19 novembre 1989

Le sermon de Mgr Lefebvre au Bourget

Le 19 novembre 1989 au Bourget, dans un han­gar de métal trans­for­mé en nef de lumière, vingt mille per­sonnes sont réunies autour de Mgr Lefebvre qui offre à Dieu les soixante années de sacer­doce qu’il Lui a consa­crées. Dans le chœur pro­vi­soire, se tiennent les quatre évêques et le Supérieur Général. « Venus de tous les conti­nents et de nom­breux pays », peuples et langues, ils entou­raient l’au­tel du sacri­fice et l’Agneau immo­lé », écri­ra la Lettre aux amis et Bienfaiteurs du 15 février 1990. Vingt ans aupa­ra­vant, dans la pre­mière Lettre aux amis datée de la Toussaint 1971, Mgr Lefebvre écri­vait : « Ce que sera cette modeste cor­res­pon­dance dans l’a­ve­nir, nous lais­sons à Dieu de le savoir… Nous n’a­vons d’autre ambi­tion que de faire de saint prêtres, à la manière dont Notre-​Seigneur les a faits. » 

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Transcription écrite

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit, ainsi-soit-il.

Messeigneurs,
mes biens chers confrères,
chers sémi­na­ristes,
biens chères sœurs,
mes bien chers frères,

Profonde action de grâces

Ce n’est pas sans une pro­fonde émo­tion que je vous vois aujourd’­hui réunis si nom­breux à l’oc­ca­sion de cet anni­ver­saire sacer­do­tal. Vous avez pour beau­coup sup­por­té la fatigue du voyage et cer­tains d’entre vous viennent de conti­nents loin­tains. Mais je pense que cette fatigue valait bien le dépla­ce­ment. Car pour­quoi sommes nous aujourd’­hui réunis, mes biens chers frères ? Pourquoi sommes nous réunis aujourd’­hui ? Pour fêter le sacer­doce catho­lique. Je pense que c’est le motif pro­fond qui vous a déter­mi­né à venir aujourd’­hui. Oh oui, nous ne remer­cie­rons jamais suf­fi­sam­ment la Trinité Sainte et Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, Dieu fait homme, d’a­voir ins­ti­tué le sacer­doce éter­nel. Oui, Notre-​Seigneur est essen­tiel­le­ment le média­teur, LE prêtre. Et Dieu, qui s’est fait prêtre pour nous, pour offrir son sacri­fice, un sacri­fice digne à son Père, a vou­lu dans sa sagesse divine, a vou­lu faire par­ti­ci­per à son sacer­doce des hommes choi­sis par lui. Quel grand mys­tère de la cha­ri­té divine, de l’a­mour de Dieu pour nous ! Comme nous nous sen­tons indignes de por­ter cette grâce immense du sacer­doce. Oui, que Dieu soit bénit ! que soit bénit Notre-​Seigneur Jésus-​Christ ! que soit bénie aus­si la Vierge Marie car sans Marie, nous n’au­rions pas eu le Grand-​Prêtre au sacer­doce duquel nous par­ti­ci­pons. Marie est mère du prêtre, mère du sacer­doce. Oui elle est bien notre mère à nous, prêtres. Que Dieu soit remer­cié et bénit pour le sacer­doce qu’il a bien vou­lu me don­ner, me confé­rer ; pour ces années, ces soixante années sacer­do­tales, ces quarante-​deux années d’é­pis­co­pat au cours des­quels par sa sainte grâce, indigne, j’ai pu don­ner des consé­cra­tions épis­co­pales, j’ai pu confé­rer de nom­breuses ordi­na­tions sacer­do­tales. Je pense, envi­ron cinq cent. J’ai pu célé­brer la sainte messe, le saint sacri­fice de la messe quo­ti­dien­ne­ment. J’ai pu don­ner Notre-​Seigneur Jésus-​Christ lui-​même aux âmes par les sacre­ments et par­ti­cu­liè­re­ment par le sacre­ment de l’eu­cha­ris­tie. Par le saint sacre­ment de l’eu­cha­ris­tie, que de grâces, que de dons ! Et je vou­drais ajou­ter à cet hymne d’ac­tion de grâces auquel vous vou­lez bien vous asso­cier, mes biens chers frères, je vou­drais ajou­ter la tra­duc­tion de la parole de l’o­rai­son de l’of­fer­toire qui me semble conve­nir par­fai­te­ment à cette cir­cons­tance, que le prêtre récite tous les jours : 

