Note sur les propos de Benoît XVI au sujet de l’utilisation du préservatif

Basilique Sainte-Marie-Majeure - 14 mars 2013 - Le Pape François priant devant la chasse de saint Pie V, le lendemain même de son élection, en la chapelle sixtine construite par Sixte V et dédiée à saint Pie V

Dans un livre-​entretien inti­tu­lé Lumière du monde, paru en alle­mand et en ita­lien le 23 novembre 2010 et à paraître en fran­çais et en anglais le 3 décembre, Benoît XVI admet, pour la pre­mière fois, l’u­ti­li­sa­tion du pré­ser­va­tif « dans cer­tains cas », « pour réduire les risques de conta­mi­na­tion » par le virus du sida. Ces pro­pos erro­nés deman­de­raient à être cla­ri­fiés et cor­ri­gés car leurs effets désas­treux – qu’une cam­pagne média­tique n’a pas man­qué d’exploiter – causent scan­dale et désar­roi par­mi les fidèles.

1. Ce que Benoît XVI a dit

À la ques­tion « l’Église catho­lique n’est-​elle pas fon­da­men­ta­le­ment contre l’u­ti­li­sa­tion de pré­ser­va­tifs ? », le pape répond, selon la ver­sion ori­gi­nale alle­mande : « Dans cer­tains cas, quand l’in­ten­tion est de réduire le risque de conta­mi­na­tion, cela peut quand même être un pre­mier pas pour ouvrir la voie à une sexua­li­té plus humaine, vécue autrement. »

Pour illus­trer son pro­pos, le pape donne un seul exemple, celui d’un « homme pros­ti­tué ». Il consi­dère que, dans ce cas par­ti­cu­lier, cela peut être « un pre­mier pas vers une mora­li­sa­tion, un début de res­pon­sa­bi­li­té per­met­tant de prendre à nou­veau conscience que tout n’est pas per­mis et que l’on ne peut pas faire tout ce que l’on veut ».

Il s’agit donc du cas de quelqu’un qui, com­met­tant déjà un acte contre nature, à des fins vénales, aurait le sou­ci de ne pas – en plus – conta­mi­ner mor­tel­le­ment son client.

2. Ce que Benoît XVI a voulu dire, selon son porte-parole

Ces pro­pos du pape ont été per­çus, par les media et les mou­ve­ments mili­tant en faveur de la contra­cep­tion, comme une « révo­lu­tion », un « tour­nant » ou à tout le moins une « brèche » dans l’enseignement moral constant de l’Eglise sur l’usage des moyens contra­cep­tifs. C’est pour­quoi le porte-​parole du Vatican, le P. Federico Lombardi, a fait paraître une note expli­ca­tive le 21 novembre où l’on peut lire : « Benoît XVI consi­dère une situa­tion excep­tion­nelle où l’exer­cice de la sexua­li­té repré­sente un véri­table risque pour la vie de l’autre. Dans ce cas, le pape ne jus­ti­fie pas mora­le­ment l’exer­cice désor­don­né de la sexua­li­té, mais retient que l’u­ti­li­sa­tion du pré­ser­va­tif pour dimi­nuer le dan­ger de conta­gion est “un pre­mier acte de res­pon­sa­bi­li­té”, “un pre­mier pas sur le che­min vers une sexua­li­té plus humaine”, plu­tôt que de ne pas en faire usage, expo­sant l’autre au péril de sa vie ».

Il convient ici de noter, pour être exact, que le pape parle non seule­ment d’un « pre­mier acte de res­pon­sa­bi­li­té », mais aus­si d’un « pre­mier pas vers la mora­li­sa­tion ». Dans le même sens, le car­di­nal Georges Cottier qui fut théo­lo­gien de la Maison pon­ti­fi­cale sous Jean-​Paul II et au début du pon­ti­fi­cat de Benoît XVI, avait décla­ré lors d’un entre­tien à l’Agence Apcom le 31 jan­vier 2005 : « Dans des situa­tions par­ti­cu­lières – et je pense à des milieux où cir­cule la drogue ou à des milieux où règnent une grande pro­mis­cui­té humaine et une grande misère, comme dans cer­taines zones d’Afrique et d’Asie – dans ces cas-​là, l’u­ti­li­sa­tion du pré­ser­va­tif peut être consi­dé­rée comme légitime ».

Légitimité de l’usage du pré­ser­va­tif envi­sa­gé comme un pas vers la mora­li­sa­tion, dans cer­tains cas, tel est le pro­blème posé par les pro­pos du pape dans Lumière du monde.

3. Ce que Benoît XVI n’a pas dit et que ses prédécesseurs ont toujours dit :

« Aucune ‘indi­ca­tion’ ou néces­si­té ne peut trans­for­mer une action intrin­sè­que­ment immo­rale en un acte moral et licite. » (Pie XII, Allocution aux sages-​femmes du 29 octobre 1951)

« Aucune rai­son assu­ré­ment, si grave soit-​elle, ne peut faire que ce qui est intrin­sè­que­ment contre-​nature devienne conforme à la nature et hon­nête. » (Pie XI, Encyclique Casti Connubii)

Or, l’usage de pré­ser­va­tifs est contre-​nature en ce qu’il détourne un acte humain de sa fin natu­relle. Leur uti­li­sa­tion demeure donc tou­jours immorale

A la ques­tion claire du jour­na­liste « l’Église catho­lique n’est-​elle pas fon­da­men­ta­le­ment contre l’u­ti­li­sa­tion de pré­ser­va­tifs ? », le pape répond par une situa­tion excep­tion­nelle et ne rap­pelle pas que l’Eglise est tou­jours fon­da­men­ta­le­ment oppo­sée à l’usage des préservatifs.

