Petit catéchisme de la nouvelle messe

La nou­velle messe n’est pas bonne, parce qu’elle est dou­teu­se­ment valide et cer­tai­ne­ment illicite.

Le texte qui suit n’est qu’une syn­thèse, sous forme de questions-​réponses, des études réa­li­sées par de nom­breux théo­lo­giens sur la nou­velle messe. Il ne pré­tend pas être exhaus­tif ni résoudre toutes les objec­tions qui pour­raient venir à l’esprit. Les questions-​réponses mar­quées par une étoile (*) sont légè­re­ment plus dif­fi­ciles à com­prendre, même si on a cher­ché à gar­der par­tout un style simple et adap­té à tout catho­lique qui connaisse son catéchisme.

I – Introduction

1. Qu’est-ce que la nou­velle messe ? – La nou­velle messe, dite aus­si messe de Paul VI ou Novus Ordo Missae, est le rite de la messe impo­sé par Paul VI à toute l’Église catho­lique de rite romain le 30 novembre 1969.

2. La nou­velle messe est-​elle bonne ? – Pour bien répondre à cette ques­tion, il faut dis­tin­guer, comme dans tout rite sacra­men­tel, deux aspects : sa vali­di­té et sa licéi­té.

II – Validité de la nouvelle messe

3. Quand une messe est-​elle valide ? – Une messe est valide quand elle réa­lise vrai­ment le sacre­ment de l’Eucharistie (c’est-à-dire la trans­sub­stan­tia­tion du pain et du vin dans le Corps et le Sang de Jésus-​Christ) et le sacri­fice qui l’accompagne.

4. Quelles sont les élé­ments requis pour qu’une messe soit valide ? – Les élé­ments requis pour qu’une messe soit valide sont (comme pour tout sacre­ment) trois : la matière, la forme, et le ministre qui doit avoir l’inten­tion de faire ce que fait l’Église.

5. Ces condi­tions se trouvent-​elles réa­li­sées dans la nou­velle messe ? – Il faut répondre avec une dis­tinc­tion. La matière, la forme (si on la consi­dère en elle-​même et non pas en tant qu’elle influe sur l’intention) et l’ordre sacré du ministre se trouvent réa­li­sées dans la nou­velle messe, sauf abus. Par contre, l’inten­tion du ministre, ne se trouve pas tou­jours réa­li­sée dans la nou­velle messe.

*6. En quel sens l’intention du ministre ne se trouve-​t-​elle pas tou­jours réa­li­sée dans la nou­velle messe ? – La doc­trine catho­lique enseigne que, pour faire un sacre­ment valide, il faut que le ministre ait l’intention de faire ce que fait l’Église. Or, cette inten­tion le ministre peut l’avoir de deux manières : pre­miè­re­ment, par le rite, qui exprime suf­fi­sam­ment ce que l’Eglise veut faire : on parle alors d’intention objec­tive deuxiè­me­ment, par ses propres connais­sances per­son­nelles : on parle alors d’intention sub­jec­tive. Pour la vali­di­té du sacre­ment, il suf­fit que le ministre ait l’une ou l’autre de ces intentions.

*7. Pouvez-​vous vous expli­quer par un exemple ? – Oui. Lorsqu’un boud­dhiste bap­tise un caté­chu­mène mou­rant, il ne sait rien du bap­tême ou du moins il ne croit pas à son effi­ca­ci­té : il n’a donc pas l’intention sub­jec­tive. Toutefois, par le fait même d’utiliser le rite catho­lique du bap­tême, il a l’intention objec­tive. Il s’ensuit que le caté­chu­mène est vali­de­ment baptisé.

*8. La nou­velle messe donne-​t-​elle l’intention objec­tive au ministre ? – Non, la nou­velle messe ne donne pas l’intention objec­tive au ministre, parce que, étant fon­ciè­re­ment ambi­guë (cf. nn. 21 et suiv.), elle n’exprime pas suf­fi­sam­ment ce que veut faire l’Église.

