Saint Irénée, serviteur de la vérité

Saint Irénée, vitrail par Lucien Bégule dans l'église Saint-Irénée à Lyon

Successeur de saint Pothin sur le siège de Lyon après la per­sé­cu­tion de 177, saint Irénée se heurte durant son épis­co­pat au « gnos­ti­cisme », un ensemble d’hérésies savantes fal­si­fiant l’Évangile en lui ajou­tant une « connais­sance » élitiste. 

Voyant le dan­ger que pré­sente cette relec­ture du texte sacré impli­quant un nou­veau Credo, saint Irénée écrit pour pro­cla­mer, expli­quer et défendre la « règle de la véri­té ». Ses deux ouvrages pas­sés à la pos­té­ri­té – la Prédication apos­to­lique (PA) et le Contre les héré­sies (CH) – en témoignent.

Pour saint Irénée, il importe de gar­der « la règle de la véri­té sans rien en chan­ger » (PA 1, 3). Cette « règle de foi », qui recoupe les articles du Symbole des Apôtres, consti­tue un socle doc­tri­nal fixe com­po­sé d’énoncés récla­mant l’adhésion de chaque dis­ciple du Christ. « Pour nous, sui­vant le Seigneur comme unique et seul vrai Maître et pre­nant ses paroles pour règle de véri­té, tous et tou­jours nous enten­dons d’une manière iden­tique les mêmes textes » (CH 4, 35, 4). La fidé­li­té à cette pro­fes­sion de foi condi­tionne l’unité de l’Église. Les chré­tiens qui pos­sèdent « la solide Tradition venant des Apôtres » offrent « le spec­tacle d’une seule et même foi chez tous », « car tous croient en un seul et même Dieu Père, admettent la même “éco­no­mie” d’Incarnation du Fils de Dieu, recon­naissent le même don de l’Esprit, s’exercent aux mêmes pré­ceptes, gardent la même forme d’organisation de l’Église, attendent le même avè­ne­ment du Seigneur, espèrent le même salut de l’homme tout entier, c’est-à-dire de l’âme et du corps » (CH 5, 20, 1).

Exposé popu­laire de la foi chré­tienne, l’opuscule dénom­mé la Prédication apos­to­lique et ses preuves annonce la Catéchèse des débu­tants de saint Augustin. Poursuivant une double fina­li­té caté­ché­tique et apo­lo­gé­tique, saint Irénée explique les véri­tés du salut à par­tir de l’Écriture et offre des réponses claires aux objec­tions que sus­cite la foi chré­tienne. Comme il l’écrit à Marcianus : 

Grâce à cet abré­gé, tu sai­si­ras l’ensemble de ce corps de véri­té, et ce résu­mé te four­ni­ra les preuves des dogmes divins. Ainsi pourras-​tu recueillir des fruits de salut et confondre tous ceux qui sont dans l’erreur. Par là-​même, à qui­conque vou­dra connaître notre foi, tu feras avec pleine assu­rance par­ve­nir une parole saine et irréprochable. 

Prédication apos­to­lique 1

Confessant la foi de l’Église en Dieu, Père, Fils et Saint-​Esprit, l’ouvrage retrace suc­cinc­te­ment les étapes de l’histoire du salut. Le Nouveau Testament est pré­sen­té comme l’accomplissement de la Loi de Moïse et des Prophètes. Le livre insiste sur l’identité du Verbe incar­né, vrai Dieu et vrai homme.

Le trai­té en cinq livres inti­tu­lé Contre les héré­sies – Dénonciation et réfu­ta­tion de la gnose au nom men­teur – vise un public savant. Saint Irénée écrit en théo­lo­gien, mais aus­si en pasteur. 

Nous ne vou­lons pas que, par notre faute, cer­tains soient empor­tés par ces ravis­seurs comme des bre­bis par des loups, trom­pés qu’ils sont par les peaux de bre­bis dont ils se couvrent. 

Saint Irénée expose dans le détail les doc­trines qu’il com­bat, car il est « impos­sible de gué­rir des malades, si l’on ignore le mal dont ils souffrent » (CH 4, Pr. 2). De là il réfute métho­di­que­ment les affir­ma­tions contraires à la foi chré­tienne en leur oppo­sant des pas­sages de la Parole de Dieu, telle qu’elle a été prê­chée par les Apôtres et leurs suc­ces­seurs de manière continue. 

S’il n’est pas facile de faire chan­ger de sen­ti­ment une âme pos­sé­dée par l’erreur, du moins il n’est pas abso­lu­ment impos­sible que l’erreur s’enfuie quand on met en face d’elle la vérité.

Contre les Hérésies 3, 2, 3

Saint Irénée offre un pro­gramme de vie chré­tienne et apos­to­lique par­ti­cu­liè­re­ment adap­té à notre époque : gar­der inchan­gée la « règle de la véri­té », expli­quer sim­ple­ment les articles de la foi chré­tienne, répondre minu­tieu­se­ment aux erreurs qui font obs­tacle au règne de la vérité.