Lettre aux amis et bienfaiteurs n°99 – Un jubilé historique !

Le premier Prieuré du District à Lanvallay

De la fon­da­tion du dis­trict de France au renou­vel­le­ment des sacres épis­co­paux : 1976–2026.

Éditorial de M. l’abbé Gonzague Peignot, supérieur du District de France de la FSSPX

L’année 1976 marque une étape déci­sive pour la Fraternité sacer­do­tale Saint-​Pie X au-
delà du célèbre « été chaud [1]» : il s’agit de la nais­sance du pre­mier dis­trict, qui asso­ciait alors la France et la Belgique.

Après une toute pre­mière acqui­si­tion en juin 1975 non loin de Châteauroux, c’est une pro­prié­té près de Dinan, puis une autre près de Vichy, qui furent ache­tées l’année sui­vante pour deve­nir les bases immo­bi­lières de notre dis­trict. Monseigneur Lefebvre nom­ma comme pre­mier supé­rieur Monsieur l’abbé Paul Aulagnier qui conser­va cette charge pen­dant dix-​huit années.

La toute pre­mière pro­prié­té prit le nom de Prieuré Saint-​Michel, avant d’être cédée aux Sœurs de la Fraternité Saint-​Pie X deux ans plus tard pour y ins­tal­ler leur Maison géné­rale. La deuxième devint le Prieuré Sainte-​Anne à Lanvallay tan­dis que la troi­sième accueillit, sous le patro­nage de « Notre-​Dame du Pointet », le Siège du dis­trict pen­dant deux ans – avant son démé­na­ge­ment à Suresnes, rue des Carrières.

Saint-​Michel-​en-​Brenne, Lanvallay, Le Pointet, Suresnes sont autant de noms fami­liers pour tous les fidèles de la pre­mière heure et ceux qui les ont sui­vis jusqu’à aujourd’hui. Cinquante années plus tard, ces mai­sons demeurent. Elles sont deve­nues des bas­tions, de véri­tables paroisses, des mai­sons reli­gieuses solides, où la Fraternité Saint-​Pie X orga­nise l’apostolat qui s’y est déve­lop­pé bien au-​delà des pré­vi­sions humaines. Nous voi­ci donc à l’heure du jubi­lé : Te Deum lau­da­mus – Seigneur nous vous louons !

Par une coïn­ci­dence éton­nante dont seule la Providence a le secret, cette même année 2026 ver­ra le sacre de quatre nou­veaux évêques au ser­vice de la Fraternité Saint-​Pie X, afin de sou­la­ger et de suc­cé­der aux quatre évêques sacrés en 1988 par Mgr Lefebvre, assis­té de Mgr de Castro Mayer.

Ces deux évé­ne­ments ne sont cepen­dant pas indé­pen­dants. En effet, loin d’être un hasard de calen­drier, cette ren­contre de dates nous livre l’enseignement fon­da­men­tal sui­vant : la péren­ni­té de la Tradition repose sur une vision à long terme, tant sacra­men­telle que matérielle.

Lorsqu’en 1976 le dis­trict de France de la Fraternité Saint-​Pie X enta­mait son essor, de nom­breux prêtres cou­ra­geux et fidèles main­te­naient dans notre pays la Tradition catho­lique contre vents et marées. Convaincus que la crise ne serait que pas­sa­gère et que la litur­gie tra­di­tion­nelle retrou­ve­rait rapi­de­ment ses droits, cer­tains d’entre eux firent le choix de struc­tures légères et pro­vi­soires, refu­sant d’investir dans des lieux défi­ni­tifs, atten­dant ingé­nu­ment que les évêques leur rendent les églises.

Hélas ! à mesure que l’Église s’enfonçait dans la crise, ces zélés pas­teurs avan­çant en âge et leurs forces s’amenuisant, bon nombre cher­chèrent à léguer leur héri­tage à la Fraternité, à charge pour elle de bâtir pour durer.

