Ecône 2026 – Le sermon de l’abbé Pagliarani aux sacres épiscopaux

Sermon de l’ab­bé Davide Pagliarani, Supérieur géné­ral de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X, pro­non­cé à l’oc­ca­sion des sacres épis­co­paux qui ont eu lieu à Écône le 1er juillet 2026.

    Texte intégral du sermon

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il. 

    Messeigneurs, chers confrères, chères sœurs, bien chers fidèles, 

    Finalement, cette jour­née est arri­vée. Quelle joie de vous voir si nom­breux, venus des quatre coins du monde ! 

    Je tiens tout d’a­bord à remer­cier la géné­ro­si­té de tous ceux qui ont pré­pa­ré cette jour­née, tous ceux qui l’ont pré­pa­rée maté­riel­le­ment avec dévoue­ment, tous les confrères qui ont pré­pa­ré les cœurs, les esprits, les intel­li­gences pour cette jour­née, et vous tous qui avez fait l’ef­fort d’y venir comme des pèle­rins, ici, dans cette jour­née cer­tai­ne­ment historique. 

    Une manifestation de foi 

    Quelle est la signi­fi­ca­tion de cette jour­née, jus­te­ment ? Pourquoi sommes-​nous ici ? Comment faut-​il com­prendre ces sacres ? 

    Ces sacres sont un évé­ne­ment cli­vant, devant lequel il est impos­sible de res­ter indif­fé­rent. Qu’est-​ce que cela signi­fie pour nous ? 

    Tout d’a­bord, cette céré­mo­nie doit être une mani­fes­ta­tion de foi. C’est très important. 

    Nous ne choi­sis­sons pas ce qu’il faut croire ou ne pas croire, nous ne pou­vons pas modi­fier, réin­ter­pré­ter, recon­si­dé­rer, nous ne pou­vons pas le faire. Simplement, nous avons le devoir de gar­der la foi que l’Église a tou­jours ensei­gnée, nous devons l’ai­mer, nous devons en vivre et nous devons la transmettre. 

    Si vrai­ment on aime Notre-​Seigneur, nous avons le devoir de par­ta­ger ces biens qui nous viennent tout d’a­bord par la foi. Celui qui n’a pas ce désir de trans­mettre la foi, c’est le signe que lui-​même ne vit plus de la foi. Plus la foi est atta­quée, plus elle dis­pa­raît, plus ce devoir est pres­sant, parce que, sans la foi, il est impos­sible de plaire à Dieu, il est impos­sible de bien vivre, il est impos­sible de se sau­ver. Et nous pre­nons aujourd’­hui des moyens excep­tion­nels, pro­por­tion­nés à cette nécessité. 

    Un faux dilemme : la foi ou l’Église 

    Alors, cer­tains pour­raient consi­dé­rer que nous sommes devant un dilemme. Nous choi­sis­sons la foi inté­grale, mais nous nous sépa­rons de l’Église. Nous serions en train de choi­sir entre la foi et l’Église. Pour gar­der la foi, est-​ce que nous sommes en train de rompre avec l’Église ? 

    C’est un faux dilemme. 

    On appar­tient à l’Église d’a­bord par la foi, par la pro­fes­sion inté­grale de la foi, par la pro­fes­sion inté­grale de la foi de l’Église. De même qu’on appar­tient à une nation parce qu’on parle la même langue, qu’on par­tage la même iden­ti­té, la même culture ; de même qu’on appar­tient à une famille parce qu’on porte le même nom, qu’on vit dans la même mai­son ; de même, on appar­tient à l’Église parce qu’on pro­fesse la même foi. 

    C’est donc un faux dilemme dans lequel nous ne pou­vons pas ren­trer, parce que nous ne pou­vons pas choi­sir entre la foi et l’Église, per­sonne ne peut choi­sir. Nous vou­lons la foi de l’Église pour res­ter dans l’Église. Nous vou­lons l’Église par la foi, dans la foi. 