Recevez, Père très Saint, Dieu Éternel et Tout-​Puissant, cette hos­tie imma­cu­lée que je vous offre, bien indigne ser­vi­teur à vous mon Dieu vivant et véri­tables, pour mes innom­brables péchés, offenses et négli­gences pour tous ceux qui sont ici pré­sents, pour les fidèles chré­tiens vivants et morts, pour que cette obla­tion serve à mon salut et au leur pour la vie éter­nelle, ainsi-soit-il.

Voilà la prière d’o­bla­tion de l’hos­tie que le prêtre récite tous les jours au saint autel. Quelle magni­fique prière ! Oui, devant ce mys­tère sublime du sacer­doce, nous ne pou­vons pas ne pas nous sen­tir bien indignes, bien pauvres. 

Susciter des vocations sacerdotales et religieuses

Aux directeurs et professeurs de séminaire

Mes chers confrères dans le sacer­doce, c’est vers vous que je me tourne pen­dant quelques ins­tants. A vous sur­tout, biens chers amis, bien chers confrères qui êtes char­gés de la for­ma­tion des futurs prêtres. Oh, oui ! Faites-​nous beau­coup de prêtres, beau­coup de saints prêtres, beau­coup de prêtres catho­liques ayant une foi pro­fonde, ayant un désir de sain­te­té et désir d’être mis­sion­naire. C’est ce que vous faites, et je vous en remer­cie au nom de tous les fidèles qui sont ici pré­sent et qui com­prennent si bien la néces­si­té d’a­voir des prêtres vrai­ment catho­lique. Vraiment d’autres Christs ! C’est de cela dont vous avez besoin, n’est-​ce pas, mes bien chers frères. Alors que le bon Dieu vous donne la grâce mes chers amis, de for­mer beau­coup de prêtre et beau­coup de saints prêtres. 

Aux prêtres de prieurés

Je me tourne aus­si vers vous mes biens chers confrères qui êtes dans la pas­to­rale. C’est à vous de dis­cer­ner les germes de voca­tion dans les cœurs des fidèles qui vous entourent, des jeunes gens qui vous entourent. Vocations aus­si pour les socié­tés reli­gieuses. A vous par consé­quent, que le bon Dieu donne la grâce aus­si de vous pré­oc­cu­per de recher­cher les âmes que le bon Dieu s’est choi­sit pour deve­nir prêtres et par­ti­ci­per aus­si d’une manière indi­recte au sacer­doce par la vie religieuse.

Aux parents catholiques

Quant à vous mes biens chers frères, vous parents chré­tiens, vous êtes le sanc­tuaire dans lequel se forme les voca­tions sacer­do­tales. Vous êtes le sanc­tuaire dans lequel se forment les voca­tions reli­gieuses. Sans vous que ferions-​nous, où trouverions-​nous les voca­tions de prêtres, les voca­tions de reli­gieux et de reli­gieuses ? Alors je vous sup­plie, gar­dez ce sanc­tuaire loin, oh oui bien loin de toutes les influences délé­tères, de toutes les influences mau­vaises de ce monde. Ah, ne lais­sez pas péné­trer le monde dans vos foyers ! Que vos foyers soient vrai­ment des annexes de vos paroisses, de vos églises ! Que les enfants n’aient devant les yeux que des images édi­fiantes ! Et non pas des images qui peuvent cor­rompre leurs âmes pour leur vie, pour toute leur vie. Éloignez de leurs yeux tout ce qui peut cor­rompre leurs cœurs, afin que dans vos foyers, le bon Dieu se choi­sisse des âmes d’é­lite. Rien de plus beau qu’un prêtre dans une famille ! Rien de plus beau qu’une voca­tion de reli­gieux ou de reli­gieuse dans une famille ! C’est une pro­tec­tion pour toute la famille ! Pour les frères et sœurs, n’en dou­tez pas. Et c’est pour­quoi, au cours de cette sainte messe, nous allons prier tous ensemble, n’est-​ce pas, pour que le bon Dieu fasse en sorte que le sacer­doce catho­lique et que les voca­tions reli­gieuses conti­nuent, conti­nuent mal­gré les assauts du monde et de l’en­fer contre les bonnes voca­tions, contre le sacer­doce catholique.

