Entretien exclusif de Mgr Fellay au Gabon – Le Saint Pie n° 162

Mai 2008

Un évêque qui remue une âme de bap­ti­sé, ça c’est un évêque. Quoi !

Moi Piekaya je n’ai jamais tant vu de per­son­na­li­tés de la Saint Église Catholique que ces der­niers jours en notre capi­tale de notre Gabon d’a­bord. Des sou­tanes, des mitres, des crosses, des croix pec­to­rales, des béné­dic­tions, ah là là mon coeur com­men­çait à battre et je vou­lais tous les rencontrer.

Moi je me réjouis tou­jours de voir qu’on veut encore construire des églises.

Quand j’ai dit à mon voi­sin que c’é­tait mieux qu’une mos­quée, il m’a répon­du que lui, ça lui était égal parce que, de toute façon, catho­lique ou musul­man on a le même Dieu. Non là vrai­ment je ne sais pas depuis quand il n’a pas fait son signe de croix celui là, sans quoi il sau­rait qu’un seul Dieu en trois per­sonnes ou en une seule c’est pas pareil !

Enfin il y a même un Monseigneur venu d’Italie qui a réus­si à faire dire une Messe à notre arche­vêque de Libreville dans la pure tra­di­tion ancienne de l’Église Catholique, ça je l’ai reco­pié du jour­nal pour m’en sou­ve­nir. Seulement je me suis ren­du compte que ça devait faire un bout de temps qu’il avait aban­don­né tout ça et puis quand j’ai appris que ce Monseigneur n’était pas évêque ça m’a aga­cé parce que je n’aime pas trop le théâtre quand on parle de notre reli­gion… quoi ! Pour moi, Piekaya, un évêque c’est un Monseigneur bien habillé avec du vio­let, mais j’ai appris qu’il y a des Monseigneurs en den­telles qui ne sont pas des évêques. Moi toutes ces sub­ti­li­tés j’y com­prends rien, et je trouve que tout compte fait, comme disait mon ancêtre, le pagne ne fait pas le chef du village.

Et puis à la radio on disait qu’un autre Monseigneur venait pour faire des confirmations.Celui-là quand je l’ai vu et quand je l’ai enten­du, je me suis dit qu’il n’y avait pas de doute que c’é­tait bien un évêque. Ah ça oui, foi de Piekaya celui là il ne par­lait pas pour rien dire, moi je com­pre­nais tout ce qu’il disait parce que je sen­tais en mon âme comme une évi­dence que ce qu’il disait était vrai, et puis quand il a dit la Messe de l’é­vêque j’en avais les larmes aux yeux parce que j’a­vais comme encore une autre évi­dence, celle que ce qu’il fai­sait était bien et bon, que cela venait direc­te­ment de l’a­mour du Bon Dieu qui veut nous sau­ver. Je peux pas vrai­ment vous l’ex­pli­quer, fal­lait que vous soyez là aus­si pour connaître cet évêque qui remue les âmes ! Là vrai­ment je vous le dis fran­che­ment, je croyais revoir « notre Père » Monseigneur Marcel Lefebvre . quoi !

Piekaya [NDLR : « Chroniqueur » dans Le Saint Pie]

L’interview exclusive de Mgr Fellay !

Le Saint Pie : Monseigneur, c’est un hon­neur et une joie de vous avoir par­mi nous à bord de la Mission Saint Pie X ! Et à plus d’un titre puisque vous êtes venu non seule­ment comme évêque pour don­ner le sacre­ment de confir­ma­tion à 63 fidèles du GABON, mais aus­si comme supé­rieur géné­ral de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, pour visi­ter notre belle com­mu­nau­té et nous par­ler de l’Église. En quelques ques­tions, Monseigneur, nous vou­drions sur­vo­ler pour nos lec­teurs du Saint Pie votre séjour à Libreville, pour leur faire part d’un peu de ce suc d’é­di­fi­ca­tion spi­ri­tuelle que vous nous avez apporté.

Mais tout d’a­bord, Monseigneur, pourriez-​vous nous dire ce que repré­sente la Mission du Gabon dans l’his­toire de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X ? 