*9. Dans la nou­velle Messe, le ministre a‑t-​il au moins l’intention sub­jec­tive de faire ce que fait l’Eglise ? – Si l’on consi­dère la défor­ma­tion que la doc­trine sur la messe a subie dans les caté­chismes et dans l’enseignement des sémi­naires actuels, on peut conclure que cette inten­tion n’est pas tou­jours présente.

10. La nou­velle messe est-​elle valide ? – La nou­velle messe n’est pas tou­jours valide. Parfois elle ne l’est pas, par défaut d’intention chez le célé­brant (nn. 6 à 9).

11. Le dan­ger que la nou­velle messe soit inva­lide est-​il très grand ? – Oui, le dan­ger que la nou­velle messe soit inva­lide est très grand. C’est ce qu’affirment, entre autres, les Cardinaux Ottaviani et Bacci, Mgr Lefebvre et le célèbre litur­giste alle­mand K. Gamber. La rai­son a été don­née aux nn. 8 et 9.

III – Licéité de la nouvelle messe

12. Suffit-il qu’une messe soit valide pour qu’elle soit bonne ? – Non, il ne suf­fit pas qu’une messe soit valide pour qu’elle soit bonne. Il faut aus­si qu’elle soit licite.

13. Quand une messe est-​elle licite – Une messe est licite quand elle res­pecte toutes les condi­tions que l’Église a légi­ti­me­ment éta­blies pour sa célé­bra­tion. Parmi ces condi­tions, la plus impor­tante est que la messe exprime suf­fi­sam­ment la foi catho­lique concer­nant le mys­tère de l’Eucharistie.

*14. Pourquoi est-​il néces­saire que la messe exprime suf­fi­sam­ment la foi catho­lique concer­nant le mys­tère de l’Eucharistie ? – Parce que, comme le dit Saint Thomas, tous les sacre­ments sont des pro­fes­sions de foi. La rai­son en est que les sacre­ments sont les signes effi­caces de la grâce. En tant qu’effi­caces, ils pro­duisent en nous la grâce. En tant que signes, ils signi­fient, c’est-à-dire mani­festent à l’extérieur la foi inté­rieure dans les mys­tères qu’ils pro­duisent. Or, la mani­fes­ta­tion exté­rieure de la foi est pré­ci­sé­ment ce qu’on appelle pro­fes­sion de foi.

*15. Est-​on tou­jours obli­gé de pro­fes­ser la foi lors de la célé­bra­tion d’un sacre­ment ? – Pour répondre à cette ques­tion, une dis­tinc­tion est néces­saire. Le pré­cepte de pro­fes­ser la foi est double, posi­tif et néga­tif.

*16. À quoi nous oblige le pré­cepte posi­tif de la pro­fes­sion de foi ? – Le pré­cepte posi­tif nous oblige à mani­fes­ter la vraie foi exté­rieu­re­ment (par des paroles, des signes, des gestes, etc.) ; ce pré­cepte n’oblige pas tou­jours, mais seule­ment dans les cir­cons­tances déter­mi­nées par la loi divine ou par la loi ecclésiastique.

*17. À quoi nous oblige le pré­cepte néga­tif de la pro­fes­sion de foi ? – Le pré­cepte néga­tif nous oblige à ne pas nier exté­rieu­re­ment la vraie foi, soit direc­te­ment (par une néga­tion ouverte), soit indi­rec­te­ment (par un acte ambi­gu qui pour­rait être inter­pré­té comme une néga­tion) ; ce pré­cepte oblige tou­jours, en n’importe quelle circonstance.

*18. Pouvez-​vous vous expli­quer par un exemple ? – Oui. Dans les pre­miers siècles de l’Église, les chré­tiens per­sé­cu­tés n’étaient pas tou­jours obli­gés de dire publi­que­ment qu’ils étaient chré­tiens : ils n’étaient pas tou­jours tenus au pré­cepte posi­tif de la pro­fes­sion de foi. En revanche, ils n’avaient jamais le droit de dire qu’ils n’étaient pas chré­tiens, ni d’accomplir un acte qui aurait fait pen­ser qu’ils n’étaient pas chré­tiens (par exemple, brû­ler de l’encens devant la sta­tue d’une idole) : ils étaient tenus au pré­cepte néga­tif de la pro­fes­sion de foi, même au péril de leur vie.