Pas d’Église sans prêtre

Que serait une église sans prêtre ? L’Église qui est peut-​être encore une Église catho­lique n’au­ra bien­tôt plus que des ADAP, comme l’on dit main­te­nant, dans le lan­gage moderne : Assemblée Dominicale dans l’Absence du Prêtre. Que peuvent bien être ces assem­blées ? Ce n’est plus le sacri­fice de Notre-​Seigneur renou­ve­lé sur l’au­tel auquel vous par­ti­ci­pez, auquel nous par­ti­ci­pons tous. Non, l’Église catho­lique n’est pas une Église d’ADAP ! L’Église catho­lique est une Église de prêtres catho­liques ! Sans prêtre catho­lique, il n’y a plus l’Église catho­lique et il ne peut y avoir de prêtres catho­lique sans évêques catholiques. 

État de la crise de l’Église

Nous aurions pu, peut-​être, comme vous le savez, avoir, après les conver­sa­tions romaines, un évêque. Mais quel eu été cet évêque, puisque l’on me deman­dait qu’il ait le pro­fil dési­ré par le Vatican ? Qu’est-​ce que cela veut dire ? Sinon que cet évêque fût un évêque conci­liaire ? Un évêque qui avait l’es­prit du Concile, l’es­prit de Vatican II. Et c’est pré­ci­sé­ment pour nous pro­té­ger de cet esprit qui n’est pas l’es­prit de Dieu, qui n’est pas l’es­prit catho­lique, que nous avons déci­dé de faire ces chers quatre évêques catho­liques afin de trans­mettre à ceux qui qui vien­drons et aux géné­ra­tions de sémi­na­ristes, le sacer­doce catho­lique. Et ain­si vous êtes assu­rés que les prêtres conti­nue­ront à vous ensei­gner, et à ensei­gner à vos enfants la vraie foi catho­lique et vous trans­mettre la grâce par les vrais sacre­ments et par le vrai saint sacri­fice de la messe.

Et à cette occa­sion, mes biens chers frères, je vou­drais vous dire quelques mots de la situa­tion actuelle à l’in­té­rieur de l’Eglise. Si l’on me posait la ques­tion : mais com­ment est-​il pos­sible que l’Église catho­lique du temps de Pie XII, jus­qu’à Pie XII, se soit muée en une Église libé­rale et moder­niste ? Comment cela est-​il pos­sible ? Eh bien chers frères, vous êtes suf­fi­sam­ment au cou­rant de l’his­toire du concile. On vous l’a suf­fi­sam­ment expli­qué. Vous avez lu des livres qui parlent de ces sujets. Malheureusement, dou­lou­reux, triste pour nos cœurs de catho­liques, nous avons sen­ti une rup­ture, un éloi­gne­ment du pas­sé, éloi­gne­ment de la Tradition, un éloi­gne­ment des pré­dé­ces­seurs des papes qui ont fait le Concile. Eh bien, par­mi les nom­breux faits qui ont émaillés l’his­toire du Concile, je vou­drais seule­ment rele­ver par une réponse brève le fait sui­vant : ce qui a pesé sur la déso­rien­ta­tion de l’Église car il s’a­git bien d’une déso­rien­ta­tion, sur le chan­ge­ment com­plet de l’es­prit qui ani­mait l’Église en un esprit libé­ral. Ce qui a pesé sur l’avant-​Concile, le Concile et le post-​Concile, c’est le secré­ta­riat de l’u­ni­té des chrétiens. 

Le secrétariat pour l’unité des chrétiens

Trois livres viennent de paraitre très ins­truc­tifs à ce sujet. 