Mgr Fellay : La Mission Saint Pie X rap­pelle à la Fraternité qui défend la Tradition de l’Église, fon­dée par Mgr Lefebvre bien connu ici au Gabon où il fut mis­sion­naire pen­dant 13 ans sous le nom du Père Marcel, eh bien pré­ci­sé­ment que la Tradition de l’Église, ou ce qui revient à dire l’Église tout court, parce que l’Église ne peut pas être sinon une tra­di­tion, nous rap­pelle tout sim­ple­ment que l’Église est mis­sion­naire. Et pour nous, Fraternité qui sommes plon­gés dans un com­bat assez dif­fi­cile qui est celui de défendre les valeurs de l’Église, la réa­li­sa­tion concrète d’une mis­sion en Afrique à la suite de Monseigneur Marcel Lefebvre nous rap­pelle avec beau­coup d’ef­fi­ca­ci­té et très vive­ment cette néces­si­té pour tout catho­lique, et bien sûr évi­dem­ment pour un catho­lique tra­di­tion­nel, d’être mis­sion­naire, de conti­nuer cet esprit de conquête des âmes pour Notre Seigneur jésus Christ.

Le Saint Pie : Après avoir visi­té la com­mu­nau­té des Pères, des frères et des soeurs, non seule­ment à la Mission mais aus­si au Juvénat du Sacré Coeur, puis en brousse équa­to­riale au domaine Saint Joseph d’Andeme et au prieu­ré Saint Jacques de Four Place, pourriez-​vous dire à nos lec­teurs du Saint Pie votre sen­ti­ment sur cette oeuvre de la Fraternité, oeuvre d’Église, après plus de vingt années de pré­sence au Gabon ? 

Mgr Fellay : Mon pre­mier sen­ti­ment est un sen­ti­ment d’é­mer­veille­ment, c’est quelque chose comme quand on voit un beau cou­cher de soleil, on dit : « magni­fique » ! Quand on voit de si belles oeuvres, on peut dire en plein milieu de la brousse. enfin, de la brousse de la crise de l’Église, on s’é­mer­veille, on bénit le Bon Dieu.

Et puis on se rend compte que le Bon Dieu veut réel­le­ment sau­ver tous les hommes et que pour cela les hommes n’ont qu’à appor­ter leur bonne volon­té et alors, comme la pluie qui pleut sur cette terre, la grâce tombe sur les coeurs de bonne volon­té, et fait pous­ser le salut. On voit très très bien que cette oeuvre de la Fraternité est une oeuvre de salut. Voilà mon sen­ti­ment à voir cette magni­fique oeuvre.

Le Saint Pie : La Fraternité s’est implan­tée main­te­nant dans quatre pays de notre grand conti­nent Africain : au Gabon, en Afrique du Sud, au Zimbabwe et au Kenya. Pourriez-​vous nous dire quelques mots sur votre vision d’a­ve­nir pour les fidèles afri­cains de la Tradition ? 

Mgr Fellay : Pour l’ins­tant, quand on regarde la carte de l’Afrique, on voit que la Fraternité est éta­blie un peu en forme de tri­angle, tout à la pointe en bas et puis des deux côtés vers le milieu, les fidèles savent aus­si que nous avons d’autres pays en attente, qui sont visi­tés avec plus ou moins de fré­quence : autour du Gabon, il y a le Cameroun et le Nigeria, au côté du Kenya c’est l’Ouganda, la Tanzanie, du côté de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe ce sont les pays alen­tours, c’est un petit peu le Mozambique, un petit peu le Malawi, un peu plus la Zambie où l’on com­mence à avoir de l’a­pos­to­lat. Et donc on voit trois centres d’in­té­rêt, et de temps en temps on se pose la ques­tion s’il ne fau­drait pas res­ser­rer les liens entre ces trois points pour don­ner plus de force encore à cet apos­to­lat. Je suis per­sua­dé qu’il y a de l’a­ve­nir en Afrique, mais il manque des prêtres, il manque cruel­le­ment de prêtres et il fau­drait pou­voir envoyer une escouade pour pou­voir répondre aux besoins, aux demandes déjà actuelles. Oui je vois un bel ave­nir pour la Fraternité, pour la Tradition en Afrique.