*19. Comment la messe réalise-​t-​elle le pré­cepte de la pro­fes­sion de foi ? – La messe réa­lise le pré­cepte de la pro­fes­sion de foi en sui­vant un rite catho­lique, c’est-à-dire un rite qui exprime suf­fi­sam­ment la foi catho­lique concer­nant le mys­tère de l’Eucharistie (n. 16). Dans des cir­cons­tances excep­tion­nelles (par exemple si un prêtre se trouve dans un camp de concen­tra­tion et ne peut faire autre­ment), il sera licite de réduire ce rite au strict mini­mum, c’est-à-dire à la seule double consé­cra­tion et à la com­mu­nion. Mais jamais il ne sera per­mis d’utiliser un rite qui nie la foi catho­lique sur l’Eucharistie ou qui l’exprime de manière ambi­guë (n. 17).

20. La nou­velle messe exprime-​t-​elle suf­fi­sam­ment la foi catho­lique dans le mys­tère de l’Eucharistie ? – Non, la nou­velle messe n’exprime pas suf­fi­sam­ment la foi catho­lique dans le mys­tère de l’Eucharistie, mais elle implique une pro­fes­sion de foi fon­ciè­re­ment ambi­guë, qui peut être inter­pré­tée soit dans un sens catho­lique soit dans un sens protestant.

21. Comment pouvez-​vous affir­mer que la nou­velle messe implique une pro­fes­sion de foi ambi­guë ? – Je peux affir­mer que la nou­velle messe implique une pro­fes­sion de foi ambi­guë, parce que des auto­ri­tés ecclé­sias­tiques et de grands théo­lo­giens l’ont affir­mé, et parce que l’analyse de la nou­velle messe en elle-​même le montre.

22. Quelles sont les auto­ri­tés ecclé­sias­tiques et les théo­lo­giens qui ont affir­mé que la nou­velle messe est ambi­guë ? – Pour ne citer que le plus célèbres, ce sont le car­di­nal Ottaviani (chef du Saint-​Office, qui est la congré­ga­tion romaine pré­po­sée à la sau­ve­garde de la foi), le car­di­nal Bacci, Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer, le père Philippe de la Trinité (carme déchaux, consul­teur du Saint-​Office et théo­lo­gien de renom), l’abbé K. Gamber (un des plus célèbres litur­gistes du XXe siècle), le père R.-T. Calmel (domi­ni­cain, théo­lo­gien très connu), A.V.X. da Silveira (pro­fes­seur d’université catho­lique, juriste et théo­lo­gien), sans comp­ter les théo­lo­giens de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X. – Il y a aus­si des théo­lo­giens pro­tes­tants qui ont affir­mé que la nou­velle messe est ambi­guë, car ils ont avoué qu’elle peut être inter­pré­tée dans un sens pro­tes­tant et qu’un pas­teur pro­tes­tant pour­rait la célé­brer sans pour autant renier ses croyances.

23. Comment, par l’analyse de la nou­velle messe en elle-​même, peut-​on mon­trer qu’elle est ambi­guë ? – Par l’analyse de la nou­velle messe en elle-​même on peut mon­trer qu’elle est ambi­guë par le fait qu’elle s’éloigne net­te­ment de la doc­trine catho­lique concer­nant le mys­tère de l’Eucharistie en trois points prin­ci­paux : la pré­sence réelle, le sacer­doce et la nature sacri­fi­cielle de la messe.

*24. Qu’entend-on par l’expression « la nou­velle messe s’éloigne net­te­ment de la doc­trine catho­lique concer­nant le mys­tère de l’Eucharistie » ? – Par cette expres­sion, on entend dire que la nou­velle messe ne nie pas ouver­te­ment la doc­trine catho­lique, mais qu’elle l’exprime d’une manière tel­le­ment dé-​fectueuse, qu’elle peut être inter­pré­tée soit dans un sens catho­lique, soit dans un sens pro­tes­tant ; et même, plus faci­le­ment dans un sens pro­tes­tant que dans un sens catho­lique. Autrement dit, la nou­velle messe n’est pas ouver­te­ment héré­tique, mais elle favo­rise l’hérésie (favens here­sim).