Notre fon­da­teur, Mgr Lefebvre, se démar­qua par sa sage luci­di­té. S’il espé­rait de toute son âme la res­tau­ra­tion de la Tradition au sein de l’Église catho­lique, l’expérience riche qu’il avait acquise comme Supérieur géné­ral des spi­ri­tains (1962–1968) et Père conci­liaire notam­ment, l’amena à diag­nos­ti­quer la gra­vi­té et la pro­fon­deur de la crise. Il en tira la consé­quence logique que cette tem­pête qui dévas­tait l’Église dure­rait long­temps et fit alors le choix de l’enracinement.

En délais­sant le pré­caire, le fra­gile et l’éphémère en faveur du durable, du solide et du pérenne, Mgr Lefebvre a offert aux prêtres et aux fidèles des « ports d’attache » inébran­lables qui accueillent la vie chré­tienne des fidèles. Aujourd’hui, ce sont plus de cin­quante mai­sons en France où résident 200 prêtres, 40 frères et 50 reli­gieuses, pour rayon­ner par leur minis­tère dans plus de cent quatre-​vingts lieux de culte et écoles !

Qu’en serait-​il de la Tradition et de la vie chré­tienne en France sans la pers­pi­ca­ci­té, la saga­ci­té, la déter­mi­na­tion de Mgr Marcel Lefebvre ? Dans quelles écoles iraient vos enfants ? Vers qui vous tourneriez-​vous pour rece­voir les sacre­ments ? C’est bien cette sol­li­ci­tude qui gui­da notre fondateur.

Une décen­nie plus tard, tan­dis que cer­tains pla­çaient leur confiance dans la parole don­née par Rome de pour­voir, le moment venu, à la suc­ces­sion de Mgr Lefebvre pour confé­rer le sacre­ment de confir­ma­tion et l’ordination des can­di­dats au Sacerdoce, ce der­nier, après avoir scru­té les signes du Ciel, et n’ayant pas reje­té cette hypo­thèse a prio­ri, dut se rendre à l’évidence et com­prit qu’il devait effec­tuer lui-​même la trans­mis­sion de l’Episcopat, prin­ci­pa­le­ment pour la sur­vie du Sacerdoce.

C’est ain­si, qu’à l’heure fixée par la Providence, sou­cieux de n’accomplir que la Volonté de Dieu et encou­ra­gé dans sa déci­sion par le sou­tien de Mgr de Castro Mayer, Mgr Lefebvre sacra quatre évêques catho­liques le 30 juin 1988. Et ce n’est que la conti­nui­té de cette déci­sion qui a conduit, trente-​huit ans plus tard, notre Supérieur géné­ral à annon­cer le renou­vel­le­ment de ces sacres épis­co­paux le 1er juillet prochain.

Il est néces­saire de le recon­naître : nous ne vivons aujourd’hui qu’en ver­tu de cette déci­sion héroïque et nous héri­tons de la luci­di­té hors du com­mun, de la pers­pi­ca­ci­té sur­na­tu­relle d’un évêque de l’Église catho­lique qui a agi dans une doci­li­té par­faite aux dons du Saint-​Esprit. Pensons aux dizaines de mil­liers de confir­ma­tions confé­rées depuis 1988, aux cen­taines d’ordinations sacer­do­tales de prêtres qui mois­sonnent auprès de vous et qui ne seraient pas là sans les sacres de 1988 et sans l’édification solide de dis­tricts comme celui de notre pays.

Ce jubi­lé du dis­trict de France doit donc nous appor­ter la convic­tion sui­vante : pour que nous puis­sions « sur­vivre » chré­tien­ne­ment dans la tem­pête que subit l’Église catho­lique – tem­pête qui est loin d’être finie – nous avons besoin de demeu­rer orga­ni­sés. D’abord maté­riel­le­ment, avec des lieux de culte et des mai­sons où puissent vivre les prêtres qui des­servent ces lieux de culte ; ensuite spi­ri­tuel­le­ment, avec notre belle Congrégation, la Fraternité Saint-​Pie X, qui forme et sou­tient les prêtres et est en mesure de leur pro­cu­rer l’ordination sacer­do­tale par ses évêques auxi­liaires, en vue de les envoyer ensuite dans les dif­fé­rentes par­ties du monde – à com­men­cer par notre pays – pour le bien de vos âmes !

