Abbé Pagliarani : “Des sacres, par fidélité à l’Église et aux âmes” 

Sermon du 2 février 2026 au Séminaire Saint-Curé‑d’Ars. 

Chers confrères, chers sémi­na­ristes, chères sœurs et chers fidèles, 

Quelle joie de pou­voir bénir l’habit de vingt-​deux nou­veaux sémi­na­ristes, en ce jour béni dans lequel Notre-​Seigneur, pour la pre­mière fois, va au Temple pour se pré­sen­ter lui-​même devant son Père, pour mani­fes­ter exté­rieu­re­ment l’offrande de lui-​même, de sa vie. “Me voi­ci pour faire ta volon­té”. “C’est la rai­son pour laquelle je me suis incar­né et aujourd’hui, je le mani­feste”. Autant que pos­sible, ces dis­po­si­tions par­faites de Notre-​Seigneur doivent être les dis­po­si­tions d’un jeune homme qui veut don­ner sa vie à Notre-​Seigneur pour mon­ter un jour à l’autel. Quel bel exemple ! C’est le modèle à suivre pen­dant toute notre vie. Et cela a lieu dans l’humilité : l’humilité de Notre-​Dame et l’humilité de Notre-​Seigneur. Notre-​Dame, l’Immaculée, la Vierge per­pé­tuelle, accepte le rite de la puri­fi­ca­tion selon la loi de Moïse. Jamais aucune créa­ture n’a été ni ne sera aus­si pure que la Vierge, mais par humi­li­té, elle accepte ce rituel. Et au moyen de l’offrande de deux colombes, une en holo­causte et une pour les péchés, elle est puri­fiée. C’était l’offrande des pauvres. Et Notre-​Seigneur, lui-​même, est rache­té parce qu’en tant que premier-​né, il appar­te­nait à Dieu et il est rache­té en payant une petite somme de cinq sicles, cinq pièces de mon­naie. Lui qui était lui-​même le Rédempteur, lui qui était lui-​même le prix de notre rachat, il accepte d’être rache­té par quelques pièces de mon­naie. Quelle humi­li­té ! Ils n’étaient pas stric­te­ment obli­gés d’aller à Jérusalem pour ce rituel. Les Juifs qui habi­taient très loin pou­vait faire cela par pro­cu­ra­tion. Mais ils veulent, la Sainte Famille veut bien accom­plir la Loi par obéis­sance. Quel exemple magni­fique ! Notre-​Seigneur nous appa­raît déjà obéis­sant, obéis­sant jusqu’à la mort. Nous connais­sons la per­fec­tion de ses dis­po­si­tions inté­rieures. Il est déjà prêt à tout don­ner pour notre rachat et pour accom­plir l’obéissance envers son père, pour accom­plir sa volon­té. Vous voyez com­ment dans ce contexte d’immolation déjà par­faite, nous avons un pré­lude de la Croix, de la Passion. 

Notre-​Seigneur ne peut nous laisser indifférents 

Et c’est dans cette scène si simple, si ordi­naire appa­rem­ment, mais aux yeux de Dieu si unique, parce que la Rédemption a déjà com­men­cé, c’est dans cette scène qu’apparaît Siméon. Ce vieillard prend la parole et son dis­cours est fait de deux par­ties oppo­sées l’une à l’autre. D’abord, la joie, la joie, de voir Notre-​Seigneur, de le prendre dans ses bras. Une joie pro­por­tion­nelle au désir qu’il avait eu jusqu’à ce jour. “J’ai vu, fina­le­ment, j’ai vu le Sauveur, le Salut d’Israël, je l’ai vu”. Dans l’éternité, nous ne ferons pas autre chose que contem­pler ce que Siméon a contem­plé dans ses bras pen­dant ces quelques ins­tants : ce salut, ce sau­veur, qui a été pré­pa­ré par la Providence divine depuis tou­jours. L’Incarnation était dans l’esprit de Dieu – si l’on peut dire ain­si – pour tout le peuple, ante faciem omnium popu­lo­rum, lumen ad reve­la­tio­nem gen­tium : c’est le seul Sauveur qui est don­né, qui est pro­po­sé, à tous les peuples, à toutes les races sans dis­tinc­tion. Quelle joie ! Quelle joie dans les yeux et dans les paroles de ce vieillard : cette lumière pour ensei­gner la véri­té, la seule voie du salut. 

