En la fête de saint Pierre et saint Paul, le Pape a évoqué les clefs comme symbole de l’unité de l’Église.
Notre Saint Père le Pape Léon XIV, Vicaire de Jésus Christ et Chef suprême de toute l’Église universelle, a célébré le 29 juin dernier, en présence des cardinaux réunis à Rome à l’occasion du Consistoire, la messe de la fête des saints apôtres Pierre et Paul. C’est lors de cette célébration que le Pape impose le pallium aux nouveaux archevêques métropolitains.
Dans l’homélie qu’il prononça en ce jour, Léon XIV insista sur la « sollicitude fidèle et patiente pour l’unité » qui échoit au successeur de Pierre et qui est « très bien exprimée par le symbole des clés, avec lequel nous l’identifions souvent (cf. Mt 16, 19) ». Et de développer ainsi la description de la métaphore : « Une clé, en effet, n’abat pas les portes, mais elle les ouvre puis les ferme, en cherchant à l’intérieur les bons leviers et en accompagnant leurs mouvements, afin que les blocages se défassent, que les gâches coulissent et que les battants tournent librement sur leurs gonds, unissant ainsi les espaces et faisant des nombreuses pièces isolées une seule et même maison accueillante ».
Comment doit-on donc comprendre, à la lumière de cette métaphore, la définition de l’unité et de la communion dans l’Église ? « De la même manière », explique Léon XIV, « la communion dans l’Église ne se construit pas en se figeant sur ses propres positions, mais en recherchant, dans le cœur de chacun, les points de rencontre dans la Vérité, à la seule lumière de laquelle chacun devient pour l’autre instrument de croissance ». Et c’est ici que surgit la question fondamentale : de quelle « Vérité » s’agit-il ? L’évêque de Bourges, Mgr Sylvain Bataille, a fait récemment écho à cette réflexion du Pape, lorsque, se positionnant, dans un communiqué daté du 13 juillet dernier, à l’égard des sacres accomplis par la Fraternité Saint Pie X, le récent successeur de Mgr Jérôme Beau déclare : « Ne rêvons pas d’une unité de compromis, fondée sur l’ambiguïté » [1].
De cette ambiguïté, nous ne voulons pas, nous non plus, tant il est vrai que, une fois que l’on s’y est installé, « tout effort pour dissiper les malentendus n’aurait pour effet que de les multiplier » [2]. Et c’est justement la raison pour laquelle, depuis ses premières origines, la Fraternité expose clairement les raisons profondes de son attitude, qui sont les raisons de son obéissance au Magistère de l’Église catholique, en même temps que ce sont aussi les raisons de la désobéissance du concile Vatican II à ce même Magistère. Que si l’affirmation peut paraître un peu grosse, elle n’en demeure pas moins vraie pour autant.
Mais remarquons aussi que, du côté de Rome et des épiscopats du monde entier, en France comme ailleurs, l’ambiguïté est tout autant récusée, comme inacceptable, et qu’elle l’est au nom même des textes du Concile, qui, précisément, lorsqu’ils sont lus à la lumière de leur logique profonde, échappent – malheureusement – à toute ambiguïté. Car ils véhiculent une nouvelle définition de l’Église et de son unité, qui est en opposition claire et nette avec la définition de l’Église telle que le Magistère nous l’avait enseignée jusqu’ici. L’unité de l’Église y apparaît non plus comme celle de l’Église catholique, mais comme celle de l’Église du Christ, qui « subsiste » seulement dans l’Eglise catholique, et qui est aussi « présente et agissante » en dehors de la structure visible de l’Église catholique, dans les communautés séparées, dites « chrétiennes non catholiques ». L’unité des chrétiens, que se donne pour but l’œcuménisme, prend alors tout son sens, en dehors de toute ambiguïté, car il s’agit de l’unité de l’Église du Christ, qui progresse, et qui reste distincte de l’unité de l’Église catholique. Comme le dit explicitement le décret Unitatis redintegratio du concile Vatican II, par cette voie de l’œcuménisme, « peu à peu, après avoir surmonté les obstacles qui empêchent la parfaite communion ecclésiale, se trouveront rassemblés par une célébration eucharistique unique, dans l’unité d’une seule et unique Église, tous les chrétiens. Cette unité, le Christ l’a accordée à son Église dès le commencement. Nous croyons qu’elle subsiste de façon inamissible dans l’Église catholique et nous espérons qu’elle s’accroîtra de jour en jour jusqu’à la consommation des siècles ». Il est clairement dit ici, en dehors de toute ambiguïté, à la fois que : 1) l’unité accordée par le Christ à son Église – donc l’unité de l’Église du Christ – « subsiste de façon inamissible » dans l’Église catholique, et que 2) « nous espérons qu’elle s’accroîtra de jour en jour », en ce qu’elle est seulement « présente et agissante » hors de l’unité de l’Église catholique.