  • La vie de Mgr Bugnini dans un énorme livre fait par lui-​même, auto­bio­gra­phie, mais qui a été ter­mi­née après sa mort. 
  • Un livre sur le car­di­nal Béa. Énorme livre éga­le­ment, mon­trant toute l’in­fluence du car­di­nal Béa avant le Concile, pen­dant le Concile et après le Concile.
  • Et enfin, une vie du Cardinal Villot qui, éga­le­ment, montre les orien­ta­tions du car­di­nal et les influences qu’il a eu dans le Concile et après le Concile

Et cela nous montre qu’il y a eu une volon­té, une volon­té ferme de chan­ger l’es­prit de l’Église, de faire cet aggior­na­men­to, cette « mise à jour » de l’Église, d’ou­vrir les portes de l’Église désor­mais à tous ceux qui n’ont pas notre foi, de leur don­ner l’im­pres­sion qu’il n’y a pas de dif­fé­rence entre eux et nous. C’est un chan­ge­ment radi­cal de la posi­tion de l’Église. 

Conséquence de la nouvelle doctrine : la perte de l’esprit missionnaire

Avant le Concile – per­son­nel­le­ment j’en ai bien l’ex­pé­rience – nous avons été envoyé en mis­sion au delà des mers. J’ai pas­sé trente ans en Afrique – nos chers gabo­nais qui sont ici en sont les témoins – trente ans en Afrique, pour quoi faire ? Mais pour conver­tir les âmes à Notre-​Seigneur Jésus-​Christ ! Pour conver­tir les âmes à l’Église. Pour faire ren­trer des âmes dans l’Église par le bap­tême catho­lique. Qu’a fait saint Pierre après son pre­mier ser­mon à Jérusalem ? Il a bap­ti­sé. Quatre mille per­sonne bap­ti­sées ! Parce qu’il savait que par le bap­tême, il consti­tuait l’Église, et que désor­mais, tous ceux qui vou­draient entrer dans l’Eglise et dans la voie du salut et suivre Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, par­ti­ci­per au sang de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, au sang rédemp­teur du divin Sauveur, devaient être bap­ti­sé catho­liques. C’est ce que l’Église a fait pen­dant vingt siècles ! Tout à coup, on me dit : non, non ! Il faut dia­lo­guer, il ne faut pas conver­tir. Il faut res­pec­ter l’o­pi­nion de cha­cun. Il ne faut pas leur don­ner l’im­pres­sion qu’ils sont dans l’er­reur. Alors, où est la mis­sion ? Où est la mis­sion de l’Église ? Et ce chan­ge­ment radi­cal a été obte­nu par les pres­sions de groupes qui par­ti­cu­liè­re­ment étaient membres du secré­ta­riat de l’u­ni­té des chrétiens.

D’ailleurs si nous réflé­chis­sons quelques ins­tants : pour­quoi un secré­ta­riat pour l’u­ni­té des chré­tiens ? N’était-​ce-​pas la congré­ga­tion de la pro­pa­gande, c’est-​à-​dire, de la pro­pa­ga­tion de la foi, qui était char­gé de por­ter la foi à tous ceux qui ne l’a­vaient pas ? C’est la congré­ga­tion de la pro­pa­gande de la foi qui était char­gé d’en­voyer les mis­sion­naires à tra­vers le monde pour conver­tir toutes les âmes, quelles qu’elles soient : païens, ani­mistes, athées, boud­dhistes, musul­mans, pro­tes­tants. La pro­pa­ga­tion de la foi était char­gé d’en­voyer les mis­sion­naires pour rame­ner à l’in­té­rieur de l’Église par le bap­tême catho­lique, toutes ces âmes éga­rées. Pourquoi à côté de la pro­pa­ga­tion de la foi, ins­ti­tuer comme une nou­velle congré­ga­tion qui désor­mais pren­dra sim­ple­ment des contacts, des contacts d’a­mi­tié avec toutes les fausses reli­gions et avec toutes les fausses idéo­lo­gies ? Et c’est cela dont meurt actuel­le­ment l’Église. Elle ne mour­ra pas, évi­dem­ment. Vous en êtes les témoins et vous en êtes les acteurs. C’est vous qui êtes l’Église, c’est vous qui serez l’Église, c’est qui conti­nuez l’Église par la foi que vous main­te­nez et par la sain­te­té de l’Église que vous conti­nuez. C’est vous ! Mais nous pour­rions nous deman­der où va aller notre sainte Église catholique. 

