Jean-Paul II

29 juin 1998

Fascicule de la « Profession de foi »

Fascicule rassemblant les trois documents concernant la Nouvelle formule de la « Profession de foi » - 29 juin 1998

Table des matières

Cardinal Joseph Ratzinger, futur Pape Benoît XVI

— Le texte de la « Profession de Foi et du Serment de fidé­li­té à uti­li­ser au moment d’as­su­mer une charge que l’on exer­ce­ra au nom de l’Église » publié par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 9 jan­vier 1989 [AAS 81 (1989) 104–106].

— Le texte de la Lettre apos­to­lique sous forme de Motu pro­prio de Jean-​Paul II « Ad tuen­dam fidem », publiée dans « L’Osservatore Romano » des 30 juin – 1er juillet 1998, qui insère diverses normes dans le Code de Droit cano­nique et dans le Code des Canons des Églises orien­tales, afin de faire cor­res­pondre régle­men­ta­tion et sanc­tions avec ce que demande et pres­crit cette Formule de la « Profession de Foi », à pro­pos sur­tout du devoir d’adhé­rer aux véri­tés pro­po­sées par le Magistère de l’Église de manière définitive.

— Le texte de la « Note doc­tri­nale qui illustre la for­mule conclu­sive de la Profession de Foi », ren­du publique par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, paru sur « L’Osservatore Romano » des 30 juin – 1er juillet 1998, dans le but d’ex­pli­quer la signi­fi­ca­tion et la valeur doc­tri­nale des trois ali­néas conclu­sifs qui concernent la qua­li­fi­ca­tion théo­lo­gique des doc­trines et le type d’adhé­sion deman­dée aux fidèles.

PROFESSION DE FOI

(Formule à uti­li­ser désor­mais dans les cas où la Profession de Foi est pres­crite par le droit)

Moi, N., avec une foi ferme, je crois et pro­fesse toutes et cha­cune des véri­tés conte­nues dans le Symbole de la Foi, à savoir :

Je crois en un seul Dieu, le Père tout-​puissant, créa­teur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invi­sible. Je crois en un seul Seigneur, Jésus-​Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : Il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engen­dré, non pas créé, de même nature que le Père ; et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il des­cen­dit du ciel ; par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souf­frit sa pas­sion et fut mis au tom­beau. Il res­sus­ci­ta le troi­sième jour, confor­mé­ment aux Écritures, et il mon­ta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il revien­dra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son règne n’aura pas de fin. Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie, il pro­cède du Père et du Fils ; avec le Père et le Fils, il reçoit même ado­ra­tion et même gloire ; il a par­lé par les pro­phètes. Je crois en l’Église, une sainte, catho­lique et apos­to­lique. Je recon­nais un seul bap­tême pour le par­don des péchés. J’attends la résur­rec­tion des morts, et la vie du monde à venir. Amen.

Avec une foi ferme, je crois aus­si toutes les véri­tés qui sont conte­nues dans la Parole de Dieu écrite ou trans­mise par la tra­di­tion et pro­po­sées par l’Église pour être crues comme divi­ne­ment révé­lées, soit en ver­tu d’une déci­sion solen­nelle, soit par le Magistère ordi­naire et universel.

Fermement encore, j’embrasse et tiens toutes et cha­cune des véri­tés que l’Église pro­pose de façon défi­ni­tive concer­nant la doc­trine sur la foi et les mœurs.

De plus, avec une sou­mis­sion reli­gieuse de la volon­té et de l’intelligence, j’adhère aux doc­trines qui sont énon­cées, soit par le Pontife romain, soit par le Collège des évêques, lorsqu’ils exercent le Magistère authen­tique, même s’ils n’ont pas l’intention de les pro­cla­mer par un acte définitif.

SERMENT DE FIDÉLITÉ DANS L’EXERCICE D’UNE FONCTION AU NOM DE L’ÉGLISE

(Formule à uti­li­ser par les fidèles dont il est ques­tion au canon 833, n. 5–8)

Moi N., en assu­mant la fonc­tion de…, je pro­mets que je gar­de­rai tou­jours la com­mu­nion avec l’Église catho­lique, tant dans les prises de parole que dans la manière d’agir.

Avec beau­coup de zèle et une grande fidé­li­té, je m’acquitterai de mes devoirs envers l’Église, aus­si bien envers l’Église uni­ver­selle qu’envers l’Église par­ti­cu­lière dans laquelle j’ai été appe­lé à accom­plir, selon les pres­crip­tions du droit, mon service.

