Pie IX

255ᵉ pape ; de 1846 à 1878

10 août 1863

Lettre encyclique Quanto conficiamur

Contre l'indifférentisme. La religion catholique, seule vraie religion menant au salut éternel.

Pie IX com­mence par abor­der l’hos­ti­li­té à l’Église dans le monde et par­ti­cu­liè­re­ment en Italie avec le gou­ver­ne­ment pié­mon­tais. Il condamne les erreurs des temps modernes et leur dif­fu­sion chez cer­tains catho­liques. Il sou­ligne que la cha­ri­té doit être don­née à ceux qui ne font pas par­tie de l’Église et réprouve l’er­reur de l’é­goïsme et du maté­ria­lisme. Le Pape pro­cède à une condam­na­tion éner­gique des ecclé­sias­tiques et de « cer­taines socié­tés condam­nables » du cler­gé qui, avec l’ap­pro­ba­tion du gou­ver­ne­ment du Piémont et du Parlement, mépri­saient ouver­te­ment le Saint-​Siège et répan­daient de fausses doctrines.

L’encyclique aborde notam­ment le sujet du salut hors de l’Église. Commençant par répri­man­der la croyance que le salut éter­nel pour­rait être atteint même en « vivant dans l’er­reur et alié­né de la vraie foi et de l’u­ni­té catho­lique », le Pape recon­naît qu’il existe « ceux qui luttent avec une igno­rance invin­cible au sujet de notre très sainte reli­gion. Observant sin­cè­re­ment la loi natu­relle et ses pré­ceptes ins­crits par Dieu dans tous les cœurs et prêts à obéir à Dieu, ils mènent une vie hon­nête et peuvent atteindre la vie éter­nelle par la ver­tu effi­cace de la lumière et de la grâce divines. » Le Pape réaf­firme alors avec force l’en­sei­gne­ment de l’extra Ecclesiam nul­la salus et affirme que ceux qui s’op­posent à l’en­sei­gne­ment de l’Église ou en sont « obs­ti­né­ment sépa­rés » ne peuvent obte­nir le salut éter­nel. L’encyclique fait l’é­loge du cler­gé, des vierges consa­crées et du peuple ita­lien qui sont res­tés fidèles et se ter­mine sur une note d’espoir.

A nos Fils bien-​aimés les Cardinaux, à nos véné­rables Frères les Archevêques et Évêques d’Italie.

PIE IX, PAPE

Fils ché­ris et véné­rables frères,
Salut et béné­dic­tion apostolique.

Chacun de vous, Fils ché­ris et véné­rables Frères, peut aisé­ment se figu­rer de quelle dou­leur nous sommes atteint par suite de la guerre sau­vage et sacri­lège faite, en ces temps dif­fi­ciles, à l’Eglise catho­lique dans presque tous les pays du monde, et spé­cia­le­ment par suite de celle qui, dans la mal­heu­reuse Italie, sous nos yeux mêmes, a été décla­rée, il y a plu­sieurs années, par le gou­ver­ne­ment pié­mon­tais, et qui devient de jour en jour plus acharnée.

