2 septembre 1792

Le Bienheureux Jean-​Marie d’Allemans du Lau

Né le 30 octobre1738 au Château de la Côte à Biras, en Périgord,
et assas­si­né le 2 sep­tembre 1792 à Paris.

Tous les dio­cèses de France fêtent au 2 sep­tembre les mar­tyrs des Carmes à la tête des­quels fut le Bienheureux Jean-​Marie d’Allemans du Lau. Lequel naquit en 1738 en Périgord. Très jeune, il fut envoyé à Paris auprès de son oncle Jean, curé de St-​Sulpice, la plus grande paroisse de Paris. Il reçut la ton­sure ecclé­sias­tique en 1753, puis obtint une licence de théo­lo­gie en Sorbonne.

En mars 1764, il devint cha­noine de la cathé­drale de Pamiers à la place d’un de ses oncles, malade. Il reçut ensuite la charge de vicaire géné­ral à Bordeaux. En 1770, l’Assemblée géné­rale du cler­gé le nomme un des deux Agents géné­raux du cler­gé. Il assiste le 11 juin 1774 au sacre du roi Louis XVI (sans la reine).
En 1775, le jeune roi Louis XVI le nomme arche­vêque d’Arles. Le prêtre est sacré évêque dans l’église des Grands-​Augustins à Paris. Ce jeune évêque fait son entrée à Arles le 22 février 1776. Il s’intéressa à chaque paroisse et vécut éloi­gné de la socié­té mondaine.

Ses deux vicaires géné­raux l’accompagneront au mar­tyre : Pierre-​François de Pazery de Thorame, né en 1735 à Aix (dont l’un des neveux, Jules/​Julien[1] Honoré Cyprien de Pazery-​Thorame, fut grand vicaire de l’évêque de Toulon), et Armand de Foucauld de Pontbriand, né en 1751, cou­sin par sa mère, Marie-​Sybille du Lau, de son arche­vêque. L’accompagnera aus­si au mar­tyre le vicaire géné­ral sor­tant, Armand-​Auguste de Chapt de Rastignac, né en 1727 en Périgord, élu le 30 mars 1789, tout comme Mgr du Lau, dépu­té du cler­gé aux Etats-Généraux.

Mgr du Lau et Armand de Rastignac, sié­geant aux assem­blées natio­nales suc­ces­sives, s’opposèrent aux lois révo­lu­tion­naires qui impo­saient une laï­ci­sa­tion, une démo­cra­ti­sa­tion et le schisme du cler­gé catho­lique fran­çais. Mgr du Lau écri­vit en 1790 une cri­tique des prin­cipes révo­lu­tion­naires, signée par 129 évêques et plu­sieurs pré­lats. Le 27 décembre, seuls deux évêques et 37 prêtres adhèrent au schisme révo­lu­tion­naire sur les 300 clercs dépu­tés. Mgr du Lau, mal­gré la sup­pres­sion de son dio­cèse d’Arles, conti­nua de l’administrer, encou­ra­geant les prêtres réfrac­taires à la Constitution civile du Clergé, et exhor­tant au contraire ceux qui y avaient prê­té ser­ment à se rétrac­ter. Le 9 jan­vier 1791, 200 prêtres pari­siens sur 800 font schisme. Trois évêques rejoignent encore le schisme.

Le roi posa sou­vent son veto à l’exécution des lois répres­sives contre le cler­gé réfrac­taire, mais au prin­temps 1792, la clique révo­lu­tion­naire, y com­pris l’évêque jureur Pierre Torné, est réso­lue à dépor­ter le cler­gé réfractaire.

Les 10 et 11 août 1792, le roi est arrê­té, 60 000 insur­gés tuent plus de 800 per­sonnes au châ­teau des Tuileries, traquent et empri­sonnent des clercs réfrac­taires et autres sus­pects, hommes et femmes, à Paris, dont Mgr du Lau, Armand de Pontbriand, Pierre-​François de Thorame et ses deux neveux, Joseph et Jules, qui avaient quit­té la Provence pour rejoindre Mgr du Lau à Paris. La plu­part du cler­gé est incar­cé­rée dans le couvent des Carmes à Paris ; ils ont la liber­té de prier dans l’église et le parc du couvent, mais la seule Messe pos­sible est celle d’un prêtre consti­tu­tion­nel. La traque se pour­suit jusqu’à la fin du mois. Le 25 août, Armand de Rastignac, infirme et ali­té, est arrê­té à 23 heures par 400 hommes armés, on l’abreuva d’outrages, il fut conduit à la mai­rie puis à l’abbaye St-​Germain-​des-​Prés. Quelques jours après, sa nièce est auto­ri­sée à le visi­ter : ils sont sept dans une chambre qui res­pi­rait un air infect.

Sous pré­texte de rete­nir, par la ter­reur, les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où (le peuple) allait mar­cher à l’ennemi prus­sien qui était à qua­rante lieues de Paris, le dimanche 2 sep­tembre, on mas­sa­cra 24 prêtres réfrac­taires à l’Abbaye, puis à 16 heures, un attrou­pe­ment fit irrup­tion dans le jar­din du couvent des Carmes où se trou­vaient déte­nus 150/​191 prêtres. On deman­da où était l’archevêque d’Arles : aus­si­tôt après s’être dési­gné, Mgr du Lau fut tué à coup de sabres et de piques. Son corps fut fou­lé aux pieds. Pendant quatre heures se pour­sui­vit le mas­sacre de 115 vic­times dont Pierre-​François, Armand et Armand-​Auguste sus­nom­més. Le len­de­main, ce fut au tour du sémi­naire St-​Firmin[2], puis d’autres lieux[3] de déten­tion jusqu’au 5 sep­tembre. En somme, on estime entre 1100 et 1400 vic­times, dont au moins 289 clercs, sur 2637 détenus.

En sep­tembre 1926, Pie XI béa­ti­fia Jean-​Marie du Lau, François-​Joseph & Pierre-​Louis de la Rochefoucauld, évêques, 181 prêtres dont Pierre-​François de Thorame, Armand de Pontbriand et Armand-​Auguste de Rastignac, ain­si que 2 diacres, un autre clerc et 4 laïcs, soit 191 mar­tyrs de sep­tembre 1792.

Abbé L. Serres-Ponthieu
Sources : Les saints d’Arles, Les saints en 10 volumes.

Notes de bas de page

  1. Les Archives d’Histoire et d’Archéologie du dio­cèse de Fréjus et Toulon, p.88, octobre 1936.[]
  2. Dont Charles Cartus, né en 1753.[]
  3. Dont la Force.[]

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