Dans l’accomplissement de la charge qui m’a été confiée au nom de l’Église, je conser­ve­rai en son inté­gri­té le dépôt de la foi ; je le trans­met­trai et l’expliquerai fidè­le­ment ; je me gar­de­rai donc de toutes les doc­trines qui lui sont contraires.

Je sui­vrai et favo­ri­se­rai la dis­ci­pline com­mune de toute l’Église, et je main­tien­drai l’observance de toutes les lois ecclé­sias­tiques, sur­tout de celles qui sont conte­nues dans le Code de Droit canonique.

Par obéis­sance chré­tienne, je me confor­me­rai à ce que les Pasteurs déclarent en tant que doc­teurs et maîtres authen­tiques de la foi ou décident en tant que chefs de l’Église, et j’apporterai fidè­le­ment mon aide aux évoques dio­cé­sains, pour que l’action apos­to­lique, qui doit s’exercer au nom de l’Église et sur son man­dat, se réa­lise dans la com­mu­nion de cette même Église.

Qu’ainsi Dieu me vienne en aide, et les saints Évangiles de Dieu que je touche de mes mains.

(Les variantes des para­graphes quatre et cinq de la for­mule de ser­ment
doivent être uti­li­sées par les fidèles dont il est ques­tion au canon 833, n. 8)

Je favo­ri­se­rai la dis­ci­pline com­mune de toute l’Église, et je veille­rai à l’observance de toutes les lois ecclé­sias­tiques, sur­tout de celles qui sont conte­nues dans le Code de Droit canonique.

Par obéis­sance chré­tienne, je me confor­me­rai à ce que les Pasteurs déclarent en tant que doc­teurs et maîtres authen­tiques de la foi ou décident en tant que chefs de l’Église ; et aux évêques dio­cé­sains, j’apporterai volon­tiers ma col­la­bo­ra­tion, de telle sorte que l’action apos­to­lique, qui doit s’exercer au nom de l’Église et sur son man­dat, se réa­lise, étant sauves la nature et la fina­li­té de mon Institut, dans la com­mu­nion de cette même Église.

Lettre apostolique en forme de Motu Proprio AD TUENDAM FIDEM

Lettre apos­to­lique en forme de Motu Proprio AD TUENDAM FIDEM par laquelle sont insé­rées plu­sieurs normes dans le Code de Droit cano­nique et dans le Code des Canons des Églises orientales.

Note doctrinale illustrant la formule conclusive de la Professio fidei

1. Dès le début, l’Église a pro­fes­sé sa foi dans le Seigneur cru­ci­fié et res­sus­ci­té, et a résu­mé dans quelques for­mules les élé­ments fon­da­men­taux de sa foi. L’événement cen­tral de la mort et de la résur­rec­tion du Seigneur Jésus, expri­mé d’a­bord dans des for­mules simples et par la suite dans des for­mules plus com­plètes [1], a per­mis d’a­ni­mer cette pro­cla­ma­tion inin­ter­rom­pue de foi, dans laquelle l’Église a trans­mis et ce qu’elle avait reçu « de la bouche et des œuvres du Christ », et ce qu’elle avait appris « par l’ins­pi­ra­tion de l’Esprit Saint » [2].

Le Nouveau Testament est le témoin pri­vi­lé­gié de la pre­mière pro­fes­sion pro­cla­mée par les dis­ciples aus­si­tôt après les évé­ne­ments de Pâque : « Je vous ai donc trans­mis en pre­mier lieu ce que j’a­vais moi-​même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il a été mis au tom­beau, qu’il est res­sus­ci­té le troi­sième jour selon les Écritures, qu’il est appa­ru à Céphas, puis aux Douze » [3].

2. Au cours des siècles, à par­tir de ce centre immuable qui atteste Jésus, Fils de Dieu et Seigneur, des sym­boles se sont déve­lop­pés pour témoi­gner de l’u­ni­té de la foi et de la com­mu­nion entre les Églises. Ces sym­boles contiennent les véri­tés fon­da­men­tales que chaque croyant est tenu de connaître et de pro­fes­ser. C’est pour cela qu’a­vant de rece­voir le Baptême, le caté­chu­mène doit expri­mer sa pro­fes­sion de foi. Les Pères aus­si, réunis en concile pour affron­ter les néces­si­tés his­to­riques qui exi­geaient de pré­sen­ter de façon plus exhaus­tive les véri­tés de la foi ou d’en défendre l’or­tho­doxie, ont for­mu­lé de nou­veaux sym­boles qui occupent jus­qu’à nos jours « une place toute par­ti­cu­lière dans la vie de l’Église » [4]. La diver­si­té de ces sym­boles exprime la richesse de l’u­nique foi et aucun d’entre eux ne se trouve dépas­sé ou annu­lé par la for­mu­la­tion d’une pro­fes­sion ulté­rieure de foi dic­tée par de nou­velles situa­tions historiques.

