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   Fideliter 199 - Le Vatican : mystères et certitudes, par l'abbé P. Toulza

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Fideliter n° 199

Le Vatican : mystères et certitudes
Par l'abbé Philippe Toulza

L’appartenance à la franc-maçonnerie est au regard de l’éthique naturelle et de la morale catholique un manquement grave. C’est vrai d’un laïc, à plus forte raison d’un clerc. Que dire lorsqu’il s’agit d’un évêque ou d’un cardinal !

Par conséquent, accuser un prélat du Vatican de franc-maçonnerie, ne va pas sans prendre de responsabilité substantielle. Les clercs ainsi nommés ont un jour quitté le siècle, embrassé le service public de l’Église. Ils se lèvent matin, prient, mènent une vie de sobriété plus ou moins grande, confessent, prêchent. Bref, le contraste entre, d’un côté la vie religieuse qu’ils mènent selon toute apparence, et d’un autre côté l’appartenance à une officine mille fois stipendiée par la Rome dans laquelle ils circulent, est saisissant. Ce contraste est tel, d’ailleurs, que l’on peut ranger un prélat dans une loge donnée, alors que le prélat réside à des milliers de kilomètres, et se montrer moins audacieux dans l’accusation, si des circonstances imprévues amènent à le rencontrer en chair et en os, à le voir vivre ou méditer.

Cependant, ne nous voilons pas la face. Des francs-maçons, il y en a dans l’Église, et il ne serait pas étonnant qu’il s’en trouve même au Vatican. Chacun a ses « révélations », plus ou moins sérieuses. Quel crédit accorder aux bruits ? Avec la franc-maçonnerie, société secrète par essence, toute révélation n’est que probable quand elle n’émane pas de la personne elle-même.

Attardons-nous sur l’étude de Carlo-Alberto Agnoli, intitulée La Maçonnerie à la conquête de l’Église (Éditions du Courrier de Rome, dernière édition : 2001). Dans ce travail, l’auteur se penche sur une liste de francs-maçons datant de 1978. Cette liste a été proposée par Mino Picorreli, journaliste à l’Osservatore Politico, le 12 septembre 1978. Elle a donc plus de trente ans.

Parmi les ecclésiastiques qui furent en poste au Vatican, on compte dans cette liste, entre autres :

- un directeur de l’Institut pontifical pour la liturgie ;
- un cardinal, archevêque puis secrétaire d’État ;
- un chef de bureau à la Secrétairerie d’État ;
- un cardinal, évêque, préfet de la Maison pontificale ;
- un cardinal, préfet de la Congrégation pour la cause des saints ;
- un évêque, président de l’IOR (Institut pour l’oeuvre de la religion) ;
- un évêque, secrétaire de la Préfecture pour les affaires économiques du Saint-Siège ;
- un archevêque, propénitencier majeur ;
- un cardinal, archevêque, nonce apostolique puis official à la curie ;
- un évêque auxiliaire de Rome ;
- un cardinal, chambellan du pape puis archevêque ;
- un archevêque, secrétaire de la Congrégation pour les Églises orientales ;
- un cardinal-vicaire de Rome ;
- un archevêque, cardinal, préfet du Tribunal suprême de la signature apostolique ;
- un cardinal, archevêque, pro-préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique ;
- un archevêque, cardinal, président du gouvernorat de l’État de la cité du Vatican.

Que penser de la crédibilité des noms proposés ?

Certains noms n’étonnent pas, d’autres surprennent. Celui qui a proposé cette liste, le journaliste Mino (ou Carmine) Pecorelli, ancien membre de la loge P2, a été assassiné le 20 mars 1979, six mois après avoir publié cette liste. N’est-ce pas le signe que celle-ci était vraie ? Les choses ne sont pas si simples : car le 9 mai 1978, Aldo Moro, homme politique italien célèbre, de la démocratie chrétienne, était assassiné avant lui, et Pecorelli savait beaucoup de choses sur les dessous de ce premier assassinat. Giulio Andreotti (actuel responsable de la revue 30 Giorni, qui a aussi une édition française 30 Jours), de la démocratie chrétienne, fut très sérieusement inquiété par la justice. L’affaire Aldo Moro a pu peser plus, dans l’assassinat de Mino Pecorelli, que la liste de francs-maçons du 12 septembre 1978.

Est-on revenu à la case départ ? Non. Car M. Agnoli, sans avoir de certitude sur la fiabilité de la liste, montre qu’elle a en sa faveur une certaine probabilité. Et la revue 30 Jours elle-même rapporte que Paul VI avait confié au commandant général des Carabiniers, le général Enrico Mino, une enquête sur le sérieux de la révélation d’une autre liste, très proche de celle de Pecorelli (et publiée cette fois dans Panorama en 1976), et que le général avait exprimé sa conviction que la liste était bonne. Ce général trouva la mort dans un accident d’hélicoptère le 31 octobre 1977 ! Si le pape s’est inquiété, c’est que la liste de ces hommes d’Église n’était pas si invraisemblable...

