Méditation pour le mois du Précieux Sang.
Une tradition ancienne nous rapporte qu’une femme pieuse de Jérusalem, témoin de la montée de Jésus au Calvaire et bravant la loi qui interdisait toute manifestation de pitié envers les condamnés, fendit alors hardiment la foule et s’élança vers Lui pour essuyer de son voile blanc sa Face souillée et meurtrie.
Les plaies, les crachats, la boue ont rendu méconnaissable Celui que le Prophète avait dépeint comme le plus beau des enfants des hommes.
Devant ce visage exténué, ce front labouré par le cercle d’épines qu’on y a enfoncé, ces yeux injectés de sang où, seule, la Miséricorde infinie pouvait encore trouver une expression, son cœur, saisi de compassion, l’a précipitée vers l’innocente Victime, dont elle a dû connaître les miracles et les bienfaits. Geste spontané d’une femme pitoyable qui n’écoute que son cœur, et qui se révolte contre la cruelle iniquité de ce supplice, ou qui veut seulement extérioriser l’ardeur de son amour, par un geste de délicate commisération, peu importe. Elle, qui ne veut que consoler, recevra cette insigne consolation de garder sur son voile l’empreinte du Sang divin. Il y a tout un problème historique qui se pose à propos de cette femme, probablement une Gauloise, appelée Bérénice, dont une déformation populaire a fait Véronique, et que le calendrier des Saints honore le 8 Mars. On y avait vu tout d’abord Marthe, l’hôtesse de Jésus à Béthanie. Une autre légende en a fait la femme du publicain Zachée. Mais ce ne sont pas ces hypothèses qui doivent nous arrêter.
L’Eglise, dans sa prudence et son souci de la vérité historique, nous parle seulement d’une femme pieuse qui a essuyé le visage de Jésus. Et cette femme est une Sainte que l’Eglise vénère.
Par ailleurs, la scène qu’elle évoque n’est pas non plus racontée dans l’Evangile. L’Eglise en a autorisé le souvenir, dans la sixième station du Chemin de la Croix. Et c’est assez pour qu’elle parle à nos cœurs croyants.
Ce qu’Elle nous propose dans le culte de cette Véronique, c’est le modèle des âmes réparatrices qui tendent, par les délicatesses de leur amour, à honorer, avec une dévotion toute spéciale, la Face outragée du Sauveur, en Le consolant des opprobres et des ignominies par lesquels II a voulu expier nos fautes, celles de la vanité et de l’orgueil surtout.
Sans doute aussi, cette Véronique reste pour nous un modèle de charité.
Il y a, de par le monde, bien des regards embrumés de larmes, qu’on ne peut contenir, ou que, plus douloureusement encore, on refoule sans les laisser paraître. Saint Augustin les appelle « le sang du cœur ».
Nous préoccupons-nous suffisamment d’en dépister la trace, ou d’en pénétrer le secret ?
Les essuyer, en tarir les sources, c’est y voir transparaître la Face du Sauveur, c’est compatir à toutes ces souffrances du corps et du cœur, c’est contribuer à les soulager.
« Faire d’une larme une perle », chantait un poète.
Si nous y faisons descendre un rayon du Ciel et passer un souffle de tendresse, nous les changerions en joyaux de mérites.
Il y a aussi sur notre pauvre terre, des crucifiés de la violence et de la persécution, des sacrifiés de la vie, des victimes innocentes des passions humaines, depuis les enfants martyrs jusqu’aux chrétiens persécutés pour leur foi.
C’est le divin visage du Christ qui saigne sous les coups de la haine et de la cruauté. Leur apportons-nous toujours le soutien de notre pitié secourable, de notre aide spirituelle et matérielle ?
Ce sont surtout ces considérations surnaturelles qui ont amené le saint homme de Tours, M. Dupont, à promouvoir la dévotion à la Sainte Face, et la petite sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus à en graver le culte dans son cœur, en se le rappelant dans son nom de religieuse, auquel elle tenait tant.
Ayons souvent devant les yeux la Face outragée et sanglante de Jésus.
Essuyons-la avec le fin lin de notre amour consolateur, ce lin blanc et pur tissé d’humilité, de compassion, de tendresse filiale.
C’est consoler Jésus que de savoir bien accepter pour son amour les incompréhensions, les critiques, les humiliations dont nous pouvons être l’objet, surtout si nous les croyons injustes. C’est Le consoler que d’être sûr de Lui, en particulier lorsque nous ne sentons pas, dans nos peines et nos épreuves, le soutien de sa Miséricorde.
C’est Le consoler enfin, de savoir n’accepter aucune autre consolation que celle de Le consoler.
Source : Chanoine Paul Thone, Mois du Précieux Sang, Trente thèmes de lectures ou de méditations spécialement pour le mois de juillet. Image : Godong.