Le Saint Pie : L’année 2008 est l’an­née d’un anni­ver­saire, celui des 20 ans de votre sacre épis­co­pal par Monseigneur Lefebvre ! Grâce à l’é­pis­co­pat qu’il vous a trans­mis, nous avons encore des Pères ici au Gabon, et nos enfants reçoivent de vos mains les dons du Saint Esprit et le carac­tère de confir­mé. Dans vos ser­mons de confir­ma­tion vous nous avez expli­qué le rôle du Saint Esprit dans une âme et la signi­fi­ca­tion de ce carac­tère de sol­dat. Pourriez-​vous nous dire un mot du rôle de ce beau sacre­ment, fina­le­ment peu connu, pour nous fidèles catho­liques dans le com­bat qui est le nôtre dans cette période trou­blée de l’his­toire de l’Église.

Mgr Fellay : La confir­ma­tion, elle est pro­mise si l’on peut dire. Elle nous parle du Saint Esprit et de l’aide, du rôle du St Esprit dans la vie du chré­tien. Ce qui est très inté­res­sant c’est de voir que Notre Seigneur va par­ler du Saint Esprit aux apôtres au moment où il leur demande d’al­ler en mis­sion, au moment où il dit qu’il seront des témoins, que ces témoins pour­ront aller jus­qu’au mar­tyr, donc c’est lors­qu’il parle de la pré­di­ca­tion. Annoncer la bonne nou­velle c’est annon­cer qu’il n’y a qu’un seul sau­veur, que c’est Notre Seigneur, et c’est aus­si annon­cer que, dire cela, ça va coû­ter à ceux qui seront les témoins, cela va coû­ter peut-​être jus­qu’à la vie, mais ce sera glo­rieux, non pas parce que c’est beau de mou­rir pour une belle cause, mais parce que Dieu sera avec les apôtres, Dieu Saint-Esprit.

Aujourd’hui ce com­bat prend une nou­velle forme parce qu’il y a une par­tie de l’Église catho­lique qui est deve­nue infi­dèle à ce com­bat, infi­dèle à cette pro­fes­sion de foi, infi­dèle à cette annonce qu’il n’y a qu’un seul Sauveur Notre Seigneur Jésus Christ, qu’il n’y a pas d’autre nom qui est don­né sous le Ciel par lequel on puisse être sau­vés. On pour­rait dire que la Tradition entend bien conti­nuer ce mes­sage qui a été le mes­sage de l’Église pen­dant tous les siècles et qui ne peut pas être autre chose pour l’Église toute entière encore aujourd’­hui. Cependant vu ce mal­heur dans l’Église, cette mis­sion est ren­due encore plus dure parce que cette fois-​ci nous n’a­vons pas que des enne­mis du dehors, nous avons même dans l’Église un cer­tain nombre qui nous consi­dèrent comme des enne­mis et qui s’en donnent à coeur joie. D’où l’im­por­tance de ce sou­tien, de se sen­tir sou­te­nu dans ce com­bat pour la foi par le Bon Dieu par le Saint Esprit pro­mis par Notre Seigneur et que l’on voit tous les jours à l’oeuvre dans notre apostolat.

Le Saint Pie : Monseigneur, au cours de la confé­rence don­née aux ins­ti­tu­teurs et pro­fes­seurs de notre école, vous nous avez par­lé de l’im­por­tance de l’é­du­ca­tion chré­tienne. Pourriezvous don­ner un conseil aux pre­miers édu­ca­teurs d’en­fants que sont leurs parents ?

Mgr Fellay : Le pre­mier conseil que je donne aux parents c’est d’ai­mer leurs enfants. Qui n’aime pas ses enfants ? Alors qu’est-​ce que cela veut dire aimer ses enfants. Aimer cela veut dire vou­loir le bien. Vouloir le vrai bien, c’est vou­loir le plus grand des biens, mais c’est aus­si vou­loir tout le reste. Les enfants ont besoin d’une rela­tion pri­vi­lé­giée avec leurs parents et les parents aujourd’­hui où la famille est dis­lo­quée doivent expri­mer à leur enfants cet amour. Amour ça ne veut pas dire leur don­ner des sucettes, ça veut dire les conduire vers les biens qui sont la per­fec­tion de l’être humain, qui sont la connais­sance de la véri­té et l’a­mour du bien, alors même que cela coûte. Cette édu­ca­tion com­porte un cer­tain sacri­fice, un cer­tain renon­ce­ment et là les parents ne doivent pas hési­ter à faire leur devoir pour cela. Voilà mon conseil.

