Sermon de Mgr Lefebvre – 3e dimanche après Pâques – Confirmations – 20 avril 1975

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes chers enfants,

Vous allez rece­voir dans quelques ins­tants le sacre­ment de confir­ma­tion. Je suis per­sua­dé que vos parents, les prêtres qui se sont occu­pés de vous, vous ont bien pré­pa­rés à rece­voir ce sacre­ment, vous ont dit ce que c’était que ce sacrement.

Mais je vou­drais, pen­dant quelques moments, essayer de vous pré­ci­ser la gran­deur, la beau­té, l’utilité de ce sacre­ment pour votre vie chré­tienne. Car plus que jamais aujourd’hui nous avons besoin de défendre le bien pré­cieux que le Bon Dieu nous a don­né par la grâce du bap­tême. Car le sacre­ment de confir­ma­tion n’est pas autre chose que la confir­ma­tion de la grâce que vous avez reçue au bap­tême. Vous savez qu’au bap­tême vous avez reçu la grâce du Bon Dieu et par consé­quent, déjà, une par­ti­ci­pa­tion au Saint-​Esprit, à la pré­sence du Saint-​Esprit en vous. Mais, à mesure que vous gran­dis­sez et que vous vous trou­vez aux prises avec tous ceux qui veulent vous arra­cher ce bien que vous avez reçu, faire en sorte que vous per­diez cette filia­tion que vous avez, filia­tion du Bon Dieu, faire en sorte que vous ne soyez plus des enfants de Dieu. Dieu sait si aujourd’hui il y a des forces de l’enfer, forces qui viennent de Satan, de tous les esprits mau­vais qui cherchent à arra­cher de nos âmes ce tré­sor que le Bon Dieu nous a don­né : être des enfants du Bon Dieu, avoir en nous la nature du Bon Dieu, par­ti­ci­per à la nature du Bon Dieu, être vrai­ment ses enfants, bien plus que des enfants adoptifs.

Vous savez qu’il y a quel­que­fois des enfants qui sont aban­don­nés et qui sont repris par des familles qui veulent bien s’en occu­per, mais ces enfants ne pour­ront jamais faire qu’ils sont vrai­ment chez leurs parents lorsqu’ils sont chez d’autres per­sonnes. Et ceux qui les ont adop­tés ne pour­ront jamais dire que ces enfants sont leurs propres enfants, parce que ce sont des enfants adoptés.

Eh bien, le Bon Dieu a fait plus que cela pour nous. Nous ne sommes pas seule­ment ses enfants adop­tifs, nous sommes ses véri­tables enfants. Nous avons en nous la nature même du Bon Dieu. Donc nous sommes vrai­ment ses enfants. Le Bon Dieu se recon­naît en nous, par le carac­tère que nous avons reçu au baptême.

Alors nous devons tout faire pour le gar­der et non pas perdre ce grand pri­vi­lège, qui pré­ci­sé­ment nous ouvri­ra la porte du Ciel. Sans ce carac­tère, sans cette filia­tion de Dieu, on ne rentre pas au Ciel. Le Bon Dieu ne recon­naît que les siens. Ceux qui sont mar­qués et par­ti­ci­pants à sa nature divine.

Alors la confir­ma­tion vient confir­mer cette grâce, l’augmenter encore en vous, faire en sorte que le Bon Dieu se recon­naisse encore davan­tage en vous. Lorsque après le sacre­ment de confir­ma­tion, les anges du Ciel, les élus du Ciel et le Bon Dieu Lui-​même regardent vos âmes, Il les trou­ve­ra encore plus res­sem­blantes à Lui, plus proches de Lui et alors vous serez encore plus agréables au Bon Dieu.

Mais cela c’est aujourd’hui et peut être que le Bon Dieu vous réserve encore de nom­breuses années ici-​bas, sur la terre – ce que je vous sou­haite – je l’espère, si c’est pour votre bien. Et par consé­quent vous aurez tout au cours de cette vie que le Bon Dieu va vous don­ner, vous aurez un com­bat à mener. Vous devrez être des sol­dats et com­battre. Et com­battre contre qui ? contre quoi ? Est-​ce qu’il y a des enne­mis dans la famille ; est-​ce qu’il y a des enne­mis autour de nous ? Oui, il y a des enne­mis autour de nous et bien plus fort que cela, il y a un enne­mi au dedans de nous-​mêmes. Dans notre cœur, dans notre âme, dans notre carac­tère, il y a un enne­mi. Parce que le péché ori­gi­nel dont nous sommes mar­qués, a lais­sé en nous des traces. Il n’a pas dis­pa­ru com­plè­te­ment. Le péché a dis­pa­ru, mais les traces du péché n’ont pas dis­pa­ru com­plè­te­ment avec le baptême.