Toutefois, au milieu de nos graves afflic­tions, nous éprou­vons une joie et une émo­tion pro­fonde quand nous jetons les yeux sur vous. Vous êtes dou­lou­reu­se­ment tour­men­tés par toute sorte d’injustices et de vio­lences, arra­chés à votre trou­peau, envoyés en exil, et même jetés en pri­son ; cepen­dant, armés de la force qui vient d’en-haut, vous n’avez jamais ces­sé, soit par la parole, soit par d’utiles écrits, de défendre cou­ra­geu­se­ment la cause, les droits, la doc­trine du Seigneur, de son Église et du Saint-​Siège, tout en pour­voyant au salut de votre trou­peau. Aussi nous vous féli­ci­tons cor­dia­le­ment de ce que vous êtes heu­reux de subir ces outrages pour le nom de Jésus, et nous emploie­rons, pour vous don­ner les louanges que vous méri­tez, les paroles de notre saint pré­dé­ces­seur Léon : « Quoique je com­pa­tisse de tout mon cœur aux afflic­tions que vous avez sup­por­tées pour la défense de la foi catho­lique ; quoique je ne consi­dère pas autre­ment ce que vous avez souf­fert, que comme si je l’avais endu­ré moi-​même, je sens tou­te­fois qu’il y a plus sujet de se réjouir que de gémir en voyant que, for­ti­fiés par Notre Seigneur JésusChrist, vous êtes res­tés invin­cibles dans la doc­trine évan­gé­lique et apos­to­lique ; et que chas­sés de vos sièges par les enne­mis de la foi chré­tienne, vous avez pré­fé­ré souf­frir les dou­leurs de l’exil plu­tôt que de vous souiller le moins du monde au contact de leur impiété. »

Et plût au Ciel que nous pus­sions aus­si vous annon­cer le terme de si grandes cala­mi­tés ! Mais la cor­rup­tion des mœurs qu’on ne sau­rait jamais assez déplo­rer et qui se pro­page conti­nuel­le­ment par­tout à l’aide d’écrits impies, infâmes, obs­cènes, et de repré­sen­ta­tions théâ­trales ; à l’aide de mai­sons de péché, éta­blies presque en tous lieux et d’autres moyens dépra­vés ; les erreurs les plus mons­trueuses et les plus hor­ribles dis­sé­mi­nées par­tout ; le crois­sant et abo­mi­nable débor­de­ment de tous les vices et de toutes les scé­lé­ra­tesses ; le poi­son mor­tel de l’incrédulité et de l’indifférentisme lar­ge­ment répan­du ; l’insouciance et le mépris pour le pou­voir ecclé­sias­tique, pour les choses et les lois sacrées ; l’injuste et violent pillage des biens ecclé­sias­tiques ; la per­sé­cu­tion féroce et conti­nuelle contre les ministres des autels, contre les élèves des familles reli­gieuses et les vierges consa­crées à Dieu ; la haine vrai­ment sata­nique contre le Christ, son Eglise, sa doc­trine, et contre ce Saint-​Siège apos­to­lique ; enfin, tous ces autres excès presque innom­brables com­mis par les enne­mis achar­nés de la reli­gion catho­lique, et sur les­quels nous sommes for­cé de pleu­rer chaque jour, semblent pro­lon­ger et ajour­ner le moment dési­ré où il nous sera don­né de voir le plein triomphe de notre sainte reli­gion, de la véri­té et de la jus­tice. Ce triomphe, cepen­dant, ne pour­ra man­quer, quoiqu’il ne nous soit pas accor­dé de connaître le temps que lui a fixé le Seigneur tout-​puissant, lui qui règle et gou­verne toutes choses avec son admi­rable pro­vi­dence, et les tourne à notre avan­tage. Quoique le Père céleste per­mette que sa sainte Eglise mili­tante soit tour­men­tée, dans ce pèle­ri­nage misé­rable et mor­tel, par diverses cala­mi­tés, par des afflic­tions diverses ; néan­moins, comme elle est fon­dée par Notre-​Seigneur Jésus-​Christ sur une pierre immo­bile, invul­né­rable, non seule­ment elle ne peut jamais être ren­ver­sée ni ébran­lée par aucune force, par aucune vio­lence, mais encore, « loin de dimi­nuer, elle s’accroît par le fait même de ces per­sé­cu­tions, et le champ du Seigneur se revêt tou­jours d’une mois­son plus abon­dante, tan­dis que les grains qui tombent un à un renaissent multipliés. »

