Pie IX

6 janvier 1848

Lettre In Suprema Petri

Appel à renter dans l'unité de l'Eglise catholique romaine

Le Pape Pie IX aux Orientaux.

Placé, mal­gré Notre indi­gni­té, par la dis­po­si­tion divine, sur le Siège suprême de l’Apôtre Pierre, et char­gé du poids de toutes les Eglises, Nous n’avons ces­sé, depuis le commen­cement de notre Pontificat, de jeter les regards de Notre amour aux nations chré­tiennes de l’Orient et des pays limi­trophes, quel que soit leur rite, car, pour bien des rai­sons, elles semblent récla­mer de Nous une sol­li­ci­tude toute parti­culière. C’est dans l’Orient qu’est appa­ru l’unique Fils de Dieu, fait homme pour nous autres hommes, et que par sa vie, sa mort et sa résur­rec­tion, il a dai­gné accom­plir l’œuvre de la rédemp­tion humaine. C’est dans l’Orient que l’Evangile de lumière et de paix a d’abord été prê­ché par le divin Sauveur lui-​même et par ses dis­ciples, et que fleu­rirent de nom­breuses Églises, illustres par le nom des Apôtres qui les ont fon­dées. Dans la suite des temps et pen­dant un long cours de siècles, des évêques et des mar­tyrs fameux et beau­coup d’autres per­son­nages célèbres par leur sain­te­té et par leur doc­trine ont sur­gi du sein des nations orien­tales ; tout l’univers chante la gloire d’Ignace d’Antioche, de Polycarpe de Smyrne, des trois Grégoire de Néocésarée, de Nysse et de Nazianze, d’Athanase d’Alexandrie, de Basile de Césarée, de Jean-​Chrysostome, des deux Cy­rille, de Jérusalem et d’Alexandrie, de Grégoire l’Arménien, d’Éphrem de Syrie, de Jean Damascène, de Cyrille et Méthode, apôtres des Slaves, sans par­ler de tant d’autres, presque innom­brables, ou qui répan­dirent aus­si leur sang pour le Christ, ou qui, par leurs savants écrits et leurs œuvres de sain­te­té, se sont acquis un nom immor­tel. Une autre gloire de l’Orient est le sou­ve­nir de ces nom­breuses assem­blées d’évêques, et spé­cia­le­ment des pre­miers Conciles œcu­méniques qui furent célé­brés, et dans les­quels, sous la pré­sidence du Pontife romain, la foi catho­lique fut défen­due contre les nova­teurs de cet âge et confir­mée par de solen­nels juge­ments. Enfin, même en ces der­niers temps, depuis qu’une par­tie, hélas ! trop nom­breuse, des chré­tiens de l’Orient, s’est éloi­gnée de la com­mu­nion de ce Saint-​Siège, et par consé­quent de l’unité de l’Église catho­lique, depuis que ces contrées sont tom­bées sous la domi­na­tion de peuples étran­gers à la reli­gion chré­tienne, il s’y est encore ren­con­tré beau­coup d’hommes qui, par le secours de la grâce divine, ont fait preuve, au milieu de toutes les cala­mi­tés et de pé­rils sans cesse renais­sants, d’une fer­me­té inébran­lable dans la vraie foi et dans l’unité catho­lique. Nous vou­lons sur­tout louer d’une manière toute par­ti­cu­lière ces Patriar­ches, Primats, Archevêques et Évêques, qui n’ont rien épar­gné pour tenir leur trou­peau à l’abri dans la pro­fes­sion de la véri­té catho­lique, et dont les soins bénis de Dieu ont été tels, qu’après la tem­pête et en des temps plus calmes, on a retrou­vé se main­te­nant dans l’union catho­lique, en ces lieux déso­lés, un trou­peau considérable.