Alors nous avons de mau­vaises pen­sées ; nous avons de mau­vais dési­rs ; nous avons des ten­ta­tions, des dési­rs de faire le mal. Donc, il y a un enne­mi en nous. La grâce de la confir­ma­tion vous aide­ra à lut­ter contre cet enne­mi. Elle empê­che­ra que cet enne­mi prenne toute la place et dise : désor­mais c’est moi qui règne. Le bien, la ver­tu, doivent dis­pa­raître du cœur de celui que j’habite. Voilà ce que veut le démon. Alors nous devons lut­ter, tous les jours nous devons lut­ter contre nos mau­vaises ten­dances, nos mau­vais désirs.

Et non seule­ment il y a des enne­mis en nous, mais encore il y a des enne­mis autour de nous et vous le savez bien. Dieu sait si les choses que nous pou­vons voir, lire, entendre com­portent des insi­nua­tions ! Le démon s’insinue à tra­vers tout cela pour essayer de nous faire pécher, de nous faire tom­ber, de nous faire nous atta­cher à des choses de la terre plus que nous ne devons nous y atta­cher ; nous atta­cher d’une manière exces­sive aux choses de la terre. Et par consé­quent oublier le Bon Dieu, déso­béir au Bon Dieu.

Alors nous devons éga­le­ment faire ce que l’on appelle : tenir la garde de nos sens, de nos yeux, de nos oreilles, la garde de nos sens ; les gar­der, faire en sorte que le mal n’entre pas en nous. Le mal qui est par­tout, qui est autour de nous, il ne faut pas qu’il pénètre dans nos cœurs. Toutes ces tentations-​là, il faut que nous fas­sions tout pour les évi­ter, pour évi­ter le péché.

Mais ce n’est pas tout. Le Bon Dieu nous a don­né des moyens aus­si, pour lut­ter contre le diable. Il va vous don­ner aujourd’hui la grâce du sacre­ment de confir­ma­tion. Donc vous serez plus fort, plus aver­ti, plus vigi­lant, plus conscient du bien que vous avez reçu. Mais le Bon Dieu veut nous don­ner des moyens encore, des armes. Le Bon Dieu est tel­le­ment bon pour nous, qu’il a vou­lu res­ter avec nous pour nous aider, pour nous sou­te­nir. Il est dans le Sacrement de l’Eucharistie. Il est pré­sent avec nous. Nous pou­vons le rece­voir tous les jours dans notre cœur si nous le vou­lons, pour lut­ter contre les démons qui sont autour de nous.

Combien de chré­tiens ne pensent même pas à com­mu­nier, ne pensent pas à rece­voir Notre Seigneur. Alors, ils se trouvent faibles, faibles devant les ten­ta­tions et ils pèchent sou­vent. Pourquoi ? Parce qu’ils ne se nour­rissent pas de la Sainte Eucharistie, parce qu’ils ne veulent pas avoir Notre Seigneur en eux, dans leur cœur, pour lut­ter avec eux.

Notre Seigneur est là pour cela. Il s’est fait nôtre et Il demeure avec nous jusqu’à la fin des siècles pour nous aider.

Et puis, il y a le sacre­ment de péni­tence. Lorsque par mal­heur on a péché et même si l’on n’a pas fait de péché grave, il est très bon, il est recom­man­dé par la Sainte Église d’aller se confes­ser. Parce que la grâce du sacre­ment de péni­tence est pré­ci­sé­ment cette grâce qui nous aide à évi­ter le péché. C’est une grâce par­ti­cu­lière qui est don­née par le sacre­ment de péni­tence. La grâce du sacre­ment de péni­tence est faite pour nous faire évi­ter le péché, pour détes­ter le péché et nous atta­cher à Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et puis, vous avez la prière. Et la plus belle, la plus grande, la plus sublime des prières, c’est le Saint Sacrifice de la messe. Assistez au Saint Sacrifice de la messe.

