Pie XII

22 novembre 1951

Discours Un’Ora à l'académie des sciences

Les preuves de l’existence de Dieu à la lumière de la science actuelle de la nature

Table des matières

L’Académie Pontificale des Sciences avait orga­ni­sé une semaine d’é­tudes des pro­blèmes de micro­séisme ; les spé­cia­listes de la ques­tion furent reçus en audience et le Pape pro­non­ça en cette occa­sion, le dis­cours suivant :

Introduction : Dieu et la science

C’est une heure de joie sereine dont Nous remer­cions le Tout-​Puissant que Nous offre cette réunion de l’Académie Pontificale des Sciences, en même temps qu’elle Nous donne l’a­gréable occa­sion de Nous entre­te­nir avec une élite d’é­mi­nents car­di­naux, d’illustres diplo­mates, de per­son­na­li­tés dis­tin­guées et spé­cia­le­ment avec vous, aca­dé­mi­ciens pon­ti­fi­caux, bien dignes de la solen­ni­té de cette assem­blée. Vous, en effet, qui scru­tez et dévoi­lez les secrets de la nature et ensei­gnez aux hommes à en uti­li­ser les forces pour leur bien, vous publiez, en même temps, avec le lan­gage des chiffres, des for­mules, des décou­vertes, les inef­fables har­mo­nies du Dieu d’in­fi­nie sagesse.

La vraie science rapproche de Dieu :

La vraie science, en effet — quoi qu’on en ait incon­si­dé­ré­ment affir­mé dans le pas­sé — plus elle pro­gresse, et plus elle découvre Dieu, comme s’Il atten­dait aux aguets der­rière chaque porte qu’ouvre la science. Disons plus : de cette décou­verte progres­sive de Dieu, fruit des accrois­se­ments du savoir, l’homme de science n’est pas seul à béné­fi­cier, quand il pense en phi­lo­sophe et com­ment pourrait-​il s’en abs­te­nir ? — mais encore tous ceux qui par­ti­cipent aux nou­velles trou­vailles ou en font l’ob­jet de leurs consi­dé­ra­tions, à com­men­cer par les vrais phi­lo­sophes ; car, pre­nant pour base de leur spé­cu­la­tion ration­nelle les con­quêtes scien­ti­fiques, ils en tirent une plus grande assu­rance dans leurs conclu­sions, de plus claires lumières pour dis­si­per d’é­ven­tuelles ombres, des secours plus convain­cants pour don­ner aux dif­fi­cul­tés et aux objec­tions une réponse tou­jours plus satisfaisante.

Le Pape rappelle les « cinq voies » grâce auxquelles les philosophes scolastiques démontrent l’existence de Dieu.

Ainsi sti­mu­lé et gui­dé, l’in­tel­lect humain affronte la démons­tration de l’exis­tence de Dieu, cette démons­tra­tion que la sagesse chré­tienne trouve dans les argu­ments phi­lo­so­phiques éprou­vés au cours des siècles par des géants du savoir, et qui vous est bien connue sous la forme des « cinq voies » que le doc­teur angé­lique, saint Thomas, offre comme un rapide et sûr iti­né­raire de l’es­prit vers Dieu [1]. Arguments phi­lo­so­phiques, avons-​Nous dit ; mais non pour autant, à prio­ri, comme en fait grief un posi­ti­visme étroit et incon­sé­quent. Les argu­ments se fondent, en effet, sur des réa­li­tés concrètes et garan­ties par les sens comme par la science, même s’ils tirent leur force démons­tra­tive de la vigueur de la rai­son naturelle.

De la sorte, phi­lo­so­phie et sciences opèrent selon des pro­cessus et des méthodes ana­logues et conci­liables, uti­li­sant dans des pro­por­tions diverses, élé­ments empi­riques et élé­ments ration­nels, et col­la­bo­rant dans une har­mo­nieuse uni­té à la décou­verte du vrai.

Les cinq voies doivent aujourd’hui être confrontées avec les données récentes des sciences :

Mais si l’ex­pé­rience pri­mi­tive des anciens put offrir à la rai­son des argu­ments suf­fi­sants pour la démons­tra­tion de l’exis­tence de Dieu, aujourd’­hui, l’é­lar­gis­se­ment et l’approfon­dissement du champ de cette même expé­rience font res­plen­dir plus écla­tante et plus pré­cise, la trace de l’Éternel dans le monde visible. On pour­rait donc, semble-​t-​il, avec pro­fit, réexami­ner sur la base de nou­velles décou­vertes scien­ti­fiques, les preuves clas­siques du Docteur angé­lique, spé­cia­le­ment celles qui sont tirées du mou­ve­ment et de l’ordre de l’u­ni­vers ; autre­ment dit, recher­cher si et dans quelle mesure la connais­sance plus pro­fonde du macro­cosme et du micro­cosme contri­bue à ren­for­cer les argu­ments phi­lo­so­phiques ; consi­dé­rer ensuite si et jus­qu’à quel point ils auraient été ébran­lés, comme on l’en­tend dire par­fois, du fait que la phy­sique moderne a for­mu­lé de nou­veaux prin­cipes fon­da­men­taux, abo­li ou modi­fié d’an­tiques concepts — dont le sens, dans le pas­sé, était peut-​être tenu pour stable et défi­ni — comme par exemple ceux de temps, d’es­pace, de mou­vement, de cau­sa­li­té, de sub­stance, tous d’im­por­tance majeure pour la ques­tion qui nous occupe pré­sen­te­ment. Ainsi, plus que d’une révi­sion des preuves phi­lo­so­phiques, il s’a­git ici d’un exa­men des bases phy­siques d’où ces argu­ments dérivent, et Nous devrons néces­sai­re­ment, faute de temps, Nous limi­ter à quelques-​unes d’entre elles. Aucune sur­prise n’est d’ailleurs à craindre : la science elle-​même n’en­tend pas débor­der les fron­tières de ce monde qui, aujourd’­hui comme hier, se pré­sente avec les « cinq modes d’être » d’où prend son essor et sa vigueur la démons­tra­tion phi­lo­so­phique de l’exis­tence de Dieu.