C’est là, Fils ché­ris et véné­rables Frères, ce que nous voyons aus­si se pro­duire dans ces temps déplo­rables, par un bien­fait spé­cial du Seigneur. Il est vrai, l’Épouse imma­cu­lée du Seigneur est à cette heure vive­ment affli­gée par les impies ; cepen­dant elle triomphe de ses enne­mis. Oui elle en triomphe et sur elle jettent un mer­veilleux éclat, soit la foi, l’amour, le res­pect envers nous, envers la Chaire de saint Pierre, et l’admirable constance à défendre l’unité catho­lique, qui vous dis­tinguent par­ti­cu­liè­re­ment, vous et nos autres véné­rables Frères, les évêques de tout le monde catho­lique ; soit le nombre si grand des œuvres pieuses de reli­gion et de cha­ri­té chré­tienne qui, grâce à Dieu, vont chaque jour se mul­ti­pliant davan­tage dans l’univers ; soit la sainte lumière de la foi, qui chaque jour brille d’un nou­vel éclat dans des contrées si nom­breuses ; soit l’amour et le zèle ardents des catho­liques envers l’Eglise, envers nous et envers ce Saint-​Siège ; soit enfin la gloire insigne et immor­telle du mar­tyre. Vous savez, en effet, que, spé­cia­le­ment dans le Tonkin et dans la Cochinchine, les évêques, les prêtres, les laïques et même les faibles femmes, les ado­les­cents et les petites filles, imitent les exemples des anciens mar­tyrs, bravent avec un cou­rage invin­cible, avec une héroïque ver­tu les tour­ments les plus atroces, heu­reux de pou­voir don­ner dans l’exil leur vie pour le Christ. Toutes ces choses doivent être pour nous comme pour vous d’une grande conso­la­tion, au milieu des afflic­tions cruelles qui nous accablent.

Mais, les fonc­tions de notre minis­tère apos­to­lique exigent abso­lu­ment que nous défen­dions avec toute la sol­li­ci­tude et tous les efforts pos­sibles la. cause de l’Eglise qui nous a été confiée par Notre-​Seigneur Jésus-​Christ lui-​même, et que nous réprou­vions tous ceux qui ne craignent pas de com­battre et de fou­ler aux pieds cette Eglise, ses droits sacrés, ses ministres et ce Siège Apostolique. Aussi, nous confir­mons, par cette lettre, nous décla­rons et nous condam­nons de nou­veau, en géné­ral et en par­ti­cu­lier, tout ce que dans plu­sieurs de nos allo­cu­tions consis­to­riales et dans d’autres lettres, nous avons été obli­gé, au grand regret de notre âme, de déplo­rer, de signa­ler, de condamner.

Et ici, Fils ché­ris et véné­rables Frères, nous devons rap­pe­ler de nou­veau et blâ­mer l’erreur consi­dé­rable où sont mal­heu­reu­se­ment tom­bés quelques catho­liques. Ils croient en effet qu’on peut par­ve­nir à l’éternelle vie en vivant dans l’erreur, dans l’éloignement de la vraie foi et de l’unité catho­lique. Cela est péremp­toi­re­ment contraire à la doc­trine catho­lique. Nous le savons et vous le savez, ceux qui ignorent invin­ci­ble­ment notre reli­gion sainte, qui observent avec soin la loi natu­relle et ses pré­ceptes, gra­vés par Dieu dans le cœur de tous, qui sont dis­po­sés à obéir au Seigneur, et qui mènent une vie hono­rable et juste, peuvent avec l’aide de la lumière et de la grâce divine, acqué­rir la vie éter­nelle ; car Dieu voit par­fai­te­ment, il scrute, il connaît les esprits, les âmes, les pen­sées, les habi­tudes de tous, et dans sa bon­té suprême, dans son infi­nie clé­mence, il ne per­met point qu’on souffre les châ­ti­ments éter­nels sans être cou­pable de quelque faute volon­taire. Mais nous connais­sons par­fai­te­ment aus­si ce dogme catho­lique : qu’en dehors de l’Eglise on ne peut se sau­ver, qu’il est impos­sible d’obtenir le salut éter­nel en se mon­trant rebelle à l’autorité et aux déci­sions de cette Eglise, en demeu­rant opi­niâ­tre­ment sépa­ré de son uni­té et de la com­mu­nion du Pontife romain, suc­ces­seur de Pierre, à qui a été confiée par le Sauveur la garde de la vigne.