Cette joie, de Siméon, cette lumière, est tout d’un coup comme inter­rom­pue brus­que­ment par cette annonce faite à Notre-​Dame et Saint Joseph. Il se tourne vers eux, il les bénit et il va leur dire quelque chose sur un autre ton – qui a un lien avec ce qui pré­cède bien sûr. Qu’est-ce qu’il va leur dire concrè­te­ment ? Il va leur dire que cette rédemp­tion du genre humain par cet enfant va se faire dans la souf­france, va se faire dans la croix, va se faire par la Passion. Cet enfant va être un signe de contra­dic­tion. C’est une très belle défi­ni­tion de Notre-​Seigneur. C’est un signe de contra­dic­tion. Qu’est-ce que cela signi­fie dans un lan­gage un peu plus moderne ? Cela signi­fie que Notre-​Seigneur ne dia­logue pas. C’est un signe de contra­dic­tion. Notre-​Seigneur affirme la véri­té. Il la mani­feste par sa parole, et il la confirme par ses miracles. Il la pro­pose et il dit clai­re­ment que c’est la seule voie du salut. Il n’y en a pas d’autre. Pourquoi dit-​il ça ? Parce qu’il ne peut pas trom­per les âmes. Il n’est pas venu dans ce monde pour trom­per les âmes. Il est venu pour les sau­ver. Il mani­feste la véri­té. Il sera per­sé­cu­té. Et aus­si ceux qui vont le suivre seront eux aus­si un signe de contra­dic­tion. Il faut choi­sir. On ne peut pas res­ter indif­fé­rent devant Notre-​Seigneur. On ne peut pas res­ter indif­fé­rent devant la Rédemption. Celui qui reste indif­fé­rent a déjà choi­si son camp. Celui qui reste indif­fé­rent a refu­sé Notre-​Seigneur. Et Siméon dit cela de façon assez claire quand il ter­mine sa pro­phé­tie. Il dit que tout cela, cette mani­fes­ta­tion de Notre-​Seigneur, sa Rédemption, tout cela aura lieu afin que les pen­sées de beau­coup de cœurs soient révé­lées. Qu’est-ce que cela signi­fie ? Dans quel sens, les pen­sées des cœurs des hommes seront-​elles révé­lées, mani­fes­tées ? En ce sens-​là, dans ce sens que per­sonne ne pour­ra res­ter réel­le­ment indif­fé­rent devant Notre-​Seigneur. Il fau­dra choi­sir. C’est un signe de contra­dic­tion. Et Notre-​Seigneur lui-​même va le dire un jour : “Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. Et celui qui ne ramasse pas avec moi, dis­perse”. Et cette révé­la­tion du mys­tère de la Rédemption qui va se faire par la souf­france de Notre-​Seigneur sera accom­pa­gnée par une autre souf­france. Vous voyez : dès la pre­mière mani­fes­ta­tion de ce mys­tère de la Rédemption par la souf­france de Notre-​Seigneur, Dieu a vou­lu que Notre-​Dame soit asso­ciée à cette œuvre. Et que le rôle de Notre-​Dame à côté de Notre-​Seigneur soit révé­lé en même temps que le rôle de Notre-​Seigneur est révé­lé aux hommes. Siméon s’adressant à la Vierge, lui dit : “Une épée de dou­leur trans­per­ce­ra ton cœur. Ton âme sera tra­ver­sée par un glaive”. Quel mys­tère lié à cette parole ! Un mys­tère que nous pou­vons péné­trer, un mys­tère extrê­me­ment cher à l’Église. C’est le mys­tère de la coré­demp­tion, de l’association de Notre-​Dame à l’œuvre de Notre-Seigneur. 