C’est bien pour­quoi la Sainte Église demande que nous assis­tions au Saint Sacrifice de la messe tous les huit jours au moins, au mini­mum tous les huit jours. C’est un com­man­de­ment de l’Église. Pourquoi ? parce que c’est la plus grande des prières, la plus belle des prières que nous puis­sions faire.

Qu’est-ce que nous pou­vons offrir de mieux au Bon Dieu que Notre Seigneur Jésus-​Christ Lui-​même ? C’est Lui le grand Priant ; c’est Lui qui nous apprend à prier. C’est Lui qui adresse nos sup­pli­ca­tions au Bon Dieu, pour nous ouvrir les portes du Ciel. Notre Seigneur est là pré­sent, dans la Sainte Eucharistie. Et le prêtre, par les paroles qu’il pro­nonce à la Consécration, fait que Notre Seigneur est pré­sent sur nos autels.

Et immé­dia­te­ment. Notre Seigneur ne peut pas faire autre­ment que de prier pour nous son Père de nous don­ner toutes les béné­dic­tions dont nous avons besoin. Alors sachez que lorsque vous assis­tez au Saint Sacrifice de la messe, vous rece­vez des grâces, des grâces contre le péché.

Pourquoi Notre Seigneur est-​Il mort sur la Croix ? Pour nous sau­ver de nos péchés et pré­ci­sé­ment pour cela. Et pour­quoi renouvelle-​t-​il son Sacrifice de la Croix sur nos autels ? Pour nous sau­ver de nos péchés, pour nous rache­ter. C’est le mys­tère de la Rédemption et le mys­tère de l’Incarnation qui conti­nuent sur nos autels, à cause de nous, pour nous. Ce n’est pas pour Lui que Notre Seigneur est là. Notre Seigneur est bien au Ciel. Il n’a pas besoin de venir sur nos autels pour Lui. Il vient pour nous. Et par consé­quent, nous devons pro­fi­ter de la pré­sence de Notre Seigneur et aimer assis­ter au Saint Sacrifice de la messe en étant per­sua­dés que nous rece­vons beau­coup de grâces, même si nous ne com­mu­nions pas, mais à plus forte rai­son en com­mu­niant bien sûr, évi­dem­ment. Même si nous ne com­mu­nions pas, le fait d’assister au Saint Sacrifice de la messe nous rem­plit de grâces.

Voici les moyens que le Bon Dieu nous a don­nés pour lut­ter. Voilà ce que doit être le com­bat­tant, le vrai chré­tien. Assister au Saint Sacrifice de la messe ; prier, prier le Saint Sacrement ; prier le cha­pe­let ; prier la très Sainte Vierge Marie.

La très Sainte Vierge Marie est aus­si un moyen très fort contre le démon. Elle a écra­sé la tête du ser­pent ; elle a écra­sé la tête du démon. Et donc elle est toute prête elle aus­si à nous aider. Mais encore faut-​il que nous le lui deman­dions, que nous la priions. Par consé­quent vous devez tous avoir votre cha­pe­let, sou­vent, dans la main et le soir prier en famille, réci­ter le cha­pe­let, prier la très Sainte Vierge Marie. Elle est toute puis­sante. Forte comme une armée ran­gée en bataille contre le démon.

Elle est venue, voyez, dans toutes les époques dif­fi­ciles de l’Église. La très Sainte Vierge est venue pour nous aider. Elle est des­cen­due sur la terre ; elle est reve­nue pour nous aider ; pour nous sau­ver des périls dans les­quels nous sommes. Alors nous devons avoir une grande dévo­tion envers la très Sainte Vierge. C’est encore un moyen très sûr que le Bon Dieu nous a don­né pour gar­der la grâce. Voyez comme le Bon Dieu est bon pour nous.

Et nous, nous sommes si faibles, si oublieux, si indif­fé­rents ! Nous vivons comme si le Bon Dieu ne nous avait pas don­né toutes ces choses extra­or­di­naires, n’avait pas mani­fes­té son amour pour nous.

Alors, dans quelques ins­tants, mes chers enfants, vous allez voir com­ment l’évêque va vous don­ner le sacre­ment de confir­ma­tion. La signi­fi­ca­tion du sacre­ment de la confir­ma­tion par le signe de Croix qui va vous être don­né sur le front, vous mani­fes­tez votre foi. Je crois en la Croix de Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est le résu­mé de tout notre Credo. La Croix de Notre Seigneur Jésus-​Christ c’est le résu­mé de notre foi. Tout y est. La Sainte Trinité, le mys­tère de l’Incarnation, le mys­tère de la Rédemption, le mys­tère de tout l’amour de Notre Seigneur, du Bon Dieu, pour nous. Tout est dans la Croix.