Le Saint Pie : Vous nous avez par­lé aus­si des rela­tions avec Rome, de l’im­pact de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X sur de grands pas effec­tués comme celui du MOTU PROPRIO. Finalement, même avec le MOTU PROPRIO, le com­bat continue ! 

Mgr Fellay : C’est très impor­tant de bien com­prendre que le com­bat conti­nue ! Le MOTU PROPRIO parce qu’il est beau, parce qu’il ouvre de nou­veau les portes de l’Église à l’an­cienne Messe qui a vrai­ment droit de cité dans l’Église, pour­rait faire pen­ser que donc main­te­nant c’est gagné, que c’est affaire conclue, eh bien non ! C’est un pas, c’est un grand pas, un pas que nous espé­rons déci­sif, mais pour cela il faut que ce Motu pro­prio devienne concret, il faut qu’il devienne effec­tif. Et de plus, la Messe et donc le Motu Proprio, ce n’est que la pointe d’un ice­berg, notre com­bat lui, il se trouve en fait beau­coup plus sous l’eau qu’au des­sus, c’est-​à-​dire qu’il y a beau­coup de choses qui n’ap­pa­raissent pas et qui appar­tiennent à ce com­bat. Combat pour Notre Seigneur, ce com­bat pour la véri­té, ce com­bat contre les erreurs modernes, contre les ten­ta­tions du monde qui veut tou­jours se pas­ser du Bon Dieu, qui veut tou­jours ras­sa­sier les dési­rs des hommes en oubliant les com­man­de­ments du Bon Dieu.

Le Saint Pie : Pouvez-​vous dire un mot sur les autres socié­tés qui béné­fi­cient aus­si de ce pas pour la Messe ? 

Mgr Fellay : Ce qu’il faut espé­rer de ces socié­tés c’est qu’elles fassent tout sim­ple­ment leur devoir devant Dieu, devant l’Église. Et faire ce devoir cela devrait être quelque part le même que le nôtre et alors, dans ce cas là, nous ne ver­rions pas en eux des rivaux mais beau­coup plus, si l’on peut dire, des col­la­bo­ra­teurs. Nous prions et espé­rons qu’ils fassent cela.

Le Saint Pie : Monseigneur Lefebvre aimait à dire qu’il voyait ici en Afrique des vil­lages, comme ceux qu’il a pu connaître près de Lambaréné, se trans­for­mer petit à petit par la Messe. Il a expé­ri­men­té autre­fois l’ef­fi­ca­ci­té de la Messe pour trans­for­mer les âmes, et on peut dire, n’est-​ce pas, que c’est tou­jours dans la Messe qu’est notre force et notre vic­toire pour l’Église toute entière ? 

Mgr Fellay : Oui, je le pense aus­si. Il ne fau­drait pas dire que dans la Messe, mais dans les effets de la Messe. La Messe apporte beau­coup plus que la Messe. C’est comme un camion char­gé, il n’y a pas que le camion qui arrive, il y a aus­si le char­ge­ment qui arrive avec le camion. Et c’est un char­ge­ment de grâce, un char­ge­ment de doc­trine qui nour­rit la foi et c’est en même temps toute une force de grâces de sanc­ti­fi­ca­tion. La socié­té est sanc­ti­fiée par la Messe. La Messe c’est comme un soleil qui irra­die la grâce et qui rentre, qui pénètre dans la socié­té et qui la rend chré­tienne. Si on laisse faire la Messe, il y a tout un enchaî­ne­ment cohé­rent qui se pro­duit et c’est ce que décri­vait Monseigneur. Et il n’y a aucune rai­son de pen­ser que cette effi­ca­ci­té aurait dimi­nué ou dis­pa­ru de la Messe. Bien dire la Messe bien rece­voir la Messe, bien y assis­ter va pro­duire les mêmes effets. C’est une ques­tion de temps, une ques­tion bien sûr de cir­cons­tances humaines, à nous d’y travailler !