La place de Notre-​Dame dans la Rédemption 

Là, on com­prend bien pour­quoi l’ange avait deman­dé le consen­te­ment de la Vierge, son “fiat”. La Vierge com­pre­nait bien que deve­nir la mère de Dieu vou­lait dire deve­nir la mère d’un Dieu souf­frant, d’un Dieu rédemp­teur, d’un Messie souf­frant, tel qu’il avait été décrit dans l’Ancien Testament. Elle a dit : “Oui, je l’accepte, si c’est la volon­té de Dieu, je l’accepte.” Dieu s’incarne dans un but bien pré­cis. Et Notre-​Dame le savait. Elle accepte sur­tout cela. Mais pour­quoi ? Pourquoi, dans sa sagesse divine, Dieu a‑t-​il vou­lu asso­cier de cette manière Notre-​Dame à la Passion de Notre-​Seigneur ? Pourquoi ? C’est que Notre-​Seigneur va sau­ver les âmes, mais il deman­de­ra à chaque âme sa propre coopé­ra­tion. Il deman­de­ra à cha­cun son adhé­sion à la foi, sa part de souf­france. Et Notre-​Dame, pré­ser­vée du péché ori­gi­nel avant sa concep­tion, Notre-​Dame était d’une cer­taine manière la rache­tée la plus par­faite, unique, jamais effleu­rée par le péché et logi­que­ment, Dieu a deman­dé à Notre-​Dame une coopé­ra­tion à l’œuvre de la Rédemption pro­por­tion­nelle à sa sain­te­té. Quel mys­tère ! Il y a der­rière cela une vision pro­fon­dé­ment chré­tienne, pro­fon­dé­ment catho­lique. Dieu veut la coopé­ra­tion des créa­tures et a fait de Notre-​Dame le pro­to­type de cette coopération. 

Dieu a deman­dé à Notre-​Dame une coopé­ra­tion à l’œuvre de la Rédemption pro­por­tion­nelle à sa sainteté.

Vous voyez bien cela dans le pro­tes­tan­tisme qui détruit toute coopé­ra­tion : c’est seule­ment Dieu qui sauve les pré­des­ti­nés. C’est la théo­lo­gie de Luther. Et par consé­quent, les pro­tes­tants, qu’est-ce qu’ils rejettent ? Puisque cette coopé­ra­tion n’est pas néces­saire, qu’est-ce qu’il rejette le pro­tes­tant, logi­que­ment ? Il rejette la vie reli­gieuse, les mor­ti­fi­ca­tions, il rejette la messe, parce que la sainte messe, dans une pers­pec­tive pro­tes­tante, est un effort, une coopé­ra­tion humaine à une œuvre qui est seule­ment divine. Il rejette le culte des saints, parce qu’on n’a pas besoin d’intercesseur, d’intermédiaire. Et il rejette sur­tout le culte de Notre-​Dame. C’est ter­rible. Cela signi­fie détruire, en quelque manière, la Rédemption telle que Dieu l’a vou­lue. Mais c’est logique. Et il faut le dire : à un autre niveau, d’une manière dif­fé­rente, le moder­nisme, a fait la même chose. Le moder­nisme, sans nier tout cela, le déna­ture. Derrière le bou­clier mal pla­cé d’un chris­to­cen­trisme mal com­pris, c’est-à-dire dans la crainte fausse d’enlever à Notre-​Seigneur sa cen­tra­li­té, le moder­nisme, lui aus­si dimi­nue tout cela, dimi­nue la coopé­ra­tion humaine, les efforts, les mor­ti­fi­ca­tions ; la vie reli­gieuse n’est plus com­prise, la messe, la messe est com­prise d’une toute autre manière et Notre-​Dame aus­si. Elle est un peu mise de côté de ce rôle qu’elle a dans la rédemp­tion, ce rôle cen­tral, c’est ter­rible ! Quand vous avez un tableau magni­fique, qu’est-ce qu’on fait pour le mettre en valeur ? On essaie de trou­ver un enca­dre­ment qui soit digne de ce tableau. Et c’est exac­te­ment ce que Dieu a fait avec la Sainte Vierge. Ce tableau magni­fique de la rédemp­tion, est enca­dré par la coré­demp­tion, est enca­dré par Notre-​Dame elle-​même. Quelle sagesse ! Et main­te­nant, on nous dit que pour mieux appré­cier la beau­té de ce tableau, pour ne pas la perdre, il fau­drait enle­ver cet encadrement. 