    C’est très impor­tant de com­prendre cela, même si, en face de nous, ils ne veulent pas le com­prendre. Tout cela, ce n’est pas une opi­nion, ce n’est pas une sen­si­bi­li­té, une option : c’est une nécessité. 

    On nous accuse de ne pas aimer le pape, on nous accuse de ne pas le res­pec­ter. Mais c’est parce que nous aimons le pape, sin­cè­re­ment, comme Vicaire du Christ, comme chef de l’Église, que nous ne vou­lons plus voir le pape humi­lié à côté de faux pas­teurs, repré­sen­tants de fausses reli­gions. Combien de fois l’avons-​nous vu pen­dant toutes ces années ? 

    C’est parce que nous aimons le Vicaire du Christ que nous ne vou­lons plus cette humi­lia­tion pour le pape, humi­lia­tion qui retombe sur toute l’Église, trai­tée sur un pied d’é­ga­li­té avec les fausses religions. 

    Nous parlons le langage de la fo

    Mais alors, nous l’a­vons expli­qué plu­sieurs fois, tout cela. Nous l’a­vons expli­qué presque dans toutes les langues qui existent sur la face de la terre. 

    Pourquoi ne sommes-​nous pas com­pris ? Pourquoi, au fond, parlons-​nous des lan­gages différents ? 

    Nous par­lons le lan­gage de la foi, nous vou­lons la foi dans toute sa sim­pli­ci­té, ce n’est pas com­pli­qué. Le Credo n’est pas com­pli­qué, la pro­fes­sion que les futurs évêques viennent de faire, elle n’est pas com­pli­quée, tout le monde peut la comprendre. 

    Nous par­lons le lan­gage de la foi, le lan­gage de la Tradition. Et, en face, nous avons affaire à un lan­gage qui se situe à un autre niveau, qui parle d’autres choses. C’est le lan­gage de l’in­clu­sion, de l’é­coute, du dia­logue, de l’accompagnement. 

    Nous vou­lons la foi. Et après, dans la foi, nous accom­pa­gnons les gens. Nous écou­tons les gens dans la foi, pour les ame­ner à la foi et pour les convertir. 

    Pour les conver­tir, il faut arrê­ter de par­ler pour par­ler, pour accom­pa­gner, ça suf­fit, Ce n’est pas de cela que les hommes ont besoin. Les hommes ont besoin de Notre-​Seigneur, et Notre-​Seigneur, on le connaît, on y arrive par la foi, et par la foi catho­lique inté­grale, il n’y en a qu’une. 

    Voilà pour­quoi il y a cette dif­fi­cul­té à s’en­tendre. Nous par­lons mal­heu­reu­se­ment des lan­gages dif­fé­rents, et des lan­gages qui, avec le temps, deviennent de plus en plus, mal­heu­reu­se­ment, loin l’un de l’autre. 

    La loi suprême de Dieu : le salut des âmes 

    Nous vivons ces sacres aus­si dans l’espérance. 

    Nous ne les vivons pas dans la polé­mique, ni dans la ten­sion, ni dans l’a­mer­tume, ni dans le res­sen­ti­ment. Nous vivons ces sacres dans la joie et dans l’espérance. 

    Pourquoi ? 

    En 1988, ceux qui condam­naient la Fraternité pré­voyaient sa dis­so­lu­tion. La Providence avait un autre pro­jet. Pourquoi la Providence avait-​elle un autre pro­jet ? Votre pré­sence ici aujourd’­hui le mani­feste. Dieu ne nous a pas aban­don­nés et Dieu ne va pas nous aban­don­ner. Toutes ces années l’ont mon­tré, et ces sacres le montrent encore. 

    Mais pour­quoi Dieu ne peut-​il pas nous abandonner ? 

    La réponse est très simple. Dieu n’a qu’une idée, n’a qu’un désir, n’a qu’une volon­té : c’est de sau­ver les âmes. S’il y a quel­qu’un qui applique à la lettre le prin­cipe selon lequel la loi suprême est le salut des âmes, c’est Dieu lui-​même. C’est sa loi, et il l’ap­plique à la lettre, toujours. 