En particulier, les sciences nous montrent aujourd’hui, sous une clarté nouvelle,le changement et le mouvement des choses ; 2° la fin de l’univers.

De ces « modes d’être » du monde, qui nous entoure, appré­hendés, avec une péné­tra­tion plus ou moins grande, mais une égale évi­dence, par l’es­prit du phi­lo­sophe et par l’in­tel­li­gence com­mune, il en est deux que les sciences modernes ont merveil­leusement son­dés et véri­fiés, et appro­fon­dis au-​delà de toute attente : 1° la muta­bi­li­té des choses, y com­pris leur ori­gine et leur fin ; 2° l’ordre de fina­li­té qui res­plen­dit dans toutes les par­ties du cos­mos. La contri­bu­tion appor­tée ain­si par les sciences aux deux démons­tra­tions phi­lo­so­phiques qui s’ap­puient sur elles et qui consti­tuent la pre­mière et cin­quième voies, est très notable. A la pre­mière, la phy­sique, en par­ti­cu­lier, a appor­té une mine inépui­sable d’ex­pé­riences, révé­lant le fait de la muta­bi­li­té jusque dans les pro­fon­deurs cachées de la nature où, avant notre époque, aucun esprit humain n’en pou­vait même soup­çon­ner l’exis­tence et l’am­pleur, et four­nis­sant une multipli­cité de faits empi­riques qui sont d’un puis­sant secours pour le rai­son­ne­ment phi­lo­so­phique. Nous disons secours : car pour ce qui est de la direc­tion de ces trans­for­ma­tions — attes­tée elle aus­si par la phy­sique moderne — elle Nous semble dépas­ser la valeur d’une simple confir­ma­tion et atteindre presque à la struc­ture et au degré d’une preuve phy­sique en grande par­tie nou­velle et, pour beau­coup d’es­prits, plus accep­table, plus per­suasive et plus satisfaisante.

Avec une telle richesse, les sciences, sur­tout astro­no­mique et bio­lo­gique, ont four­ni ces der­niers temps à l’ar­gu­ment de l’ordre du monde un tel ensemble de connais­sances et une vision, pour ain­si dire, si enivrante de l’unité de concep­tion qui anime le cos­mos, et de la fina­li­té qui en dirige le mou­ve­ment, que l’homme moderne goûte par avance cette joie que le poète Dante ima­ginait dans le ciel empy­rée, lors­qu’il vit com­ment en Dieu « est conte­nu — lié par l’a­mour en un volume — ce qui s’ef­feuille par l’u­ni­vers » [2].

L’homme de science peut donc lire dans la nature, la présence de Dieu :

Toutefois la Providence a vou­lu que la notion de Dieu, si essen­tielle à la vie de chaque homme, puisse se déduire facile­ment d’un simple regard jeté sur le monde, à tel point que n’en pas com­prendre le lan­gage est une folie [3], et que d’autre part, elle reçoive une confir­ma­tion de tout appro­fon­dis­se­ment et pro­grès des connais­sances scientifiques.

Pie XII exprime l’intention de démontrer cette thèse :

Voulant donc don­ner ici une rapide esquisse du pré­cieux ser­vice que les sciences modernes rendent à la démons­tra­tion de l’exis­tence de Dieu, Nous Nous limi­te­rons d’a­bord au fait des muta­tions, en en fai­sant sur­tout res­sor­tir le carac­tère d’am­pleur, d’é­ten­due et, pour ain­si dire, de tota­li­té, que la phy­sique moderne découvre dans le cos­mos inani­mé. Nous Nous arrê­terons ensuite sur le sens et l’o­rien­ta­tion de ces muta­tions, tel qu’il est éga­le­ment attes­té. Ce sera prê­ter l’o­reille à quelques accords du concert de l’im­mense uni­vers, assez puis­sants toute­fois pour chan­ter « la gloire de Celui par qui tout l’u­ni­vers se meut » [4].

a) La mutabilité du cosmos

Le fait de la mutabilité se constate dans le macrocosme :