Notre-​Dame accompagne Notre-​Seigneur dans la souffrance 

[La par­tie qui suit a été pro­non­cée en ita­lien, nous en don­nons une tra­duc­tion] Par trois fois, la Très Sainte Vierge accom­pagne Notre-​Seigneur à Jérusalem. Aujourd’hui, la Présentation au Temple, la Purification de Marie, repré­sente le pre­mier voyage de la Vierge avec Jésus à Jérusalem. En deux autres occa­sions, la Madone l’accompagne, et ces trois épi­sodes sont enchaî­nés l’un à l’autre, ils sont sur le même axe. Ils ont un déno­mi­na­teur commun. 

Aujourd’hui Jésus, pré­sen­té au Temple, offre au Père son exis­tence. À douze ans, accom­pa­gné encore par la Sainte Vierge, Jésus offre au Père sa sagesse. À douze ans, Jésus mani­feste sa sagesse divine et l’offre au Père, pré­sen­té au Temple encore une fois accom­pa­gné par la Sainte Vierge. La troi­sième fois sera au Calvaire : Jésus est alors accom­pa­gné par la Sainte Vierge pour offrir encore une fois au Père sa propre vie et son propre sang. 

Qu’ont en com­mun ces trois épi­sodes si dif­fé­rents et pour­quoi la Très Sainte Vierge est-​elle tou­jours pré­sente ? Elle accom­pagne Notre-​Seigneur, par trois fois, dans la dou­leur et dans la souf­france. La pre­mière fois, aujourd’­hui, le 2 février : l’annonce de Siméon : « Un glaive te trans­per­ce­ra le cœur ». À douze ans : elle l’accompagne encore une fois au Temple. Et encore le déchi­re­ment ter­rible, la dou­leur d’avoir per­du Notre-​Seigneur ; c’est l’épreuve la plus inima­gi­nable pour Marie. La troi­sième fois : elle l’accompagne encore dans la dou­leur, dans la dou­leur du Calvaire. 

Mais pour­quoi, chaque fois qu’elle l’accompagne, doit-​elle le faire dans la dou­leur ? Parce qu’elle est Corédemptrice, parce qu’elle par­ti­cipe sys­té­ma­ti­que­ment à la Passion de Notre-​Seigneur. Elle la pré­pare avec Notre-​Seigneur : la Passion de Notre-​Seigneur est aus­si la sienne. C’est évident. 

Et quelle est la consé­quence de cette véri­té, qui est dans l’Évangile (ce n’est pas une inven­tion) ? Quelle est la consé­quence de cela ? C’est que de même que Marie a été pré­sente pen­dant toute la vie de Notre-​Seigneur et l’a sui­vi dans sa Passion, dans tout ce qui pré­pa­rait et se réfé­rait à sa Passion, ain­si aujourd’­hui Marie – c’est logique – conti­nue d’être l’alliée de Notre-​Seigneur et de dis­pen­ser les grâces qui sont le fruit de la Passion qui fut aus­si la sienne, à laquelle elle a été asso­ciée dès aujourd’­hui, dès l’annonce de Siméon. Quel grand mys­tère ren­fer­mé dans ce glaive ! [Fin du pas­sage pro­non­cé en ita­lien] 

Face à la question de Notre-​Seigneur au Jugement : Qu’as-tu fait de ma Mère ? 