3. La pro­messe du Christ Seigneur de don­ner le Saint-​Esprit qui « condui­ra à la véri­té toute entière » [5] sou­tient constam­ment la marche de l’Église. C’est pour­quoi, dans le cours de l’his­toire, quelques véri­tés ont été défi­nies comme désor­mais acquises grâce à l’as­sis­tance du Saint-​Esprit et comme des étapes visibles de l’ac­com­plis­se­ment de la pro­messe ori­gi­nelle. D’autres véri­tés, tou­te­fois, doivent être plus pro­fon­dé­ment com­prises encore avant qu’on atteigne la plé­ni­tude de ce que Dieu, dans son mys­tère d’a­mour, a vou­lu révé­ler aux hommes pour leur salut [6].

Dans son sou­ci pas­to­ral, même récem­ment, l’Église a jugé oppor­tun d’ex­pri­mer de manière plus expli­cite la foi de tou­jours. Elle a vou­lu que les fidèles qui sont appe­lés à rem­plir des fonc­tions par­ti­cu­lières dans la com­mu­nau­té au nom de l’Église soient obli­gés d’ex­pri­mer publi­que­ment la pro­fes­sion de foi, selon la for­mule approu­vée par le Siège apos­to­lique [7].

4. Cette nou­velle for­mule de la pro­fes­sio fidei, qui pro­pose à nou­veau le sym­bole de Nicée-​Constantinople, se conclut par l’a­jout de trois pro­po­si­tions ou ali­néas visant à mieux dis­tin­guer l’ordre des véri­tés aux­quelles le croyant adhère. La cohé­rence du déve­lop­pe­ment de ces ali­néas mérite d’être expli­quée pour que leur sens ori­gi­nel, don­né par le Magistère de l’Église, soit bien per­çu, reçu et conser­vé intégralement.

En ces temps-​ci, le mot « Église » a revê­tu des conno­ta­tions diverses qui, tout en étant vraies et cohé­rentes, ont cepen­dant besoin d’être pré­ci­sées quand on se réfère à des fonc­tions spé­ci­fiques et propres de per­sonnes œuvrant en son sein. À ce pro­pos, il est clair que sur les ques­tions de foi ou de morale, l’u­nique sujet com­pé­tent à exer­cer la fonc­tion d’en­sei­gner avec auto­ri­té contrai­gnante pour les fidèles est le Souverain Pontife et le Collège des Évêques en com­mu­nion avec lui [8]. En effet, les Évêques sont des « doc­teurs authen­tiques » de la foi, « c’est-​à-​dire pour­vus de l’au­to­ri­té du Christ » [9], puisque, par ins­ti­tu­tion divine, ils suc­cèdent aux Apôtres « dans le magis­tère et dans le gou­ver­ne­ment pas­to­ral » : avec le Pontife romain, ils exercent le pou­voir suprême et plé­nier sur toute l’Église, même si ce pou­voir ne peut s’exer­cer sans le consen­te­ment du Pontife romain [10].

5. Dans la for­mu­la­tion du pre­mier ali­néa : « Avec une foi ferme, je crois aus­si toutes les véri­tés qui sont conte­nues dans la Parole de Dieu écrite ou trans­mise par la tra­di­tion et pro­po­sées par l’Église pour être crues comme divi­ne­ment révé­lées, soit en ver­tu d’un juge­ment solen­nel, soit par le Magistère ordi­naire et uni­ver­sel », on entend affir­mer que ce qui est ensei­gné est consti­tué de toutes les doc­trines de foi divine et catho­lique que l’Église pro­pose comme divi­ne­ment et for­mel­le­ment révé­lées et, comme telles, irré­for­mables [11].

Ces doc­trines sont conte­nues dans la Parole de Dieu écrite ou trans­mise et, dans un juge­ment solen­nel, elles sont défi­nies comme véri­tés divi­ne­ment révé­lées soit par le Pontife romain quand il parle « ex cathe­dra », soit par le Collège des Évêques réuni en concile, ou encore, elles sont infailli­ble­ment pro­po­sées à la foi par le Magistère ordi­naire et universel.