On est en droit de s’é­ton­ner à pre­mière vue, en consta­tant que la connais­sance du fait de la muta­bi­li­té a tou­jours gagné du ter­rain dans le macro­cosme et dans le micro­cosme, au fur et à mesure que les sciences pro­gres­saient, comme pour con­firmer par de nou­velles preuves la théo­rie d’Héraclite : « Tout s’é­coule, pan­ta rhei ». On le sait, l’ex­pé­rience quo­ti­dienne elle- même révèle une pro­di­gieuse quan­ti­té de trans­for­ma­tions dans le monde, proche ou loin­tain, qui nous entoure, notam­ment les mou­ve­ments des corps dans l’es­pace. Mais, outre ces mouve­ments stric­te­ment locaux, sont aisé­ment obser­vables aus­si les mul­tiples chan­ge­ments physico-​chimiques, tels que le change­ment de l’é­tat phy­sique de l’eau dans ses trois phases de vapeur, de liquide et de glace ; les pro­fonds effets chi­miques obte­nus par l’ac­tion du feu, déjà connus dès l’âge pré-​historique ; la désa­gré­ga­tion des roches et la cor­rup­tion des corps végé­taux et ani­maux. A cette com­mune expé­rience vint s’a­jou­ter la science de la nature qui ensei­gna à inter­pré­ter des phé­no­mènes et d’autres sem­blables comme pro­ces­sus de des­truc­tion ou de for­ma­tion des sub­stances cor­po­relles à par­tir de leurs élé­ments chi­miques, c’est-​à-​dire de leurs par­ties les plus petites : les atomes. Allant même plus loin, elle ren­dit mani­feste que cette muta­bi­li­té physico-​chimique n’est en aucune façon limi­tée aux corps ter­restres, selon la croyance des Anciens, mais s’é­tend à tous les corps de notre sys­tème solaire et de l’im­mense uni­vers que le téles­cope et mieux encore le spec­tro­scope ont mon­trés for­més des mêmes espèces d’atomes.

Le fait de la mutabilité constaté dans le microcosme :

Contre l’in­dis­pen­sable muta­bi­li­té de la nature, même inani­mée, se dres­sait l’é­nigme tou­te­fois du micro­cosme, encore inex­plo­ré. Il sem­blait de fait, que la matière inor­ga­nique, à la dif­fé­rence du monde ani­mé, fût en un cer­tain sens immuable. Ses plus petits élé­ments pou­vaient bien s’u­nir entre eux selon les modes les plus divers, mais ils parais­saient jouir du pri­vi­lège d’une éter­nelle sta­bi­li­té, et indes­truc­ti­bi­li­té, puis­qu’ils sor­taient inchan­gés de n’im­porte quelle syn­thèse et ana­lyse chi­mique. Il y a cent ans, on les croyait encore de simples, indi­vi­sibles et indes­truc­tibles par­ti­cules élé­men­taires. On en pen­sait autant des éner­gies et des forces maté­rielles du cos­mos, sur­tout sur la base des lois fon­da­men­tales de la conser­va­tion de la masse et de l’énergie.

Quelques savants se croyaient même auto­ri­sés, au nom de leur science, à une fan­tas­tique phi­lo­so­phie moniste, dont le sou­ve­nir mes­quin est lié entre autres, au nom de Ernst Haeckel. Mais jus­te­ment, à son époque, vers la fin du siècle der­nier, cette concep­tion sim­pliste de l’a­tome fut, elle aus­si, balayée par la science moderne. La connais­sance crois­sante du sys­tème pério­dique des élé­ments chi­miques, la décou­verte des radia­tions cor­pus­cu­laires des élé­ments radio­ac­tifs et de nom­breux faits sem­blables ont mon­tré que le micro­cosme de l’a­tome, aux di­mensions de l’ordre du dix mil­lio­nième de mil­li­mètre, est le théâtre de conti­nuelles muta­tions, non moins que le macro­cosme bien connu de tous.

Le fait de la mutabilité constaté dans la sphère électronique :

Le carac­tère de la muta­bi­li­té fut véri­fié en pre­mier lieu dans la sphère élec­tro­nique. De la conden­sa­tion élec­tro­nique de l’a­tome émanent des radia­tions de cha­leur et de lumière qui sont absor­bées par les corps externes, en cor­res­pon­dance avec le niveau d’éner­gie des orbites élec­tro­niques. Dans les par­ties exté­rieures de cette sphère, s’ac­com­plissent éga­le­ment l’io­ni­sa­tion de l’a­tome et la trans­for­ma­tion de l’éner­gie dans la syn­thèse et dans l’a­na­lyse des com­bi­nai­sons chi­miques. On pou­vait cepen­dant encore sup­po­ser que ces trans­for­ma­tions physico-​chimiques lais­se­raient un refuge à la sta­bi­li­té, puis­qu’elles n’at­tei­gnaient pas le noyau même de l’a­tome, siège de la masse et de la charge élec­trique posi­tive qui assignent à l’a­tome sa place dans le sys­tème natu­rel des élé­ments, noyau où l’on pen­sait avoir trou­vé le type même de l’ab­so­lu­ment stable et de l’ab­so­lu­ment invariable.

Le fait de la mutabilité se constate dans le noyau atomique :

Mais dès l’aube du nou­veau siècle, l’ob­ser­va­tion des proces­sus radio­ac­tifs, se réfé­rant, en der­nière ana­lyse, à une scis­sion spon­ta­née du noyau, condui­sait à exclure un tel mythe. Une fois donc véri­fiée l’ins­ta­bi­li­té jus­qu’en la retraite la plus pro­fonde de la nature connue, un fait tou­jours demeu­rait qui lais­sait per­plexe : il sem­blait que l’a­tome fût inat­ta­quable au moins par les forces humaines, puisque, en prin­cipe, toutes les tenta­tives faites pour en accé­lé­rer ou en arrê­ter la natu­relle désa­grégation radio­ac­tive, ou encore pour scin­der des noyaux non actifs avaient échoué. La pre­mière très modeste désa­gré­ga­tion d’un noyau (d’a­zote) remonte à peine à trente ans, et ce n’est que depuis peu d’an­nées seule­ment qu’il a été pos­sible après d’im­menses efforts, d’ef­fec­tuer en quan­ti­té consi­dé­rable des pro­ces­sus de for­ma­tion et de décom­po­si­tion des noyaux. Bien que ce résul­tat qui, dans la mesure où il sert aux oeuvres de paix, est cer­tai­ne­ment à ins­crire à l’ac­tif de notre siècle, ne repré­sente qu’un pre­mier pas dans le domaine de la phy­sique nucléaire pra­tique, tou­te­fois il four­nit une impor­tante conclu­sion à la ques­tion qui nous occupe : les noyaux ato­miques sont bien, dans beau­coup d’ordres de gran­deur, plus stables que les com­po­si­tions chi­miques ordi­naires, mais néan­moins, ils sont eux aus­si, en prin­cipe, sou­mis à des lois sem­blables de trans­formation et donc muables.