25. Pourquoi la nou­velle messe s’éloigne-t-elle net­te­ment de la doc­trine catho­lique concer­nant la pré­sence réelle – La doc­trine catho­lique affirme qu’à la messe le pain et le vin sont vrai­ment et réel­le­ment chan­gés dans le Corps et le Sang de Jésus-​Christ ; ce chan­ge­ment s’appelle trans­sub­stan­tia­tion. La plu­part des pro­tes­tants nient la pré­sence réelle et se contentent d’une pré­sence pure­ment spi­ri­tuelle et sym­bo­lique ; cer­tains admettent la pré­sence réelle, mais non pas par mode de trans­sub­stan­tia­tion. – Or, les rites de la nou­velle messe ont éli­mi­né presque toutes les marques d’adoration et de res­pect envers le Saint-​Sacrement : par exemple, le prêtre ne doit plus joindre les pouces et les index après la consé­cra­tion, les puri­fi­ca­tions sont extrê­me­ment sim­pli­fiées, la com­mu­nion est reçue debout et sou­vent dans la main, les génu­flexions du prêtre ont été réduites de 14 à 3.

*26. Une seule génu­flexion ne suffit-​elle pas à expri­mer la foi catho­lique dans le mys­tère de la pré­sence réelle ? – Pour répondre à cette ques­tion, il faut dis­tin­guer : en soi, une seule génu­flexion suf­fit pour expri­mer le mys­tère de la trans­sub­stan­tia­tion ; mais, dans le cadre d’un rite, elle ne suf­fit pas. La rai­son en est qu’un rite sacra­men­tel, comme on l’a vu, est un signe. Or, un signe doit être suf­fi­sam­ment par­lant pour que nous puis­sions, à tra­vers lui, accé­der à la connais­sance de ce qu’il signi­fie. C’est pour­quoi, dans le cadre d’un rite, l’efficacité du signe passe par la mul­ti­pli­ca­tion suf­fi­sante des gestes et des paroles. – De plus, les génu­flexions conser­vées dans la nou­velle messe sont équi­voques : comme elles ne sont pas pla­cées juste après la consé­cra­tion, mais après l’ostension ou élé­va­tion, on ne voit plus si elles expriment la pré­sence réelle du Christ sous les saintes espèces (comme le veulent les catho­liques) ou bien sa pré­sence pure­ment spi­ri­tuelle dans l’assemblée (comme le veulent les protestants).

*27. Il y a pour­tant des rites orien­taux catho­liques qui ne pré­voient aucune génu­flexion et qui ne sont pas consi­dé­rés ambi­gus. – C’est vrai, mais ces rites n’ont jamais pré­vu de génu­flexions. On n’est pas pas­sé d’un rite qui exprime davan­tage l’adoration à un rite qui l’exprime moins. En revanche, dans la nou­velle messe on a eu le pas­sage d’un rite qui pré­voyait beau­coup de génu­flexions à un rite qui n’en pré­voit que trois ; autre­ment dit, on est pas­sé d’un rite qui exprime davan­tage l’adoration à un rite qui l’exprime moins et, qui plus est, de manière équivoque.