    C’est pour cela que, contre toute ima­gi­na­tion, toute pré­vi­sion humaine, pour sau­ver les âmes, il a envoyé son Fils. Il a deman­dé à son Fils de s’in­car­ner et de mou­rir sur la Croix. 

    Pourquoi ? 

    Parce que la loi suprême, la loi de Dieu, est le salut des âmes. C’est pour cela que Dieu ne nous a pas aban­don­nés et ne va pas nous aban­don­ner, il nous four­ni­ra tou­jours des moyens pro­por­tion­nés à nos besoins. 

    Si l’œuvre de la Rédemption peut connaître des obs­tacles de la part des hommes, jamais elle ne connaî­tra d’obs­tacles de la part de Dieu. Mais plus l’on souffre, plus l’on lutte, plus on essaie de lui être fidèle, plus il est avec nous, il nous le manifeste. 

    Nous chan­ce­lons par­fois, nous pou­vons avoir des doutes, nous pou­vons connaître des décou­ra­ge­ments. Mais les pro­messes de Notre-​Seigneur sont toutes infaillibles, il les garde tou­jours. Et aujourd’­hui, il nous en donne une preuve. 

    Si nous conti­nuons à cher­cher la volon­té de Dieu, le bien des âmes, coûte que coûte, rien, jamais, ne nous manquera. 

    Servir l’Église comme une mère 

    Mais sur­tout, ces sacres doivent être com­pris, vécus, dans un esprit de cha­ri­té : cha­ri­té envers les âmes, et cha­ri­té sur­tout envers l’Église. Plus les âmes sont débous­so­lées, déso­rien­tées, plus nous devons les cher­cher, nous devons les soutenir. 

    Plus l’Église est bafouée, plus l’é­clat de sa divi­ni­té est obs­cur­ci, plus nous devons l’ai­mer, nous devons la ser­vir, et nous devons être prêts à payer n’im­porte quel prix pour ser­vir l’Église. 

    Le plus grand des sacri­fices que Dieu puisse nous deman­der est celui d’être trai­tés comme des rebelles, alors que nous vou­lons ser­vir et aimer l’Église comme une mère. Quel sacri­fice que Dieu nous demande d’être trai­tés comme des rebelles, consi­dé­rés comme des rebelles ! 

    Nous vou­lons la ser­vir comme une mère. Une mère en dif­fi­cul­té, acca­blée, souf­frante ; une mère par­fois tra­hie aus­si ; une mère qui a besoin, et qui mérite qu’on l’aide, que l’on fasse quelque chose au nom de tout ce qu’elle nous a donné. 

    Tout ce que nous avons reçu, nous l’a­vons reçu par l’Église, dans l’Église. La foi que nous vou­lons témoi­gner aujourd’­hui et de laquelle nous vou­lons vivre, elle nous vient de l’Église. 

    C’est au nom de ce que nous avons reçu d’elle, et c’est au nom de ce qu’elle est, l’Épouse du Christ, son Corps mys­tique, c’est au nom de tout cela que nous devons faire le pos­sible, le plus pos­sible, pour l’ai­der et la soutenir. 

    Pourrions-​nous res­ter indif­fé­rents, sans rien faire ? « Ce n’est pas notre pro­blème » ? On ne nous demande pas cela. La Fraternité peut-​elle res­ter indif­fé­rente ? Non. Ce serait tra­hir l’Église, ce serait man­quer à la cha­ri­té, nous ne pou­vons pas le faire. 

    Le Très Précieux Sang, remède unique 

    Il y aura des ques­tions, et la fête d’au­jourd’­hui, la fête du Très Précieux Sang, pro­vi­den­tiel­le­ment, exprime et résume par­fai­te­ment la signi­fi­ca­tion de ces sacres. Elle nous per­met, cette fête, de tout recon­duire à un seul point : le Sang de Notre-​Seigneur, le Très Précieux Sang de Notre-Seigneur. 