Une der­nière consi­dé­ra­tion. Comment Notre-​Dame a‑t-​elle pu offrir son fils, accep­ter d’offrir son fils et un tel fils ? On arrive à com­prendre qu’elle ait offert à Dieu elle-​même, son exis­tence, sa vir­gi­ni­té, mais un tel fils ? Comment est-​ce qu’elle a pu l’offrir ? Ce fils, vir­gi­na­le­ment conçu, vir­gi­na­le­ment enfan­té, dont elle était le seul parent ? La nature humaine de Notre-​Seigneur vient toute de Notre-​Dame, inté­gra­le­ment. C’est sa chair imma­cu­lée, c’est son sang imma­cu­lé qui ont for­mé l’humanité de Notre-​Seigneur, exclu­si­ve­ment. Ce fils par­fait qu’elle adore, com­ment a‑t-​elle a pu l’offrir ? Comment a‑t-​elle pu dire “oui” ? Pas seule­ment, “je dis oui et je reste à Nazareth” mais “je dis oui et je l’accompagne, je dis oui posi­ti­ve­ment”. Comment a‑t-​elle a pu faire cela ? Comment expli­quer cela ? La réponse est très simple : elle l’a fait par amour pour nous. Ce n’est pas une fable ! C’est l’Évangile. Allons-​nous renon­cer à cette doc­trine, allons-​nous oublier cette épée plan­tée dans le cœur de Notre-​Dame, allons-​nous oublier ce qu’elle signi­fie, allons-​nous oublier ce que Notre-​Dame a fait au pied de la croix ? Allons-​nous oublier la coré­demp­tion ? Pas ques­tion, c’est notre foi. 

Allons-​nous oublier la coré­demp­tion ? Pas ques­tion, c’est notre foi.

C’est le cœur de notre foi. C’est ce que nous avons de plus cher. Le jour du juge­ment, Notre-​Seigneur nous mon­tre­ra ses plaies. Notre-​Seigneur juge l’humanité, en nous mon­trant ses plaies, et en deman­dant à chaque homme : “Qu’est-ce que tu as fait de mes plaies, qu’est-ce que tu as fait de ma Passion ? Est-​ce que tu t’es réfu­gié dans mon côté ou tu as pré­fé­ré le monde ? Qu’est-ce que tu as fait de mon sang répan­du sur la croix ? Qu’est-ce que tu as fait de la Sainte Eucharistie ? Qu’est-ce que tu as fait de ma grâce ?” Et il nous pose­ra aus­si une der­nière ques­tion : “Qu’est-ce que tu as fait de ma mère ? Je n’avais plus rien, j’étais dépouillé de tout, aban­don­né de tout le monde, je n’avais plus une goutte de sang dans mon corps, je n’avais plus que ma mère avec moi. Mais pas n’importe quelle mère, une mère que je m’étais pré­pa­rée, une mère imma­cu­lée, une mère pleine de grâce, la mère de Dieu. Je l’avais pré­pa­rée pour moi, pour m’incarner, pour venir dans ce monde. Une mère qui m’a accom­pa­gné dès la pré­sen­ta­tion au Temple jusqu’à la croix. Dans ma Passion, elle ne m’a jamais aban­don­né. Je n’avais plus qu’elle et je l’ai don­née à toi afin qu’elle puisse conti­nuer à for­mer dans ton âme, quelque chose de mes traits, quelque chose qui, d’une manière ou d’une autre, puisse me res­sem­bler, à moi. Je t’ai don­né ma mère. Qu’est-ce que tu as fait de ma mère ? Elle m’avait engen­dré dans la crèche sans dou­leur, entou­rée de can­tiques célestes, dans la pau­vre­té mais sans dou­leur ; elle t’a engen­dré au pied de la croix. Qu’est-ce que tu as fait d’elle ? Comment l’as-tu trai­tée, hono­rée ? Est-​ce que tu l’as trai­tée vrai­ment comme une mère ? On n’y échappe pas. C’est la ques­tion que Notre-​Seigneur va nous poser. Pouvons-​nous renon­cer à cette doc­trine tel­le­ment belle ? Tellement pro­fonde ? Qui nous mani­feste à l’excès la cha­ri­té de Notre-​Seigneur ? Avons-​nous peur qu’en trai­tant Notre-​Dame comme elle le mérite, comme coré­demp­trice, elle nous éloigne du mys­tère de la Rédemption dans lequel, elle-​même, est plon­gée tota­le­ment ? Un chré­tien peut-​il avoir cette crainte ? Inadmissible, c’est inad­mis­sible ! Peut-​on trom­per les âmes de cette manière ? C’est inad­mis­sible ! Peut-​on éloi­gner les âmes de Notre-​Dame, alors que son rôle, ce n’est pas seule­ment de nous ame­ner à Notre-​Seigneur, mais c’est encore de for­mer Notre-​Seigneur dans notre âme ? C’est inadmissible ! 