28. Pourquoi la nou­velle messe s’éloigne-t-elle net­te­ment de la doc­trine catho­lique concer­nant le sacer­doce – La doc­trine catho­lique affirme que seul le ministre qui a reçu l’ordre du pres­by­té­rat est prêtre au sens strict et véri­table, tan­dis que les fidèles ne peuvent être dits prêtres que dans un sens impropre et méta­pho­rique. Les pro­tes­tants pensent que tout fidèle est prêtre au sens strict ; celui qui pré­side le culte n’est qu’un délé­gué de l’assemblée, qui agit en son nom. Le Concile Vatican II a adop­té une posi­tion inter­mé­diaire, mais tout aus­si fausse : tant le ministre ordon­né que les fidèles sont véri­ta­ble­ment prêtres, mais d’une manière dif­fé­rente. – Or, dans les rites de la nou­velle messe, la dis­tinc­tion entre le sacer­doce du prêtre et le « sacer­doce » des fidèles a été estom­pée : par exemple, l’espace réser­vé aux ministres ordon­nés n’est plus sépa­ré, par la table de com­mu­nion, de l’espace réser­vé aux fidèles ; les fidèles peuvent accom­plir des rôles jadis réser­vés aux ministres ordon­nés, comme lire l’épître ou dis­tri­buer la com­mu­nion ; au début de la messe, il n’y a plus deux Confiteor, l’un dit par le prêtre, l’autre par les fidèles, mais un seul Confiteor, réci­té par tout le monde, où l’on s’adresse au prêtre en l’appelant frère et non pas père ; de même, avant la com­mu­nion, il n’y a plus de pré­pa­ra­tion dis­tincte pour le prêtre et les fidèles.

29. Pourquoi la nou­velle messe s’éloigne-t-elle net­te­ment de la doc­trine catho­lique concer­nant la nature sacri­fi­cielle de la messe ? – La doc­trine catho­lique affirme que la messe est une véri­table réac­tua­li­sa­tion du sacri­fice offert par Notre-​Seigneur sur la croix ; par consé­quent, la messe n’est pas seule­ment un sacri­fice de louange et d’action de grâce, mais aus­si de pro­pi­tia­tion. Pour les pro­tes­tants, la messe est une simple com­mé­mo­rai­son du sacri­fice du Calvaire, qui peut à la limite être consi­dé­rée comme un sacri­fice de louange et d’action de grâce, mais jamais comme un sacri­fice de pro­pi­tia­tion. – Or, dans les rites de la nou­velle messe, la doc­trine catho­lique concer­nant la nature sacri­fi­cielle de la messe n’est pas posi­ti­ve­ment niée, mais elle n’est pas non plus posi­ti­ve­ment affir­mée. L’exemple le plus par­lant est celui de l’offertoire : l’offertoire du rit romain tra­di­tion­nel a été sup­pri­mé et rem­pla­cé par une prière juive de béné­dic­tion de la table. Toutes les prières qui par­laient expli­ci­te­ment de la messe comme sacri­fice pro­pi­tia­toire (Suscipe, sancte Pater ; Offerimus tibi ; Veni, Sanctificator ; Suscipe, sanc­ta Trinitas) ont été éli­mi­nées. « D’où, écrit le père Philippe de la Trinité, une ambi­va­lence plus favo­rable à la doc­trine luthé­rienne pou­vant se conten­ter du texte tel qu’il se pré­sente, qu’à la doc­trine catho­lique se devant de lui impo­ser un sens dont il est, certes, sus­cep­tible, mais qu’il n’appelle à aucun titre ».

30. La nou­velle messe est-​elle licite ? – Non, la nou­velle messe n’est pas licite, parce qu’elle inclut une pro­fes­sion de foi ambi­guë et équi­voque (nn. 20–29). Or, il n’est jamais licite de pro­fes­ser la foi de manière ambi­guë et équi­voque (nn. 17 et 19).

*31. Comment répondez-​vous à l’objection sui­vante : « Les lois litur­giques géné­rales pro­mul­guées par le pape sont infaillibles. Or, la nou­velle messe est une loi litur­gique géné­rale pro­mul­guée par le pape. Donc la nou­velle messe est infaillible » ? – Je réponds en disant qu’il est vrai que les lois litur­giques géné­rales pro­mul­guées par le pape sont infaillibles. Cependant, la nou­velle messe n’est pas une loi litur­gique. La loi, en effet, se défi­nit comme l’ordon­nance de la rai­son en vue du bien com­mun pro­mul­guée par celui qui a la charge de la com­mu­nau­té (Saint Thomas d’Aquin). Or, une loi mau­vaise n’est pas ordon­née au bien com­mun. Donc elle ne réa­lise pas la défi­ni­tion de loi : elle n’a de loi que le nom. C’est le cas, par exemple, de la loi civile per­met­tant l’avortement : cette loi, étant mau­vaise, va contre le bien com­mun, donc elle n’est pas une loi, même si elle a été impo­sée par celui qui a la charge de la com­mu­nau­té civile. Or, la nou­velle messe est mau­vaise (n. 41). Donc elle n’est pas une loi litur­gique géné­rale et, par consé­quent, elle n’est pas infaillible.