Car les paroles du Christ Notre-​Seigneur sont par­fai­te­ment claires : « S’il n’écoute pas l’Eglise, regarde-​le comme un païen et comme un publi­cain. – Qui vous écoute m’écoute, qui vous méprise me méprise, et qui me méprise méprise Celui qui m’a envoyé. – Celui qui ne croi­ra pas sera condam­né. – Celui qui ne croit pas est déjà jugé. – Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’amasse pas avec moi dis­sipe. » Aussi l’apôtre Paul dit que ces hommes sont « cor­rom­pus et condam­nés par leur propre juge­ment ; et le Prince des Apôtres assure qu’ils sont des « maîtres men­teurs, qu’ils intro­duisent des sectes de per­di­tion, qu’ils renient le Seigneur, et attirent sur eux une prompte ruine ».

A Dieu ne plaise cepen­dant que les fils de l’Eglise catho­lique soient jamais les enne­mis de ceux qui ne nous sont pas unis par les mêmes liens de foi et de cha­ri­té ; ils doivent au contraire s’empresser de leur rendre tous les ser­vices de la cha­ri­té chré­tienne, dans leur pau­vre­té, dans leurs mala­dies, dans toutes les autres dis­grâces dont ils sont affli­gés ; de les aider tou­jours, de tra­vailler prin­ci­pa­le­ment à les tirer des ténèbres des erreurs où ils sont plon­gés misé­ra­ble­ment, à les rame­ner à l’Eglise, cette mère pleine d’amour, qui ne cesse jamais de leur tendre affec­tueu­se­ment ses mains mater­nelles, de leur ouvrir les bras pour les éta­blir et les affer­mir dans la foi, l’espérance et la cha­ri­té, pour les faire fruc­ti­fier en toutes sortes de bonnes œuvres et leur faire obte­nir le salut éternel.

Maintenant, Fils ché­ris et véné­rables Frères, nous ne pou­vons pas­ser sous silence une autre erreur, un autre mal des plus funestes qui séduit misé­ra­ble­ment, dans ces temps mal­heu­reux, qui trouble les esprits et les cœurs. Nous vou­lons par­ler de cet amour-​propre, de cette ardeur effré­née et nui­sible qui porte un trop grand nombre d’hommes à n’avoir en vue, à ne cher­cher que leurs inté­rêts et leurs avan­tages, sans avoir le moindre égard pour leur pro­chain ; nous vou­lons par­ler de ce désir insa­tiable de domi­ner et d’acquérir, qui les pousse à amas­ser avi­de­ment et par tous les moyens, au mépris même de toutes les règles de l’honnêteté et de la jus­tice, et à entas­ser sans relâche des tré­sors. Uniquement pré­oc­cu­pés des choses de la terre, oublieux de Dieu, de la reli­gion et de leur âme, ils mettent misé­ra­ble­ment tout leur bon­heur à acqué­rir de l’or et des richesses. Que ces hommes se rap­pellent et méditent sérieu­se­ment ces graves paroles du Christ, notre Seigneur : « Que sert à l’homme de gagner le monde, s’il perd son âme ? » Qu’ils réflé­chissent atten­ti­ve­ment à ce qu’enseigne l’apôtre Paul : « Ceux qui veulent s’enrichir, dit-​il, tombent dans la ten­ta­tion et dans les filets du diable, dans beau­coup de dési­rs inutiles et nui­sibles qui plongent les hommes dans la ruine et dans la per­di­tion ; car la cupi­di­té est la racine de tous les maux ; aus­si quelques-​uns en y cédant ont dévié de la foi et se sont enga­gés dans mille douleurs. »

Les hommes doivent assu­ré­ment, cha­cun selon sa condi­tion propre et spé­ciale, tra­vailler à se pro­cu­rer les choses néces­saires à la vie, soit en culti­vant les lettres et les sciences, soit en exer­çant les arts libé­raux ou pro­fes­sion­nels, soit en rem­plis­sant des fonc­tions pri­vées ou publiques, soit en se livrant au com­merce ; mais il faut abso­lu­ment qu’ils fassent tout avec hon­nê­te­té, avec jus­tice, avec pro­bi­té, avec cha­ri­té ; qu’ils aient tou­jours Dieu devant les yeux, et qu’ils observent avec le plus grand soin ses com­man­de­ments et ses préceptes.