L’heure pré­sente est donc à l’action de grâce pour cet héri­tage salu­taire. Remercions Dieu, à l’occasion de ce jubi­lé, de béné­fi­cier désor­mais d’un réseau solide de prieu­rés, d’écoles, de cha­pelles, qui per­met à notre vie chré­tienne de per­du­rer et de s’épanouir. Remercions Dieu d’avoir don­né à l’Église Mgr Lefebvre, qui a pris, seul devant Dieu, les déci­sions sages qui conve­naient et dont nous béné­fi­cions aujourd’hui. Remercions sur­tout Dieu de toutes les grâces de salut que nous avons pu rece­voir par le biais de la Fraternité qui brille d’un éclat par­ti­cu­lier en France.

Cette action de grâce devra se pro­lon­ger dans nos âmes avec un sou­ci renou­ve­lé de fidé­li­té à Notre-​Seigneur. Nous sommes des pri­vi­lé­giés dans ce monde éloi­gné de Dieu : sommes-​nous vrai­ment dignes de cet héritage ?

C’est pour­quoi j’appelle cha­cun à un élan de géné­ro­si­té renou­ve­lé pour sou­te­nir nos œuvres, per­mettre leur déve­lop­pe­ment, leur conti­nua­tion, leur mul­ti­pli­ca­tion. A votre tour de trans­mettre ce que vous avez reçu et de faire pro­fi­ter les autres de ce dont vous avez béné­fi­cié, par votre inves­tis­se­ment dans les prieu­rés et les cha­pelles, par votre géné­ro­si­té tant spi­ri­tuelle que maté­rielle. Pour cer­tains, cela se concré­ti­se­ra par la dis­po­ni­bi­li­té pour les dif­fé­rentes charges à rem­plir au sein d’une cha­pelle ou d’un prieu­ré : secré­ta­riat, éco­no­mat, sacris­tie, ménage, tra­vaux, etc.

Pour d’autres, cela se fera par l’agrégation à notre Tiers-​Ordre ou plus sim­ple­ment par l’offrande de leur aumône.

Pour tous, cela doit se tra­duire par la prière pour les voca­tions et pour la Fraternité Saint-​Pie X.

Que Notre-​Dame nous guide dans cette fidé­li­té, Elle qui, au pied de la Croix, loin d’abandonner son Fils, a renou­ve­lé son offrande, sacri­fiant ce qui lui était le plus cher pour prendre part au salut de notre âme.

Source : Lettre aux amis et bien­fai­teurs du District de France n°99

Notes de bas de page
  1. La Fraternité Saint-​Pie X a été sup­pri­mée par l’évêque de Fribourg le 6 mai 1975. Le recours à Rome ayant été illé­ga­le­ment empê­ché, Mgr Lefebvre main­tient la ren­trée aca­dé­mique et pro­cède en fin d’an­née au sémi­naire d’Écône, aux ordi­na­tions sacer­do­tales le 29 juin 1976. Le pape Paul VI le frap­pa alors de « sus­pense a divi­nis », sanc­tion qui lui « inter­dit de célé­brer la messe nou­velle, de confé­rer les sacre­ments nou­veaux, de prê­cher la doc­trine nou­velle », obser­va fine­ment Mgr Lefebvre. L’événement fut relayé par les médias pen­dant l’été cani­cu­laire, et les catho­liques décou­vrirent ain­si l’évêque de fer qui résis­ta aux nou­veau­tés conci­liaires : ils furent des mil­liers à se rendre à la « messe inter­dite » qu’il célé­bra le 29 août à Lille. L’homélie de ce jour est his­to­rique.[]

Supérieur du District de France

Né le 11 sep­tembre 1986, il a été ordon­né prêtre au Séminaire Saint-​Pie X (Ecône) le 29 juin 2015. Nommé col­la­bo­ra­teur à l’Ecole Saint-​Michel Garicoïtz puis direc­teur deux ans plus tard, il prend la direc­tion de l’Ecole Saint-​Joseph-​des-​Carmes en 2018. Il a été nom­mé supé­rieur du District de France à par­tir du 15 août 2024 par déci­sion de M. L’ABBÉ DAVIDE PAGLIARANI, Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-​Pie X.