique.

Après le code de 1917

Saint Pie X, Benoît XV, Pie XI, Pie XII conti­nue­ront à stig­ma­ti­ser l’action de la F.-M. au gré des évè­ne­ments dou­lou­reux qui tou­che­ront l’Église.

Sous Pie XII, un décret du Saint-​Office du 16 jan­vier 1954 condamne un livre inti­tu­lé La F.-M. johan­nique, essai d’initiation, écrit par le Grand Maître d’une loge, paru à Vienne en Autriche en 1953. Cette condam­na­tion avait pour but de dénon­cer une pré­ten­due « atti­tude conci­liante de la F.-M. johan­nique autri­chienne à l’égard de l’Église catholique ».

L’Osservatore Romano du 17janvier 1954, après avoir don­né les rai­sons de cette mise à l’index, concluait sur son conte­nu : « Il n’est per­sonne qui ne voie la gra­vi­té de pareilles idées et concep­tions et com­bien elles sont, non seule­ment éloi­gnées de la reli­gion révé­lée, mais com­bien elles lui sont fon­da­men­ta­le­ment et radi­ca­le­ment opposées ».

À la veille de Vatican II

À la veille du 2ème concile du Vatican, le synode romain, pré­si­dé par Jean XXIII en 1960, a fait la décla­ra­tion sui­vante : « En ce qui concerne la secte maçon­nique, les fidèles doivent savoir que les peines sti­pu­lées par le Code cano­nique sont tou­jours en vigueur. » Et dans un texte du 4 décembre 1960, Jean XXIII rap­pelle que « la F.-M. revêt l’apparence exté­rieure de la reli­gion, mais est tou­jours prête aus­si à com­battre éner­gi­que­ment contre le catholicisme ».

Les F.-M. par eux-mêmes

À la même époque, la F.-M. s’exprime en la per­sonne de Jacques Mitterrand, grand Maître du Grand Orient de France, qui a écrit : « L’excommunication des maçons remonte à 1738 ; elle a été renou­ve­lée par tous les papes suc­ces­sifs ; le Grand Orient de France se vante de conti­nuer à la méri­ter » (Informations reli­gieuses de ANSA, 11 mai 1963).

Le Grand Orient déclare encore que : « La lutte enga­gée entre le chris­tia­nisme et la Franc-​maçonnerie est une lutte à mort, sans trêve ni mer­ci. » Philippe Foussier, Grand Maître du Grand Orient de France a expli­ci­té, il y a peu de temps, le ter­rain de cette lutte : « Nombreux sont ces frères et sœurs qui ont payé de leur vie leur enga­ge­ment pour défendre notre liber­té de conscience et même notre liber­té tout court. À leur exemple, il nous faut, à notre tour, mener la guerre des idées. […] Grâce à leurs outils sym­bo­liques, grâce à ces espaces de liber­té, d’égalité et de fra­ter­ni­té que sont les loges, les francs-​maçons sont armés pour décons­truire les dogmes » (Le Grand Orient, Sentinelle de la République, octobre 2017, www.godf.org).

Le concile Vatican II

Après sa vic­toire sur les États, la F.-M. va s’attaquer à l’Église. Voici qu’arrive le concile Vatican II. Le rêve des Carbonari va enfin se réa­li­ser. Des papes conformes à leurs aspi­ra­tions sont enfin aux postes de com­mande de la sainte Église catholique.

La « Révolution en chape et en tiare », tant atten­due, va enfin s’accomplir. L’idéologie maçon­nique va péné­trer dans l’Église jusqu’au plus haut som­met. Yves Marsaudon, dans son livre L’œcuménisme vu par un franc-​maçon de tra­di­tion, écrit pen­dant le Concile, déclare : « Ils ne devront pas oublier pour autant, les chré­tiens, que tout che­min mène à Dieu […] et se main­te­nir dans cette cou­ra­geuse notion de la liber­té de pen­ser qui, on peut main­te­nant par­ler là de révo­lu­tion par­tie de nos loges maçon­niques, s’est éten­due magni­fi­que­ment au-​dessus du dôme de Saint-​Pierre » (Ils L’ont décou­ron­né, Mgr Lefebvre, p. 221).

Quelle est la doc­trine maçon­nique ? Les papes nous l’ont dit : l’indifférentisme reli­gieux, la liber­té reli­gieuse, la liber­té de conscience et des cultes, autant de doc­trines tou­jours condam­nées par l’Église pen­dant deux siècles et demi. Comment les F.-M. ont-​ils expri­mé leur doctrine ?

Le franc-​maçon Marsaudon (p. 126 de son livre) le fait dans une méta­phore tirée de la famille : « Catholiques, ortho­doxes, pro­tes­tants, israé­lites, musul­mans, hin­douistes, boud­dhistes, penseurs-​libres, libres-​croyants, ne sont chez nous que des pré­noms ; c’est francs-​maçons le nom de famille » (Pierre, M’aimes-tu ? Fideliter, 1988, p.145).