Des sacres par fidélité à l’Eglise et aux âmes 

Nous pen­sons que le moment est arri­vé pour pen­ser à l’avenir de la Fraternité Saint-​Pie X, à l’avenir de toutes les âmes, que nous ne pou­vons pas oublier, que nous ne pou­vons pas aban­don­ner ; et bien sûr au bien que nous devons et nous pou­vons faire à l’Église. Et cela amène une ques­tion qu’on se pose depuis long­temps et à laquelle aujourd’hui peut-​être il faut don­ner une réponse. Faut-​il encore attendre avant de pen­ser à consa­crer des évêques ? Nous avons atten­du, prié, obser­vé l’évolution des choses dans l’Église, nous avons deman­dé conseil. Nous avons écrit au Saint-​Père pour pré­sen­ter avec sim­pli­ci­té la situa­tion de la Fraternité, expli­quer ses besoins et en même temps pour confir­mer au Saint-​Père notre unique rai­son d’être : c’est le bien des âmes. Nous avons écrit au Saint-​Père : Très Saint-​Père, nous n’avons qu’une inten­tion, celle de faire de toutes les âmes qui s’adressent à nous des vrais fils de l’Église catho­lique et romaine. Nous n’avons jamais d’autre inten­tion et nous gar­de­rons tou­jours cette inten­tion. Et le bien des âmes cor­res­pond au bien de l’Église. L’Église n’existe pas dans les nuages. L’Église existe dans les âmes. Ce sont les âmes qui forment l’Église. Et si on aime l’Église, on aime les âmes, on veut leur salut et on veut faire le pos­sible pour leur offrir les moyens de faire leur salut. 

Si on aime l’Église, on aime les âmes, on veut leur salut et on veut faire le pos­sible pour leur offrir les moyens de faire leur salut. Allons-​nous aban­don­ner les âmes ?

Donc on a écrit au Saint-​Père de com­prendre cette situa­tion très par­ti­cu­lière dans laquelle se trouve la Fraternité et lui lais­ser prendre les moyens pour conti­nuer cette œuvre dans une situa­tion excep­tion­nelle, nous le recon­nais­sons, mais cette œuvre encore une fois n’a pour but que de pré­ser­ver la Tradition, pour le bien des âmes. Eh bien ces rai­sons mal­heu­reu­se­ment ne semblent pas inté­res­ser, ne sont pas convain­cantes ; disons que ces rai­sons n’ont pas trou­vé une porte ouverte auprès du Saint-​Siège pour l’instant. Nous le regret­tons beau­coup ; mais alors qu’est-ce que nous allons faire ? Allons-​nous aban­don­ner les âmes ? Allons-​nous leur dire qu’il n’y a pas de néces­si­té, fina­le­ment, que la Fraternité conti­nue son œuvre ? Que fina­le­ment, tout va à peu près bien, autre­ment dit, qu’il n’y a plus d’état de néces­si­té dans l’Église qui jus­ti­fie­rait notre apos­to­lat, notre exis­tence, pour secou­rir l’Église – pas pour la défier, jamais ! On est là pour ser­vir l’Église et on sert l’Église en prê­chant la foi et en disant la véri­té aux âmes. Et pas en racon­tant des fables aux âmes. Pouvons-​nous dire aux âmes que mal­gré tout, tout va bien ? Non ! Cela signi­fie­rait tra­hir les âmes et tra­hir les âmes signi­fie­rait tra­hir l’Église. Nous ne pou­vons pas le faire. C’est pour cela que nous pen­sons que le 1er juillet pro­chain pour­rait être une bonne date, une date idéale, c’est la fête du Très Précieux Sang de Notre-​Seigneur. C’est la fête de la Rédemption. Nous n’avons rien d’autre qui nous inté­resse. C’est ce que nous avons de plus cher, c’est le sang de Notre-​Seigneur qui coule de ses pieds sous la croix, sous le bois de la croix et qui a été ado­ré tout d’abord par Notre-​Dame au pied de cette croix et que nous conti­nuons d’adorer au pied de l’autel. C’est la seule chose qui nous inté­resse, c’est la seule chose que nous vou­lons don­ner aux âmes. Et les âmes ont droit à cela, ce n’est pas un pri­vi­lège, les âmes ont droit à cela. Nous ne pou­vons pas les aban­don­ner. Les pro­chains jours, bien sûr, nous comp­tons vous don­ner plus de ren­sei­gne­ments, plus d’explications. Il faut bien com­prendre pour­quoi. Il faut bien com­prendre l’enjeu de tout cela. C’est capi­tal. Mais en même temps, il faut com­prendre cela dans la prière. Cela ne suf­fit pas de pré­pa­rer les intel­li­gences. Il ne suf­fit pas, je dirais, d’une approche apo­lo­gé­tique, pure­ment apo­lo­gé­tique à tout cela. Il faut pré­pa­rer les cœurs, nos cœurs, c’est une grâce, c’est une grâce et il faut s’accrocher à cette grâce. Il faut remer­cier le Bon Dieu, il faut que nous nous pré­pa­rions. Oui des sacres, des sacres, encore une fois, pas pour défier l’Église, ce n’est pas un défi. Des sacres par fidé­li­té à l’Église et aux âmes. 