C’est donc à vous d’abord, que s’adressent Nos paroles, Vénérables Frères et fils bien-​aimés, Évêques catho­liques, et vous clercs de tout ordre, et vous laïques, qui avez persé­véré, inébran­lables dans la foi et la com­mu­nion de ce Saint-​Siège, ou qui, non moins dignes de louange, lui êtes reve­nus après avoir recon­nu l’erreur. Bien que Nous Nous soyons déjà empres­sé de répondre à plu­sieurs d’entre vous dont Nous avons reçu les lettres de féli­ci­ta­tion pour Notre élé­vation au sou­ve­rain Pontificat, et bien que, par Notre Lettre ency­clique du 9 novembre 1846, Nous ayons par­lé à tous les Évêques de l’univers catho­lique, Nous tenons à vous don­ner une assu­rance plus par­ti­cu­lière de l’ardent amour que Nous vous por­tons et de Notre sol­li­ci­tude pour tout ce qui vous regarde. Nous trou­vons une occa­sion favo­rable de vous témoi­gner ces sen­ti­ments, au moment où Notre véné­rable frère Innocent, Archevêque de Saïda, est envoyé par nous, en qua­li­té d’ambassadeur près la Sublime Porte, afin de com­pli­men­ter de Notre part le très-​puissant Em­pereur des Turcs et le remer­cier de la gra­cieuse ambas­sade qu’il nous a envoyée le pre­mier. Nous avons enjoint de la manière la plus pres­sante à ce véné­rable frère de recomman­der ins­tam­ment à cet Empereur et vos per­sonnes et vos inté­rêts, et les inté­rêts de l’Église catho­lique dans toute l’étendue du vaste empire otto­man. Nous ne dou­tons point que cet Empereur, qui a déjà don­né des preuves de sa bien­veillance envers vous, ne vous soit de plus en plus favo­rable et n’empêche que, par­mi ses sujets, per­sonne n’ait à souf­frir pour la cause de la reli­gion chré­tienne. L’Arche­vêque de Saïda fera encore mieux connaître les mou­ve­ments de Notre amour pour vous aux Évêques et pri­mats de vos nations res­pec­tives qu’il pour­ra entre­te­nir à Constan­tinople ; avant de reve­nir vers Nous, il par­cour­ra, selon que les temps et les cir­cons­tances le lui per­met­tront, cer­tains lieux de l’Orient, afin de visi­ter de Notre part, comme Nous le lui avons ordon­né, les Églises catho­liques de tout rite éta­blies dans ces contrées, et de por­ter les témoi­gnages de Notre affec­tion et des paroles de conso­la­tion, au milieu de leur peines, à ceux de Nos Vénérables Frères et de Nos fils bien-​aimés qu’il y rencontrera.

Le même Archevêque vous remet­tra, et aura soin de por­ter à la connais­sance de tous la lettre que Nous vous adres­sons comme un témoi­gnage de Notre amour pour vos actions catho­liques ; vous y trou­ve­rez la preuve que Nous n’avons rien plus à cœur que de bien méri­ter chaque jour et de vous-​mêmes et de la reli­gion catho­lique dans vos contrées. Et comme, entre autres choses, il Nous a été rap­por­té que, dans le régime ecclé­sias­tique de vos nations, cer­tains points, par le mal­heur des temps pas­sés, demeurent ou incer­tains ou réglés autre­ment qu’il ne convien­drait, Nous Nous emploie­rons avec joie, en ver­tu de Notre auto­rité apos­to­lique, pour que tout soit désor­mais dis­po­sé et ordon­né confor­mé­ment aux règles des sacrés Canons et aux tra­di­tions des Saints-​Pères. Nous main­tien­drons in­tactes vos litur­gies catho­liques par­ti­cu­lières ; car elles sont pour Nous d’un grand prix, bien qu’elles dif­fèrent en quel­ques choses de la litur­gie latine. Nos pré­dé­ces­seurs les eurent tou­jours en grande estime, à cause de la véné­rable anti­qui­té de leur ori­gine, des langues employées par les Apôtres et les Pères, dans les­quels elles sont écrites, et enfin de la magni­fi­cence de leurs rites, très propres à en­flammer la pié­té des fidèles et à impri­mer le res­pect pour les divins mystères.