Le Saint Pie : Alors si l’on met la Messe de tou­jours avec tout ce qu’elle apporte, en concur­rence avec la nou­velle, c’est ce qui va se pas­ser avec le MOTU PROPRIO, on risque fort de démon­trer quelle est la bonne ! 

Mgr Fellay : Aucun pro­blème, par­fai­te­ment ! C’est déjà un car­di­nal, le car­di­nal Médina, qui me disait en 1998 : « qu’on donne aux deux messes les mêmes chances et que la meilleure gagne ! » Il n’est pas dif­fi­cile de savoir laquelle ce sera ! Et on pour­rait par­ler d’une Vox Populi, d’une voix du peuple, même si aujourd’­hui les choses semblent com­plè­te­ment ren­ver­sées, lais­sez, lais­sez cette liber­té de la Messe ! elle parle aux âmes ! On le voit chez les enfants, chez les ser­vants de Messe qui ont jusque-​là assis­té à la nou­velle Messe, qui ont ser­vi la nou­velle messe : Ils découvrent une fois l’an­cienne messe, ils n’hé­sitent pas une seconde pour savoir laquelle ils pré­fèrent. parce que c’est la meilleure, seule­ment parce que c’est la bonne Messe !

Le Saint Pie : Et même pour des prêtres qui n’au­raient pas connu la Messe de tou­jours et qui la décou­vri­raient main­te­nant, ils en per­ce­vraient les bienfaits ? 

Mgr Fellay : Même chose. Nous avons beau­coup, beau­coup d’exemples très émou­vants de prêtres qui nous disent qu’en célé­brant l’an­cienne Messe, ils découvrent ce qu’est le sacer­doce. Phrase évi­dem­ment impres­sion­nante, phrase qui pèse lourd et qui en dit long sur la for­ma­tion qu’ils ont reçue dans les sémi­naires aujourd’hui.

Le Saint Pie : Ainsi, il n’y a pas que le pro­blème de la Messe dans la crise de l’Église, il y a aus­si cette par­tie cachée de l’i­ce­berg, ce nou­vel esprit qui est lié à cette nou­velle concep­tion de la Messe, qui règne et s’in­filtre dans les âmes. Et cela rejoint ce que vous nous disiez tout à l’heure sur l’in­fi­dé­li­té de l’Église à son bon com­bat de la foi. Finalement, avec le faux oecu­mé­nisme qui est une alté­ra­tion même de la ver­tu de cha­ri­té, peut-​on dire que l’Église conci­liaire est encore mis­sion­naire de nos jours ? 

Mgr Fellay : Si les mots ont encore un sens, alors il faut dire que l’Église Conciliaire aujourd’­hui n’est pas mis­sion­naire, qu’elle a renon­cé à la mis­sion. Même si quelque part il y a un texte tout récent qui parle encore de la mis­sion chez la païens, il n’y a qu’à voir com­ment, de manière très concrète depuis des décen­nies les mis­sion­naires tra­vaillent, pour consta­ter Le Père Marcel que ce n’est plus un tra­vail mis­sion­naire, que c’est un tra­vail humain, un tra­vail qui a une cer­taine valeur auprès des hommes, une valeur anthro­po­lo­gique, mais qui n’a plus de valeur pour le salut. Ils ne cherchent plus à sauver.

Le Saint Pie : Mais pour­quoi l’Église ne cherchet- elle plus à sau­ver, pour­quoi n’est-​elle plus vrai­ment missionnaire ?

Mgr Fellay : Parce qu’elle estime que cha­cun peut se sau­ver faci­le­ment et que ça ne vaut pas la peine de se sacri­fier, d’as­su­mer toutes sortes de peines pour un tra­vail inutile puisque tout le monde est sau­vé. L’enfer est vide donc tout le monde est sau­vé. Et s’il en est ain­si, ça ne vaut pas la peine d’être missionnaire.

