Sermon de Mgr Lefebvre – Pâques – 30 mars 1975

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis
Mes bien chers frères,

Au cours du saint Triduum qui pré­pare cette si émou­vante fête de Pâques, nous avons éprou­vé divers sen­ti­ments qui ont secoué notre âme dans cette magni­fique litur­gie que l’Église nous demande de vivre pen­dant ces trois jours.

Le Jeudi saint, c’était l’établissement de la Nouvelle Alliance, du nou­veau sacer­doce, du nou­veau Sacrifice. Les choses anciennes dis­pa­rais­saient pour faire place à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Car c’est Lui qui est l’objet de la Nouvelle Alliance. C’est bien Lui qui réa­lise le nou­veau sacer­doce et c’est bien Lui aus­si qui est la vic­time du Sacrifice. Ainsi com­men­çait le sacer­doce de Notre Seigneur Jésus-​Christ qui désor­mais se pro­lon­ge­ra jusqu’à la fin des temps.

Le Vendredi saint, nous étions émus jusqu’aux larmes par ces prières si déchi­rantes que Notre Seigneur Jésus-​Christ avait sur ses lèvres lorsque l’on entend ces impropères :

Popule meus quid feci tibi ? : « Ô mon peuple que t’ai-je donc fait ? ».

En quoi t’ai-je contris­té ? Est-​ce parce que je t’ai fait sor­tir d’Égypte que tu m’as pré­pa­ré une croix ? Est-​ce parce que je t’ai nour­ri de la manne pen­dant qua­rante ans et que je t’ai pré­pa­ré un royaume plein de richesses que tu m’as pré­pa­ré une croix ?

N’est-il pas vrai, en effet, que Notre Seigneur pou­vait dire au peuple d’Israël : « Qu’aurai-je donc dû faire que je n’aie pas fait pour toi ? »

Et voi­là que tu me renies. Et voi­là que tu me crucifies.

Et nous avons assis­té à ce che­min de Croix et puis à toutes les prières que l’Église nous demande de chan­ter. Prières qui nous rap­pellent l’abandon dont Notre Seigneur Jésus-​Christ a été l’objet, en ce jour dou­lou­reux du Vendredi saint.

C’est Judas qui le tra­hit. C’est Pierre qui le renie. Ce sont les apôtres qui l’abandonnent. C’est Pilate qui aurait dû empê­cher qu’il soit cru­ci­fié ; il le livre lâche­ment dans les mains des Scribes et des Pharisiens qui se hâtent de le crucifier.

Mais nous savons par notre foi, que Celui qui est le Prince de la vie. Celui qui est l’auteur de la vie, qui a été cru­ci­fié sur la Croix, ne serait pas mort éternellement.

Et le Samedi saint, les chants res­pirent la paix, le repos : Caro mea requies­ce­ret in spe : « Ma chair repose dans l’espérance ».

En effet, tout est espoir. Car bien­tôt les Saintes Femmes iront au sépulcre et s’apercevront que le corps de Notre Seigneur n’est plus là. Et elles appren­dront qu’il est vrai­ment ressuscité.

Alors c’est la joie qui éclate, cette joie de Pâques que nous éprou­vons aujourd’hui. Hæc dies, quam fecit Dominus : exul­te­mus et læte­mur in ea : « Voici le jour que le Seigneur a fait : passons-​le dans la joie et dans l’allégresse ». En ce jour que le Seigneur a fait, réjouissons-​nous, rem­plis­sons nos cœurs de joie.

Victimæ pas­ca­lii laudes immolent Christian ! : « Les chré­tiens aujourd’hui, chantent la gloire de la Victime pas­cale », car alors que nous pen­sions que tout était fini, voi­ci qu’au contraire tout commence.

Réjouissons-​nous donc en ce jour de Pâques. Répétons cet Alléluia, gloire à Dieu ! Halleloujah (de l’hébreu) : Louez Yahvé ! Gloire à Dieu !

