M. l’abbé Franz Schmidberger raconte ses 40 ans de sacerdoce dans la FSSPX – 8 décembre 2015


Monsieur l’abbé, vous fêtez cette année vos 40 ans de sacer­doce. Il y a 40 ans, la Fraternité était tout juste née dans la confu­sion de l’après-concile. Elle allait entrer dans une lutte gigan­tesque pour pré­ser­ver la Tradition ! Vous avez sui­vi toutes les péri­pé­ties de ces batailles, à la tête de la Fraternité de 1982 à 1994, puis dans les dif­fé­rents postes de com­bat qui furent les vôtres. Vous diri­gez actuel­le­ment le sémi­naire de langue alle­mande, à Zaitzkofen, où vous résidez.

Vocation

1- Quelle est l’origine de votre vocation ?

J’ai res­sen­ti pour la pre­mière fois l’appel du Seigneur à l’occasion d’une pre­mière messe, célé­brée dans un vil­lage voi­sin dont l’église est dédiée à la Vierge Marie Immaculée. J’avais alors à peine 12 ans. En arri­vant à la mai­son, je dis à ma mère : « Je vou­drais être curé moi aus­si ». Elle me répon­dit : « Si c’est vrai­ment ce que tu veux faire, je te le per­mets ». Ce pre­mier appel se per­dit au fil des ans mais réap­pa­rais­sait tou­jours, de façon spo­ra­dique, sans prendre vrai­ment forme.

2‑Pour quelles rai­sons êtes-​vous entré au sémi­naire de Mgr Lefebvre ?

Le 14 octobre 1972, après avoir pas­sé un diplôme de mathé­ma­tiques, je suis entré au sémi­naire Saint-​Pie X à Écône car, comme d’autres étu­diants du groupe de jeu­nesse dont je fai­sais par­tie à Munich, j’étais fer­me­ment oppo­sé au Novus Ordo Missæ et à toute la moder­ni­sa­tion de l’Église. Je ne serais jamais entré dans un sémi­naire ayant adop­té la nou­velle litur­gie, et je ne vou­lais pas non plus être ordon­né par un évêque qui célèbre la nou­velle messe.

3‑Comment résumeriez-​vous vos années pas­sées au séminaire ?

Il fal­lut tout d’abord amé­lio­rer mes connais­sances en fran­çais qui remon­taient au lycée. Mais ensuite le sémi­naire à Écône fut pour moi un vrai temps de grâces. En spi­ri­tua­li­té, nous avions un pro­fes­seur excellent, l’abbé Gottlieb, qui avait lui-​même été for­mé au Séminaire fran­çais de Rome. Le cha­noine Berthod, Directeur du sémi­naire et pro­fes­seur de théo­lo­gie morale, a pro­fon­dé­ment ancré en nous l’enseignement sco­las­tique de l’Église. Il y avait de plus le Père Spicq, un Dominicain, pour l’exégèse, et le Père Mehrle, Dominicain lui aus­si, pour les cours de dogme. Pour la vie de prière et le com­bat spi­ri­tuel, nous avons reçu notre for­ma­tion du Père Barrielle, Directeur spi­ri­tuel, qui nous a aus­si trans­mis le tré­sor ines­ti­mable que sont les Exercices spi­ri­tuels de saint Ignace : il a tout mis en œuvre pour que nous puis­sions, à notre tour, prê­cher les retraites igna­ciennes. On ne lui en sera jamais assez reconnaissant.

Mais par-​dessus tout, il y avait la figure de Mgr Lefebvre lui-​même, qui, en homme d’Église, don­nait le cap à suivre, et en vrai père pour ses sémi­na­ristes, a enra­ci­né en nos cœurs l’aversion pour les erreurs modernes, le libé­ra­lisme et le laï­cisme. Parmi les évé­ne­ments majeurs du sémi­naire, nous avons connu la visite cano­nique de novembre 1974 et la sup­pres­sion – par­fai­te­ment illé­gale – de la Fraternité le 6 mai 1975, qui entraî­na le départ d’une dou­zaine de sémi­na­ristes qui man­quaient de fermeté.