Divers Décrets et Constitutions des Pontifes romains ren­dus pour la conser­va­tion des litur­gies orien­tales témoi­gnent sur ce point des sen­ti­ments du Siège apos­to­lique. Il suf­fit de citer les lettres apos­to­liques de notre prédéces­seur Benoît XIV, et spé­cia­le­ment celle du 26 juillet 1735 [1], com­men­çant par ces mots : Allatae sunt. Aussi, les prêtres orien­taux qui se trouvent en Occident ont-​ils toute liber­té de célé­brer dans les églises des Latins, selon le rite propre de leur nation, et trouvent-​ils même en divers lieux, mais sur­tout à Rome, des temples qui leur sont spé­cia­le­ment des­ti­nés. De plus, il ne manque pas de monas­tères du rite orien­tal, ni de mai­sons consa­crées aux Orientaux, ni de col­lèges éri­gés pour rece­voir leurs fils, ou seuls, ou mêlés à d’autres jeunes gens, afin qu’élevés dans les lettres et les sciences sacrées et for­més à la dis­ci­pline clé­ri­cale, ils puissent deve­nir capables d’exercer ensuite les fonc­tions ecclésias­tiques, cha­cun dans sa propre nation. Et quoique les cala­mités des der­niers temps aient détruit quelques-​uns de ces ins­ti­tuts, plu­sieurs sont encore debout et flo­ris­sants ; leur exis­tence, Vénérables Frères et fils bien-​aimés, n’est-elle pas une preuve mani­feste de l’affection sin­gu­lière que vous porte, à vous et à tout ce qui vous touche, le Siège apostolique ?

Du reste, vous savez déjà, Vénérables Frères et très chers fils, com­ment, pour mieux veiller à vos affaires reli­gieuses, Nous Nous aidons des tra­vaux de cette Congréga­tion de Cardinaux de la sainte Église romaine qui tire son nom du but pour lequel elle est éta­blie, a Propaganda fide. Mais beau­coup d’autres encore, dans notre illustre cité, soit Romains, soit étran­gers, tra­vaillent dans vos inté­rêts. Ainsi, quelques Évêques du rite latin, joints à d’autres Évêques des rites orien­taux et d’autres per­sonnes reli­gieuses, ont for­mé, il n’y a pas long­temps, sous l’autorité de la Congrégation dont Nous venons de par­ler, une pieuse asso­ciation, dont le but est de contri­buer de toutes manières, à l’aide de prières quo­ti­diennes et d’aumônes, au pro­grès et au déve­lop­pe­ment de la reli­gion catho­lique par­mi vous. Dès que Nous avons connu ce pieux des­sein, Nous l’avons loué et approu­vé, exci­tant ses auteurs à mettre sans retard la main à l’œuvre.

Ce que Nous venons de dire s’adresse à tous Nos fils de l’Orient, mais notre parole se tourne main­te­nant, d’une manière toute par­ti­cu­lière, vers vous tous qui avez auto­ri­té sur les autres, et quelle que soit votre digni­té, ô Véné­rables Frères, Évêques des catho­liques de ces contrées ! que cette exhor­ta­tion vous soit comme un aiguillon, qu’elle excite encore votre zèle et le zèle de votre cler­gé. Nous vous exhor­tons donc, dans le Seigneur notre Dieu, de veiller, pleins de confiance dans le secours céleste, et avec une ardeur encore plus grande, à la garde de votre cher trou­peau, d’être sans cesse sa lumière par la parole et par l’exemple, afin qu’il marche digne­ment selon le plai­sir de Dieu, et pro­dui­sant les fruits de toutes sortes de bonnes œuvres. Que les prêtres qui vous sont sou­mis se donnent tout en­tiers aux mêmes soins ; pres­sez sur­tout ceux qui ont la charge des âmes, afin qu’ils aient à cœur la décence de la mai­son de Dieu, qu’ils excitent la pié­té du peuple, qu’ils admi­nistrent sain­te­ment les choses saintes, et que, sans négli­ger leurs autres devoirs, ils mettent toute leur atten­tion à ins­truire les enfants des élé­ments de la doc­trine chré­tienne et à dis­tri­buer aux autres fidèles le pain de la divine parole, selon la capa­ci­té de cha­cun. Ils doivent, et vous de­vez vous-​mêmes déployer la plus grande vigi­lance pour que tous les fidèles soient jaloux de conser­ver l’unité de l’es­prit dans le lien de la paix, ren­dant grâces au Seigneur des lumières et au Père des misé­ri­cordes de ce qu’il a dai­gné per­mettre, par un effet de sa grâce, dans un si grand bou­le­ver­se­ment de toutes choses, qu’ils soient demeu­rés fermes dans la com­mu­nion catho­lique de l’unique Église du Christ, ou qu’ils y soient ren­trés, pen­dant qu’un si grand nombre de leurs com­pa­triotes sont encore errants, hors de l’unique ber­cail du Christ, aban­don­nés par leurs pères depuis un si long temps.