On a pu consta­ter en même temps, que de tels pro­ces­sus ont la plus grande impor­tance dans l’é­co­no­mie de l’éner­gie des étoiles fixes. Au centre de notre soleil, par exemple, s’ac­com­plit, selon Bethe, à une tem­pé­ra­ture d’en­vi­ron vingt mil­lions de degrés, une réac­tion en chaîne, en cir­cuit fer­mé, dans laquelle quatre noyaux d’hy­dro­gène sont conden­sés en un noyau d’hé­lium. L’énergie qui est ain­si libé­rée vient com­pen­ser la perte due à l’ir­ra­dia­tion du soleil. Dans les labo­ra­toires mo­dernes de phy­sique, on réus­sit éga­le­ment, moyen­nant le bombar­dement par des par­ti­cules douées d’une éner­gie très éle­vée, ou par des neu­trons, à effec­tuer des trans­for­ma­tions de noyaux, comme on peut le voir dans l’exemple de l’a­tome d’u­ra­nium. A ce sujet, il faut d’ailleurs men­tion­ner les effets de la radia­tion cos­mique, qui peut scin­der les atomes plus lourds, libé­rant ain­si assez sou­vent des essaims entiers de par­ti­cules subatomiques.

Nous avons vou­lu citer seule­ment quelques exemples sus­cep­tibles cepen­dant de mettre hors de doute la muta­bi­li­té indis­cu­table du monde inor­ga­nique, grand et petit : les mille trans­for­ma­tions des formes d’éner­gie, spé­cia­le­ment dans les décom­po­si­tions et com­bi­nai­sons chi­miques du macro­cosme, et tout autant la muta­bi­li­té des atomes jus­qu’à la par­ti­cule sub­atomique de leurs noyaux.

Dieu immuable est aujourd’hui saisi avec plus de profondeur, face à cette mutabilité universelle :

Le savant d’au­jourd’­hui, péné­trant du regard l’in­time de la nature plus pro­fon­dé­ment que son pré­dé­ces­seur d’il y a cent ans, sait donc que la matière inor­ga­nique, pour ain­si dire dans sa moëlle la plus secrète, est mar­quée par l’empreinte de la mu­tabilité et que, dès lors, son être et sa sub­sis­tance exigent une réa­li­té entiè­re­ment diverse et inva­riable par nature.

Comme dans un tableau en clair-​obscur, les visages ressor­tent sur le fond sombre et n’ob­tiennent qu’ain­si leur plein effet plas­tique et vivant, de même l’i­mage de l’é­ter­nel­le­ment immua­ble res­sort claire et splen­dide, du tor­rent qui emporte avec lui toutes les choses maté­rielles du macro­cosme et du micro­cosme et les entraîne en un chan­ge­ment intrin­sèque qui jamais ne cesse. Le savant arrê­té sur la rive de l’immense tor­rent trouve le repos dans ce cri de véri­té par lequel Dieu se défi­nit lui- même : « Je suis Celui qui suis » [5] et que l’Apôtre loue comme « le Père des lumières, en qui n’existent aucune vicis­si­tude, ni ombre de chan­ge­ment » [6].

b) La direction des transformations.

Dans le macrocosme joue la loi de l’entropie :

Mais la science moderne n’a pas seule­ment élar­gi et appro­fondi nos connais­sances sur la réa­li­té et l’am­pleur de la muta­bilité du cos­mos ; elle nous offre aus­si de pré­cieuses indi­ca­tions sur la direc­tion sui­vant laquelle se réa­lisent les pro­ces­sus de la nature. Il y a encore cent ans, spé­cia­le­ment, après la décou­verte de la loi de la conser­va­tion, on pen­sait que les pro­ces­sus natu­rels étaient réver­sibles et, de ce fait, selon les prin­cipes de la stricte cau­sa­li­té, ou mieux de la stricte déter­mi­na­tion de la nature, on esti­mait pos­sible un conti­nuel renou­vel­le­ment et rajeu­nis­se­ment du cos­mos ; mais depuis, grâce à la loi de l’en­tro­pie décou­verte par Rodolphe Clausius, on s’est ren­du compte que les pro­ces­sus spon­ta­nés de la nature sont tou­jours accom­pa­gnés d’une dimi­nu­tion de l’éner­gie libre et uti­li­sable : ce qui dans un sys­tème maté­riel clos, doit conduire fina­le­ment à la ces­sa­tion des pro­ces­sus à l’é­chelle macro­sco­pique. Ce des­tin fatal que, seules des hypo­thèses par­fois trop gra­tuites, comme celle de la créa­tion conti­nue sup­plé­tive, s’ef­forcent d’é­par­gner à l’u­ni­vers, mais qui res­sort au contraire, de l’expé­rience scien­ti­fique posi­tive, pos­tule élo­quem­ment l’exis­tence d’un Etre nécessaire.

