Vers de nouvelles sanctions ?

Quelle sera la cré­di­bi­li­té du ver­dict que la Rome conci­liaire ren­dra peut être bien­tôt à pro­pos de la Fraternité ? La déclarera-​t-​elle schis­ma­tique, de nou­veau excom­mu­niée ou l’exonérerat- elle de ces sobri­quets ? Quoi qu’il en soit de la conclu­sion qui pour­rait être por­tée, il ne fau­dra pas lui accor­der une impor­tance excessive…

Au fur et à mesure que se sont dérou­lées les années de la vie de la Fraternité, ce sont tan­tôt des menaces et des peines infli­gées par le Vatican, tan­tôt de grands com­pli­ments, dif­fé­rentes pro­messes et des mains ten­dues qui se sont succédé.

Les peines de l’Église, et jus­qu’aux plus graves d’entre elles, venaient sanc­tion­ner la per­ti­na­ci­té de la Fraternité à refu­ser les erreurs du Concile, la nou­velle messe, le nou­veau code de Droit canon, la nou­velle reli­gion. Quant aux pro­messes qui lui étaient faites, elles ont tou­jours recher­ché, comme unique contre­par­tie, de faire ces­ser ses cri­tiques et d’ob­te­nir qu’elle taise son oppo­si­tion sur les mêmes sujets.

On com­pren­dra, dès lors, que cette inter­mi­nable pali­no­die finisse par nous lais­ser de marbre et par dis­cré­di­ter à nos yeux ceux qui manient avec tant de faci­li­té la carotte et le bâton… À être excom­mu­nié, puis « dés-​excommunié », à être de nou­veau mena­cé d’être excom­mu­nié, on finit par ne plus guère être impres­sion­né par ces coups de théâtre et toutes ces volte-face.

Nous avons tant de rai­sons d’es­ti­mer ces peines injustes, nulles et non ave­nues ! Elles sont décon­si­dé­rées à nos yeux. D’abord, nous gar­dons le sou­ve­nir de 1988. C’est par l’ex­com­mu­ni­ca­tion que fut récom­pen­sé le signa­lé ser­vice ren­du par Mgr Marcel Lefebvre à la sainte Église en la pour­voyant de quatre excel­lents évêques catho­liques, grâce à qui la trans­mis­sion du sacer­doce catho­lique s’est for­ti­fiée. Nous avons, à cette occa­sion, consta­té com­ment, par un mys­tère d’i­ni­qui­té, les meilleurs ser­vi­teurs de l’Église se trouvent maltraités.

Nous n’en res­sen­tons pas d’a­mer­tume mais l’on peut déduire de tout cela que la peine de l’ex­com­mu­ni­ca­tion ne nous fasse plus guère trembler.

En cette année du sixième cen­te­naire de la nais­sance de sainte Jeanne d’Arc, nous nous rap­pe­lons d’ailleurs, dans l’his­toire de l’Église, qu’as­sez nom­breux sont les saints qui furent mal­me­nés par des tri­bu­naux d’Église. N’est-​ce d’ailleurs pas l’his­toire du Verbe incar­né lui-même ?

Et nous ne sommes pas aveugles. Comment se fait-​il, encore aujourd’­hui, que des prêtres, des évêques, des car­di­naux, et en grand nombre, peuvent ensei­gner de véri­tables héré­sies, prô­ner une morale qui n’est plus catho­lique, sans pour autant être inquié­tés ? Qui méri­te­rait d’être excom­mu­nié ? Ceux qui s’ef­forcent de trans­mettre ce que l’Église a tou­jours ensei­gné ou ceux qui tra­ves­tissent le dépôt révé­lé ? Quant au pape lui-​même, il faut quand même rap­pe­ler que nous aurions quelques rai­sons de dou­ter du bien-​fondé de sanc­tions éven­tuelles qu’il pren­drait à notre égard. Certes, il a adop­té une manière d’ap­pli­quer le Concile plus mesu­rée et plus sage que son pré­dé­ces­seur mais il est cepen­dant réso­lu­ment demeu­ré sur ses traces. Réunions inter­re­li­gieuses, visite de mos­quées et de syna­gogues, par­ti­ci­pa­tion active à une céré­mo­nie litur­gique luthé­rienne à Rome, éloge appuyé de Martin Luther, réité­ra­tion du scan­dale d’Assise, béa­ti­fi­ca­tion de Jean-​Paul II, vêpres célé­brées en pré­sence du pseudo-​archevêque de Canterbury…

S’il déci­dait que nos évêques ou que nous-​mêmes devions être « réex­com­mu­niés », nous devrions alors nous deman­der : « Mais « réex­com­mu­niés » par quelle Église ? » Par l’Église catho­lique ou par cette église conci­liaire qui lui est une métastase ?

Or cela est clair : ce n’est que cette église conci­liaire qui pro­cé­de­rait à cette « réexcommunication » :

Le car­di­nal Ratzinger est contre l’in­failli­bi­li­té, le pape est contre l’in­failli­bi­li­té de par sa for­ma­tion phi­lo­so­phique. Que l’on nous com­prenne bien, nous ne sommes pas contre le pape en tant qu’il repré­sente toutes les valeurs du siège apos­to­lique, qui sont immuables, du siège de Pierre, mais contre le pape qui est un moder­niste qui ne croit pas à son infailli­bi­li­té, qui fait de l’œ­cu­mé­nisme. Évidemment, nous sommes contre l’Église conci­liaire qui est pra­ti­que­ment schis­ma­tique, même s’ils ne l’ac­ceptent pas. Dans la pra­tique, c’est une Église vir­tuel­le­ment excom­mu­niée, parce que c’est une Église moder­niste. Ce sont eux qui nous excom­mu­nient, alors que nous vou­lons res­ter catholiques.

Mgr Lefebvre, Fideliter n° 70, p. 8

Voilà pour­quoi l’ex­com­mu­ni­ca­tion ou la décla­ra­tion de schisme qui pro­vien­drait de l’Église conci­liaire, secte qui s’est intro­duite jus­qu’au coeur de la par­tie humaine de la sainte Église, ne doit pas nous inquiéter.

Nous nous réjoui­rions si nous devions être condam­nés pour crime de fidé­li­té à l’Église éternelle !

Abbé Régis de Cacqueray †, Supérieur du District de France

Source : Fideliter n° 208

Capucin de Morgon

Le Père Joseph fut ancien­ne­ment l’ab­bé Régis de Cacqueray-​Valménier, FSSPX. Il a été ordon­né dans la FSSPX en 1992 et a exer­cé la charge de Supérieur du District de France durant deux fois six années de 2002 à 2014. Il quitte son poste avec l’ac­cord de ses supé­rieurs le 15 août 2014 pour prendre le che­min du cloître au Couvent Saint François de Morgon.