Après vous avoir ain­si par­lé, Nous ne pou­vons Nous empê­cher d’adresser des paroles de cha­ri­té et de paix à ces Orientaux qui, quoique se glo­ri­fiant du nom de chré­tiens, se tiennent éloi­gnés de la com­mu­nion du Siège de Pierre. La cha­ri­té de Jésus-​Christ nous presse, et sui­vant ses aver­tis­se­ments et ses exemples, nous cou­rons après les bre­bis dis­per­sées par des sen­tiers ardus et impra­ti­cables, nous effor­çant de por­ter secours à leur fai­blesse, pour qu’elles ren­trent enfin dans le ber­cail des trou­peaux du Seigneur.

Écoutez Notre parole, ô vous tous qui, dans les contrées de l’Orient ou sur ses fron­tières, vous faites gloire de por­ter le nom de chré­tien, et qui cepen­dant n’êtes point en com­munion avec la sainte Église romaine ; et vous sur­tout qui, char­gés des fonc­tions sacrées ou revê­tus des plus hautes digni­tés ecclé­sias­tiques, avez auto­ri­té sur ces peuples. Rappelez-​vous l’ancien état de vos Églises, lorsqu’elles étaient unies entre elles et avec les autres Églises de l’uni­vers catho­lique par le lien de l’unité. Examinez ensuite à quoi ont ser­vi les divi­sions qui ont sui­vi et dont le résul­tat a été de rompre l’unité soit de la doc­trine, soit du régime ecclé­sias­tique, non seule­ment avec les Églises Occiden­tales, mais encore entre vos propres Églises. Souvenez-​vous du sym­bole de la foi, dans lequel vous confes­sez avec nous : croire l’Église, une, sainte, catho­lique et apos­to­lique, et voyez s’il est pos­sible de trou­ver cette uni­té de l’Église catho­lique, sainte et apos­to­lique, au sein d’une pareille divi­sion de vos Églises, lorsque vous refu­sez de la recon­naître dans la com­mu­nion de l’Église Romaine, sous l’autorité de laquelle un si grand nombre d’Églises sont unies et le furent tou­jours dans toutes les par­ties du monde. Et pour bien com­prendre ce carac­tère de l’unité qui doit dis­tin­guer l’Église catho­lique, réflé­chis­sez sur cette prière rap­por­tée dans l’Évangile de S. Jean [2], par laquelle le Christ, Fils unique de Dieu, prie son Père pour ses dis­ciples : « Père très-​saint, conser­vez dans votre nom ceux que vous m’avez don­nés, afin qu’ils soient un comme nous-​mêmes » ; et il ajoute im­médiatement : « Je ne prie pas seule­ment pour eux, mais aus­si pour ceux qui croi­ront en Moi, par le moyen de leur parole, afin que tous soient un comme Toi, Père, en Moi, et Moi en Toi, et enfin qu’eux-mêmes soient un en Nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé : La gloire que tu m’as don­née, je la leur ai don­née, afin qu’ils soient un, comme Nous sommes un : Moi en eux, et Toi en Moi, afin qu’ils soient consom­més dans l’unité, et pour que le monde connaisse que Tu m’as envoyé et que Tu les as aimés comme Tu m’as aimé ».

Or, l’auteur même du salut de l’homme, le Christ, Notre-​Seigneur, a posé le fon­de­ment de son unique Église, contre laquelle ne pré­vau­dront pas les portes de l’enfer, dans le Prince des Apôtres, Pierre, à qui il a don­né les clefs du royaume des cieux [3] ; pour qui il a prié, afin que sa foi ne défaillît jamais, lui com­man­dant, en outre, de confir­mer ses frères dans cette même foi [4] ; à qui il a confié la charge de paître et ses agneaux et ses bre­bis [5], c’est-à-dire toute l’Église que com­posent les agneaux et les bre­bis vé­ritables du Christ. Et ces pré­ro­ga­tives appar­tiennent pa­reillement aux Évêques romains, suc­ces­seurs de Pierre ; car, après la mort de Pierre, l’Église ne peut être pri­vée du fon­de­ment sur lequel elle a été bâtie par le Christ, elle qui doit durer jusqu’à la consom­ma­tion des siècles. C’est pour­quoi S. Irénée, dis­ciple de Polycarpe, qui avait lui-​même reçu les ensei­gne­ments de l’apôtre Jean, Irénée, ensuite évêque de Lyon, que les Orientaux, aus­si bien que les Occidentaux, comptent par­mi les prin­ci­pales lumières de l’antiquité chré­tienne, vou­lant, pour réfu­ter les héré­tiques de son temps, consta­ter la doc­trine trans­mise par les apôtres, crut inutile d’énumérer les suc­ces­sions de toutes les Églises d’origine apos­to­lique ; il lui parut suf­fi­sant d’alléguer contre les no­vateurs la doc­trine de l’Église romaine, parce que, dit-il :