Dans le microcosme se dessine également une direction pareille à celle qu’affecte le macrocosme :

Dans le micro­cosme, cette loi, sta­tis­tique au fond, n’a pas d’ap­pli­ca­tion et, en outre, au temps où elle fut for­mu­lée, on ne connais­sait presque rien de la struc­ture et du com­por­te­ment de l’a­tome. Toutefois, les plus récentes recherches sur l’a­tome, et aus­si le déve­lop­pe­ment inat­ten­du de l’as­tro­phy­sique, ont ren­du pos­sibles dans ce domaine d’é­ton­nantes décou­vertes. Le résul­tat, qui ne peut être que briè­ve­ment indi­qué ici, est qu’un sens de direc­tion est clai­re­ment assi­gné aus­si au déve­lop­pe­ment ato­mique et intraatomique.

Pour illus­trer ce fait, il suf­fi­ra de recou­rir à l’exemple déjà men­tion­né du com­por­te­ment des éner­gies solaires. La conden­sation élec­tro­nique des atomes dans la pho­to­sphère du soleil dégage à chaque seconde une gigan­tesque quan­ti­té d’éner­gie qui rayonne, sans en reve­nir, dans l’es­pace qui l’en­toure. La perte est com­pen­sée, dans l’in­té­rieur du soleil, par la for­ma­tion d’hé­lium à par­tir de l’hy­dro­gène. L’énergie ain­si libé­rée, pro­vient de la masse des noyaux d’hy­dro­gène qui, dans ce pro­ces­sus, se conver­tit pour une faible part (7 pour 1000) en éner­gie équi­valente. Le pro­ces­sus de com­pen­sa­tion se déroule donc aux dépens de l’éner­gie qui ori­gi­nai­re­ment, dans les noyaux d’hydro­gène, existe comme masse. Ainsi cette éner­gie, au cours de mil­liards d’an­nées, len­te­ment, mais irré­pa­ra­ble­ment se trans­forme en radia­tions. Une chose sem­blable se véri­fie dans tous les pro­ces­sus radio­ac­tifs soit natu­rels, soit arti­fi­ciels. Ainsi donc, au cœur même du micro­cosme, nous ren­con­trons aus­si une loi qui indique la direc­tion de l’é­vo­lu­tion et qui est ana­logue à la loi de l’en­tro­pie dans le macro­cosme. La direc­tion de l’é­vo­lu­tion spon­ta­née est déter­mi­née du fait de la dimi­nu­tion de l’éner­gie uti­li­sable dans la conden­sa­tion élec­tro­nique et dans le noyau de l’a­tome, et on ne connaît pas jus­qu’i­ci de pro­ces­sus qui pour­raient com­pen­ser ou annu­ler cette déper­di­tion grâce à la forma­tion spon­ta­née de noyaux de haute valeur énergétique.

c) L’univers et ses développements

En fixant ses regards sur l’avenir, on découvre que l’univers vieillit :

Si donc l’homme de science détache son regard de l’é­tat pré­sent de l’u­ni­vers, le tourne vers l’a­ve­nir, même le plus loin­tain, il se voit obli­gé à recon­naître, dans le macro­cosme comme dans le micro­cosme, le vieillis­se­ment du monde. Ainsi, même les quan­ti­tés de noyaux ato­miques appa­rem­ment inépui­sables perdent, au cours de mil­liards d’an­nées, de l’éner­gie uti­li­sable et, pour par­ler en images, la matière s’a­che­mine vers l’é­tat d’un vol­can éteint et sco­ri­forme. Et l’on ne peut s’empêcher de pen­ser que si le cos­mos, aujourd’­hui tout pal­pi­tant de rythmes et de vie, ne suf­fit pas comme on l’a vu, à rendre rai­son de lui-​même, encore sera-​ce d’au­tant moins pos­sible au cos­mos sur lequel aura, peut-​on dire, pas­sé l’aile de la mort.

Par contre, le passé montre aux origines le développement d’énergies aujourd’hui amoindries :

Qu’on tourne main­te­nant le regard vers le pas­sé. A mesure qu’on recule, la matière se pré­sente tou­jours plus riche d’éner­gie libre et théâtre de plus grands bou­le­ver­se­ments cos­miques. Ainsi tout semble indi­quer que l’u­ni­vers maté­riel a pris, en des temps finis, un puis­sant élan ini­tial, char­gé comme il l’é­tait d’une incroyable sur­abon­dance de réserves éner­gé­tiques en ver­tu des­quelles, rapi­de­ment d’a­bord, puis avec une len­teur crois­sante, il a évo­lué vers l’é­tat actuel.

Aussi deux ques­tions se présentent-​elles spon­ta­né­ment à l’es­prit : La science est-​elle en mesure de dire quand ce puis­sant com­men­ce­ment du cos­mos a eu lieu ? Et quel était l’é­tat ini­tial pri­mi­tif de l’univers ?