4‑En une seule année, vous avez reçu le sous-​diaconat, le dia­co­nat et la prê­trise ! Vous avez été ordon­né prêtre le 8 décembre 1975, en la fête de l’Immaculée Conception ; pouvez-​vous nous expli­quer ces circonstances ?

Comme j’avais déjà un peu étu­dié la phi­lo­so­phie à Munich, je suis pas­sé tout de suite après l’année de spi­ri­tua­li­té en troi­sième année. A cette époque, la for­ma­tion au sémi­naire se limi­tait encore à cinq années d’études ; j’ai donc reçu tout à fait nor­ma­le­ment le sous-​diaconat le 29 juin 1975, pen­dant l’Année sainte. Un peu plus tôt, Mgr Lefebvre m’avait char­gé de l’organisation du sémi­naire de langue alle­mande, à Weissbad (en Suisse), qui ouvrit effec­ti­ve­ment ses portes le 16 juillet, en la fête de Notre-​Dame du Mont Carmel. Un jeune prêtre fran­çais, nou­vel­le­ment ordon­né, devait en être le Directeur. Mi-​septembre, après une réunion pré­pa­ra­toire, celui-​ci dit à Monseigneur : « Je ne peux pas res­ter seul ici ; il faut que l’abbé Schmidberger vienne me sou­te­nir ». Le len­de­main matin, notre fon­da­teur avoua : « J’ai mal dor­mi cette nuit ». Puis, se tour­nant vers moi, il me dit : « Restez ici afin que vous soyez au moins deux membres de la Fraternité. J’avancerai votre ordi­na­tion. Vous pou­vez ache­ver vos études ici tout en don­nant déjà quelques cours. » Ainsi, à la fin de la retraite de ren­trée, le jour de la fête de la Maternité de la Sainte Vierge, il m’ordonna diacre à Weissbad, puis prêtre à Écône, le 8 décembre. Ma joie d’avoir reçu les trois ordres majeurs durant l’Année sainte était immense.

Supérieur Général

5‑Vous avez côtoyé Mgr Lefebvre pen­dant de nom­breuses années, com­ment en vint-​il à vous confier, de son vivant, la direc­tion de la Fraternité ?

Accompagné de l’abbé Wodsak, j’ai ren­con­tré pour la pre­mière fois Mgr Lefebvre le 12 mars 1972, dimanche de Laetare, à Fribourg en Suisse, où se trou­vait alors la mai­son de la Fraternité. Nous avons ser­vi sa messe et par­lé de notre ins­crip­tion au sémi­naire d’Écône. En 1976, il me confia la direc­tion du sémi­naire alle­mand, d’abord deux ans à Weissbad puis un an à Zaitzkofen. Ensuite, il me nom­ma à la tête du dis­trict de l’Allemagne et de l’Autriche, qui en ces débuts ne for­mait qu’une seule entité.

En homme sage, qui ne cherche pas sa propre gloire, il se sou­ciait de la péren­ni­té de son œuvre après sa mort, et réflé­chis­sait à un suc­ces­seur, auquel il pour­rait pro­di­guer conseils et assis­tance pen­dant le temps qu’il lui res­te­rait à vivre. Ainsi le Chapitre géné­ral de 1982 choi­sit, sur sa pro­po­si­tion, mon humble per­sonne comme Vicaire géné­ral, avec le droit de lui suc­cé­der à la tête de la Fraternité. Puis en 1983, lorsqu’il annon­ça le jour de la fête des saints Pierre et Paul aux fidèles, venus assis­ter aux ordi­na­tions sacer­do­tales, sa déci­sion de se reti­rer de la direc­tion de la Fraternité, il leur deman­da de s’adresser désor­mais à son successeur.

6‑Quels sont vos sou­ve­nirs de 1988 ?