Ces doc­trines requièrent l’assen­ti­ment de foi théo­lo­gale de tous les fidèles. Pour cette rai­son, qui les met­trait obs­ti­né­ment en doute ou les nie­rait se met­trait dans une situa­tion d’héré­sie, comme cela est indi­qué dans les canons res­pec­tifs des codes cano­niques [12].

6. La seconde pro­po­si­tion de la pro­fes­sio fidei affirme : « Fermement encore, j’embrasse et tiens toutes et cha­cune des véri­tés que l’Église pro­pose de façon défi­ni­tive concer­nant la doc­trine sur la foi et les mœurs ». Ce qui est ensei­gné dans cette for­mu­la­tion com­prend toutes ces doc­trines ayant trait au domaine dog­ma­tique ou moral ? qui sont néces­saires pour gar­der et expo­ser fidè­le­ment le dépôt de la foi, même si elles n’ont pas été pro­po­sées par le Magistère de l’Église comme for­mel­le­ment révélées.

Ces doc­trines peuvent être solen­nel­le­ment défi­nies par le Pontife romain quand celui-​ci parle « ex cathe­dra » ou par le Collège des Évêques réunis en concile. Elles peuvent être aus­si ensei­gnées infailli­ble­ment par le Magistère ordi­naire et uni­ver­sel de l’Église comme une « sen­ten­tia défi­ni­tive tenen­da » [14]. Tout croyant est donc tenu à accor­der à ces véri­tés son assen­ti­ment ferme et défi­ni­tif fon­dé sur la foi dans l’as­sis­tance que l’Esprit Saint prête au Magistère de l’Église, et sur la doc­trine catho­lique de l’in­failli­bi­li­té du Magistère dans ces domaines [15]. Qui les nie­rait se trou­ve­rait dans la posi­tion de celui qui rejette les véri­tés de la doc­trine catho­lique [16] et ne serait donc plus en pleine com­mu­nion avec l’Église catholique.

7. Les véri­tés rela­tives à ce second ali­néa peuvent être de nature dif­fé­rente et de fait, appa­raissent telles dans leur lien avec la révé­la­tion. En effet, cer­taines véri­tés sont néces­sai­re­ment liées à la révé­la­tion en ver­tu d’un rap­port his­to­rique, tan­dis que d’autres pré­sentent une connexion logique, expres­sion d’une étape dans la matu­ra­tion de la connais­sance de cette même révé­la­tion, que l’Église est appe­lée à accom­plir. Que ces doc­trines ne soient pas pro­po­sées comme for­mel­le­ment révé­lées, puis­qu’elles ajoutent à la foi des élé­ments non révé­lés ou non encore recon­nus expres­sé­ment comme tels, cela n’en­lève rien à leur carac­tère défi­ni­tif. D’ailleurs leur carac­tère défi­ni­tif est impli­qué au moins par leur lien intrin­sèque avec la véri­té révé­lée. En outre, on ne sau­rait exclure qu’à un cer­tain stade du déve­lop­pe­ment du dogme, l’in­tel­li­gence des réa­li­tés aus­si bien que des paroles du dépôt de la foi puisse pro­gres­ser dans la vie de l’Église et que le Magistère en arrive à pro­cla­mer cer­taines de ces véri­tés comme des dogmes de foi divine et catholique.

8. En ce qui concerne la nature de l’as­sen­ti­ment dû aux véri­tés pro­po­sées par l’Église comme divi­ne­ment révé­lées (1er ali­néa) ou à tenir de manière défi­ni­tive (2ème ali­néa), il importe de sou­li­gner qu’il n’y a pas de dif­fé­rence au niveau du carac­tère plein et irré­vo­cable de l’as­sen­ti­ment dû res­pec­ti­ve­ment à ces diverses véri­tés. La dif­fé­rence se situe au niveau de la ver­tu sur­na­tu­relle de foi : dans le cas des véri­tés du pre­mier ali­néa, l’as­sen­ti­ment est fon­dé direc­te­ment sur la foi dans l’au­to­ri­té de la Parole de Dieu (doc­trines de fide cre­den­da);dans le cas des véri­tés du deuxième ali­néa, l’as­sen­ti­ment est fon­dé sur la foi dans l’as­sis­tance que le Saint-​Esprit prête au Magistère et sur la doc­trine catho­lique de l’in­failli­bi­li­té du Magistère (doc­trines de fide tenen­da).