Le car­di­nal Béa, avant le Concile, a par­cou­ru le monde entier, réuni les épis­co­pats pour leur deman­der de faire en sorte que ce Concile soit un concile œcu­mé­niste. Je ne parle de Concile œcu­mé­nique, un concile est tou­jours œcu­mé­nique mais œcu­mé­niste, c’est-​à-​dire qui fasse l’u­nion entre toutes les reli­gions. Ca n’est pas pos­sible ! Cela est contraire à la divi­ni­té de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ ! Et c’est pour­quoi il nous est impos­sible, dans la situa­tion actuelle, tant que ce secré­ta­riat sera sou­te­nu et encou­ra­gé par le sou­ve­rain pon­tife, cela mon­tre­ra que désor­mais, les membres de ce secré­ta­riat peuvent conti­nuer leur action des­truc­trice de l’Église et des­truc­trice du règne de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ ! Le nom de Mgr Willebrands est suf­fi­sam­ment connu pour savoir que c’est pré­ci­sé­ment son rôle et de prendre des contacts avec qui que ce soit. Plus per­sonne n’est éloi­gné de l’i­déo­lo­gie de l’Église, de la foi de l’Église. Mgr de Smedt, secré­taire du secré­ta­riat de l’u­ni­té des chré­tiens a été celui qui a sou­te­nu, pen­dant le Concile, la défense du thème de la liber­té reli­gieuse. Mgr Bugnini fai­sait par­tie du secré­ta­riat de l’u­ni­té des chré­tiens. Et c’est Mgr Bugnini qui a détruit la litur­gie et qui a rem­pla­cé la vraie litur­gie de la sainte messe et des sacre­ments par cette nou­velle litur­gie dont on ne sait pas où fini­ra l’é­vo­lu­tion, tou­jours, en changement.

Impossible d’accepter le Concile

Alors, devant cette situa­tion, il est bien cer­tain qu’il est impos­sible pour nous de pou­voir avoir des contacts sui­vis avec Rome parce que, jus­qu’à pré­sent, Rome demande que si nous rece­vons quoi que ce soit, quelques indult que ce soit, pour la sainte messe, pour la litur­gie, pour les sémi­naires, quoique ce soit, nous devons signer la nou­velle pro­fes­sion de foi qui a été rédi­gée par le car­di­nal Ratzinger au mois de février der­nier, et cette pro­fes­sion de foi contient expli­ci­te­ment l’ac­cep­ta­tion du Concile et de ses consé­quences. Alors il faut savoir ce que nous vou­lons. C’est le Concile et ses consé­quences qui ont détruit la sainte messe, qui ont détruit notre foi, qui ont détruit les caté­chismes, qui ont détruit le règne social de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ dans les socié­tés civiles. Comment pouvons-​nous l’ac­cep­ter ? Voilà mes biens chers frères, la situa­tion actuelle. 

Que faire ? Garder la foi

Alors devant cette situa­tion qu’est-​ce que nous devons faire ? Garder la foi catho­lique. Garder la foi catho­lique. La pro­té­ger par tous les moyens.