Notre véné­ré fon­da­teur me fit part pour la pre­mière fois de ses réflexions sur la consé­cra­tion d’évêques en août 1983, après quelques pro­blèmes de san­té. L’idée fut ensuite, dans un pre­mier temps, écar­tée. Monseigneur consul­ta des prêtres et des laïcs en 1985. A La Reja, il s’entretint avec Mgr de Castro Mayer qu’il encou­ra­gea à effec­tuer d’abord une consé­cra­tion à Campos, mais sans suc­cès. Avec le ras­sem­ble­ment d’Assise en 1986 et les réponses très déce­vantes à nos Dubia sur la liber­té reli­gieuse, on se réso­lut d’un com­mun accord à faire une der­nière ten­ta­tive pour obte­nir un règle­ment paci­fique de notre situa­tion. Nous accep­tions la visite cano­nique pro­po­sée par Rome, qui fut conduite par le car­di­nal Gagnon et Mgr Perl du 8 novembre au 8 décembre 1987. Comme Monseigneur s’apercevait qu’il ne pou­vait accor­der aucune confiance, mal­gré le compte-​rendu très posi­tif de cette visite, aux per­sonnes en place à Rome à cette époque, il se pré­pa­rait mal­gré la pres­sion, les influences et les sup­pli­ca­tions de toute part, à pro­cé­der au sacre du 30 juin, pour le bien de l’Église. Une seule pen­sée en effet le gui­dait : sans évêque catho­lique, plus de prêtre catho­lique ; et sans prêtre catho­lique, plus de sainte Messe. Pour cela, les can­di­dats au sacre furent choi­sis d’un com­mun accord entre Mgr Lefebvre et le Supérieur général.

7‑Après les sacres de 1988, vous étiez Supérieur géné­ral d’une petite congré­ga­tion, en dif­fi­cul­té avec Rome et com­pre­nant 5 évêques dont le fon­da­teur ! Mais son expan­sion mis­sion­naire était incroyable. Comment avez-​vous vécu ces contradictions ? 

Lorsque Monseigneur remit la Fraternité en d’autres mains, elle pos­sé­dait des mai­sons dans douze pays : en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Angleterre, en Irlande, aux États-​Unis, au Canada, en Argentine et en Australie. A cela venaient s’ajouter, en 1984, cinq fon­da­tions : au Mexique, en Colombie, en Afrique du Sud, en Hollande et au Portugal. En 1986, la Fraternité s’établissait au Gabon, en Inde, en Nouvelle-​Zélande et au Chili ; en 1987, au Zimbabwe. En 1988, le sémi­naire Holy Cross ouvrait ses portes en Australie. Puis l’expansion se ralen­tit sen­si­ble­ment, afin sur­tout de conso­li­der l’œuvre de l’intérieur. C’est seule­ment en 1993 qu’apparut la pre­mière fon­da­tion en Pologne et l’extension de l’apostolat vers les Pays de l’Est.

Les ordi­na­tions sacer­do­tales étaient très nom­breuses ces années-​là. Le sémi­naire d’Écône était si rem­pli qu’une répar­ti­tion des sémi­na­ristes avec un nou­veau sémi­naire en France, celui de Flavigny, s’avérait indispensable.

Naturellement, il n’était pas facile de diri­ger cette œuvre, car il fal­lait à la fois ren­for­cer la cohé­sion en interne et répondre en même temps aux demandes des fidèles du monde entier qui récla­maient notre venue. Avec la grâce de Dieu, la Fraternité y est assez bien par­ve­nue, non sans de nom­breuses dif­fi­cul­tés, des épreuves et des croix, mais aus­si avec des joies et des conso­la­tions profondes.

8‑Y a‑t-​il un sou­ve­nir par­ti­cu­lier que vous conser­vez de ces années d’expansion missionnaire ?

Un épi­sode extrê­me­ment triste, celui de la grande crise que tra­ver­sa le sémi­naire de La Reja en Argentine, et les dis­tricts d’Amérique du Sud et du Mexique en 1989. En un seul jour, c’était le 21 juin, la moi­tié des sémi­na­ristes, entraî­nés par leur ancien Directeur, par­tait en se moquant et déni­grant la Fraternité. En revanche, la recons­truc­tion de notre apos­to­lat aux États-​Unis, après la grande crise de 1983, fut une joie pro­fonde, le fruit mer­veilleux de la constance, de la patience et de la persévérance.