    Qui ne connaît pas le Très Précieux Sang de Notre-​Seigneur, qui ne l’aime pas, qui ne l’a­dore pas, ne connaît pas Notre-​Seigneur, ne connaît pas la Rédemption. Et qui ne connaît pas Notre-​Seigneur ne connaît rien, n’a rien compris. 

    Le Très Précieux Sang est le remède unique, le seul, le pre­mier et le der­nier, à tous les maux qui affligent l’humanité. 

    Pourquoi ? 

    Parce que tous les maux viennent du péché, et le remède au péché est le Très Précieux Sang de Notre-Seigneur. 

    L’exaltation de l’homme 

    Tous les maux viennent du péché, et d’un péché en par­ti­cu­lier sur lequel j’at­tire votre atten­tion. Ce péché est tou­jours le même, depuis le com­men­ce­ment de l’hu­ma­ni­té jus­qu’à aujourd’­hui : c’est l’exal­ta­tion de l’homme. On est satu­ré, on sature lit­té­ra­le­ment de cette exal­ta­tion de l’homme, partout. 

    L’homme qui est toute mer­veille, l’homme qui est par­fait, l’homme qui est éton­nant, l’homme qui aurait une digni­té infi­nie… Eh bien, tout cela pousse, en réa­li­té, à l’or­gueil. Et, à long terme, cela pousse au mépris de Dieu et à l’a­po­sta­sie, à l’a­po­sta­sie silen­cieuse. Elle vient de là. 

    Et plus on exalte l’homme d’une façon folle, fana­tique, plus, en défi­ni­tive, on l’é­loigne de Dieu, et on l’é­loigne de sa per­fec­tion et de son vrai bien, c’est un désastre. L’homme, plein de droits, plein de soi, inca­pable de se tour­ner vers Dieu, inca­pable de recon­naître qu’il est bles­sé par le péché et qu’il a besoin de la Rédemption. Il a besoin de Notre-​Seigneur, il a besoin de son Très Précieux Sang. 

    C’est ça, le grand mal d’au­jourd’­hui, de toute l’his­toire : le mal qui englobe tous les autres. Cette peste, c’est un fléau, c’est une idée obses­sion­nelle qui pénètre, il faut le recon­naître, qui pénètre en pro­fon­deur même dans l’Église. Cette peste rend aveugles, elle para­lyse les âmes. Ce n’est pas cela qui ramène les âmes à Dieu. 

    Prêcher la sagesse de la Croix 

    Eh bien, nous vou­lons faire quelque chose par ces sacres, nous vou­lons conti­nuer à prê­cher le Très Précieux Sang de Notre-​Seigneur, et nous vou­lons conti­nuer, d’une cer­taine manière, à le répandre sur les âmes. 

    C’est dans ce Sang que Notre-​Seigneur fonde son Église, la Nouvelle et Éternelle Alliance, il n’y en a qu’une. Celui qui pense qu’il y en a deux, ou qu’il y en a trois, en réa­li­té ne croit plus dans la valeur infi­nie et unique du Sang de Notre-Seigneur. 

    En par­lant de la valeur du Très Précieux Sang de Notre-​Seigneur, nous ne pou­vons pas oublier d’où il vient. Il a été for­mé, pro­duit, four­ni dans le sang très pur de Notre-​Dame, c’est Notre-​Dame qui four­nit au Verbe inté­gra­le­ment son huma­ni­té, c’est dans son sang très pur, imma­cu­lé, que se forme, au moment de l’Incarnation, le Sang de Notre-​Seigneur, c’est elle qui l’offre avec Notre-​Seigneur pour notre rachat. 

    C’est elle qui l’offre, c’est elle la pre­mière qui le voit sor­tir des plaies de Notre-​Seigneur, elle le voit cou­ler sous le bois de la Croix, c’est elle qui le recueille au pied de la Croix, c’est elle qui le garde encore aujourd’­hui à l’au­tel, c’est elle qui, à la messe, répand les grâces sur les âmes, c’est elle qui en sai­sit com­plè­te­ment la valeur, et tou­jours à côté de Notre-Seigneur. 