C’est cette même idéo­lo­gie maçon­nique de l’indifférentisme reli­gieux qui est mon­tée jusqu’à la tête de l’Église catho­lique et dont les papes conci­liaires, spé­cia­le­ment Jean-​Paul II, Benoît XVI et François, – nous le consta­tons avec dou­leur – sont com­plè­te­ment imbus.

L’apostasie des nations

L’idéologie maçon­nique, assi­mi­lée par le concile Vatican II, a ensuite été appli­quée par les papes conci­liaires. C’est au nom du Concile que Rome, à par­tir des années 70, a fait pres­sion sur les États catho­liques pour faire appli­quer les prin­cipes de la décla­ra­tion conci­liaire Dignitatis humanæ sur la liber­té reli­gieuse du 7 décembre 1965, dans les consti­tu­tions des États.

Cette appli­ca­tion s’est faite en 1973 pour la Colombie, en 1974 pour le Valais en Suisse, en 1975 pour le Portugal, en 1976 pour l’Espagne, en 1980 pour le Pérou, en 1984 pour l’Italie (cf. Pierre, M’aimes-tu ? pp. 21–22). Voilà pour l’abandon des principes.

Le nouveau Code de 1983

Le 25 jan­vier 1983, le pape Jean-​Paul II publie le nou­veau Code de Droit canon pour que l’Église mette en pra­tique la « nou­velle ecclé­sio­lo­gie conci­liaire ». Ce nou­veau Code ne com­porte plus une seule men­tion expresse de la F.-M.

Une décla­ra­tion du 26 novembre 1983 de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur les asso­cia­tions maçon­niques, se contente d’affirmer que « le juge­ment néga­tif de l’Église sur la F.-M. demeure inchan­gé parce que ses prin­cipes ont tou­jours été consi­dé­rés comme incom­pa­tibles avec la doc­trine de l’Église ; c’est pour­quoi il reste inter­dit par l’Église de s’y ins­crire. Les catho­liques qui font par­tie de la F.-M. sont en état de péché grave et ne peuvent s’approcher de la sainte Communion ».

Ce docu­ment est signé par le car­di­nal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI. En d’autres termes, tout en pro­fes­sant la doc­trine maçon­nique, l’église conci­liaire conti­nue d’interdire de s’affilier à la F.-M. !

Que peut bien valoir une telle mise en garde, absente de la loi offi­cielle de l’Église et qui n’est assor­tie d’aucune sanction ?

Le sommet « pastoral » de Vatican II : Assise

Le triste et emblé­ma­tique évè­ne­ment d’Assise du 27 octobre 1986 res­te­ra ce que l’on peut appe­ler le som­met « pas­to­ral » de Vatican II.

Selon le pape Jean-​Paul II lui-​même, « l’é­vè­ne­ment d’Assise peut ain­si être consi­dé­ré comme une illus­tra­tion visible, une leçon de choses, une caté­chèse intel­li­gible à tous de ce que pré­sup­pose et signi­fient l’en­ga­ge­ment œcu­mé­nique et l’en­ga­ge­ment pour le dia­logue inter­re­li­gieux, recom­man­dé et pro­mu par le concile Vatican II » (dis­cours aux car­di­naux, 22 décembre 1986).

Cet évè­ne­ment est, en quelque sorte, la mise en échec de tout le Magistère des papes contre la doc­trine maçon­nique de l’indifférentisme religieux.

C’est la praxis conci­liaire qui vient contre­car­rer l’enseignement offi­ciel constant des papes depuis plus de deux siècles.

L’Exultet maçonnique

Ce que l’on a appe­lé « l’Exultet maçon­nique » en est l’aveu le plus criant. Il s’agit d’un extrait d’un dis­cours pro­non­cé par le Grand Maître Armando Corona, à la Grande Loge de l’Équinoxe de Printemps, et publié dans Hiram, l’organe du Grand Orient d’Italie, en avril 1987. Le voici :

« La Sagesse maçon­nique a éta­bli que per­sonne ne peut être ini­tié s’il ne croit pas au Grand Architecte de l’Univers, mais que per­sonne ne peut être exclu de notre famille à cause du Dieu auquel il croit et à cause de la manière dont il l’honore. Notre inter­con­fes­sion­na­lisme nous a valu l’excommunication reçue en 1738 de la part de Clément XII. Mais l’Église était cer­tai­ne­ment dans l’erreur, s’il est vrai que le 27 octobre 1986 l’actuel pon­tife (Jean-​Paul II, n.d.l.r.) a réuni à Assise des hommes de toutes les confes­sions reli­gieuses pour prier ensemble pour la paix. Et que cher­chaient d’autre nos Frères quand ils se réunis­saient dans les temples, sinon l’amour entre les hommes, la tolé­rance, la soli­da­ri­té, la défense de la digni­té de la per­sonne humaine, se consi­dé­rant égaux, au-​dessus des cre­do poli­tiques, des cre­do reli­gieux et des cou­leurs de la peau ? »

Une vidéo « maçonnisée »

En jan­vier 2016, François a fait dif­fu­ser sur son compte offi­ciel Youtube – nous le sou­li­gnons avec effroi – une véri­table vidéo de type maçon­nique dont il est l’acteur prin­ci­pal. Il a – sans s’en rendre compte peut-​être – tra­duit, sous forme d’un clip vidéo de 32 secondes, la doc­trine d’Yves Marsaudon en la fai­sant sienne.