Garder la foi par les bonnes lectures

Vous avez dans l’in­ven­taire des livres qui sont expo­sés à la salle de lec­ture, de vente des livres, vous avez beau­coup de livres désor­mais qui sont à votre dis­po­si­tion pour que vous appro­fon­dis­siez le sens de la crise que nous subis­sons et pour vous aider à gar­der la foi. De nou­veaux livres viennent de paraitre. Le livre du Père Marziac et le livre de Dom Guillou. Le livre de Dom Guillon en par­ti­cu­lier est fait sur le canon de la messe, le canon romain de la messe et la dif­fé­rence qu’il y a entre le canon de tou­jours et le nou­veau canon. Livre très pré­cieux, très inté­res­sant et très ins­truc­tif. Et puis nous avons réédi­té cer­tains livres très pré­cieux, comme le petit livre de Jésus-​Christ, roi des nations par le père Philippe. Non pas le père Philippe domi­ni­cain mais le père Philippe rédemp­to­riste qui vivait au début du siècle et qui a fait ce petit livre admi­rable dans le style d’un caté­chisme sur Jésus-​Christ, roi des nations. Un livre que nous avons réédi­té, tel­le­ment ce livre est rem­pli des extraits des ency­cliques des papes qui montre quelle était la foi de nos ancêtres, la foi des papes qui ont pré­cé­dés le Concile, qui est incom­pa­tible avec ce qu’on nous enseigne actuel­le­ment dans l’Église. La neu­tra­li­té des États, la laï­ci­té des États, la laï­ci­sa­tion des socié­té civile, chose inad­mis­sible. Notre-​Seigneur ne peut plus régner, il ne peut plus régner dans les socié­tés, il n’est plus le maître des socié­tés ! Depuis quand ? Est-​ce que ce n’est pas lui qui en est le créa­teur ? Il n’a plus le droit de régner ? Alors pro­té­ger votre foi, entre­te­nez votre foi par des lec­tures. Vous savez main­te­nant, je ne puis pas citer toutes les revues, tout ce qui grâce à Dieu a été sus­ci­té par des âmes fer­ventes et intel­li­gentes qui ont com­pris la néces­si­té des fidèles à gar­der la foi catho­lique. Vous les connais­sez. Je cite­rai sim­ple­ment si vous le per­met­tez, Monde et Vie, qui a été ferme dans sa posi­tion vis-​à-​vis des sacres des évêques. Et puis je pense que à tra­vers Radio-​Courtoisie, nous pou­vons aus­si, grâce à Dieu faire pas­ser notre mes­sage et faire pas­ser le mes­sage de la Tradition. Je pense que ce sont là des moyens pré­cieux, sans comp­ter toutes les édi­tions. Editions Fideliter, Édition de Chiré en Montreuil, édi­tion de Dismas en Belgique. Enfin, je ne peux pas tout citer, mais désor­mais vrai­ment ce sont levées des âmes géné­reuses qui ont vou­lu écrire, par­ler en faveur de la Tradition et défendre notre foi catho­lique. Alors nous devons pro­fi­ter de cette pro­li­fé­ra­tion bien­heu­reuse de ceux qui veulent nous aider à demeu­rer catholiques. 

Professer la foi

Et puis ce n’est pas tout, il ne faut pas seule­ment défendre notre foi. Nous devons la pro­fes­ser. Voici la conclu­sion du ser­ment anti­mo­der­niste de saint pie X – puissions-​nous répé­ter sou­vent ces paroles – je garde fer­me­ment et gar­de­rai jus­qu’à mon der­nier sou­pir la foi des pères en ce qui concerne le don de la véri­té qui est, a été, et sera tou­jours dans l’é­pis­co­pat qui suc­cède aux apôtres non pas dans le sens que la véri­té doive s’a­dap­ter à la culture de chaque géné­ra­tion, je répète non pas dans le sens que la véri­té doive s’a­dap­ter à la culture de chaque géné­ra­tion mais que la véri­té abso­lue et immuable – voi­là ce que dit le ser­ment anti­mo­der­niste de saint Pie X – mais que la véri­té abso­lue et immuable prê­chée dès l’o­ri­gine chez les apôtres ne soit jamais crue ni com­prise dans un autre sens. Voilà ce que saint Pie X nous deman­dait et deman­dait à tous les prêtres : de prê­ter comme ser­ment sur l’Évangile afin de gar­der la foi de tou­jours, la foi des apôtres ; nous n’en avons pas d’autre. C’est celle que nous pro­fes­sons, c’est celle que vous pro­fes­sez, c’est celle que vous pro­fes­sez dans les petits caté­chismes que vous trans­met­tez à vos enfants. Oh, oui gar­dez bien les anciens caté­chismes ! Et si d’a­ven­ture, quelque famille se trou­vait trop iso­lée pour être pris en charge par un de nos prêtre, qu’elle s’a­dresse à nos sœurs de Saint-​Michel en Brenne qui font un caté­chisme par cor­res­pon­dance et qui peuvent ain­si ins­truire les familles du vrai caté­chisme. Elle ont main­te­nant huit cents abon­nés, j’es­père qu’elles en auront tou­jours davan­tage pour per­mettre à la foi de conti­nuer pour ceux qui sont éloi­gnés de nos prêtres. 