Pourquoi, dès lors, la Fraternité Saint Pie X est-elle réputée schismatique ? Tout simplement parce qu’elle refuse cette nouvelle ecclésiologie, qui entend établir une distinction réelle entre l’Église du Christ et l’Église catholique. Ce refus s’est encore récemment exprimé avec la Profession de foi du 24 juin dernier, mais Mgr Lefebvre en faisait le constat lors de l’homélie qu’il prononça pour les consécrations épiscopale du 30 juin 1988 :
Et pourquoi Monseigneur (me dira-t-on) avez-vous arrêté ces colloques qui semblaient cependant avoir un certain succès ? Précisément parce que en même temps que je donnais ma signature pour le Protocole (d’accord), à la même minute, l’envoyé du cardinal Ratzinger qui m’apportait ce protocole à signer, me confiait ensuite une lettre dans laquelle il me demandait, de demander pardon pour les erreurs que je faisais. Si je suis dans l’erreur, si j’enseigne des erreurs, il est clair que l’on doit me remettre dans la Vérité, dans l’esprit de ceux qui m’envoient cette feuille à signer, que je reconnaisse mes erreurs. C’est-à-dire : Si vous reconnaissez vos erreurs, nous vous aiderons à revenir dans la vérité. Quelle est cette vérité pour eux ? Sinon la vérité de Vatican II, sinon la vérité de cette Église conciliaire, c’est clair ! Par conséquent, il est clair que pour le Vatican, la seule vérité qui existe aujourd’hui, c’est la vérité conciliaire, c’est « l’esprit du concile », c’est l’esprit d’Assise. Voilà la vérité d’aujourd’hui. Et cela nous n’en voulons pour rien au monde, pour rien au monde !
Lorsque le Pape Léon XIV dit que la communion dans l’Église doit se construire « en recherchant, dans le cœur de chacun, les points de rencontre dans la Vérité », il s’agit précisément, et en dehors de toute ambiguïté, de cette Vérité nouvelle de Vatican II. La Fraternité, et avec elle ses six évêques, dont les quatre qui furent consacrés le dernier 1er juillet, n’en veulent pour rien au monde, car cette Vérité est une fausse Vérité, elle n’a que l’apparence de la Vérité en se donnant le faux visage du Magistère, et en réalité elle n’est que l’expression des erreurs déjà condamnées par ce Magistère. Et la Fraternité, avec ses six évêques pleinement catholiques, espère de tout cœur que le Pape et le cardinal Fernandez sauront ne pas se figer sur les propres positions d’une théologie qui, pour avoir trouvé son expression majeure lors du concile Vatican II, reste contestable sur plus d’un point, à la lumière des enseignements séculaires du Magistère de l’Église, tels qu’ils ressortent clairement de la Profession de foi émise par le Fraternité le 24 juin dernier.
Léon XIV termine d’ailleurs son homélie du 29 juin en adressant avec joie « une cordiale salutation aux membres de la délégation du Patriarcat œcuménique de Constantinople, envoyée par mon très cher frère Sa Sainteté Bartholomée et conduite par Son Éminence Emmanuel, métropolite de Chalcédoine ». Délégation d’une communauté qui, pourtant, demeure encore schismatique, depuis maintenant plus de 9 siècles, même si en 1964 le Pape Paul VI a voulu lever l’anathème de l’excommunication subi par Michel Cérulaire à l’occasion du schisme en 1054.
Loin de tout esprit schismatique, la Fraternité professe la même foi que l’apôtre saint Pierre, la foi dans le Primat de l’évêque de Rome. C’est pourquoi, elle ose espérer de la part du Saint Père au moins une « cordiale salutation », d’autant plus méritée qu’à la différence des évêques orthodoxes Bartholomée et Emmanuel, à la différence aussi de Madame Sarah Mullaly, supposée « archevêque » anglicane de Cantorbéry et reçue au Vatican par le Pape le 27 avril dernier [3], à la différence encore des 14 (6 femmes et 8 hommes) supposés « évêques » luthériens de Norvège eux aussi reçus au Vatican par Léon XIV le 26 août dernier [4], elle entend rester fidèles aux définitions des conciles œcuméniques de Lyon I et II, de Florence, de Trente et de Vatican I.
- https://www.diocese-bourges.org/actualites/16137-les-ordinations-episcopales-de-la-fraternite-saint-pie-x-points-de-repere-pour-comprendre-la-situation-editorial-de-monseigneur-bataille/[↩]
- Étienne Gilson, Matières et formes, Vrin. 1964, p. 20.[↩]
- https://laportelatine.org/actualite/leon-xiv-et-madame-mullaly[↩]
- https://fr.zenit.org/2026/08/26/leon-xiv-la-bonte-et-la-charite-ont-le-pouvoir-de-desarmer/ ; https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2026–08/leon-xiv-petits-gestes-bonte-charite-peuvent-desamorcer-conflits.html[↩]