Mais n’aurions-nous pas ten­dance, peut-​être et par­ti­cu­liè­re­ment aujourd’hui en lisant de nom­breux écrits qui sont adres­sés aux fidèles, quel­que­fois, par des prêtres et par des écri­vains catho­liques, à avoir l’impression qu’en effet, tout est ter­mi­né pour nous, que notre vie éter­nelle est assu­rée, que nous n’avons plus qu’à avoir confiance en Dieu, en Notre Seigneur Jésus-​Christ qui est res­sus­ci­té et que, sans coup férir, nous arri­ve­rons cer­tai­ne­ment à la vie éter­nelle quoi que l’on fasse au cours de cette vie. Dieu est bon. Dieu est res­sus­ci­té. Il a res­sus­ci­té toute l’humanité avec Lui et par consé­quent, toute l’humanité marche vers la vie éter­nelle et vers son bon­heur éter­nel. N’est-ce pas là une illu­sion com­plète et une erreur profonde ?

Sans doute Notre Seigneur est res­sus­ci­té et nous sommes rem­plis d’espoir d’être un jour auprès de Lui, dans la gloire de la Trinité Sainte. Mais notre che­min n’est pas ter­mi­né. Notre Seigneur est bien la tête du Corps mys­tique, sans doute et main­te­nant dans la gloire du Seigneur pour l’éternité et tous ceux qui ont été res­sus­cites par Lui, qui ont été régé­né­rés, qui ont reçu cette par­ti­ci­pa­tion à la nature de Notre Seigneur Jésus-​Christ et à son Corps et à son Sang par le bap­tême et sur­tout par la Sainte Communion, si ceux-​là sont morts unis à Notre Seigneur Jésus-​Christ, alors ils par­ti­cipent aus­si à sa gloire. Mais comme le disait très bien saint Paul ce matin, dans l’Épître de la messe de la nuit :

Si consur­rexis­tis cum Christo, guæ sur­sum sunt quæ­rite, ubi Christus est in dex­te­ra Dei sedens, quæ sur­sum sunt sapite, non quæ super ter­ram : « Si vous êtes res­sus­cites avec Notre Seigneur Jésus-​Christ (par le bap­tême) cher­chez les choses d’en haut, ne cher­chez pas les choses d’ici-bas ».

Nous n’avons pas ter­mi­né et Dieu sait si le démon qui a été vain­cu au moment même où Notre Seigneur a remis son âme, à ce moment-​là le démon a été vain­cu. Mais il ne le sera défi­ni­ti­ve­ment qu’à la fin de ce monde, à la fin de ce temps.

Mais actuel­le­ment il a encore un pou­voir consi­dé­rable. Le Bon Dieu lui laisse le pou­voir de lut­ter afin d’arracher les chré­tiens à l’emprise de Notre Seigneur et de les entraî­ner avec lui. Dieu sait si nous le voyons. Dieu sait si nous le savons, que l’influence du démon est encore consi­dé­rable. Et le com­bat n’est pas ter­mi­né. Nous devons donc lut­ter. Nous devons souf­frir. Nous devons accep­ter nos épreuves. Et nous devons lut­ter contre nos mau­vais ins­tincts. Nous devons lut­ter à tout prix. C’est à cette condi­tion que nous serons unis à Notre Seigneur et que nous pour­rons alors vivre de l’espoir.

Et pré­ci­sé­ment, puisque dans cette céré­mo­nie – dans quelques ins­tants nous allons remettre l’habit reli­gieux à quelques-​unes des pos­tu­lantes de notre socié­té – bien chères pos­tu­lantes, bien chères sœurs qui allez rece­voir cet habit – vous mani­fes­te­rez votre foi, vous mani­fes­te­rez par cet habit que vous allez rece­voir, vous mani­fes­te­rez le déta­che­ment du monde et votre atta­che­ment à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Il fau­dra que vous le mani­fes­tiez au cours de votre vie, de votre exis­tence, que toute votre vie soit vrai­ment signée de la Croix. Et par le fait même, signée du signe de l’espérance et de la cha­ri­té, car c’est par cha­ri­té que Notre Seigneur s’est immo­lé sur la Croix et Il veut que nous par­ti­ci­pions à sa charité.