Partout les gens nous remer­ciaient de notre sou­tien pour main­te­nir la foi catho­lique, et pour ouvrir à nou­veau les sources de la sanc­ti­fi­ca­tion en célé­brant la Messe de tou­jours et en don­nant les sacre­ments, comme nos pères les ont reçus. Y a‑t-​il un bon­heur plus grand que de contri­buer à main­te­nir la foi au sein de nom­breuses familles, de célé­brer la sainte Messe, selon son rite ancien et véné­rable, dans de nom­breux pays ? Tout cela laisse de beaux sou­ve­nirs pro­fon­dé­ment gra­vés à l’esprit, et porte tou­jours l’âme à la recon­nais­sance et à l’admiration envers le bon Dieu.

Le 8 décembre 1984 fut un jour abso­lu­ment inou­bliable lorsque la Fraternité, avec tous les Supérieurs ras­sem­blés à Écône, se consa­crait solen­nel­le­ment à la Sainte Vierge, pour que ce ne soit plus notre œuvre mais son œuvre, et qu’elle garde cha­cun de ses membres dans une fidé­li­té à toute épreuve.

9‑Le jour de l’enterrement de Mgr Lefebvre, vous avez eu la charge déli­cate de pro­non­cer le ser­mon. Devenu orphe­lin, à quel point et com­ment Monseigneur a‑t-​il conti­nué d’être votre conseiller ?

En pre­mier lieu, je répon­drai ceci : peu de temps après la dis­pa­ri­tion de ce grand homme, le car­di­nal Thiandoum me deman­da s’il y avait des miracles attri­bués à Mgr Lefebvre. Je lui ai dit que le plus grand miracle qu’il fai­sait, chaque jour, était le main­tien de la Fraternité et même sa conti­nuelle expan­sion. Le Cardinal sou­rit et sem­bla satis­fait de cette réponse.

De plus, notre fon­da­teur nous a légué, à nous tous, un riche héri­tage, avec sur­tout ce mot d’ordre : « Ni libé­ral ni moder­niste, ni schis­ma­tique non plus », c’est-à-dire sépa­ré de Rome en se lais­sant prendre par l’erreur du sédé­va­can­tisme – donc demeu­rer catho­lique, catho­lique romain. En outre, il nous suf­fi­sait sim­ple­ment de suivre son ensei­gne­ment, sa spi­ri­tua­li­té, ses nom­breuses ins­truc­tions spi­ri­tuelles et son exemple, pour res­ter sur la voie qu’il avait tra­cée. Et il est tout à fait cer­tain que, dans l’éternité, il sou­tient de manière spé­ciale ceux qui portent la res­pon­sa­bi­li­té de la Fraternité Saint-​Pie X, comme il le fai­sait de son vivant.

10-​En 1994, Mgr Fellay est élu Supérieur géné­ral et vous rece­vez la charge d’Assistant. Pouvez-​vous com­men­ter cette expé­rience ? Avez-​vous alors mesu­ré davan­tage toute la ver­tu de Mgr Lefebvre lorsqu’il vous lais­sa diri­ger son œuvre ?

L’enseignement de cette élec­tion est le sui­vant : celui qui doit diri­ger la Fraternité est celui auquel les confrères, confor­mé­ment aux sta­tuts, accordent leur confiance, peu importe qu’il soit évêque ou simple prêtre. Monseigneur nous a don­né un bel exemple d’humilité et de sens du bien com­mun, que ce soit pour l’œuvre qu’il avait fon­dée ou pour l’Église. Après son retrait, il s’asseyait à la deuxième place à table, lais­sant la pre­mière au Supérieur géné­ral. Il convient, en de tels moments, de se sou­ve­nir des paroles du Christ : « Quand vous aurez fait ce qui vous a été ordon­né, dites : Nous sommes des ser­vi­teurs inutiles » (Lc 17, 10). Enfin nous devons, ou plu­tôt nous avons l’honneur de ser­vir une cause qui dépasse lar­ge­ment nos petites per­sonnes : Dieu et son royaume sur la terre. Quelle grâce, quel privilège !