Le visiteur catholique qui franchit pour la première fois les murs du Vatican et pénètre dans l’enceinte de la Cité est pris de vertige. C’est ici, sur ce petit relief, que fut enterré le prince des Apôtres, saint Pierre, après son martyre. Le visiteur, impressionné par l’austère façade de la basilique, conçue par Maderno, et par la colonnade de la place, oeuvre du Bernin, franchit les portes devant les gardes suisses et entre à présent dans les murs du Vatican. Les tapis persans et les Stanze de Raphaël, le glissement feutré des soutanes violettes et le souvenir des grands papes qui ont sanctifié ces lieux, tout cela lui vient comme un parfum délicieux. Semble-t-il rien n’a changé. Le décor, les ornements ont été préservés. Le protocole s’est simplifié, mais les crucifix ornent les murs et le nom de Jésus-Christ résonne aux oreilles de notre visiteur. Un employé esquisse, au détour d’un couloir, un signe de croix. On murmure qu’en ce moment le pape prie. Notre visiteur serait enclin à croire que, à tout prendre, rien n’a vraiment changé au Vatican.

Quand bien même il serait prévenu de la rupture qu’a représenté le dernier concile dans la marche de l’Église, il peut oublier ses préventions au contact de Rome. Les méfiances de ceux qu’on appelle traditionalistes ne seraient-elles pas excessives ? Ils feraient presque des hommes de la curie des démons. Comme la réalité est éloignée de leurs calomnies !

Ceux-là n’ont jamais posé les pieds sur les douces moquettes des antichambres de nos préfets en habit rouge...

Oui, le pouvoir des lieux et des hommes, à Rome, est immense, et le plus convaincu de la fausseté de la route conciliaire est bien capable d’être séduit par les beautés innocentes des murs qui abritent le vicaire du Christ et ses ministres, la curie romaine.

Cette capacité a du bon. Elle est le révélateur d’une âme catholique, toujours respectueuse de ceux que nous pensons devoir considérer comme vraies autorités. Que le chrétien soit attiré par Rome, ses églises et même ses bureaux, n’a rien que de « naturel ». Et pourtant, si l’on va au-delà de l’écorce, une métamorphose radicale se montre, séparant la curie d’il y a 60 ans de celle d’aujourd’hui.

Métamorphose dans la grâce et la vertu des gens ? L’on gagne à toujours supposer le contraire, n’en déplaise à tous les ragots et publications sulfureuses. La question est autre. Ce qui a changé, c’est l’état d’esprit, ce sont certaines intentions fondamentales. On est passé d’une certitude absolue de la singularité du salut catholique à une déférence pour Mahomet, Bouddha, Krishna et Zoroastre.

On a cessé de militer pour un État et des lois imprégnés de l’Évangile, on a mis son espoir dans des politiques incolores, laïques, fruits de dialogues improbables. Comment expliquer que des hommes de curie, non dénués d’onction et de dignité, véhiculent des innovations si saugrenues ? Par la franc-maçonnerie ? C’est un principe d’explication, suffisamment sérieux pour être mentionné. Toutefois on peut faire du mal, et longtemps, même en étant hors loge...

Les autres explications sont historiques, nous les rappellerons dans un prochain dossier. Quoi qu’il en soit, que Benoît XVI veuille entraîner la curie, et à travers elle l’Église, dans telle ou telle mise au point traditionnelle, soit liturgique, soit même doctrinale, admettons-le et réjouissons- nous en (cf. Fideliter n° 186, p. 43).

On ne va pas pleurer quand le pape impose la communion sur la langue, rappelle la primauté divine, ordonne aux évêques de laisser dire la messe de saint Pie V ou invite à davantage de sacrifice ! Cependant cette curie romaine, qui vit de l’âme que lui transmet Benoît XVI, a fait siennes les thèses oecuméniques et laïcistes. Et la curie les distribue aux évêques du monde entier, comme si, hélas, ils n’y croyaient pas déjà suffisamment. Ces thèses sont d’un parfum qui n’est plus délicieux mais très amer. La curie nous intéresse, parce qu’elle est la curie de Rome. Mais nous ne retrouvons pas, dans sa route générale, celle de nos Pères dans la foi, que grâce à Dieu nous faisons nôtre.

Abbé Philippe Toulza, Directeur des Editons Clovis-Fideliter

 

 

 

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