Alors je sou­haite vive­ment que cet habit que vous allez rece­voir, soit pour vous une leçon constante, pour vous-​mêmes et qu’il le soit aus­si pour les autres et pour tous ceux et celles qui vous ren­con­tre­ront, que ce soit un signe d’espérance, le signe de votre foi, le signe de la Croix de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Resurrexit Christus, est spes mea. « Dieu est res­sus­ci­té, Il est mon espoir ».

Eh bien, par­tout où vous irez, par­tout où vous serez envoyées, par votre habit vous rap­pel­le­rez la Croix de Notre Seigneur Jésus-​Christ et vous rap­pel­le­rez jus­te­ment l’espoir que les chré­tiens doivent avoir en Notre Seigneur et en sa Résurrection.

Et puis, nous nous réjoui­rons aus­si aujourd’hui, car l’un de nos frères, M. Ronald Sick ( ?) qui fut pas­teur pro­tes­tant, ins­pi­ré cer­tai­ne­ment par l’Esprit Saint ; conduit par l’Esprit Saint, est venu nous rejoindre pour deman­der la grâce du bap­tême, du bap­tême qui lui don­ne­ra cer­tai­ne­ment la grâce de Notre Seigneur.

Oh, je ne doute pas que dès avant son bap­tême, il était déjà rem­pli de grâce. Le seul fait qu’il ait dési­ré venir par­mi nous est déjà un signe qu’il avait dans le cœur le désir d’aimer Dieu de toute son âme et de s’attacher à l’Église. Mais, par le bap­tême, il est désor­mais vrai­ment rat­ta­ché à la Sainte Église catho­lique, rat­ta­ché à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et tout à l’heure il aura la joie de rece­voir la Sainte Communion, Notre Seigneur.

Et nous espé­rons, nous prions et nous for­mons des vœux pour qu’un jour il monte lui aus­si à, l’autel, comme il le désire. Nous sou­hai­tons vive­ment qu’un jour, ce désir qu’il a dans son cœur, puisse se réaliser.

Et enfin, nous aurons aus­si la joie de don­ner la Sainte Communion à deux enfants qui pour la pre­mière fois s’uniront à Notre Seigneur Jésus-​Christ, rece­vront la Sainte Eucharistie.

Ce sont là des mani­fes­ta­tions de la résur­rec­tion de Notre Seigneur Jésus-​Christ, de ce que Notre Seigneur Jésus-​Christ est venu nous appor­ter sur la terre. Il est venu nous régé­né­rer, nous redon­ner la vie, la vraie vie, sa vie à Lui, la vie divine.

Ah si nous pou­vions com­prendre ce grand mys­tère qu’a fait le Bon Dieu pour nous ! Cet immense amour dont le Bon Dieu nous a aimés. Non seule­ment Il a vou­lu nous créer, mais Il nous a rache­tés. Il nous a ren­du cette vie divine que nous avions per­due par le péché ori­gi­nel. Et, désor­mais, si vrai­ment nous vivons en chré­tiens, nous pou­vons être assu­rés que Notre Seigneur Jésus-​Christ et son Esprit Saint sont pré­sents dans nos cœurs et dans nos âmes.

Quelle joie, quelle espé­rance, quelle conso­la­tion au milieu des épreuves et des dif­fi­cul­tés, de savoir que Notre Seigneur est pré­sent en nous et que nous sommes par­ti­ci­pants à sa nature divine. Voilà ce que le Bon Dieu a vou­lu faire de nous. Comme nous serions ingrats si nous vivions comme si nous ne le savions pas.

Demandons aujourd’hui à Notre Seigneur, deman­dons à la très Sainte Vierge Marie, à tous les apôtres qui ont vu Notre Seigneur, qui ont été les témoins de sa résur­rec­tion, demandons-​leur d’avoir dans nos cœurs cette cha­ri­té que les apôtres et la très Sainte Vierge Marie avaient en eux, sur­tout après le jour de la Pentecôte.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.