Humilité et chasteté : deux leçons tirées de la vie de sainte Fleur.
Née vers 1309 à Maurs dans le Cantal, de noble famille, Flore – ou Fleur – rentre à l’âge de 15 ans chez les Hospitalières de saint Jean, dans le diocèse de Cahors : l’Hôpital-Beaulieu, à Issendolus.
Fervente et appliquée dans ses charges, le bon Dieu va permettre qu’elle soit assaillie de toute une série d’épreuves pour sa sanctification et notre édification.
L’office des religieuses consistait surtout au soulagement des misères du prochain : les pauvres, les malades trouvaient chez elles de quoi subvenir à leurs besoins. Ce qui nécessite évidemment certains biens à distribuer.

Or, quelques mois après sa profession religieuse, il sembla à sainte Fleur qu’il lui serait impossible de faire son salut ; en effet, elle voulait rester pauvre, et elle trouvait la richesse partout : l’Ordre possédait de grands biens, les religieuses ne manquaient de rien, et se souvenant combien il est difficile à un riche de rentrer dans le royaume des deux, ce sujet la tourmentait sans qu’elle eût la solution. C’est alors qu’arriva au monastère un religieux réputé pour sa sagesse. Elle s’ouvrit à lui. Grand bien lui en prit, car elle trouva la solution à son trouble : les richesses n’empêchent pas l’accès au royaume des deux, c’est l’attachement qui est mauvais. Ainsi, les religieuses de l’Ordre pouvaient-elles user des biens dont elles disposaient, pour la plus grande gloire de Dieu et le soulagement des misères. Comment faire la charité si l’on n’a pas de quoi donner ?
C’est la première leçon que nous donne sainte Fleur : ayant ouvert son âme à un sage directeur, elle en a reçu les conseils qui ont apaisé ses scrupules. Retenons également que les biens que le bon Dieu a mis à notre disposition doivent être utilisés pour que son règne arrive, « en en usant, comme dit saint Paul, comme n’en usant pas ».
Cette première épreuve passée, le démon s’enhardit, voyant combien il perdrait à laisser cette jeune pousse s’épanouir, à tenter Fleur contre la vertu angélique. Ces misérables imaginations dont il l’obsédait étaient présentées comme des nécessités de la nature : il faudrait bien qu’elle succombe tôt ou tard. La réponse de la religieuse fut à la hauteur de sa vertu : « Retire-toi bien loin de moi ! »
Le démon ne s’avoua pas vaincu, et insista, menaçant l’héroïque sœur de grandes souffrances de la part de ses coreligionnaires, si elle ne cédait pas à ses instances.
Tourmentée, Fleur ne cessait pas d’adresser ses prières à Dieu, avec force larmes et regards vers le Ciel. Sa tristesse manifeste, ses gestes saccadés, ses soupirs au chœur, tout son maintien semblait indiquer un début de démence, et elle fut traitée comme folle par ses consœurs, qui se mirent à la mépriser. Malgré les moqueries et les brimades, elle resta fixée vers Dieu, s’enfermant dans le silence. Comment expliquer ce dont elle souffrait ?
Enfin Notre-Seigneur récompensa sa constance et transforma ses humiliations en autant de mérites : il lui fît sentir quelque chose du supplice de la Croix, puis lui donna une ferveur nouvelle, une grande douceur intérieure, et ce fut la fin des tentations. Désormais, les nouveaux assauts que le démon tenta contre l’angélique sœur furent repoussés par le Christ lui-même, qui avait suffisamment éprouvé sa fidélité. C’est la deuxième leçon : les tentations contre la chasteté doivent être combattues avec fermeté, en se réfugiant dans le Cœur très aimant de Notre-Seigneur, en acceptant les humiliations.
La réputation de sainteté de Fleur se propagea loin au-delà du monastère, et les malheureux se déplaçaient pour la consulter, ou lui écrivaient quand ils ne pouvaient se rendre sur place. Dans les conversations, elle instruisait notamment ses interlocuteurs sur la manière de bien prier.
Passant le reste de sa vie dans une régularité exemplaire, ne voulant se distinguer en rien, ne parlant pas de ce qui aurait pu tourner à sa gloire, Fleur nous offre une troisième leçon, celle de l’humilité et de l’obéissance au devoir d’état.
Enfin, n’ayant vécu que pour Notre-Seigneur Jésus-Christ dont elle vivait les mystères dans son âme tout au long de l’année liturgique, ayant un attrait spécial pour la sainte Eucharistie et une dévotion ardente pour la Passion, elle rendit son âme à Dieu, exhalant la bonne odeur des vertus qu’elle avait pratiquées, le 11 juin 1347. Sa fête se célèbre le 5 octobre.
Source : Apostol n°200, octobre 2025