C’est une néces­si­té que toute l’Église, c’est-à-dire les fi­dèles répan­dus dans tout l’univers, conviennent, à cause de sa supré­ma­tie suprême, avec cette Église romaine, dans laquelle, selon le témoi­gnage uni­ver­sel, a tou­jours été con­servée la tra­di­tion qui vient des apôtres.

Iren. Contra hae­reses, lib. III, cap. 3.

Vous tenez tous, Nous le savons, à conser­ver la doc­trine gar­dée par vos ancêtres. Suivez donc les anciens Évêques et les anciens chré­tiens de toutes les contrées de l’Orient ; d’innombrables monu­ments attestent que, d’accord avec les Occidentaux, ils res­pec­taient l’autorité des Pontifes romains. Entre les docu­ments les plus remar­quables que l’antique Orient a lais­sés sur ce sujet (outre le témoi­gnage d’Irénée, que nous venons de citer), Nous aimons à rap­pe­ler ce qui se pas­sa, au qua­trième siècle, dans la cause d’Athanase, Évêque d’Alexandrie, non moins illustre par Sa Sain­teté que par sa doc­trine et son zèle pas­to­ral. Condamné injus­te­ment par des Évêques de l’Orient, sur­tout dans le concile tenu à Tyr, et chas­sé de son Église, il vint à Rome où se ren­dirent aus­si d’autres Évêques des contrées orien­tales, comme lui injus­te­ment dépouillés de leurs sièges. « L’Évêque de Rome (c’était Jules, notre pré­dé­ces­seur) ayant exa­mi­né la cause de cha­cun d’eux, et les trou­vant tous fidèles à la doc­trine de la foi de Nicée, et d’accord en tout avec lui-​même, les reçut dans sa com­mu­nion. Et parce que, à cause de la digni­té de son siège, le soin de tous lui appar­te­nait, il ren­dit son église à cha­cun de ces Évêques. Il écri­vit aus­si aux Évêques de l’Orient, les répri­man­dant, parce qu’ils n’avaient pas jugé selon la jus­tice dans la cause de ces pon­tifes et parce qu’ils trou­blaient la paix de l’Église [6]. » – Au com­men­ce­ment du cin­quième siècle, Jean-​Chrysostome, Évêque de Constantinople, non moins illustre qu’Athanase, condam­né à Calcédoine, dans un Concile, par une sou­ve­raine injus­tice, eut recours par ses lettres et par ses envoyés, à notre Siège Apostolique, et fut décla­ré inno­cent par Notre pré­dé­ces­seur saint Inno­cent Ier [7].

Le concile de Calcédoine, tenu en 451, est un autre et célèbre monu­ment de la véné­ra­tion de vos ancêtres pour l’autorité des Pontifes romains. Les six cents Évêques qui le com­po­saient, presque tous de l’Orient (sauf quelques rares excep­tions), après avoir enten­du, dans la seconde ses­sion, la lec­ture d’une lettre du Pontife romain, saint Léon-​le-​Grand, s’écrièrent tous d’une seule voix : Pierre a par­lé par la bouche de Léon. Et l’assemblée, que prési­daient les Légats pon­ti­fi­caux, s’étant ensuite sépa­rée, les Pères du Concile, dans la rela­tion des faits par eux envoyée à saint Léon, affirment que lui-​même, dans la per­sonne de ses Légats, avait com­man­dé aux Évêques réunis, comme la tête aux membres [8].