Souvenirs et encouragements

11-​Vous avez été au plus près de Mgr Lefebvre dans ses trac­ta­tions avec Rome depuis les débuts de la Fraternité. Les cir­cons­tances ont chan­gé de Paul VI à Jean-​Paul II. Pendant un temps Monseigneur avait des appuis, des alliés et même des amis. Puis il a cher­ché des sou­tiens, il a espé­ré des réac­tions. Il a négo­cié un accord avant de se rendre à l’évidence qu’il ne rece­vrait pas l’aide néces­saire à la Tradition. Alors il a sacré des évêques. Selon vous, a‑t-​il pen­sé que rien de plus ne pour­rait être fait avec les auto­ri­tés romaines et que seul un miracle pour­rait les conver­tir ? Vous a‑t-​il don­né quelques direc­tives, des conseils pour le futur ?

Mgr Lefebvre pré­voyait très bien, après les consé­cra­tions épis­co­pales, la pos­si­bi­li­té de nou­veaux entre­tiens avec Rome. Un jour, au sujet de la direc­tion future de la Fraternité et en par­ti­cu­lier du Chapitre géné­ral à venir, en 1994, il m’a dit très pré­ci­sé­ment ceci : « Si Rome reprend à nou­veau contact avec vous, il vaut mieux évi­ter qu’un évêque soit Supérieur géné­ral car il sera peut-​être dif­fi­cile pour les auto­ri­tés romaines de trai­ter avec un évêque « excom­mu­nié » ; si ce n’est pas le cas, un évêque peut aus­si reprendre la direc­tion de la Fraternité ».

Il escomp­tait bien qu’un jour les choses se nor­ma­li­se­raient, et devraient se nor­ma­li­ser, eu égard en par­ti­cu­lier à ce que mon­traient les faits : d’une part le déclin et la décom­po­si­tion rapide et conti­nuelle de l’Église offi­cielle, de l’autre l’extension conti­nuelle et le déve­lop­pe­ment de la Fraternité. Justement en ce qui concerne de tels contacts, Monseigneur nous a pré­ci­sé la marche à suivre : il ne peut y avoir aucun com­pro­mis sur la doc­trine ni sur la foi catho­lique dans son inté­gra­li­té, mais on peut faire preuve de sou­plesse lorsqu’il s’agit de l’application des prin­cipes. Autrement dit : for­ti­ter in re, sua­vi­ter in modo [inflexible sur le fond, doux dans la manière]. Si les auto­ri­tés romaines, et en par­ti­cu­lier le pape lui-​même, nous appellent à unir nos efforts pour rechris­tia­ni­ser la socié­té, alors nous ne pour­rons que nous en réjouir en veillant cepen­dant à conser­ver notre inté­gri­té, à res­ter tels que nous sommes.

12-​La tra­di­tion catho­lique, à tra­vers la confes­sion de la foi et ses nom­breuses œuvres, est bien vivante aujourd’hui. Le flam­beau est pas­sé à la géné­ra­tion sui­vante. Quel encou­ra­ge­ment donneriez-​vous à ceux qui sont ten­tés par la las­si­tude ou l’amertume ? Que diriez-​vous aux jeunes qui jouissent main­te­nant des tré­sors sau­vés au prix de tant d’efforts ?