9. De toute façon, le Magistère de l’Église enseigne, par un acte défi­ni­toire ou non, une doc­trine à croire comme divi­ne­ment révé­lée (1° ali­néa) ou à tenir de manière défi­ni­tive (2° ali­néa). Dans le cas d’un acte défi­ni­toire, une véri­té est solen­nel­le­ment défi­nie par une décla­ra­tion « ex cathe­dra » du Pontife romain ou par l’in­ter­ven­tion d’un concile œcu­mé­nique. Dans le cas d’un acte non défi­ni­toire, une doc­trine est ensei­gnée infailli­ble­ment par le Magistère ordi­naire et uni­ver­sel des Évêques dis­per­sés de par le monde et en com­mu­nion avec le Successeur de Pierre. Cette doc­trine peut être confir­mée ou réaf­fir­mée par le Pontife romain, même sans recou­rir à une défi­ni­tion solen­nelle, en décla­rant expli­ci­te­ment qu’elle appar­tient à l’en­sei­gne­ment du Magistère ordi­naire et uni­ver­sel comme véri­té divi­ne­ment révé­lée (1° ali­néa) ou comme véri­té de la doc­trine catho­lique (2° ali­néa). Par consé­quent, quand, sur une doc­trine, il n’existe pas de juge­ment sous la forme solen­nelle d’une défi­ni­tion, mais que cette doc­trine, appar­te­nant au patri­moine du depo­si­tum fidei, est ensei­gnée par le Magistère ordi­naire et uni­ver­sel – qui inclut néces­sai­re­ment celui du Pape –, il faut l’en­tendre comme étant pro­po­sée infailli­ble­ment [17]. Quand le Pontife romain, par une décla­ra­tion, la confirme ou la réaf­firme, il n’ac­com­plit pas un acte nou­veau qui élève cette véri­té au rang de dogme, mais il atteste for­mel­le­ment qu’elle est déjà pro­prié­té de l’Église et par elle infailli­ble­ment transmise.

10. La troi­sième pro­po­si­tion de la pro­fes­sio fidei affirme : « De plus, avec une sou­mis­sion reli­gieuse de la volon­té et de l’in­tel­li­gence, j’adhère aux doc­trines qui sont énon­cées, soit par le Pontife romain, soit par le Collège des évêques, lors­qu’ils exercent le Magistère authen­tique, même s’ils n’ont pas l’in­ten­tion de les pro­cla­mer par un acte définitif ».

À cet ali­néa appar­tiennent tous ces ensei­gne­ments en matière de foi ou de morale pré­sen­tés comme vrais ou au moins comme sûrs, même s’ils n’ont pas été défi­nis dans un juge­ment solen­nel ou pro­po­sés comme défi­ni­tifs par le Magistère ordi­naire et uni­ver­sel. Ces ensei­gne­ments sont en tout cas expres­sion authen­tique du Magistère ordi­naire du Pontife romain ou du Collège épis­co­pal et requièrent donc la sou­mis­sion reli­gieuse de la volon­té et de l’in­tel­li­gence [18]. Ils sont pro­po­sés pour nous conduire à une intel­li­gence plus pro­fonde de la révé­la­tion, ou bien pour rap­pe­ler la confor­mi­té d’un ensei­gne­ment avec les véri­tés de la foi, ou enfin pour mettre en garde contre les concep­tions incom­pa­tibles avec ces véri­tés ou contre des opi­nions dan­ge­reuses sus­cep­tibles d’in­duire en erreur [19].

Une pro­po­si­tion contraire à ces doc­trines peut être qua­li­fiée d’erro­née ou bien, dans le cas des ensei­gne­ments de l’ordre de la pru­dence, de témé­raire ou de dan­ge­reuse et donc « tuto doce­ri non pot est » [20].

11. Exemples. Sans aucune inten­tion d’être exhaus­tif ou com­plet, on peut rap­pe­ler, à tire pure­ment indi­ca­tif, quelques exemples de doc­trines rela­tives aux trois ali­néas expo­sés ci-dessus.