Et ce ne sont pas seule­ment les actes du Concile de Calcé­doine, mais encore les actes de tous les autres anciens Conciles de l’Orient, que Nous pour­rions allé­guer et par les­quels il est constant que les Pontifes romains ont tou­jours eu la pre­mière place dans les Conciles, sur­tout dans les Conciles œcu­mé­niques et que leur auto­ri­té a été invo­quée et avant la célé­bra­tion des Conciles et après leur dis­so­lu­tion. Du reste, en dehors des Conciles, nous avons grand nombre de pas­sages des écrits des Pères et des anciens auteurs de l’Orient, ain­si que beau­coup d’actes de leur his­toire, par les­quels il est évident que l’autorité suprême des Pontifes romains a tou­jours été en vigueur dans tout l’Orient, du temps de vos ancêtres. Mais il serait trop long de rap­por­ter ici tous ces témoi­gnages ; ceux que Nous avons indi­qués suf­fisent d’ailleurs pour mon­trer la véri­té ; Nous Nous con­tenterons donc de rap­pe­ler com­ment, au temps même des apôtres, se condui­sirent les fidèles de Corinthe, à l’occasion des dis­sen­sions qui avaient si gra­ve­ment trou­blé leur Église. Les Corinthiens s’adressèrent à saint Clément, qui, peu d’an­nées après la mort de Pierre, avait été fait Pontife de l’Église romaine ; ils lui écri­virent à ce sujet et char­gèrent Fortunat de lui por­ter ces lettres. Clément, après avoir mûre­ment exa­mi­né l’affaire, char­gea le même Fortunat, auquel il adjoi­gnit ses propres envoyés, Claudius Ephebe et Valère Viton, de por­ter à Corinthe cette fameuse lettre du saint Pontife et de l’Église romaine [9], à laquelle les Corinthiens et tous les autres Orientaux atta­chaient tant de prix que, dans les siècles sui­vants, on la lisait publi­que­ment dans beau­coup d’églises [10].

Nous vous exhor­tons donc et Nous vous conju­rons de ne plus tar­der à ren­trer dans la com­mu­nion du Saint-​Siège de Pierre, dans lequel est le fon­de­ment de la véri­table Église du Christ, comme l’attestent et la tra­di­tion de vos ancêtres, ain­si que la tra­di­tion des autres anciens Pères, et les paroles mêmes de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, con­tenues dans les saints Evangiles et que nous avons rappor­tées. Car il n’est pas, il ne sera jamais pos­sible que ceux-​là soient dans la com­mu­nion de l’Église, Une, Sainte, Catho­lique et Apostolique, qui veulent être sépa­rés de la soli­dité de la Pierre sur laquelle l’Église a été divi­ne­ment édifiée.

Aucune rai­son ne peut donc vous excu­ser de ne pas reve­nir à la véri­table Église et à la com­mu­nion de ce Saint-​Siège. Vous le savez bien, dans les choses qui touchent à la pro­fes­sion de la reli­gion divine, il n’est rien de si dur qu’on ne doive sup­por­ter pour la gloire du Christ et pour le prix de la vie éter­nelle. Quant à Nous, Nous vous en don­nons l’assurance, rien ne nous serait plus doux que de vous voir reve­nir à notre com­mu­nion ; bien loin de cher­cher à vous affli­ger par quelque pres­crip­tion qui pour­rait paraître dure, Nous vous rece­vrons avec une bienveil­lance toute pater­nelle et avec le plus tendre amour, selon la cou­tume constante du Saint-​Siège. Nous ne vous de­mandons que les choses abso­lu­ment néces­saires : reve­nez à l’unité ; accordez-​vous avec Nous dans la pro­fes­sion de la vraie foi, que l’Église catho­lique retient et enseigne ; avec l’Église même, gar­dez la com­mu­nion du siège su­prême de Pierre. Pour ce qui est de vos rites sacrés, il n’y aura à reje­ter que les choses, qui s’y ren­con­tre­raient, contraires à la foi et à l’u­ni­té catho­liques. Cela effa­cé, vos antiques litur­gies orien­tales demeu­re­ront intactes ; Nous avons déjà décla­ré dans la pre­mière par­tie de cette lettre com­bien ces litur­gies Nous sont chères, et com­bien elles l’ont tou­jours été à nos pré­dé­ces­seurs, à cause de leur an­tiquité et de la magni­fi­cence de leurs céré­mo­nies, si propres à nour­rir la piété.