Les plus excel­lents experts de la phy­sique de l’a­tome, en col­la­bo­ra­tion avec les astro­nomes et les astro­phy­si­ciens, se sont effor­cés de faire la lumière sur ces deux dif­fi­ciles mais fort inté­res­sants problèmes.

d) Le commencement dans le temps

On s’attache maintenant à éclaircir le mystère de l’origine de l’univers :

Tout d’a­bord, dans sa recherche, pour citer quelques chiffres, sans autre pré­ten­tion que d’ex­pri­mer un ordre de gran­deur dans l’é­va­lua­tion de l’aube de notre uni­vers, c’est-​à-​dire de son com­mencement dans le temps, la science dis­pose de plu­sieurs voies, assez indé­pen­dantes l’une de l’autre, et pour­tant conver­gentes ; Nous les indi­quons brièvement :

On calcule la durée des mouvements de nébuleuses :

L’examen de nom­breuses nébu­leuses spi­rales, exé­cu­té en par­ti­cu­lier par Edwin E. Hubble à l’ob­ser­va­toire du Mont- Wilson, ame­na à ce résul­tat signi­fi­ca­tif — quoique tem­pé­ré de réserves — que ces loin­tains sys­tèmes de galaxies tendent à s’é­loi­gner l’un de l’autre à une vitesse telle que l’in­ter­valle entre deux de ces nébu­leuses spi­rales double en 1.300 mil­lions d’an­nées envi­ron. Si l’on par­court d’un regard rétros­pec­tif le temps de ce pro­ces­sus de « l’Expanding Universe », on doit conclure qu’il y a, de 1 à 10 mil­liards d’an­nées, la matière de toutes les nébu­leuses spi­rales se trou­vait com­pri­mée dans un espace rela­ti­ve­ment res­treint quand com­men­cèrent les pro­ces­sus cosmiques.

On calcule l’âge de la croûte terrestre :

Pour cal­cu­ler l’âge des sub­stances ori­gi­naires radio­ac­tives, des don­nées très approxi­ma­tives sont four­nies par la transmu­tation de l’i­so­tope de l’u­ra­nium 238 en un iso­tope du plomb (RaG), de l’u­ra­nium 235 en acti­nium D (AcD) et de l’i­so­tope du tho­rium 232 en tho­rium D (Th D). La masse d’he­lium qui se forme ain­si peut ser­vir de contrôle. Par cette voie on arri­verait à la conclu­sion que l’âge moyen des miné­raux les plus anciens est au maxi­mum de cinq mil­liards d’années.

On calcule l’âge des météorites :

La méthode pré­cé­dente appli­quée aux météo­rites pour cal­culer leur âge, a don­né envi­ron le même chiffre de cinq mil­liards d’an­nées : résul­tat qui acquiert une impor­tance par­ti­cu­lière du fait qu’est com­mu­né­ment admise par tous aujourd’­hui l’o­ri­gine inter­stel­laire des météorites.

On détermine la stabilité des systèmes stellaires :

Les oscil­la­tions de la gra­vi­ta­tion à l’in­té­rieur de ces sys­tèmes restreignent à nou­veau leur sta­bi­li­té — à l’ins­tar du frot­te­ment des marées — dans les limites de cinq à dix mil­liards d’années.

Ces données peuvent parfaitement se concilier avec les textes de la Genèse :

Si ces chiffres peuvent pro­vo­quer l’é­ton­ne­ment, ils n’appor­tent pas tou­te­fois, même au plus simple des croyants, un concept nou­veau et dif­fé­rent de celui que lui ont appris les pre­miers mots de la Genèse In prin­ci­pio, à savoir le concept de com­men­ce­ment des choses dans le temps. Ils donnent à ces mots une expres­sion concrète et presque mathé­ma­tique : en même temps il en jaillit un nou­veau récon­fort pour ceux qui par­tagent l’es­time de l’Apôtre à l’é­gard de cette Ecriture divi­nement ins­pi­rée, qui est tou­jours utile « pour ensei­gner, pour reprendre, pour redres­ser, pour édu­quer » [7].

e) L’état et la qualité de la matière originaire

De quoi était faite la matière originaire ?

C’est avec la même appli­ca­tion et une égale liber­té d’en­quête et de véri­fi­ca­tion qu’a­près la ques­tion de l’âge du cos­mos, les savants ont affron­té, dans leur auda­cieux génie, l’autre ques­tion signa­lée plus haut et cer­tai­ne­ment plus ardue, celle qui concerne l’é­tat et la qua­li­té de la matière primitive.

Selon les théo­ries que l’on prend pour bases, les cal­culs ne dif­fèrent pas peu les uns des autres. Toutefois, les hommes de science s’ac­cordent à rete­nir que, outre la masse, la den­si­té, la pres­sion et la tem­pé­ra­ture doivent aus­si avoir atteint des pro­portions abso­lu­ment énormes, comme on peut le voir dans le récent tra­vail de A. Unsoeld, direc­teur de l’Observatoire de Kiel [8]. C’est seule­ment dans ces condi­tions qu’on peut com­prendre la for­ma­tion des noyaux lourds et leur fré­quence rela­tive dans le sys­tème pério­dique des éléments.

D’autre part, l’es­prit avide de véri­té insiste avec rai­son pour deman­der com­ment la matière a jamais pu arri­ver à un sem­blable état, si incon­ce­vable pour notre com­mune expé­rience d’aujour­d’hui, et pour recher­cher ce qui l’a pré­cé­dée. En vain atten­drait-​on une réponse des sciences de la nature qui déclarent, au contraire, se trou­ver devant une énigme insoluble.

Il est bien vrai que ce serait trop exi­ger de la science comme telle ; mais il est éga­le­ment cer­tain que l’es­prit humain ver­sé dans la médi­ta­tion phi­lo­so­phique pénètre plus profondé­ment dans le problème.

