La Michelade, Saint-​Barthélémy des catholiques à Nîmes

Les livres d’his­toire men­tionnent tous le Massacre de la Saint-​Barthélémy du 24 août 1572. Si la rai­son prin­ci­pale de ce mas­sacre fut poli­tique – il s’a­gis­sait pour la reine mère, Catherine de Médicis, d’é­car­ter l’a­mi­ral de Coligny qui avait pris un grand ascen­dant sur le jeune Charles IX – son ampleur s’ex­plique – sans l’ex­cu­ser – par les exas­pé­ra­tions et ava­nies aux­quelles les catho­liques étaient sou­mis depuis plu­sieurs années à tra­vers tout le royaume.

L’iconoclasme huguenot

Les des­truc­tions d’é­glises, déca­pi­ta­tions de sta­tues et sac­cages d’œuvres d’art furent plus nom­breux en 1562 qu’en 1793 sous la Terreur. Ils furent le fait du seul par­ti hugue­not et se sont éten­dus à presque tout le ter­ri­toire fran­çais, comme le note Louis Réau dans son Histoire du van­da­lisme en France [1]. L’ambassadeur de Venise à l’é­poque témoigne : « Les nova­teurs ont détruit les temples et autres édi­fices sacrés en si grand nombre, que dix années de reve­nus de la Couronne ne suf­fi­raient pas pour les rebâtir ».

La guerre civile au XVIème siècle

Outre les des­truc­tions à grande échelle, la nou­velle reli­gion s’ins­tal­la en France par la vio­lence. Louis Réau, pro­tes­tant, eut l’hon­nê­te­té d’é­crire : « Non contents de s’at­ta­quer à des pierres aux­quelles ils prê­taient une âme, ces for­ce­nés mar­ty­ri­sèrent en outre, avec d’ef­froyables raf­fi­ne­ments de cruau­té, des cen­taines de créa­tures de chair et de sang, leurs com­pa­triotes, dont le seul crime était de croire encore à ce qu’eux ne croyaient plus ».

De fait, sou­vent, les des­truc­tions hugue­notes dégé­né­raient en mas­sacres. La Guyenne, le Languedoc, le Poitou, la Saintonge ont été les pre­mières pro­vinces mar­ty­ri­sées. Mais bien­tôt Bourges, Meaux, Uzès, Béziers, Nîmes, Saint-​Gilles, Montpellier, Orléans, Sully-​sur-​Loire, Reims, Caen, Montauban, Alès, Condom, Angoulême, Saintes, Périgueux, Sarlat, Mâcon… furent le théâtre de mons­trueuses cruau­tés sur les­quelles les manuels sco­laires et la plu­part des livres contem­po­rains gardent un silence gêné.

La Michelade, Nîmes et Alès

En sep­tembre 1567, les pro­tes­tants décident de s’emparer des villes du royaume. Dans la nuit du 29 au 30 sep­tembre (d’où le nom de Michelade, le 29 étant jour de la Saint-​Michel), ils s’emparent par sur­prise des portes de la ville de Nîmes ; puis armés de pis­to­lets et d’ar­que­buses, se répandent dans les rues ; les catho­liques sans armes ont à peine le temps de se réfu­gier à l’é­vê­ché. Mais bien­tôt les hugue­nots le prennent d’as­saut, mettent en arres­ta­tion tous ceux qui y ont deman­dé asile, pillent toutes les églises et jettent au feu les boi­se­ries arra­chées des sanc­tuaires, les archives ecclé­sias­tiques, les vases sacrés et les objets d’art. À neuf heures du soir com­mence un mas­sacre sans pitié. On tue le pre­mier consul de la ville, le prieur des Augustins et plu­sieurs cha­noines, un vicaire géné­ral, des prêtres, des laïcs. Le nombre des vic­times est éva­lué entre 100 et 300.

Dans la même nuit à Alès, menés par les trois frères François, Jean et Théodore de Cambis, 150 insur­gés se répar­tissent par groupes d’une tren­taine dans les prin­ci­paux quar­tiers de la ville aux cris de : « Tue ! Tue les papistes ! ». Tombèrent cette nuit-​là 43 catho­liques, par­mi les­quels sept cha­noines qui disaient matines, deux cor­de­liers et plu­sieurs prêtres, ain­si que les consuls de la ville. Cette même année 1567 connut d’autres assas­si­nats de catho­liques, à Uzès, à Pont-​Saint-​Esprit, à Bagnols, à Viviers, à Rochefort… Dans la nuit du 14 au 15 novembre 1569, un nou­veau mas­sacre dans la ville de Nîmes fit plus de 125 vic­times, dont la plu­part furent jetées dans le puits de l’évêché.

Ceci ne jus­ti­fie aucu­ne­ment le mas­sacre de la Saint-​Barthélémy – le Martyrologe des Huguenots, publié en 1581, recense 786 vic­times – mais on peut mettre en regard ce chiffre avec la liste des mar­tyrs mas­sa­crés par les pro­tes­tants : 150 à Montpellier le 20 octobre 1561, 3000 assas­si­nés à Orthez par Montgomery… Des faits qui, ajou­tés à des cen­taines d’autres, prouvent, s’il en était besoin, que les vic­times des guerres de reli­gion au XVIème siècle furent aus­si et sur­tout catho­liques. Ainsi, dans le seul rang des prêtres et reli­gieux, le nombre des vic­times avant 1580, c’est-​à-​dire dix-​huit ans avant la fin offi­cielle de la guerre civile, est au moins égal à 5300[2].

Mais peut-​être n’en aviez-​vous jamais enten­du parler…

Source : Apostol n°210 – Septembre 2026

Notes de bas de page
  1. éd. Robert Laffont, 1994[]
  2. D’après les tra­vaux de l’ab­bé Victor Carrière, Les épreuves de l’Église de France au XVIème siècle, p. 493.[]