Aux véri­tés du pre­mier ali­néa, appar­tiennent les articles de foi du Credo ; les divers dogmes chris­to­lo­giques [21] et mariais [22]; la doc­trine de l’ins­ti­tu­tion des sacre­ments par le Christ et leur effi­ca­ci­té à confé­rer la grâce [23]; la doc­trine de la pré­sence réelle et sub­stan­tielle du Christ dans l’Eucharistie [24] et la nature sacri­fi­cielle de la célé­bra­tion eucha­ris­tique [25]; la fon­da­tion de l’Église par la volon­té du Christ [26]; la doc­trine sur le pri­mat et sur l’in­failli­bi­li­té du Pontife romain [27]; la doc­trine sur l’exis­tence du péché ori­gi­nel [28]; la doc­trine sur l’im­mor­ta­li­té de l’âme spi­ri­tuelle et sur la rétri­bu­tion immé­diate après la mort [29]; l’ab­sence d’er­reur dans les textes sacrés ins­pi­rés [30]; la doc­trine sur la grave immo­ra­li­té du meurtre direct et volon­taire d’un être humain inno­cent [31].

À pro­pos des véri­tés du second ali­néa, c’est-​à-​dire celles qui, avec la Révélation, entre­tiennent des rap­ports de néces­si­té logique, on peut consi­dé­rer, par exemple, le déve­lop­pe­ment de la connais­sance de la doc­trine liée à la défi­ni­tion de l’in­failli­bi­li­té du Pontife romain, avant la défi­ni­tion dog­ma­tique du Concilie Vatican I. Le pri­mat du Successeur de Pierre a tou­jours été consi­dé­ré comme un élé­ment révé­lé, même si, jus­qu’à Vatican I, la dis­cus­sion res­tait ouverte de savoir si l’é­la­bo­ra­tion concep­tuelle qui sous-​tend les termes de « juri­dic­tion » et d”« infailli­bi­li­té » devait être consi­dé­rée comme fai­sant intrin­sè­que­ment par­tie de la révé­la­tion ou en était seule­ment une consé­quence ration­nelle. De toute façon, même si son carac­tère de véri­té divi­ne­ment révé­lée a été défi­ni par le Concile Vatican I, la doc­trine de l’in­failli­bi­li­té et du pri­mat de juri­dic­tion du Pontife romain était recon­nue comme défi­ni­tive bien avant le Concile. L’histoire montre donc clai­re­ment que ce qui a été rete­nu dans la conscience de l’Église était consi­dé­ré dès l’o­ri­gine comme une doc­trine vraie et a été par la suite tenue pour défi­ni­tive. Mais c’est seule­ment au stade final de la défi­ni­tion de Vatican I que cette doc­trine a été accueillie comme véri­té divi­ne­ment révélée.

En ce qui concerne le récent ensei­gne­ment sur la doc­trine sur l’or­di­na­tion sacer­do­tale exclu­si­ve­ment réser­vée aux hommes, il faut remar­quer un pro­ces­sus simi­laire. Le Souverain Pontife, tout en ne vou­lant pas arri­ver jus­qu’à une défi­ni­tion dog­ma­tique, a eu l’in­ten­tion de réaf­fir­mer qu’il faut consi­dé­rer cette doc­trine comme défi­ni­tive [32], dans la mesure où, fon­dée sur la Parole de Dieu écrite, elle est trans­mise constam­ment par la Tradition de l’Église et ensei­gnée par le Magistère ordi­naire et uni­ver­sel [33]. Il n’empêche que, comme le démontre l’exemple pré­cé­dent, la conscience de l’Église puisse pro­gres­ser dans le futur, au point de défi­nir cette doc­trine comme divi­ne­ment révélée.

On peut aus­si rap­pe­ler la doc­trine sur l’illi­céi­té de l’eu­tha­na­sie, doc­trine ensei­gnée dans l’Encyclique Evangelium Vitae. En confir­mant que l’eu­tha­na­sie est « une grave vio­la­tion de la Loi de Dieu », le Pape déclare que « cette doc­trine est fon­dée sur la loi natu­relle et sur la Parole de Dieu écrite ; qu’elle est trans­mise par la Tradition de l’Église et ensei­gnée par le Magistère ordi­naire et uni­ver­sel » [34]. Il sem­ble­rait que dans la doc­trine sur l’eu­tha­na­sie, il y ait un élé­ment pure­ment ration­nel, puisque l’Écriture n’a pas l’air d’en connaître le concept. D’autre part, ce cas fait appa­raître la rela­tion réci­proque entre l’ordre de la foi e celui de la rai­son : l’Écriture en effet, en oppo­si­tion avec ce que pré­sup­posent la pra­tique et de la théo­rie de l’eu­tha­na­sie, exclut clai­re­ment toute forme de main­mise sur l’exis­tence humaine.