Garder la sainteté de la grâce

Et enfin nous devons gar­der la sain­te­té, la grâce du bon Dieu, et cela nous ne le pou­vons pas sans Jésus-​Christ. « Sans moi, vous ne pou­vez rien faire » (Jn, XV, 5) a dit Notre-​Seigneur : rien, rien ! Par consé­quent, c’est par son sacri­fice, par sa croix, par sa par­ti­ci­pa­tion à son sang que nous rece­vons la grâce du bon Dieu dans tous les sacre­ments, mais par­ti­cu­liè­re­ment dans le sacre­ment de l’eu­cha­ris­tie, évi­dem­ment ! Alors, que nous soyons fidèles à la messe de tou­jours, aux sacre­ments de tou­jours, et ain­si nous gar­de­rons la grâce dans nos cœurs, et nos âmes seront trans­for­mées et prêtres à se rendre au rendez-​vous du bon Dieu : prêtes pour l’é­ter­ni­té, prêtes pour la vie éternelle.

Situation internationale

Invasion de l’Islam

Je dirais encore deux mots, je m’ex­cuse d’être un peu long, mais je dirais encore deux mots de la situa­tion inter­na­tio­nale. Il me semble qu’il y a là une réflexion à faire pour nous et une conclu­sion à tirer devant les évè­ne­ments que nous vivons actuel­le­ment. Evènements qui ont vrai­ment quelque chose d’a­po­ca­lyp­tique, vous le savez. Ces évè­ne­ments : inva­sion des reli­gions dans nos pays et par­ti­cu­liè­re­ment de l’Islam. Invasion non seule­ment en France. Invasion en Angleterre, inva­sion en Belgique, inva­sion en Allemagne. Vous savez qu’il y a deux ans, cent mille turcs ont défi­lés dans les rues de Munich en pous­sant des slo­gans contre l’Allemagne et contre le chris­tia­nisme. Cent mille turcs ont défi­lé dans les rues de Munich. Voilà des faits qui sont symp­to­ma­tiques. C’est cela a quoi nous sommes voués si nos gou­ver­ne­ment ne prennent pas garde, et laissent la chré­tien­té enva­hie par l’Islam. Ce n’est pas pour rien que saint Pie V et les autres papes ont vou­lus arrê­ter la marée de l’Islam qui aurait déjà fait dis­pa­raitre la chré­tien­té autrefois.

Un gouvernement mondial anti-chrétien

Et puis, autre chose sur­pre­nante, c’est tous ces mou­ve­ments aux­quels nous ne com­pre­nons pas tou­jours par­fai­te­ment : des choses extra­or­di­naires qui se passent der­rière le rideau de fer. Nous ne devons pas oublier, à l’oc­ca­sion de tous ces évè­ne­ments les pro­phé­ties qu’ont faite les sectes maçon­niques et qui ont été publiées par le pape Pie IX. Ils ont fait allu­sion à un gou­ver­ne­ment mon­dial et à la sujé­tion de Rome aux idéaux maçon­niques. Ils ont fait des allu­sions claires, il y a de cela plus d’un siècle. Publiées par Pie IX, par l’in­ter­mé­diaire de M. Crétineau-Joly.

