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Fideliter 187 : éditorial de l’abbé de Cacqueray

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Pour que renaisse la Russie

Parce que le monde n’a pas voulu écouter le message de la bienheureuse Vierge Marie à Fatima, la Russie a répandu ses erreurs durant soixante-dix ans dans l’univers entier. Si, aujourd’hui encore, il existe des pays officiellement marxistesléninistes, c’est sous l’influence première de la « patrie du socialisme », même si, pour des raisons de politique intérieure, ces pays ont rompu avec elle à un moment ou à un autre.

Cependant, le système communiste, qui s’est d’abord dressé contre Dieu, contre toute transcendance et contre toute Révélation, s’est avéré en même temps profondément inhumain, destructeur de toute humanité. Ce qui est parfaitement logique : qui refuse le Créateur finit par détruire sa créature. Soljenitsyne a sur ce point des mots définitifs dans L’Archipel du Goulag.

Ayant attaqué la possibilité pour l’homme d’être lui-même, de réaliser ne fûtce que les premiers éléments de sa nature propre, le communisme sciait la branche sur laquelle il était assis, détruisant méthodiquement les dernières qualités humaines élémentaires mises à son service, en sorte qu’il a fini par s’effondrer sous son propre poids.

Depuis ce moment, cahin-caha, la Russie essaie d’émerger des ruines sanglantes de l’Union Soviétique. Des hommes politiques, forcément tous plus ou moins issus du système communiste lui-même, tentent de redonner à ce malheureux pays une existence viable.

Toutefois, il ne faut pas négliger les conséquences catastrophiques de soixante-dix années du communisme le plus barbare. Le saccage de la nature humaine a été immense et profond. Il serait faux de croire que le communisme n’aura été qu’un bref intermède qui aurait laissé inaltérée une nature russe supposée immuable. Ces années ont ravagé les âmes comme les corps, et il faudra au peuple russe des années, peut-être même des siècles, pour s’en guérir.

Le désespoir, le fatalisme, la peur, la corruption, l’alcoolisme, etc., minent encore les efforts de résurrection qui ont été entrepris çà et là.

Dans cette destruction de l’âme russe qui a été l’objet principal du projet soviétique, il faut compter au premier chef l’enseignement systématique de l’athéisme et du matérialisme. Il ne s’agit pas d’un vernis superficiel : trois ou quatre générations ont été formées dans le rejet de Dieu, du Christ et de son Église. Mais, objectera-t-on, il existe aujourd’hui une renaissance religieuse en Russie ! Les églises ouvrent de nouveau, certaines sont reconstruites, les fidèles s’y pressent, les baptêmes (y compris d’adultes) se multiplient, beaucoup revendiquent publiquement leur attachement au christianisme.

C’est vrai. Mais il ne faut pas se laisser tromper par les apparences : si les structures (églises, clergé, etc.) tendent à se reconstituer après des décennies de persécution, il est douteux que la vie chrétienne se réenracine massivement. Le christianisme, une mémoire, une culture, une tradition pour le peuple russe : sans doute ! Une foi vivante, une vie sacramentelle, une pratique quotidienne : c’est beaucoup plus contestable.

De plus et surtout, ce renouveau religieux se fait dans le cadre de l’Église orthodoxe, séparée de Rome depuis des siècles. Certes, l’Église russe possède des trésors spirituels respectables ; mais ils ne sont plus vivifiés par le puissant courant de la grâce venant du centre d’unité de l’Église. Pour qu’elle renaisse vraiment, il faut donc que « la Russie se convertisse » à la foi chrétienne complète.

Nous pouvons espérer que le sang chrétien qui a coulé par torrents durant la terreur communiste sera le ferment d’une renaissance authentique du peuple et de l’Église russes. Des milliers de religieux et de fidèles furent sauvagement torturés et assassinés, non d’abord parce qu’ils étaient catholiques ou orthodoxes, mais en haine de Dieu, du Christ et de son Église. Daignent ces témoins intercéder pour la terre russe !

Le sang des martyrs, « semence de chrétiens » (Tertullien) laisse espérer une renaissance complète, donc catholique.

Abbé Régis de Cacqueray †, Supérieur du District de France

Père Joseph d'Avallon (Abbé de Cacqueray)

Capucin de Morgon

Le Père Joseph fut anciennement l'abbé Régis de Cacqueray-Valménier, FSSPX. Il a été ordonné dans la FSSPX en 1992 et a exercé la charge de Supérieur du District de France durant deux fois six années de 2002 à 2014. Il quitte son poste avec l'accord de ses supérieurs le 15 août 2014 pour prendre le chemin du cloître au Couvent Saint François de Morgon.