    Quel mys­tère ! Quel mys­tère, cette asso­cia­tion de Notre-​Dame à son divin Fils, tou­jours à son côté ! 

    Voyez comme toute notre foi, notre reli­gion, notre amour tournent autour du Sang de Notre-​Seigneur, car tout tourne autour de la Croix. 

    Voilà, chers confrères qui allez être revê­tus de la plé­ni­tude du sacer­doce dans quelques ins­tants, de la plé­ni­tude du sacer­doce de Notre-​Seigneur, voi­là, en quelques mots, ce qu’il va fal­loir défendre, ce qu’il va fal­loir prêcher. 

    Quel hon­neur, et quelle responsabilité ! 

    Prêcher la Rédemption par la parole, et la répandre par les sacre­ments, prê­cher la sagesse de la Croix : scan­dale pour les Juifs et folie pour les païens. Folie, sur­tout aujourd’­hui, pour un monde apos­tat qui ne peut pas com­prendre, qui ne veut pas comprendre. 

    Cette sagesse de la Croix, c’est le seul anti­dote à cet huma­nisme qui mène à l’in­dif­fé­rence, à l’a­po­sta­sie. Cet huma­nisme, vous devez tou­jours l’a­voir dans le collimateur. 

    Comme des agneaux au milieu des loups 

    Et quel conseil peut-​on vous donner ? 

    C’est tel­le­ment déli­cat, tel­le­ment impor­tant, tel­le­ment grand, votre mis­sion, ce que vous allez faire, que je pré­fère lais­ser la parole à Notre-​Seigneur lui-​même en citant l’Évangile. 

    Quel conseil est-​ce qu’il vous donne, Notre-​Seigneur, aujourd’­hui ? Quel conseil don­nait Notre-​Seigneur aux Apôtres quand il les envoyait prêcher ? 

    « Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » 

    L’agneau : très belle image de Notre-​Seigneur, très belle image de l’évêque. 

    Cela signi­fie que vous devez prê­cher d’a­bord par l’in­no­cence de votre vie, c’est l’in­no­cence, la pure­té de votre vie, de vos mœurs, qui va don­ner une auto­ri­té morale à tout ce que vous allez prêcher. 

    Être agneau signi­fie aus­si, et sur­tout, la doci­li­té par­faite, la sou­mis­sion par­faite à la volon­té de Dieu. De même que Notre-​Seigneur est constam­ment sou­mis à la volon­té de son Père, de même, vous, à un titre encore supé­rieur, plus grand à par­tir d’au­jourd’­hui, vous devez tou­jours cher­cher sa volonté. 

    L’Agneau de Dieu et le Lion de Juda 

    Mais n’ou­bliez pas une chose : Notre-​Seigneur, qui est l’Agneau de Dieu, est aus­si le Lion de Juda. 

    Comment peut-​on être agneau et lion ? 

    C’est que Notre-​Seigneur, autant il est docile à la volon­té du Père, autant il ne se plie jamais devant l’es­prit du monde. Devant ser­vir le Père par­fai­te­ment, néces­sai­re­ment il se heurte contre l’es­prit du monde, contre l’es­prit du prince de ce monde. 

    Et de même l’é­vêque : autant il est docile à la volon­té de Dieu, autant il reven­dique constam­ment devant le monde les droits de Notre-​Seigneur, et non pas les droits de l’homme. 

    Et un lion ne fuit jamais, un lion ne recule pas et sur­tout, un lion ne se plie pas. Ne vous pliez jamais devant cet esprit du monde, ne bou­gez pas, ne recu­lez pas, le sacre va vous don­ner une force irrésistible. 

