Le droit à gouverner

Attribué à Jacques Louis David (1748-1825). "Le Serment du Jeu de Paume, le 20 juin 1789". Huile sur toile. Paris, musée Carnavalet.

Les reven­di­ca­tions de l’« Église syno­dale » tournent autour de l’implication de tous les bap­ti­sés dans la prise de décision.

Le docu­ment final du Synode[1] demande de « favo­ri­ser la par­ti­ci­pa­tion la plus large pos­sible de l’ensemble du Peuple de Dieu aux pro­ces­sus déci­sion­nels » (§87), et réprouve la dis­tinc­tion entre voix consul­ta­tive et déli­bé­ra­tive dans les textes cano­niques qui imposent des concer­ta­tions avant déci­sion (§92). Le fon­de­ment avan­cé pour cette récla­ma­tion est la qua­li­té de baptisé.

A pro­pos du rôle des femmes, le pape François avait aus­si affir­mé : « Pour moi, l’élaboration des déci­sions est très impor­tante : pas seule­ment l’exécution, mais éga­le­ment l’élaboration, c’est-à-dire que les femmes, qu’elles soient consa­crées ou laïques, entrent dans la réflexion du pro­ces­sus et dans la dis­cus­sion… Le rôle de la femme dans l’Église n’est pas du fémi­nisme, c’est du droit ! C’est un droit de bap­ti­sée avec les cha­rismes et les dons que l’Esprit a don­nés[2]. »

Il semble donc que tout membre de l’Église doive pou­voir par­ti­ci­per au gou­ver­ne­ment de l’Église, et que ce soit un droit, à la manière des droits de l’homme, à savoir une exi­gence abso­lue du sujet.

Dans une socié­té bien consti­tuée, il semble pour­tant que l’implication des diverses per­sonnes dans le gou­ver­ne­ment soit déter­mi­née par le sou­ci du bien com­mun, non par les desi­de­ra­ta indi­vi­duels. Ce n’est pas tout un cha­cun qui est en mesure de gou­ver­ner, et d’ailleurs tous les membres n’y aspirent pas néces­sai­re­ment. Il revient à la pru­dence des res­pon­sables char­gés de gou­ver­ner de s’entourer des conseillers compétents.

Mais par­mi les « valeurs de deux siècles de culture libé­rale » que le Concile Vatican II vou­lait faire assi­mi­ler à l’Église, se trouve cette notion des droits de l’homme fon­dés sur les exi­gences de l’individu sans consi­dé­ra­tion de sa dépen­dance à un bien com­mun qui, pour être celui de toutes les per­sonnes membres de la socié­té, dépasse néan­moins le bien par­ti­cu­lier de cha­cun. De cette nou­velle orien­ta­tion de la pen­sée poli­tique résultent les exi­gences de pari­té entre les sexes et autres mesures idéo­lo­giques. Les remettre en cause, c’est ris­quer d’essuyer une tem­pête médiatique.

A pro­pos des rôles de direc­tion à accor­der à des femmes dans l’Église, le Cardinal Vingt-​Trois, avec le bon sens un peu bru­tal dont il avait le secret, avait osé dire : « Ce qui est plus dif­fi­cile c’est d’a­voir des femmes qui soient for­mées, le tout ce n’est pas d’a­voir une jupe, c’est d’a­voir quelque chose dans la tête. » La réflexion est aus­si­tôt mon­tée en épingle pour exci­ter les sus­cep­ti­bi­li­tés et les amer­tumes. C’est ain­si que la révo­lu­tion peut pro­gres­ser à rebours du bon sens.

Contrairement aux rêves des réfor­mistes arri­vistes, tout le monde ne rêve pas de gou­ver­ner, tout le monde ne convoite pas l’égalité avec les supé­rieurs. Il y en a qui sont heu­reux de servir.

Notes de bas de page
  1. https://www.synod.va/content/dam/synod/news/2024–10-26_final-document/FRA—Documento-finale.pdf[]
  2. Pape François, Entretien avec l’Union inter­na­tio­nale des Supérieures Générales, 12 mai 2016.[]