Assis der­rière un bureau, le pape dit : « La majeure par­tie des habi­tants de la pla­nète se déclarent croyants ; c’est un fait qui devrait encou­ra­ger les reli­gions à dia­lo­guer. Nous devons prier sans cesse pour cela, et tra­vailler avec ceux qui pensent d’une autre manière ». Puis des repré­sen­tants de quatre « reli­gions » confessent suc­ces­si­ve­ment leur « foi reli­gieuse » : un boud­dhiste : « Je mets ma confiance en Bouddha » Un juif : « Je crois en Dieu. » Un chré­tien : « Je crois en Jésus-​Christ. » Un musul­man : « Je crois en Dieu, Allah. »

Le pape reprend : « Beaucoup pensent de manières dif­fé­rentes, res­sentent les choses dif­fé­rem­ment, cherchent où ren­con­trer Dieu de diverses manières. Dans cette mul­ti­tude, dans cet éven­tail de reli­gions, nous avons une seule cer­ti­tude pour tous : nous sommes tous enfants de Dieu. »

Puis le pape et les repré­sen­tants catho­lique, boud­dhiste, pro­tes­tant et musul­man de répé­ter, cha­cun leur tour : « Je crois en l’amour ». Le pape achève ain­si : « Je compte sur vous pour dif­fu­ser mon inten­tion de ce mois : que le dia­logue sin­cère entre les hommes et les femmes de dif­fé­rentes reli­gions porte des fruits de paix et de jus­tice » (d’après Le Chardonnet n° 315, fév. 2016, p. 6).

L’Église et la F.-M. réconciliées ?

Quel constat tirer de ces faits ? Dans les années 70, Fred Zeller, ex ‑Grand Maître du Grand Orient de France, a écrit un article typi­que­ment maçon­nique ayant pour titre Trois points, c’est tout, dans lequel, il disait :

« Le Concile met­tra long­temps à trou­ver sa véri­table signi­fi­ca­tion, mais les fidèles se rendent compte que quelque chose de très impor­tant est sur­ve­nu, qui tient tout entier dans ce mot : œcu­mé­nisme. Et cela signi­fie, ajoute-​t-​il, que l’Église devra se récon­ci­lier avec toutes les reli­gions et par consé­quent, avec la maçon­ne­rie éga­le­ment » (cité par Mgr Lefebvre).

Ce fai­sant, François a effec­ti­ve­ment rejoint le dis­cours maçon­nique, et semble avoir « récon­ci­lié » l’Église avec la F.-M., même si offi­ciel­le­ment il n’est pas per­mis à un catho­lique de s’y affilier.

Pendant plus de deux cents ans, les papes ont condam­né la F.-M. Ce sont les faits qui prouvent la jus­tesse de leurs ana­lyses doc­tri­nales et historiques.

Les papes ont aver­ti les princes tem­po­rels du dan­ger que repré­sen­tait la F.-M. Mais ces mêmes princes n’ont pas accor­dé l’importance que méri­taient ces aver­tis­se­ments. Les états tem­po­rels sont deve­nus les quar­tiers géné­raux de la F.-M.

L’Église a cru qu’elle res­te­rait indemne de l’idéologie maçon­nique. Mais l’œuvre des Carbonari, après s’être réa­li­sée dans l’ordre tem­po­rel, s’est réa­li­sée dans l’Église : les clercs, jusqu’au plus haut som­met, se sont lais­sés conta­mi­ner par l’erreur. Les hommes d’Église ont été ins­tru­men­ta­li­sés par la F.-M. afin qu’ils dif­fusent sa doc­trine libé­rale, œcu­mé­nique et démocratique.

L’Église conci­liaire, tout en pré­ten­dant res­ter bien dis­tincte de la F.-M. juri­di­que­ment, pro­fesse ouver­te­ment une doc­trine maçonnisée.

Au milieu de cette com­pro­mis­sion, il s’est trou­vé un hérault de la foi pour ne pas lais­ser tout le trou­peau catho­lique se conta­mi­ner : Mgr Lefebvre. C’est à lui que nous devons le « salut » dans ce que l’on a appe­lé la « Tradition ».?

Abbé Guy Castelain, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X

Sources : Le Combat de la Foi n° 183 de décembre 2017

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