    Dès aujourd’­hui, dans le monde entier, il y a des gens qui vous observent, vous écoutent. Dans trente, qua­rante ans, ils devront pou­voir dire : 

    « Ils ne se sont pas pliés. Ils n’ont pas plié les genoux devant cet esprit du monde. Ils ont plié les genoux seule­ment devant Notre-​Seigneur Roi. » 

    Voilà la plus belle chose qu’on pour­ra dire de vous à votre mort, le plus beau sou­ve­nir que vous puis­siez laisser. 

    La prudence du serpent 

    Et Notre-​Seigneur vous donne un autre conseil : 

    « Soyez simples comme des colombes et pru­dents comme des ser­pents. » 

    Pourquoi faut-​il être comme des ser­pents ? Pourquoi un évêque doit-​il être comme un serpent ? 

    Cela, c’est pour dis­cer­ner, sai­sir, cap­ter la dupli­ci­té, l’am­bi­guï­té, la ruse qui sont dans le monde et chez les enne­mis de la Croix. Vos pires enne­mis ne vont pas vous atta­quer fron­ta­le­ment, ils vont essayer de vous faire glis­ser gra­duel­le­ment dans une per­cep­tion un peu plus à la page de la foi, de la vie chré­tienne, des rela­tions avec le monde, il faut le savoir. 

    Quand vous sen­tez ce dan­ger, pre­nez du recul, priez, obser­vez, pre­nez conseil, éva­luez, res­tez immo­biles avant de réagir, comme un ser­pent. Quand vous réagi­rez, quand le Saint-​Esprit vous don­ne­ra la lumière néces­saire pour agir, faites-​le et ne reve­nez jamais en arrière. 

    Voilà ce que signi­fie être comme un ser­pent : sai­sir la dupli­ci­té, l’am­bi­guï­té, la ruse qui sont dans le monde, et par­ler, prê­cher comme des colombes : sim­ple­ment, sans dupli­ci­té et sans crainte, sans équi­voque, sans ambi­guï­té. La dupli­ci­té que vous devez dis­cer­ner chez les autres ne doit jamais être la vôtre. 

    Le glaive de la foi 

    Et que dit encore Jésus ? Que dit Notre-Seigneur ? 

    « Le frère livre­ra son frère, le père son enfant, et vous serez haïs de tous à cause de moi, à cause de mon nom. Ne crai­gnez pas tout cela, car il n’y a rien de caché qui ne sera décou­vert, rien de secret qui ne sera connu. » 

    Ne crai­gnez pas tout cela, nous dit Notre-​Seigneur. Laissez-​moi faire, laissez-​moi juger, l’in­ter­vien­drai moi-​même quand il le faudra. 

    Il a un seul sou­ci. Lequel ? 

    « Tout homme qui me recon­naî­tra devant les hommes, je le recon­naî­trai moi aus­si devant mon Père qui est dans les cieux. » 

    Tout homme qui recon­naî­tra mes droits, ma divi­ni­té, mon Église, ma foi. 

    « Ne pen­sez pas que je sois venu appor­ter la paix sur la terre, mais le glaive. » 

    Ce sont les paroles de Notre-​Seigneur qu’il vous adresse à vous en particulier. 

    Dans quelques ins­tants, lorsque l’é­vêque consé­cra­teur vous don­ne­ra la crosse, Notre-​Seigneur vous don­ne­ra un glaive : son glaive, le glaive de l’Évangile, le glaive de la foi. C’est par la foi, et seule­ment par la foi, qu’on peut vaincre le monde, et le monde est déjà vain­cu par la foi. 

    Ce glaive, à par­tir d’au­jourd’­hui, vous appar­tient à un titre spé­cial, et Dieu va vous don­ner une force spé­ciale pour le manier, pour l’u­ti­li­ser à temps et à contretemps. 

    « L’homme aura pour enne­mis les gens de sa propre mai­son. » 

    On ne peut pas être com­pris par tout le monde, on ne peut pas être d’ac­cord avec tout le monde. 

    Est-​ce que c’est une tra­gé­die, cela ? Est-​ce que c’est quelque chose d’in­com­pré­hen­sible ? Non. C’est la loi de l’Évangile, c’est la loi de la Croix. 