Mais nous ne pou­vons le dis­si­mu­ler, nous éprou­vons une amère dou­leur de voir en Italie plu­sieurs membres de l’un et de l’autre cler­gé tel­le­ment oublieux de leur sainte voca­tion, qu’ils ne rou­gissent pas de répandre, même dans des écrits désas­treux, de fausses doc­trines, d’exciter les esprits des peuples contre nous et contre ce Siège Apostolique, d’attaquer notre pou­voir tem­po­rel et celui du Saint-​Siège, d’en favo­ri­ser impu­dem­ment, avec ardeur et toute espèce de moyens, les déloyaux enne­mis, les­quels sont aus­si les enne­mis de l’Eglise catho­lique. Ces ecclé­sias­tiques se détachent des évêques, de nous, de ce Saint-​Siège, et forts de la pro­tec­tion et du secours du gou­ver­ne­ment pié­mon­tais et de ses admi­nis­tra­teurs, poussent la témé­ri­té jusqu’à oser éta­blir, au mépris abso­lu des peines et des cen­sures ecclé­sias­tiques, des socié­tés tout à fait condam­nables sous les noms de « clérico-​libérales, de secours mutuel, d’émancipatrice du cler­gé ita­lien » et d’autres encore, ani­mées du même esprit per­vers ; et, quoique les évêques leur aient jus­te­ment inter­dit d’exercer leur minis­tère sacré, ils ne tremblent pas, intrus qu’ils sont, d’en rem­plir cri­mi­nel­le­ment les fonc­tions dans plu­sieurs églises. C’est pour­quoi nous réprou­vons et nous condam­nons et ces détes­tables socié­tés et la conduite cou­pable de ces ecclé­sias­tiques. Nous aver­tis­sons en même temps, nous exhor­tons de plus en plus ces mal­heu­reux de faire péni­tence, de ren­trer en eux-​mêmes, de veiller à leur salut, de réflé­chir sérieu­se­ment que « Dieu n’éprouve pas de plus grands déplai­sirs qu’en voyant des prêtres, char­gés de cor­ri­ger les autres, don­ner eux-​mêmes le mau­vais exemple » ; enfin de médi­ter atten­ti­ve­ment sur le compte rigou­reux qu’ils devront rendre un jour au tri­bu­nal du Christ. Plaise à Dieu, qu’accueillant nos aver­tis­se­ments pater­nels, ces infor­tu­nés ecclé­sias­tiques veuillent bien nous don­ner la conso­la­tion que nous rece­vons des membres des deux cler­gés, lorsque, mal­heu­reu­se­ment trom­pés et induits en erreur, ils reviennent à nous chaque jour pleins de repen­tir, implo­rant ardem­ment et d’une voix sup­pliante le par­don de leur éga­re­ment et l’absolution des cen­sures ecclésiastiques.

Vous le savez par­fai­te­ment, Fils ché­ris et véné­rables Frères, tous les genres d’écrits impies sont sor­tis des ténèbres, rem­plis d’hypocrisies, de men­songes, de calom­nies, de blas­phèmes ; des écoles sont confiées à des maîtres non catho­liques ; des temples sont des­ti­nés aux cultes étran­gers. Vous savez le grand nombre des autres arti­fices vrai­ment sata­niques, les ruses et les efforts qu’emploient ces enne­mis de Dieu et des hommes, dans la mal­heu­reuse Italie, pour y ren­ver­ser de fond en comble l’Eglise catho­lique, si jamais ils le pou­vaient, pour dépra­ver, pour cor­rompre chaque jour davan­tage les peuples, et spé­cia­le­ment la jeu­nesse, pour arra­cher de tous les cœurs notre foi et notre reli­gion sainte.