Il n’y a qu’une seule solu­tion : com­battre jusqu’au bout le moder­nisme et le libé­ra­lisme au sein de l’Église avec les armes de l’esprit, c’est-à-dire avec la saine doc­trine, une spi­ri­tua­li­té pro­fonde basée sur la sainte Messe, et par la sain­te­té de la vie. C’est seule­ment lorsque la foi, la litur­gie et la vie s’accordent entiè­re­ment, se com­plètent har­mo­nieu­se­ment, que notre posi­tion est convain­cante et obtien­dra à la longue la vic­toire. Continuons donc à com­battre ; Dieu lui-​même, en son temps, don­ne­ra la vic­toire dans l’Église et la socié­té, non pas à nous, mais au Christ Roi et Prêtre éter­nel. Du reste il y a aus­si de légers pro­grès visibles, par exemple l’octroi for­mel d’une juri­dic­tion pour la confes­sion aux prêtres de la Fraternité durant l’Année sainte, non­obs­tant le fait que nous admi­nis­trons ce sacre­ment, de façon valide et licite, en rai­son de l’état de néces­si­té dans l’Église. En résu­mé, la fatigue et l’amertume sont toutes les deux de mau­vais, très mau­vais conseil, sur­tout dans la situa­tion dif­fi­cile d’aujourd’hui.

13-Aujourd’hui vous êtes char­gé du sémi­naire de langue alle­mande, de la for­ma­tion des prêtres. Après ces 40 années de sacer­doce, qu’est-ce que vous vous vou­driez dire aux séminaristes ?

Nous dis­po­sons d’un héri­tage pré­cieux auquel il s’agit d’être fidèles : l’héritage d’un vrai père qui a ouvert de nou­veau, pour nous, les tré­sors de l’onction sacer­do­tale et du sacer­doce royal de Jésus-​Christ, et les sources de la sain­te­té. Il nous a éga­le­ment mon­tré, grâce à sa longue expé­rience de mis­sion­naire, com­ment rebâ­tir une chré­tien­té avec des sémi­naires, des paroisses, des écoles, des mai­sons de retraites, des centres de foi et de cha­ri­té chré­tiennes. Cette clé, cet emploi de tous les moyens que Notre Seigneur Jésus-​Christ nous a lais­sés, est ce qui manque aujourd’hui à la plu­part des évêques, même à ceux qui sont de bonne volon­té, qui voient et recon­naissent le désastre de l’Église ; en par­ti­cu­lier la prière per­sé­vé­rante, la confiance en la Divine Providence et aus­si la pénitence.

14-​Cette année vous avez voya­gé aux États-​Unis pour prê­cher des retraites sacer­do­tales. Vous avez ain­si revi­si­té quelques-​unes de nos cha­pelles amé­ri­caines. Quelles ont été vos impres­sions ? Quel mes­sage avez-​vous pour nos lec­teurs américains ?

Ces deux voyages aux États-​Unis m’ont per­mis de voir que l’apostolat y est flo­ris­sant. Je ne peux que féli­ci­ter les confrères, les remer­cier pour leur tra­vail et les encou­ra­ger à conti­nuer sur cette voie qui est catho­lique. Il n’y a pas d’autre solu­tion aux pro­blèmes de l’Église et de la société.

Je vou­drais aus­si remer­cier les fidèles amé­ri­cains pour leur sou­tien éner­gique et leur aide durant toutes ces années. Leur fidé­li­té a payé et por­té beau­coup de fruits. Continuez ce tra­vail, chers fidèles, avec tous vos talents, toutes vos capa­ci­tés, conti­nuez à sou­te­nir avec l’esprit clair et le cœur brû­lant cette œuvre, qui n’est pas notre œuvre, mais bien celle de Notre Dame, de son Cœur dou­lou­reux et immaculé.

De tout cœur, nous vous remer­cions, Monsieur l’abbé. Avec nos féli­ci­ta­tions et remer­cie­ments pour ces 40 ans de fidé­li­té, soyez assu­ré de nos prières. Ad mul­tos annos ! Nous fai­sons nôtre cette prière de Mgr Lefebvre le jour de votre ordination : 

« La fidé­li­té, si elle se rat­tache à la ver­tu de foi dans son fon­de­ment, dans sa pra­tique, la fidé­li­té se rat­tache à la ver­tu de force. C’est cette force, ce don de force, que nous deman­dons au Saint-​Esprit de vous don­ner dans votre sacerdoce ! »

Sources : Propos recueillis parle District des USA/​Traduction fran­çaise DICI du 08/​12/​15

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