Or, que l’utilisation du pré­ser­va­tif soit une action intrin­sè­que­ment immo­rale et matière à péché mor­tel, est un point constant dans l’enseignement tra­di­tion­nel de l’Eglise, par exemple chez Pie XI et Pie XII, et même dans la pen­sée de Benoît XVI disant au jour­na­liste qui l’interroge : « Evidemment, l’Eglise ne consi­dère pas le pré­ser­va­tif comme une solu­tion réelle ni morale », mais le pape l’admet néan­moins « dans cer­tains cas ». Cela est pour­tant inad­mis­sible au regard de la foi : « Aucune rai­son, enseigne Pie XI dans Casti Conubii (II, 2), assu­ré­ment, si grave soit-​elle, ne peut faire que ce qui est intrin­sè­que­ment contre-​nature devienne conforme à la nature et hon­nête ». Ce que rap­pelle Pie XII dans son Allocution aux sages-​femmes du 29 octobre 1951 : « Aucune ‘indi­ca­tion’ ou néces­si­té ne peut trans­for­mer une action intrin­sè­que­ment immo­rale en un acte moral et licite ». Ce que saint Paul affir­mait : « Ne fai­sons pas le mal pour qu’il en advienne un bien » (Rm 3, 8).

Benoît XVI semble envi­sa­ger le cas de ce pros­ti­tué selon les prin­cipes de la « morale de gra­dua­li­té » qui veut per­mettre cer­tains délits moins graves pour ame­ner pro­gres­si­ve­ment les délin­quants de délits extrêmes à l’innocuité. Ces délits moindres ne seraient pas moraux, sans doute, mais le fait qu’ils fassent par­tie d’un che­mi­ne­ment vers la ver­tu les ren­drait licites. Or cette idée est une grave erreur parce qu’un moindre mal reste un mal quel que soit le signe d’amélioration qu’il donne. « En véri­té, enseigne Paul VI dans Humanae vitae (n°14), s’il est par­fois licite de tolé­rer un moindre mal moral afin d’éviter un mal plus grand ou de pro­mou­voir un bien plus grand, il n’est pas per­mis, même pour de très graves rai­sons, de faire le mal afin qu’il en résulte un bien (cf. Rm 3, 8), c’est-à-dire de prendre comme objet d’un acte posi­tif de la volon­té ce qui est intrin­sè­que­ment un désordre et par consé­quent une chose indigne de la per­sonne humaine, même avec l’intention de sau­ve­gar­der ou de pro­mou­voir des biens indi­vi­duels, fami­liaux ou sociaux ».

Tolérer un moindre mal n’équivaut pas à rendre ce mal « légi­time », ni à l’inscrire dans un pro­ces­sus de « mora­li­sa­tion ». Dans Humanae vitae (n°14), il est rap­pe­lé que : « C’est une erreur de pen­ser qu’un acte conju­gal ren­du volon­tai­re­ment infé­cond et par là intrin­sè­que­ment déshon­nête, puisse être ren­du hon­nête par l’ensemble d’une vie conju­gale féconde », de même il faut dire que c’est une erreur d’avancer l’idée que le pré­ser­va­tif, en soi déshon­nête, puisse être ren­du hon­nête par le che­mi­ne­ment espé­ré vers la ver­tu d’un pros­ti­tué qui l’utilise.

A l’opposé d’un sevrage qui pas­se­rait d’un péché « plus mor­tel » à un péché « moins mor­tel », l’enseignement évan­gé­lique affirme clai­re­ment : « Va et désor­mais ne pèche plus » (Jn 8, 11), et non pas « va et pèche moins ».

4. Ce que les catholiques ont besoin d’entendre de la bouche du pape

Certes un livre-​entretien ne peut pas être consi­dé­ré comme un acte du magis­tère, a for­tio­ri lorsqu’il s’écarte de ce qui a été ensei­gné de façon défi­ni­tive et inva­riable. Il n’en demeure pas moins que les méde­cins et les phar­ma­ciens qui refusent cou­ra­geu­se­ment de pres­crire et de déli­vrer pré­ser­va­tifs et contra­cep­tifs par fidé­li­té à la foi et la morale catho­liques, et que plus géné­ra­le­ment toutes les familles nom­breuses atta­chées à la Tradition ont impé­rieu­se­ment besoin d’entendre que l’enseignement pérenne de l’Eglise ne sau­rait chan­ger au fil du temps. Ils attendent tous le rap­pel ferme que la loi natu­relle, comme la nature humaine où elle est gra­vée, est universelle.

Or dans Lumière du monde se trouve une affir­ma­tion qui rela­ti­vise l’enseignement d’Humanae Vitae en dési­gnant ceux qui le suivent fidè­le­ment comme des « mino­ri­tés pro­fon­dé­ment convain­cues » offrant à d’autres « un modèle fas­ci­nant à suivre ». Comme si l’encyclique de Paul VI fixait un idéal presqu’hors d’atteinte ; ce dont s’était déjà faci­le­ment per­sua­dée la grande majo­ri­té des évêques pour mieux glis­ser cet ensei­gne­ment sous le bois­seau – là où pré­ci­sé­ment le Christ nous défend de mettre la « lumière du monde » (Mt 5, 14).

L’exigence évan­gé­lique deviendrait-​elle mal­heu­reu­se­ment l’exception des­ti­née à confir­mer la règle géné­rale du monde hédo­niste dans lequel nous vivons ? Ce monde auquel le chré­tien ne doit pas se confor­mer (cf. Rm 12, 2), mais qu’il doit trans­for­mer comme « le levain dans la pâte » (cf. Mt 13, 33) et auquel il doit don­ner le goût de la Sagesse divine comme « le sel de la terre » (Mt 5, 13).

Menzingen, le 26 novembre 2010

Source : dici