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Fideliter 197 : éditorial de l’abbé de Cacqueray

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Pas de spiritualité sans théologie

Les Focolari (ou OEuvre de Marie, selon son titre canonique et officiel, à la suite de sa reconnaissance ecclésiale en juin 1990 comme association internationale de fidèles) sont un mouvement assez peu connu en France, mais qu’on pourrait rapprocher à très gros traits du courant charismatique.

En effet, ce qui frappe lorsqu’on étudie les documents qui le présentent (et, au premier chef, ceux émanant des Focolari eux-mêmes, notamment sur leurs sites internet), c’est le même mélange étonnant et détonant que l’on trouve dans la plupart des groupes charismatiques catholiques : l’alliance de la ferveur, d’un engagement religieux souvent admirable, de certaines pratiques traditionnelles, mais aussi d’affirmations et de coutumes étranges, voire tout à fait contraires à la pratique ininterrompue de l’Église catholique.

La source de cette cacophonie, me semble- t-il, est l’absence d’une théologie forte et enracinée dans la Tradition de l’Église, qui aurait permis aux intuitions spirituelles des fondateurs de se développer dans un sens parfaitement catholique.

Cette analyse, ce n’est pas moi qui la fais, mais un bien illustre prédécesseur. Oui, il a manqué à Chiara Lubich, fondatrice des Focolari en 1943, comme aux créateurs des communautés charismatiques dans les années soixante-dix, de rencontrer des clercs « suffisamment armés de science historique, de saine philosophie et de forte théologie pour affronter sans péril les difficiles problèmes sociaux vers lesquels ils étaient entraînés par leur activité et leur coeur, et pour se prémunir, sur le terrain de la doctrine et de l’obéissance, contre les infiltrations libérales et protestantes ».On aura reconnu ici un extrait de la lettre Notre charge apostolique écrite par saint Pie X à propos du mouvement Le Sillon, il y a un siècle exactement.

Les fondatrices des Focolari, jeunes filles italiennes profondément catholiques et enflammées de zèle pour le Christ, méritaient sans aucun doute les éloges que le bienheureux pontife ne ménage pas aux fondateurs du Sillon : « vaillante jeunesse », « âmes élevées, supérieures aux passions vulgaires et animées du plus noble enthousiasme pour le bien », « amour pour Jésus-Christ et pratique exemplaire de la religion », etc.

Pourtant, le même pape n’hésite pas à qualifier, au final, ce Sillon dont il a fait au départ de si beaux éloges, avec des mots redoutables comme « misérable affluent du grand mouvement d’apostasie ».

Cette Lettre sur le Sillon montre comment seule une théologie vraiment catholique permet d’accueillir la plus haute générosité spirituelle, le plus grand radicalisme évangélique, dans une fidélité sûre à la Révélation.

Les mots qu’employait Chiara Lubich, et qui sont en soi des mots magnifiques, sont repris un à un par Notre charge apostolique pour en écarter tout le venin des erreurs modernes. Car si ce nécessaire travail de précision, de clarification, n’est pas accompli, on aboutit ordinairement à « une construction purement verbale et chimérique ou l’on voit miroiter pêle-mêle et dans une confusion séduisante les mots de liberté, de justice, de fraternité et d’amour, d’égalité et d’exaltation humaine, le tout basé sur une dignité humaine mal comprise ».

Si donc le mouvement des Focolari est moins connu en France, le présent dossier permet de mieux comprendre, à partir de réalités actuelles et vivantes, comment, en débutant de façon « digne d’éloge et d’admiration », il est malheureusement possible d’aboutir à une « déformation de l’Évangile » si l’on oublie par exemple, comme le dit saint Pie X, que « les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes ».

Abbé Régis de Cacqueray †, Supérieur du District de France

fraternité sainte pie X