IV – Conséquences pratiques

32. Est-​il jamais per­mis d’assister à la nou­velle messe ? – Pour répondre à la ques­tion, il faut dis­tin­guer entre assis­tance active et pas­sive.

33. En quoi consiste l’assistance active à la messe ? – L’assistance active consiste en la pré­sence phy­sique à la messe, et en l’inten­tion de rendre hon­neur à Dieu par cette pré­sence. L’assistance active s’exprime le plus sou­vent par des actes exté­rieurs (par exemple, s’unir aux prières com­munes, faire les mêmes gestes que les autres, communier).

34. En quoi consiste l’assistance pas­sive à la messe ? – L’assistance pas­sive à la messe consiste en la seule pré­sence phy­sique, sans l’intention de rendre hon­neur à Dieu par cette pré­sence. L’assistance pas­sive se mani­feste par l’absence de cer­tains actes exté­rieur (par exemple, res­ter tou­jours en silence, ne pas s’unir aux prières com­munes, ne pas faire les mêmes gestes que les autres, ne pas communier).

35. Est-​il jamais per­mis d’assister acti­ve­ment à la nou­velle messe ? – Non, il n’est jamais per­mis d’assister acti­ve­ment à la nou­velle messe, car il n’est jamais per­mis d’adhérer inté­rieu­re­ment à quelque chose d’illicite (cf. n. 30).

36. Est-​il jamais per­mis d’assister pas­si­ve­ment à la nou­velle messe ? – Oui, dans cer­tains cas il est per­mis d’assister pas­si­ve­ment à la nou­velle messe. En effet, l’assistance pas­sive n’implique pas l’adhésion inté­rieure, mais seule­ment la pré­sence phy­sique. Donc elle n’est pas mau­vaise en soi et peut être per­mise par une rai­son grave (par exemple, s’il s’agit d’assister au mariage ou à l’enterrement d’un proche ou d’un ami) et à condi­tion d’éviter tout scan­dale, c’est-à-dire de ne rien faire qui pour­rait lais­ser pen­ser à une assis­tance active (cf. nn. 33–34).

37. Par l’assistance pas­sive à la nou­velle messe peut-​on satis­faire le pré­cepte domi­ni­cal ? – Non, par l’assistance pas­sive à la nou­velle messe on ne peut satis­faire au pré­cepte domi­ni­cal, parce que ce pré­cepte demande l’assistance active à la messe.

38. Peut-​on au moins assis­ter acti­ve­ment à la nou­velle messe le dimanche si on n’a pas la pos­si­bi­li­té de se rendre à la messe tra­di­tion­nelle ? – Non, on ne peut jamais assis­ter à la nou­velle messe, même si le dimanche on n’a pas la pos­si­bi­li­té de se rendre à la messe tra­di­tion­nelle. On le prouve par deux rai­sons. Première rai­son : parce que le droit cano­nique (can. 1249 ; NC 1248) dit qu’on satis­fait au pré­cepte domi­ni­cal en assis­tant à une messe célé­brée dans un rite catho­lique ; or, la nou­velle messe ne peut pas être consi­dé­rée comme un rite catho­lique, car elle inclut une pro­fes­sion de foi fon­ciè­re­ment ambi­guë, qui peut aus­si être inter­pré­tée dans un sens pro­tes­tant ; donc le pré­cepte domi­ni­cal ne s’applique pas à la nou­velle messe. Deuxième rai­son : Dieu ne nous demande pas d’accomplir le troi­sième com­man­de­ment (sanc­ti­fier la fête) en allant contre le pre­mier (pro­fes­ser la vraie foi).