De plus, Nous avons déli­bé­ré et arrê­té, quant aux mi­nistres sacrés, aux prêtres et aux pon­tifes des nations orien­tales qui revien­dront à l’unité catho­lique, de tenir la même conduite qu’ont tenue nos pré­dé­ces­seurs en tant d’occa­sions, dans les temps qui ont immé­dia­te­ment pré­cé­dé celui où Nous vivons et dans les temps anté­rieurs ; Nous leur conser­ve­rons leur rang et leurs digni­tés et Nous compte­rons sur eux, non moins que sur les autres clercs catholi­ques de l’Orient, pour main­te­nir et pro­pa­ger par­mi leurs peuples le culte de la reli­gion catho­lique. Enfin, Nous avons la même bien­veillance et le même amour pour eux et pour les laïques qui revien­dront à Notre com­mu­nion, que pour tous les autres catho­liques orien­taux ; Nous Nous applique­rons, sans relâche et avec le plus grand soin, à bien méri­ter des uns et des autres.

Daigne le Dieu très-​clément don­ner à notre parole une ver­tu effi­cace ! que ses béné­dic­tions se répandent sur ceux de nos frères et de nos fils qui par­tagent notre sol­li­ci­tude pour le salut de vos âmes ! Oh ! si cette conso­la­tion Nous était don­née de voir l’unité catho­lique réta­blie par­mi les chré­tiens de l’Orient et de trou­ver dans cette uni­té un nou­veau secours pour pro­pa­ger de plus en plus la foi véri­table de Jésus-​Christ par­mi les nations infi­dèles ! Nous ne ces­sons pas de le deman­der au Dieu des misé­ri­cordes, Père des lumières, par son Fils unique, notre Rédempteur, par les prières et les sup­pli­ca­tions les plus ardentes, invo­quant la pro­tec­tion de la très bien­heu­reuse Vierge, Mère de Dieu et des saints Apôtres, des Martyrs, des Pères, qui, par leur pré­dication, leur sang, leurs ver­tus et leurs écrits, ont conser­vé et pro­pa­gé dans l’Orient la véri­table reli­gion du Christ. Remplis du désir de vous voir reve­nir au ber­cail de l’Église catho­lique, et de vous bénir comme nos frères et comme nos fils, et en atten­dant le jour où cette joie nous sera don­née, Nous témoi­gnons de nou­veau Notre affec­tion et Notre ten­dresse aux catho­liques répan­dus dans les contrées de l’Orient, à tous, Patriarches, Primats, Archevêques, Évê­ques, clercs et laïques, et Nous leur don­nons Notre béné­diction apostolique.

Donné à Rome, près Sainte-​Marie-​Majeure, le 6 jan­vier 1848, la seconde année de Notre pontificat.

Le Pape Pie IX.

Source : Journal « Irenikon » publié au monas­tère de Chevetogne, Belgique, 1929.

Notes de bas de page

  1. Cf. le Bullaire de Benoît XIV, tome iv, n° 47 ; On peut consul­ter éga­lement d’autres consti­tu­tions du même pon­tife sur le même sujet, tome I, n° 87, et tome III, n° 44.[]
  2. Jn 17, 2, 20, et sv.[]
  3. Mt 16, 18–19.[]
  4. Lc 22, 31–32.[]
  5. Jn 21, 15 sv.[]
  6. Sosomène, Hist. eccles., lib. III, c. 8. Voyez aus­si saint Athanase, dans son Apologie contre, les Ariens, pas­sim.[]
  7. Cf. les lettres de saint Innocent Ier à saint Jean-​Chrysostome et les lettres de saint Jean-​Chrysostome à saint Innocent, au cler­gé et au peu­ple de Constantinople, au tom. III, des Œuvres de saint Jean-​Chrysostome pag. 515 et sui­vantes, édi­tion des Bénédictins de Saint-​Maur.[]
  8. Labbe, tom. IV, pag. 1235 et 7755, éd. de Venise.[]
  9. Bibliotheca vete­rum patrum, a Gallandio édi­ta, tom. I, p. 9 et seqq.[]
  10. Euseb. Hist. eccle­siast., lib. III, cap. 16. – Voyez encore dans Eusèbe, liv. IV. ch. 23, le témoi­gnage de Denys, évêque de Corinthe.[]
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