Et puis, nous ne devons pas oublier aus­si les pro­phé­ties de la très Sainte Vierge. La Très Sainte Vierge nous a aver­ti : si il n’y a pas de conver­sion de la Russie, si le monde ne se conver­ti par, ne prie pas et ne fait pas péni­tence, le com­mu­nisme enva­hi­ra le monde. Qu’est-​ce que cela veut dire ? Nous savons très bien que le but des sectes secrètes, c’est un gou­ver­ne­ment mon­dial avec des idéaux maçon­niques, c’est-​à-​dire les droits de l’homme, c’est-​à-​dire l’é­ga­li­té et la fra­ter­ni­té et la liber­té com­prises dans un sens anti-​chrétien, contre Notre-​Seigneur ; que ces idéaux seraient défen­dus par ce gou­ver­ne­ment mon­dial, une espèce de socia­lisme à l’u­sage de tous les pays, et ensuite un congrès des reli­gions, ce congrès com­pre­nant toutes les reli­gions – y com­pris la reli­gion catho­lique – qui serait au ser­vice du gou­ver­ne­ment mon­dial, comme les ortho­doxes Russes sont au ser­vice du gou­ver­ne­ment des soviets. Il y aurait deux congrès : le congrès poli­tique uni­ver­sel qui diri­ge­rait le monde et ce congrès des reli­gions qui vien­drait au secours de ce gou­ver­ne­ment mon­dial, qui serait évi­dem­ment à la solde de ce gou­ver­ne­ment. Nous ris­quons d’ar­ri­ver à ces choses-​là. Nous devons nous y pré­pa­rer. alors devant cela, que faire ? Eh bien ceux qui résistent à cette des­truc­tion du royaume de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ, car à cela qu’ils veulent arri­ver, à rui­ner défi­ni­ti­ve­ment et tota­le­ment – c’est ce que disait Léon XIII dans son ency­clique sur les Franc-​Maçon : « ils veulent détruire de fond en comble les ins­ti­tu­tions chré­tiennes », voi­là leur but. Eh bien ils y arrivent, il y arrivent. Alors nous nous devons les reconstruire. 

Se lever contre la destruction

Devant cette des­truc­tion, nous devons nous lever et c’est ce que vous faites, et je vous en féli­cite. Je ne vous en féli­ci­te­rai jamais assez, je suis sûr de faire l’in­ter­prète de Dieu pour vous dire « conti­nuez, conti­nuez à faire ce que vous faites. » Partout s’é­lèvent des écoles, des prieu­rés, des paroisses ; se mul­ti­plient par­tout des églises sont acquises pour la Tradition. Il faut recons­truire le règne de Notre-​Seigneur Jésus-​Christ dans ce monde qui dis­pa­rait, ce monde chré­tien qui dis­pa­rait. Vous direz « mon­sei­gneur, c’est la lutte de David contre Goliath. » Eh oui, je sais bien c’est la lutte de David contre Goliath, mais David a eu la vic­toire sur Goliath. Et com­ment a‑t-​il eu la vic­toire sur Goliath ? Par un petit caillou lim­pide qu’il est allé cher­cher dans le tor­rent. Quel est ce caillou que nous avons, nous ? Jésus-​Christ. Notre-​Seigneur Jésus-​Christ. Nous dirons comme nos ancêtres ven­déens qui ont ver­sé leur sang pour leur foi : « nous n’a­vons d’autre hon­neur que l’hon­neur de Jésus-​Christ ! Nous n’a­vons qu’une peur au monde, c’est d’of­fen­ser Jésus-​Christ. » Voilà ce qu’ils ont chan­té en allant à la mort pour défendre leur Dieu. Eh bien, nous aus­si, chan­tons cela avec cou­rage avec cœur. Oui, nous n’a­vons qu’un amour, c’est Notre-​Seigneur Jésus-​Christ ! Et nous n’a­vons qu’une peur, c’est de l’offenser. 

Et nous deman­de­rons à la Très Sainte Vierge de nous aider dans ce com­bat. Et pour cela, dans quelques ins­tants après la sainte messe, nous nous réuni­rons, évêques ici pré­sents, les cinq que nous sommes pour redire la consé­cra­tion du monde et de la Russie au Cœur Immaculée de la Très Sainte Vierge Marie, per­sua­dés que la Très Sainte Vierge, notre mère, qui elle est tou­jours à la pointe du com­bat, c’est elle qui nous encou­rage, c’est elle qui vient sur la terre nous deman­der de lut­ter, de ne pas avoir peur, que Jésus est avec nous, qu’elle est avec nous, alors nous lui deman­de­rons en nous consa­crants, nos familles, nos per­sonnes, nos cités, nos pays, nos patries, au Cœur Immaculée de Marie, nous sommes per­sua­dés qu’elle vien­dra à notre secours et fera en sorte que nous la rejoin­drons un jour dans la vie éternelle.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit, ainsi-soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.