Aussi, nous n’en dou­tons pas, Fils ché­ris et véné­rables Frères, for­ti­fiés par la grâce de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, et sous la noble ins­pi­ra­tion de votre zèle épis­co­pal, vous conti­nue­rez, comme vous l’avez fait jusqu’ici, à la gloire de votre nom, de vous oppo­ser constam­ment, d’un com­mun accord et avec un redou­ble­ment d’ardeur, comme un mur autour de la mai­son d’lsraël, de com­battre le bon com­bat de la foi, de pré­ser­ver des embûches des enne­mis les fidèles confiés à votre sur­veillance, de les aver­tir, de les exhor­ter sans relâche à conser­ver avec constance cette sainte foi sans laquelle il est impos­sible de plaire à Dieu, que l’Eglise catho­lique a reçue de Jésus-​Christ par l’intermédiaire des Apôtres et qu’elle conti­nue d’enseigner, à res­ter fermes et inébran­lables dans notre divine reli­gion, la seule vraie, la seule qui pré­pare le salut éter­nel, celle enfin qui assure à un si haut point la paix et le bon­heur de la socié­té temporelle.

Ne ces­sez donc, sur­tout par le minis­tère des curés et des autres ecclé­sias­tiques que recom­mandent l’intégrité de leur vie, la gra­vi­té de leurs mœurs, une doc­trine saine et solide, de prê­cher, de caté­chi­ser les peuples com­mis à votre sol­li­ci­tude, de leur ensei­gner conti­nuel­le­ment et avec soin lies mys­tères, la doc­trine, les pré­ceptes et la dis­ci­pline de notre auguste reli­gion. Car vous le savez très bien : une grande par­tie des maux vient ordi­nai­re­ment de l’ignorance des véri­tés divines néces­saires au salut, et, par consé­quent, vous com­pre­nez par­fai­te­ment qu’on ne doit négli­ger ni soins, ni efforts pour éloi­gner des peuples un tel malheur.

Avant de ter­mi­ner cette lettre, nous ne pou­vons nous abs­te­nir de don­ner des éloges méri­tés au cler­gé d’Italie ; car, pour l’immense majo­ri­té, il demeure atta­ché à cette chaire de Pierre, à nous, à ses pré­lats ; jamais il n’a aban­don­né le droit che­min, mais, sui­vant les illustres exemples de ses évêques, et souf­frant toutes sortes d’épreuves avec la plus grande patience, il rem­plit admi­ra­ble­ment son devoir. Nous espé­rons cer­tai­ne­ment qu’avec l’aide du secours divin, ce même cler­gé cor­res­pon­dra digne­ment à la grâce de sa voca­tion, et s’appliquera à don­ner des preuves de plus en plus écla­tantes de sa pié­té et de sa vertu.

Eloges éga­le­ment méri­tés à tant de vierges. consa­crées à Dieu : arra­chées vio­lem­ment de leurs monas­tères, dépouillées de leurs reve­nus et réduites à la men­di­ci­té, elles n’ont pas pour cela renié la foi qu’elles avaient jurée à l’Epoux ; mais sup­por­tant avec toute la constance pos­sible leur condi­tion déplo­rable, elles ne cessent ni la nuit ni le jour de lever au ciel leurs mains sup­pliantes, de prier Dieu pour le salut de tous, de leurs per­sé­cu­teurs mêmes, et d’attendre patiem­ment la misé­ri­corde du Seigneur.