Et tous les sacre­ments viennent de la Croix. Le Saint Sacrifice de la messe, c’est le renou­vel­le­ment de la Croix. Donc toute notre foi se trouve dans la Croix de Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est pour­quoi nous devons aus­si avoir, non seule­ment sur notre front le signe de la Croix, mais aus­si vous devez l’avoir dans votre cœur. C’est pour cela que l’évêque vous donne le signe de la Croix.

Mais aus­si nous devons l’avoir dans nos mai­sons. Il faut l’avoir dans vos chambres ; il faut avoir tou­jours près de vous le signe de la Croix pour vous rap­pe­ler de l’amour de Notre Seigneur pour nous. Ce qu’a fait Notre Seigneur pour nous. Mourir sur la Croix pour nous, pour cha­cun d’entre nous. Alors nous devons nous rap­pe­ler cela.

C’est pour­quoi tout à l’heure, l’évêque va vous signer le front du signe de la Croix, pour que vous vous rap­pe­liez que c’est le signe de la Croix qui doit être dans vos cœurs, dans vos mémoires, dans vos intelligences.

Ensuite, l’évêque, en même temps qu’il vous donne le signe de la Croix, vous impose les mains. Et c’est à ce moment-​là que la grâce du sacre­ment de la confir­ma­tion va des­cendre dans vos âmes, au moment où l’évêque met la main sur votre tête et vous signe de la Croix, c’est à ce moment-​là que la grâce de la confir­ma­tion des­cend dans votre cœur.

Et puis les prières que l’évêque va dire avant, en appe­lant tous les dons du Saint-​Esprit sur vous, sont la signi­fi­ca­tion de la grâce que vous allez rece­voir, mais ce n’est pas à ce moment-​là que la grâce du sacre­ment de confir­ma­tion des­cend dans vos âmes. C’est une expli­ca­tion, une prière expli­ca­tive du sacre­ment de confir­ma­tion. Le sacre­ment de confir­ma­tion se donne au moment où l’évêque pro­nonce les paroles et au moment où il met la main sur votre tête et qu’il vous signe de la Croix avec le Saint-Chrême.

Et puis, enfin après que vous aurez reçu le sacre­ment, pour vous signi­fier la grâce sacra­men­telle que vous rece­vez, l’évêque vous frappe votre joue droite, de sa main. Pourquoi cela ? Parce que jus­te­ment pour mani­fes­ter que désor­mais vous devez être capable de subir les épreuves.

Ah, ce n’est pas si facile d’être chré­tien. Ce n’est pas facile de main­te­nir le com­bat tou­jours. Ce n’est pas une chose facile de subir toutes les épreuves que l’on peut avoir tout au long de la vie. Eh bien, le sacre­ment de confir­ma­tion vous aide­ra à sup­por­ter ces épreuves. C’est pour cela que l’évêque vous frappe la joue pour mon­trer que désor­mais vous êtes capable de subir des épreuves, d’affronter les dif­fi­cul­tés de la vie et de mar­cher tou­jours cou­ra­geu­se­ment vers la vie éternelle.

Voyez comme l’Église est bonne, comme le Bon Dieu a été bon, comme Notre Seigneur Jésus-​Christ a été bon de nous don­ner tous ces sacrements.

Nous ne pou­vons pas dire que Notre Seigneur nous a aban­don­né, ce n’est pas vrai. Le Bon Dieu nous a aimé en nous don­nant tous ses sacre­ments en se don­nant Lui-​même à nous. Que pouvons-​nous deman­der de plus ?

Simplement deman­der que nous soyons capables de le com­prendre et de répondre à l’amour de Notre Seigneur par notre amour à nous.

Et voi­là la réso­lu­tion que vous devez prendre en quit­tant cette cha­pelle. Vous devrez dire : Désormais je m’attacherai davan­tage encore à Notre Seigneur Jésus-​Christ que je ne l’ai fait jusqu’à pré­sent. Je le prie­rai mieux. Je l’aimerai encore davan­tage de tout mon cœur ; de toute mon âme, de toutes mes forces. Et c’est comme cela que vous ren­drez au Bon Dieu, les hom­mages que vous lui devez et que le Bon Dieu des­cen­dra en vous avec toutes ses grâces.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.