39. Peut-​on du moins assis­ter acti­ve­ment à la nou­velle messe si elle est célé­brée sans abus ? – Non, on ne peut assis­ter acti­ve­ment à la nou­velle messe, même si elle est célé­brée sans abus, parce que son ambi­guï­té au niveau de la foi ne dépend pas des abus, mais du rite offi­ciel de la messe lui-même.

40. Peut-​on du moins se rendre à la nou­velle messe juste pour rece­voir la com­mu­nion ? – Non, on ne peut se rendre à la nou­velle messe juste pour rece­voir la com­mu­nion, et même pas com­mu­nier avec des hos­ties consa­crées à la nou­velle messe, parce que la com­mu­nion est un acte qui mani­feste la par­ti­ci­pa­tion active. De plus, la vali­di­té de la nou­velle messe est sou­vent dou­teuse (n. 10). – Celui qui n’a pas la pos­si­bi­li­té de se rendre le dimanche à une messe tra­di­tion­nelle, s’il s’efforce de sanc­ti­fier la fête par d’autres moyens (prières pri­vées, orai­son, médi­ta­tion des textes du mis­sel, etc.), peut être cer­tain que Dieu lui accor­de­ra les mêmes grâces que s’il était allé à la messe et avait communié.

41. Finalement, la nou­velle messe est-​elle bonne ? – Non, la nou­velle messe n’est pas bonne, parce qu’elle est dou­teu­se­ment valide et cer­tai­ne­ment illicite.

42. Est-​ce à dire que tous ceux qui célèbrent ou assistent acti­ve­ment à la nou­velle messe com­mettent un péché mor­tel ? – Ceux qui célèbrent ou assistent à la nou­velle messe sans se dou­ter qu’elle est illi­cite et par­fois inva­lide ne com­mettent pas de péché, car ils sont dans l’ignorance invin­cible. On peut pen­ser que la plu­part des prêtres et des fidèles conci­liaires se trouvent dans cette situa­tion. En revanche, ceux qui savent que la nou­velle messe com­porte une pro­fes­sion de foi ambi­guë (ou qui s’en doutent sérieu­se­ment et ne font rien pour lever le doute) com­mettent un péché contre la ver­tu de foi, qui pour­ra être mor­tel s’il y a pleine adver­tance et plein consentement.

Abbé Daniele di Sorco

REFERENCES. – Cardinaux A. OTTAVIANI ET A. BACCI (pré­sen­té par), Bref exa­men cri­tique du « Novus Ordo Missae », Rome, 1969. PHILIPPE DE LA TRINITE, ocd, L’offertoire du nou­vel Ordo Missae. Note cri­tique, dans « La pen­sée catho­lique » n. 129 (1970), pp. 26–40. A.V.X. DA SILVEIRA, La nou­velle messe de Paul VI. Qu’en pen­ser ? Diffusion de la Pensée Française, 1975. K. GAMBER, La réforme li- tur­gique en ques­tion, Éditions Sainte-​Madeleine, 1992. FRATERNITE SACERDOTALE SAINT-​PIE X, Le pro­blème de la réforme litur­gique. Étude théo­lo­gie et litur­gique, Clovis, 2001. J.-M. GLEIZE, fsspx, Vatican II en débat. Questions dis­pu­tées autour du 21e concile œcu­mé­nique, Courrier de Rome, 2013, pp. 59–84. M. TRANQUILLO, fsspx, La nuo­va mes­sa e la pro­fes­sione di fede, dans « La tra­di­zione cat­to­li­ca », n. 110 (2019), pp. 6–16. – Sur Mgr Lefebvre, cf. B. TISSIER DE MALLERAIS, fsspx, Marcel Lefebvre. Une vie, Clovis, 2002. Sur Mgr de Castro Mayer, cf. D.A. WHITE, La gueule du lion. Monseigneur de Castro Mayer et le der­nier dio­cèse catho­lique, Éditions Sainte Jeanne d’Arc, 2010. Sur le père Calmel, cf. J.- D. FABRE, op, Le père Roger-​Thomas Calmel, Clovis, 2012.

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