Défier l’Eglise, jamais ! On est là pour la ser­vir et on sert l’Église en prê­chant la foi et en disant la véri­té aux âmes.

Et j’ajoute une der­nière consi­dé­ra­tion. J’assume, j’assume plei­ne­ment la res­pon­sa­bi­li­té de cette déci­sion. Je l’assume, d’abord devant Dieu, je l’assume devant la Très Sainte Vierge, devant Saint Pie X. Je l’assume devant le Pape. J’aimerais un jour, pou­voir ren­con­trer le pape avant le 1er juillet, j’aimerais lui expli­quer, lui faire com­prendre nos inten­tions réelles, pro­fondes, notre atta­che­ment à l’Église, qu’il le sache, qu’il le com­prenne. Et j’assume cette res­pon­sa­bi­li­té devant l’Église, bien sûr. Et devant la Fraternité, tous les membres de la Fraternité et devant, je le répète encore, toutes les âmes qui d’une manière ou d’une autre, ont recours à nous, nous demandent de l’aide ou nous deman­de­ront de l’aide, toutes ces âmes, toutes ces voca­tions que la Providence nous a envoyées et qu’elle conti­nue de nous envoyer. J’assume cette res­pon­sa­bi­li­té devant elles aus­si, toutes et cha­cune en par­ti­cu­lier, car une âme a une valeur infi­nie. Et dans l’Église, ne l’oubliez jamais, dans l’Église, la loi des lois, la loi qui prime sur toutes les autres, c’est le salut des âmes. Ça n’est pas le bavar­dage, ça n’est pas le synode, ça n’est pas l’œcuménisme, ce ne sont pas les expé­ri­men­ta­tions litur­giques, les nou­velles idées, les nou­velles évan­gé­li­sa­tions, c’est le salut des âmes. C’est la loi des lois. Et cette loi nous avons le devoir, tous, cha­cun à notre place, de l’observer et de nous dépen­ser tota­le­ment pour obser­ver cette loi. Pourquoi (Je ter­mine) ? Parce qu’aujourd’hui, Notre-​Dame et Notre-​Seigneur nous enseignent que durant leur exis­tence, ici sur terre, ils n’ont eu aucune autre idée, aucun autre but que celui de sau­ver les âmes. Et comme on disait, d’une manière ou d’une autre, cha­cun d’entre nous selon ses talents, selon sa place, doit faire tout ce qu’il peut, doit don­ner sa contri­bu­tion pour sau­ver son âme à lui et celle des autres. 

Ainsi soit-​il. 

Supérieur Général FSSPX

M. l’ab­bé Davide Pagliarani est l’ac­tuel Supérieur Général de la FSSPX élu en 2018 pour un man­dat de 12 ans. Il réside à la Maison Générale de Menzingen, en Suisse.