Autres exemples de doc­trines morales que le Magistère ordi­naire et uni­ver­sel de l’Église enseigne comme défi­ni­tives : l’en­sei­gne­ment sur l’illi­céi­té de la pros­ti­tu­tion [35] et sur l’illi­céi­té de la for­ni­ca­tion [36].

Eu égard aux véri­tés liées avec la révé­la­tion par néces­si­té his­to­rique, qu’on doit tenir pour défi­ni­tives, mais qui ne pour­ront pas être décla­rées comme divi­ne­ment révé­lées, on peut indi­quer comme exemples la légi­ti­mi­té de l’é­lec­tion du Souverain Pontife ou de la célé­bra­tion d’un concile œcu­mé­nique, la cano­ni­sa­tion des saints (faits dog­ma­tiques); la décla­ra­tion de Léon XIII dans la Lettre apos­to­lique Apostolicae Curae sur l’in­va­li­di­té des l’or­di­na­tions angli­canes [37], etc.

Comme exemples de doc­trines appar­te­nant au troi­sième ali­néa, on peut indi­quer en géné­ral les ensei­gne­ments pro­po­sés par le Magistère authen­tique ordi­naire sur un mode non défi­ni­tif, qui requièrent des degrés d’adhé­sion divers, selon l’es­prit et la volon­té mani­fes­tée spé­cia­le­ment, soit dans la nature des docu­ments, soit dans le fait de pro­po­ser fré­quem­ment la même doc­trine, soit dans la teneur de l’ex­pres­sion employée [38].

12. Dans les dif­fé­rents sym­boles de foi, le croyant recon­naît et atteste qu’il pro­fesse la foi de toute l’Église. C’est pour cette rai­son que, sur­tout dans les sym­boles les plus anciens, la conscience ecclé­siale s’ex­prime par la for­mule « nous croyons ». Comme l’en­seigne le Catéchisme de l’Église catho­lique : « Je crois » : c’est la foi de l’Église pro­fes­sée per­son­nel­le­ment par chaque croyant, prin­ci­pa­le­ment lors du bap­tême. « Nous croyons » : c’est la foi de l’Église confes­sée par les évêques assem­blés en concile ou, plus géné­ra­le­ment, par l’as­sem­blée litur­gique des croyants. « Je crois » : c’est aus­si l’Église, notre Mère, qui répond à Dieu par sa foi et qui nous apprend à dire : « Je crois », « Nous croyons » [39].

Dans toute pro­fes­sion de foi, l’Église véri­fie les dif­fé­rentes étapes aux­quelles elle est par­ve­nue dans sa marche vers la ren­contre défi­ni­tive avec le Seigneur. Rien de son conte­nu ne se trouve dépas­sé avec le temps ; au contraire, tout devient patri­moine irrem­pla­çable par lequel la foi de tou­jours, de tous, vécue en tout lieu, contemple l’ac­tion per­ma­nente de l’Esprit du Christ res­sus­ci­té qui accom­pagne et vivi­fie son Église pour la conduire à la plé­ni­tude de la vérité.

A Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 29 juin 1998, en la solen­ni­té des saints Apôtres Pierre et Paul.