Le Saint Pie : Serait-​ce un peu le sens de la nou­velle ency­clique du pape Benoît XVI « Spe Salvi » à pro­pos du salut dans l’espérance ? 

Mgr Fellay : Il y a quelques rap­pels dans cette ency­clique qu’on n’a­vait plus enten­du depuis long­temps comme l’exis­tence de l’en­fer, du juge­ment, du pur­ga­toire. Mais quand on lit de près ce qui est dit, on a vrai­ment l’im­pres­sion que même si ces choses existent, elles ne sont là que comme des tigres en papier, pas bien dan­ge­reux, de toute façon, la grande majo­ri­té, grâce à Notre Seigneur qui est mort pour nous, est sauvée.

Le Saint Pie : Pour ter­mi­ner cette inter­view Monseigneur, je sais que vous pre­nez dans quelques minutes votre avion pour rejoindre le froid de la Suisse, juste une der­nière ques­tion. Avec les mil­liers de cha­pe­lets réci­tés et main­te­nant la croi­sade du Rosaire, vous met­tez toute l’his­toire du salut dans les mains de Notre Dame n’est-​ce pas ? 

Mgr Fellay : Mais ce n’est pas moi qui mets dans les mains de Notre Dame, c’est le Bon Dieu ! C’est mani­feste, depuis ces appa­ri­tions du XIXème siècle et du début du XXème siècle, que Notre Dame joue un rôle pré­pon­dé­rant dans l’his­toire du salut et de manière par­ti­cu­lière aujourd’­hui. Je crois que c’est à Fatima que la Saint Vierge elle­même disait que Dieu avait mis dans ses mains la paix du monde, la paix des nations. Bien sûr, cela n’est pas encore le salut, mais c’est assez remar­quable de voir cette phrase qui quelque part sanc­tionne la royau­té de Notre Dame même sur la terre et on sait que chez le Bon Dieu, s’il y a une telle royau­té comme la royau­té de Notre Seigneur Jésus Christ, c’est en vue du salut. Il n’est pas dif­fi­cile de voir et de com­prendre que la Sainte Vierge joue un rôle dans l’his­toire des hommes aujourd’­hui, un rôle très par­ti­cu­lier, et que cela est lié au rôle que Dieu lui a don­né au niveau du salut. C’est Elle qui vient, c’est Elle qui vient recom­man­der en cette période de trouble la prière du cha­pe­let, la consé­cra­tion de la Russie, la dévo­tion au Coeur Immaculé de Marie, comme moyens du salut. Les cinq pre­miers same­dis du mois avec la pro­messe de la grâce finale, la grâce du salut, c’est assez extra­or­di­naire ! Et il ne faut pas être insen­sible à cette his­toire qui se déroule sous nos yeux. Pour moi je suis inti­me­ment per­sua­dé que nous sommes dans le temps qu’un jour on appel­le­ra le temps de Marie !

Le Saint Pie : Merci beau­coup Monseigneur, les fidèles Gabonais seront au pèle­ri­nage de Lourdes pour mar­quer l’his­toire de ce temps de Marie ! Magnifique ! 

Propos de Monseigneur Fellay, recueillis par le Père Benoît, à Libreville, le 22 avril 2008.

Extrait du Saint Pie n° 162 de mai 2008

Autres renseignements

La paroisse compte 12 asso­cia­tions et com­pa­gnies pour les jeunes et moins jeunes de 5 à 55 ans.
La Mission com­prend aussi :
– une mai­son pour 5 Soeurs de la congré­ga­tion des soeurs de la Fraternité St-​Pie X
– un novi­ciat en for­ma­tion pour les frères,
– une école et un pré-séminaire.(Voir ci-dessous)

FSSPX Premier conseiller général

De natio­na­li­té Suisse, il est né le 12 avril 1958 et a été sacré évêque par Mgr Lefebvre le 30 juin 1988. Mgr Bernard Fellay a exer­cé deux man­dats comme Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X pour un total de 24 ans de supé­rio­rat de 1994 à 2018. Il est actuel­le­ment Premier Conseiller Général de la FSSPX.