    Voilà les conseils que Notre-​Seigneur, à tra­vers l’Évangile, vous donne à vous aujourd’hui. 

    Saint Cyrille et Mgr Lefebvre 

    Et, avant de ter­mi­ner, nous ne pou­vons pas oublier aujourd’­hui de vous recom­man­der à tous ces mil­liers de saints évêques qui vous ont pré­cé­dés dans l’his­toire de l’Église. 

    Nous en évo­que­rons deux : un qui appar­tient à l’Antiquité chré­tienne, et un qui est beau­coup plus proche de nous. 

    Le pre­mier est saint Cyrille, saint Cyrille d’Alexandrie. 

    La litur­gie dit de lui la chose la plus belle qu’on puisse dire d’un évêque : zelus fidei sol­li­ci­tus. Il n’a­vait qu’un seul sou­ci : c’é­tait la pure­té de la foi. Quel beau pro­gramme de vie pour un évêque ! Et il est pas­sé à l’his­toire comme le grand défen­seur de la mater­ni­té divine, haï par les hérétiques. 

    La litur­gie ajoute : prop­ter fidem mul­ta per­pes­sus est. Et, à cause de cela, à cause de son sou­ci de la foi, il a beau­coup souf­fert. Préparez-​vous à cela, on ne peut pas défendre la foi inté­gra­le­ment sans souffrir. 

    Il était accu­sé de tous les crimes, même après sa mort, il n’a pas eu honte de Notre-​Seigneur, il n’a pas eu honte de Notre-Dame. 

    Un autre évêque, qui est votre modèle, plus proche de nous, pas encore cano­ni­sé : Mgr Lefebvre, certainement. 

    De lui aus­si on peut dire : zelus fidei sol­li­ci­tus et mul­ta per­pes­sus. Il n’a­vait qu’un seul sou­ci : c’é­tait la foi et, pour cela, il a beau­coup souffert. 

    Cette foi, il a bien vu comme elle se résume dans la sainte Messe, dans la défense de la sainte Messe, du Très Précieux Sang de Notre-​Seigneur. Quelle sagesse ! 

    Comment a‑t-​il pu, il y a tant d’an­nées, sai­sir les causes de la crise avec une telle clar­té, une telle clair­voyance, une telle force ? 

    C’est la sagesse de la Croix, la croix qu’il a por­tée a été la source de sa sagesse. Aujourd’hui, plus que jamais, son esprit est par­mi nous, il nous encou­rage, il prie pour nous, il prie pour vous en par­ti­cu­lier, il nous indique le che­min à suivre, gui­dé par cette sagesse de la Croix. 

    « Mais le dis­ciple n’est pas supé­rieur à son maître, il suf­fit au dis­ciple d’être trai­té comme son maître. » 

    Ce sont tou­jours les paroles de Notre-​Seigneur. Or, il y a trente-​huit ans, ils ont condam­né un saint. 

    Réjouissez-​vous et tressaillez de joie 

    Faut-​il s’at­tendre à autre chose ? Faut-​il avoir peur ? Faut-​il s’affoler ? 

    La ques­tion est tel­le­ment impor­tante que je laisse encore la parole à Notre-​Seigneur lui-​même, c’est lui qui vous répond : 

    « Heureux êtes-​vous si l’on vous insulte, si l’on vous per­sé­cute et si l’on dit faus­se­ment toutes sortes de mal contre vous à cause de moi, à cause de ma royau­té, à cause de mes droits, à cause de ma loi, à cause de ma foi, à cause de mes commandements. 

    Réjouissez-​vous, tres­saillez de joie, parce que votre récom­pense est grande dans les cieux. » 

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. 

    Ainsi soit-​il. 

    Source : FSSPX Actualités.

    Supérieur Général FSSPX

    M. l’ab­bé Davide Pagliarani est l’ac­tuel Supérieur Général de la FSSPX élu en 2018 pour un man­dat de 12 ans. Il réside à la Maison Générale de Menzingen, en Suisse.