Nous sommes heu­reux de don­ner aus­si les louanges qu’ils méritent aux peuples d’Italie : admi­ra­ble­ment ani­més de sen­ti­ments catho­liques, ils détestent tant d’impie manœuvres diri­gées contre l’Eglise, ils se font une gloire suprême de payer un tri­but de pié­té filiale, de res­pect et d’obéissance à ce Saint-​Siège, à nous et à leurs évêques ; bien qu’empêchés par des dif­fi­cul­tés et des périls très sérieux, ils ne laissent pas néan­moins de mani­fes­ter jour­nel­le­ment, de toutes les manières, l’amour et le dévoue­ment incom­pa­rables qu’ils ont pour nous, d’alléger, soit par les dons recueillis de toutes parts, soit par d’autres offrandes, le poids acca­blant de gêne où nous nous trou­vons et où se trouve le Siège Apostolique.

Au milieu de tant d’amertumes, au sein de la tem­pête vio­lem­ment déchaî­née contre l’Eglise, ne per­dons jamais cou­rage, Fils ché­ris et véné­rables Frères. Le Christ n’est-il pas notre conseil et notre force ? Sans lui nous ne pou­vons rien, mais par lui nous pou­vons tout ; car en affer­mis­sant les pré­di­ca­teurs de l’Evangile et les ministres des sacre­ments : « Voici, dit-​il, que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consom­ma­tion des siècles. » Ne savons-​nous pas posi­ti­ve­ment aus­si que les portes de l’enfer ne pré­vau­dront jamais contre l’Eglise ? Elle a tou­jours été, tou­jours elle sera immuable sous la garde et sous la pro­tec­tion de Jésus-​Christ Notre Seigneur qui l’a édi­fiée, qui était « hier, qui est aujourd’hui et qui sera aus­si dans les siècles. »

Ne ces­sons pas, cepen­dant, Fils ché­ris et véné­rables Frères, d’offrir jour et nuit, avec un zèle tou­jours plus ardent et dans l’humilité de notre cœur, des sup­pli­ca­tions et des prières : deman­dons à Dieu, par l’entremise de Jésus-​Christ, de dis­si­per cet affreux oura­gan, de faire que sa sainte Eglise res­pire après tant de cala­mi­tés, qu’elle jouisse dans tout l’univers de la paix et de la liber­té, objet de tous nos vœux, qu’elle rem­porte sur ses enne­mis de nou­veaux et d’éclatants triomphes ; deman­dons que ceux qui sont éga­rés, soient tous éclai­rés par la divine lumière de la grâce, reviennent de l’erreur au che­min de la véri­té et de la jus­tice, qu’ils pro­duisent de dignes fruits de péni­tence, qu’ils aient éter­nel­le­ment la crainte et l’amour du saint nom de Dieu.

Et pour obte­nir que dans son immense misé­ri­corde Dieu exauce plus faci­le­ment nos ardentes prières, invo­quons le patro­nage puis­sant de l’immaculée et très sainte vierge Marie, mère de Dieu ; récla­mons aus­si les suf­frages des apôtres Pierre et Paul, et de tous les bien­heu­reux habi­tants des cieux. Ah ! que, par leurs sup­pli­ca­tions puis­santes auprès de Dieu, ils implorent pour tous la misé­ri­corde et la grâce en temps oppor­tun, qu’ils éloignent effi­ca­ce­ment toutes les cala­mi­tés, tous les périls dont l’Eglise est affli­gée par­tout, et spé­cia­le­ment en Italie.

Enfin, comme un témoi­gnage indu­bi­table de notre bien­veillance par­ti­cu­lière envers vous, nous don­nons affec­tueu­se­ment et du fond du cœur, la béné­dic­tion apos­to­lique à vous-​mêmes, Fils ché­ris et véné­rables Frères, ain­si qu’au trou­peau confié â vos soins.

Donné à Rome, près Saint-​Pierre, le 10e jour d’août de l’année 1863, la 18e de notre pontificat,

Pie IX, Pape

13 septembre 1868
Appel au retour de tous les dissidents à rentrer dans l’Église catholique, unique bercail du Christ
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