+ Joseph Card. Ratzinger, Préfet

+Tarcisio Bertone, S.D.B, Archevêque émé­rite de Vercelli, Secrétaire

Notes

[1] Les for­mules simples pro­fessent, nor­ma­le­ment, que les pro­phé­ties mes­sia­niques sont accom­plies en Jésus de Nazareth ; cf. par exemple, Mc 8, 29 ; Mt 16, 16 ; Lc 9, 20 ; Jn 20, 31 ; Ac 9, 22. Les for­mules com­plexes confessent, à part la Résurrection, les évé­ne­ments prin­ci­paux de la vie de Jésus et leur signi­fi­ca­tion sal­vi­fique ; cf. par exemple, Mc 12, 35–36 ; Ac 2, 23–24 ; 1 Co 15, 3–5 ; 16, 22 ; Ph 2, 7.10–11 ; Col 1, 15–20 ; 1 P 3, 19–22 ; Ap 22, 20. À part les for­mules de confes­sion de foi rela­tives à l’his­toire du salut et à l’é­vé­ne­ment his­to­rique de Jésus de Nazareth culmi­nant avec la Pâque, il existe, dans le Nouveau Testament des pro­fes­sions de foi qui concernent l’être-​même de Jésus ; cf. 1 Co 12, 3 : « Jésus est Seigneur ». En Rm 10, 9, les deux formes de confes­sion se trouvent réunies.
[2] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dog­ma­tique Dei Verbum, n. 7.
[3] 1 Co 15, 3–5.
[4] Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 193.
[5] Jn 16, 13.
[6] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dog­ma­tique Dei Verbum, n. 11.
[7] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Profession de foi et Serment de fidé­li­té : AAS 81 (1989) 104–106 ; CIC, can. 833.
[8] Cf. Concile œcu­mé­nique Vatican II, Constitution dog­ma­tique Lumen Gentium, n. 25.
[9] Ibidem,n. 25.
[10] Cf. ibi­dem, n. 22.
[11] Cf. DS 3074.
[12] Cf. CIC cann. 750 et 751 ; CCEO cann. 598 § 1 ; 1436 § 1.
[13] Cf. Paul VI, Lettre ency­clique Humanae Vitae, n. 4 : AAS 60 (1968) 483 ; Jean-​Paul II, Lettre ency­clique Veritatis Splendor, nn. 36–37 : AAS 85 (1993) 1162–1163.
[14] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dog­ma­tique Lumen Gentium, n. 25.
[15] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution Dogmatique Dei Verbum, nn. 8.10 ; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Mysterium Ecclesiae, n. 3 : AAS 65 (1973) 400–401.
[16] Cf. Jean-​Paul II, Motu pro­prio Ad tuen­dam fidem, 18 mai 1998.
[17] Il faut consi­dé­rer que l’en­sei­gne­ment infaillible du Magistère ordi­naire et uni­ver­sel n’est pas seule­ment pro­po­sé dans la décla­ra­tion expli­cite d’une doc­trine à croire ou à tenir pour défi­ni­tive, mais il est aus­si expri­mé par une doc­trine impli­ci­te­ment conte­nue dans une pra­tique de la foi de l’Église, déri­vant de la révé­la­tion ou, de toute façon, néces­saire pour le salut éter­nel, attes­tée par la Tradition inin­ter­rom­pue : cet ensei­gne­ment infaillible est objec­ti­ve­ment pro­po­sé par tout le corps épis­co­pal, enten­du au sens dia­chro­nique, et pas néces­sai­re­ment au seul sens syn­chro­nique. En outre, l’in­ten­tion du Magistère ordi­naire et uni­ver­sel de pro­po­ser une doc­trine comme défi­ni­tive n’est géné­ra­le­ment pas liée à des for­mu­la­tions tech­niques d’une solen­ni­té par­ti­cu­lière ; il suf­fit qu’elles soient claires par la teneur des paroles employées et par leur contexte.
[18] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dog­ma­tique Lumen Gentium, n. 25 ; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Donum Veritatis, n. 23 : AAS 82 (1990) 1559–1560.
[19] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Donum veri­ta­tis, n. 23 et n. 24.
[20] Cf. CIC cann. 752 ; 1371 ; CCEO, cann. 599 ; 1436 § 2.
[21] Cf. DS 301–302.
[22] Cf. DS 2803 ; 3903.
[23] Cf. DS 1601 ; 1606.
[24] Cf. DS 1636.
[25] Cf. DS 1740 ; 1743.
[26] Cf. DS 3050.
[27] Cf. DS 3059–3075.
[28] Cf. DS 1510–1515.
[29] Cf. DS 1000–1002.
[30] Cf. DS 3293 ; Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dog­ma­tique Dei Verbum, n. 11.
[31] Cf. Jean-​Paul II, Lettre ency­clique Evangelium Vitae, n. 57 : AAS 87 (1995) 465.
[32] Cf. Jean-​Paul II, Lettre apos­to­lique Ordinatio Sacerdotalis, n. 4 : AAS 86 (1994) 548.
[33] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Réponse au doute sur la doc­trine de la Lettre apos­to­lique « Ordinatio Sacerdotalis »: AAS 87 (1995) 1114.
[34] Jean-​Paul II, Lettre ency­clique Evangelium Vitae,n. 65.
[35] Cf. Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 2355.
[36] Cf. Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 2353.
[37] Cf. DS 3315–3319.
[38] Cf. Concile Œcuménique Vatican II, Constitution dog­ma­tique Lumen Gentium, n. 25 § 1 ; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Donum Veritatis, nn. 17, 23 et 24.
[39] Catéchisme de l’Église catho­lique, n. 167.

fraternité sainte pie X
21 janvier 2000
Discours pour l'inauguration de l'année judiciaire
  • Jean-Paul II