Les recherches scientifiques rejoignent ici encore les données de la Révélation :

On ne peut nier qu’un esprit éclai­ré et enri­chi par les connais­sances scien­ti­fiques modernes, et qui envi­sage avec séré­ni­té ce pro­blème est conduit à bri­ser le cercle d’une matière tota­le­ment indé­pen­dante et auto­nome — parce que ou incréée ou s’é­tant créée elle-​même — et à remon­ter jus­qu’à un Esprit créa­teur. Avec le même regard lim­pide et cri­tique dont il exa­mine et juge les faits, il y entre­voit et recon­naît l’œuvre de la Toute-​Puissance créa­trice, dont la ver­tu, sus­ci­tée par le puis­sant Fiat pro­non­cé il y a des mil­liards d’an­nées par l’Esprit créa­teur, s’est déployée dans l’u­ni­vers, appe­lant à l’exis­tence, dans un geste de géné­reux amour la matière débor­dante d’éner­gie. Il semble en véri­té, que la science d’au­jourd’­hui, remon­tant d’un trait des mil­lions de siècles, ait réus­si à se faire le témoin de ce Fiat lux ini­tial, de cet ins­tant où sur­git du néant, avec la matière, un océan de lumière et de radia­tions, tan­dis que les par­ti­cules des élé­ments chi­miques se sépa­raient et s’as­sem­blaient en mil­lions de galaxies.

Toutefois jusqu’à présent la science ne donne pas, sur le problème de l’origine de l’univers autant de clarté que les textes scripturaires :

Il est certes vrai que les faits jus­qu’i­ci consta­tés ne consti­tuent pas un élé­ment de preuve abso­lue en faveur de la créa­tion dans le temps, comme c’est le cas contraire des argu­ments tirés de la méta­phy­sique et de la Révélation, pour tout ce qui concerne la simple créa­tion, et de la Révélation seule, s’il s’a­git de la créa­tion dans le temps.

Les faits rela­tifs aux sciences de la nature, aux­quels Nous Nous sommes réfé­ré, attendent encore de plus grandes recherches et confir­ma­tion et les théo­ries fon­dées sur eux ont besoin de nou­veaux déve­lop­pe­ments et de nou­velles preuves pour offrir une base sûre à une argu­men­ta­tion qui est, comme telle, hors des sphères propres des sciences de la nature.

Pie XII souligne l’évolution de la pensée des savants en ce qui concerne l’origine du monde :

Toutefois, il est remar­quable que des savants modernes, ver­sés dans l’é­tude de ces sciences, estiment l’i­dée de la créa­tion de l’u­ni­vers par­fai­te­ment conci­liable avec leurs concep­tions scien­ti­fiques et qu’ils y soient même plu­tôt conduits spontané­ment par leurs recherches, alors qu’il y a encore quelques dizaines d’an­nées une telle « hypo­thèse » était repous­sée comme abso­lu­ment incon­ci­liable avec l’é­tat pré­sent de la science. En 1911, le célèbre phy­si­cien Svante Arrehnius décla­rait encore que « l’o­pi­nion que quelque chose puisse naître de rien est en contra­dic­tion avec l’é­tat pré­sent de la science, selon laquelle la matière est immuable [9] ». De même, elle est de Plate cette affir­ma­tion : « La matière existe. Rien ne naît de rien ; en consé­quence la matière est éter­nelle. Nous ne pou­vons admettre la créa­tion de la matière. » [10]

Combien dif­fé­rent et plus fidèle reflet de visions immenses est, au contraire, le lan­gage d’un savant moderne de pre­mier ordre, sir Edmund Whittaker, Académicien pon­ti­fi­cal, quand il traite des recherches dont Nous par­lions plus haut sur l’âge du monde : « Ces dif­fé­rents cal­culs convergent vers la conclu­sion qu’il y eut une époque, il y a un ou dix mil­liards d’an­nées, avant laquelle le cos­mos, s’il exis­tait, exis­tait sous une forme tota­le­ment dif­fé­rente de tout ce qui nous est connu, aus­si cette époque représente-​t-​elle l’ul­time limite de la science. Nous pou­vons, peut-​être, sans impro­prié­té, nous réfé­rer à elle comme à la créa­tion. Elle four­nit un arrière-​plan en har­mo­nie avec la vision du monde sug­gé­rée par l’é­vi­dence géo­lo­gique, selon laquelle tout orga­nisme exis­tant sur la terre a eu un commence­ment dans le temps. Si ce résul­tat devait être confir­mé par des recherches ulté­rieures, il pour­rait bien se faire qu’il soit consi­dé­ré comme la plus impor­tante décou­verte de notre époque, puis­qu’il repré­sente un chan­ge­ment fon­da­men­tal dans la con­ception scien­ti­fique de l’u­ni­vers, sem­blable à celui qui résul­ta, il y a quatre siècles, de l’œuvre de Copernic. » [11]

Le Pape conclut qu’aujourd’hui on peut donner de nouveaux argu­ments qui renforcent les preuves traditionnelles de l’existence de Dieu :

Quelle est donc l’im­por­tance de la science moderne vis-​à-​vis de la preuve de l’exis­tence de Dieu tirée de la muta­bi­li­té du cos­mos ? Grâce à des inves­ti­ga­tions pré­cises et détaillées dans le macro­cosme et le micro­cosme, elle a élar­gi et appro­fon­di con­sidérablement les bases d’ex­pé­rience sur les­quelles se fonde l’ar­gu­ment et d’où l’on conclut à l’exis­tence d’un « Ens a se », immuable par nature. En outre elle a sui­vi le cours et la direc­tion des déve­lop­pe­ments cos­miques, et comme elle en a entre­vu le terme fatal, de même a‑t-​elle indi­qué que leur com­men­ce­ment se situe il y a quelque cinq mil­liards d’an­nées : elle confir­mait ain­si, avec le carac­tère concret propre aux preuves phy­siques, la contin­gence de l’u­ni­vers et la déduc­tion fon­dée que vers cette époque le cos­mos est sor­ti des mains du Créateur.

