Le prince de ce monde

Le caté­chisme nous enseigne que le démon peut agir sur les hommes de trois manières : par la ten­ta­tion, l’ob­ses­sion et la possession.

La ten­ta­tion est le moyen le plus usuel, le plus com­mun, le plus uni­ver­sel. Nous en sommes d’ailleurs pré­ve­nus par l’Écriture : « En entrant au ser­vice du Seigneur, pré­pare ton âme à la ten­ta­tion (Si 2, 1). » En consi­dé­rant les états plus rares, plus excep­tion­nels, de l’ac­tion dia­bo­lique, ce qui est utile et inté­res­sant, nous ne devons donc jamais oublier que Satan se trouve sans cesse à nos côtés, et qu’il tourne « comme un lion rugis­sant, cher­chant qui il pour­ra dévo­rer (1 P 5, 8) » par ses ten­ta­tions ordinaires.

Cependant, il est vrai que Dieu per­met au démon, dans des limites bien pré­cises, outre la ten­ta­tion, ces deux moyens plus spec­ta­cu­laires que sont l’ob­ses­sion et la pos­ses­sion. Dans l’ob­ses­sion, l’homme dis­pose encore de lui-​même, mais ses sens (spé­cia­le­ment son ima­gi­na­tion) sont lit­té­ra­le­ment enva­his par les fan­tas­ma­go­ries démo­niaques. Et ce qui dis­tingue une obses­sion d’une simple ten­ta­tion, c’est que l’ob­sé­dé ne peut, quels que soient ses efforts, se débar­ras­ser de cette influence mauvaise.

Dans la pos­ses­sion, l’ac­tion du démon dépasse les sens pour atteindre direc­te­ment le corps tout entier. Si l’ob­sé­dé n’é­tait plus maître de son ima­gi­na­tion, le pos­sé­dé n’est plus maître de son corps : c’est le démon qui, direc­te­ment, peut le faire par­ler et faire mou­voir son corps, etc. Il semble que, par un mys­tère de la Providence, la pos­ses­sion soit plus par­ti­cu­liè­re­ment répan­due dans les pays païens, autre­fois comme aujourd’­hui. Sans doute, Dieu permet-​il ce signe très frap­pant pour mani­fes­ter que les faux dieux sont des démons. Cependant, la pos­ses­sion a tou­jours exis­té, même en pays chré­tien et, au fur et à mesure que la foi recule, elle ne cesse de se répandre, comme en témoignent les exorcistes.

Me permettra-​t-​on une réflexion en pas­sant ? Il me semble que le démon a trou­vé, dans le monde moderne, un moyen de réa­li­ser l’ob­ses­sion sans plus se don­ner la peine d’a­gir per­son­nel­le­ment. Les ima­gi­na­tions des hommes ne sont-​elles pas lit­té­ra­le­ment obsé­dées, en effet, par ces images que leur four­nissent conti­nuel­le­ment les écrans dont notre monde est rem­pli ? D’ailleurs, le lan­gage a spon­ta­né­ment bap­ti­sé « chaînes » les télé­vi­sions, et « toile d’a­rai­gnée » l’in­ter­net. Oui, le démon peut se repo­ser, car mal­heu­reu­se­ment les hommes font désor­mais eux-​mêmes son travail.

Cependant, lorsque nous par­lons du démon, nous ne devons en aucune manière le rendre égal à Dieu : il n’est qu’une simple créa­ture, entiè­re­ment sou­mis à l’au­to­ri­té de Dieu. Certes, Dieu lui donne la per­mis­sion d’a­gir, mais dans des limites étroites. Si le démon peut agir sur notre par­tie cor­po­relle, habi­tuel­le­ment par la ten­ta­tion, excep­tion­nel­le­ment par l’ob­ses­sion voire la pos­ses­sion, il ne peut aucu­ne­ment agir sur notre âme spi­ri­tuelle (intel­li­gence et volon­té), sauf si nous-​mêmes, libre­ment, lui don­nons accès par le péché. Le plus grand des pos­sé­dés, s’il ne dis­pose plus de son corps, garde tou­jours la libre dis­po­si­tion de la for­te­resse inté­rieure de son âme et peut, avec la grâce de Dieu, refu­ser par sa volon­té les sug­ges­tions du démon.

Enfin et sur­tout, l’ac­tion du démon ne dépasse jamais nos forces : avec la grâce divine, nous pou­vons tou­jours accom­plir les com­man­de­ments de Dieu. Si donc nous devons craindre le démon, car c’est une créa­ture puis­sante et entiè­re­ment méchante, nous ne devons pas être ter­ro­ri­sés par lui, car la rédemp­tion de Notre-​SeigneurJésus- Christ nous a défi­ni­ti­ve­ment libé­rés de son funeste empire.

Abbé Régis de Cacqueray †, Supérieur du District de France

Source : Fideliter n° 206

Capucin de Morgon

Le Père Joseph fut ancien­ne­ment l’ab­bé Régis de Cacqueray-​Valménier, FSSPX. Il a été ordon­né dans la FSSPX en 1992 et a exer­cé la charge de Supérieur du District de France durant deux fois six années de 2002 à 2014. Il quitte son poste avec l’ac­cord de ses supé­rieurs le 15 août 2014 pour prendre le che­min du cloître au Couvent Saint François de Morgon.