Ainsi, créa­tion dans le temps : et pour cela un Créateur : et par consé­quent Dieu ! Le voi­ci donc – encore qu’im­pli­cite et impar­fait – le mot que Nous deman­dions à la science et que la pré­sente géné­ra­tion humaine attend d’elle. C’est le mot qui sur­git de la consi­dé­ra­tion mûre et sereine d’un seul aspect de l’u­ni­vers, à savoir de sa muta­bi­li­té ; mais il suf­fit déjà pour que l’hu­ma­ni­té entière, som­met et expres­sion ration­nelle du macro­cosme et du micro­cosme, pre­nant conscience de son sublime auteur, se sente sa chose, dans l’es­pace et dans le temps, et tom­bant à genoux devant sa sou­ve­raine Majesté, com­mence à en invo­quer le nom : « Dieu, force et sou­tien du monde – Toujours immuable en vous-​même – Qui, par la marche du soleil — Réglez la suc­ces­sion des temps. » [12]

La connais­sance de Dieu, unique Créateur, com­mune à beau­coup de savants modernes est cer­tai­ne­ment l’ex­trême limite à laquelle peut arri­ver la rai­son natu­relle ; mais elle ne consti­tue pas – comme vous le savez bien – l’ul­time fron­tière de la véri­té. De ce même Créateur, que la science ren­contre sur son che­min, la phi­lo­so­phie et plus encore la Révélation – col­la­bo­rant har­mo­nieu­se­ment parce que toutes trois ins­tru­ments de véri­té et rayons d’un même soleil – contemplent la sub­stance, dévoilent les contours, décrivent les traits. Par-​dessus tout, la Révélation en rend la pré­sence comme immé­diate, vivi­fiante, pleine d’a­mour : c’est celle que le simple croyant et le savant expéri­mentent dans l’in­time de leur cœur, quand ils répètent avec assu­rance les concises paroles de l’an­tique Symbole des Apôtres : « Je crois en Dieu le Père Tout-​Puissant, Créateur du ciel et de la terre ! »

Aujourd’hui, après tant de siècles de civi­li­sa­tion – parce que siècles de reli­gion – il ne s’a­git plus de décou­vrir Dieu pour la pre­mière fois : il importe bien plu­tôt de Le connaître comme Père, de le révé­rer comme Législateur, de le craindre comme Juge ; il est urgent pour le salut des nations, qu’elles en adorent le Fils plein d’a­mour, Rédempteur des hommes, et qu’elles se plient aux suaves impul­sions de l’Esprit, fécond Sanctificateur des âmes.

Cette per­sua­sion, à laquelle la science four­nit ses pre­miers élé­ments est cou­ron­née par la foi : celle-​ci pour­ra, en véri­té, si elle est tou­jours plus enra­ci­née dans la conscience des peuples, appor­ter un fac­teur fon­da­men­tal de pro­grès au dérou­le­ment de la civilisation.

C’est une vision du tout – du pré­sent comme de l’a­ve­nir, de la matière comme de l’es­prit, du temps comme de l’é­ter­ni­té – qui, illu­mi­nant les esprits, épar­gne­ra aux hommes d’aujour­d’hui une longue nuit de tempête.

Cette foi, elle Nous fait en ce moment éle­ver vers Celui que Nous venons d’ap­pe­ler Force immuable et Père, cette fer­vente sup­pli­ca­tion pour tous ses fils, confiés à Notre garde : « Dis­pensez-​nous la lumière le soir, afin que notre vie ne s’é­teigne jamais [13] ; lumière pour la vie du temps, lumière pour la vie éternelle.

Source : Traduction de la Documentation Catholique, selon le texte ita­lien des A. A. S., XXXXIV, 25 jan­vier 1952, p. 31.

Notes de bas de page

  1. Saint Thomas, Ire p., q. 2, art. 3.[]
  2. Paradis, XXXIII, 85–87.[]
  3. Cf. Sagesse, XIII, 1–2.[]
  4. Paradis, I, 1.[]
  5. Ex., III, 14.[]
  6. Jac., I, 17.[]
  7. II. Tim., III, 16. []
  8. Kernphysik und Kosmologie, dans Zeitschrift für Astrophysik, 24, B, 1948, pp. 278–305. []
  9. Die Vorstellung vom Weltgebäude im Wandel der Zeiten, 1911, p. 362.[]
  10. Ultramontane Weltanschauung und moderne Lebenskunde, 1907, p. 55.[]
  11. Space and Spirit, 1946, pp. 118–119.[]
  12. Brev. Rom., Hymne de None.[]
  13. Ibid.[]
fraternité sainte pie X
24 décembre 1955
Questions sociales et nécessaire intégration et stabilité de toute vie dans le Christ
  • Pie XII