Liberté

Crédit photo : homecare119 / Pixabay

Saint Pierre invite à être sou­mis à toute auto­ri­té, tout en agis­sant comme des hommes libres. « Comportez-​vous en hommes libres, non certes en hommes qui font de la liber­té un voile jeté sur leur malice, mais en ser­vi­teurs de Dieu. » (I Petr. 2, 16) Etonnante liber­té qui consiste à être ser­vi­teur, là où saint Paul affirme : « nous ne sommes pas fils de la ser­vante, mais de la femme libre, et cette liber­té, c’est le Christ qui nous l’a don­née. » (Gal 4, 30)

Une ser­vi­tude qui libère, un escla­vage qui affran­chit : s’agit-il là d’une pieuse langue de bois ? La démo­cra­tie moderne a eu le culot de parer sa tyran­nie intel­lec­tuelle du vocable de liber­té, aus­si on est por­té à se méfier. Mais la parole de Dieu, « plus pure que l’argent, puri­fiée sept fois au creu­set » (Ps 11), pèse plus que notre fausse monnaie.

En quoi consiste la liberté chrétienne ?

Saint Jean de la Croix dit qu’une seule pen­sée de l’homme est plus grande que le monde, et que, par­tant, Dieu seul en est digne. Le cœur de l’homme est fait pour Dieu, rien de ce qui est en des­sous de Dieu ne peut le conten­ter. Dès lors, l’âme devrait être indif­fé­rente à tout ce qui n’est pas Dieu. La vraie liber­té n’est rien d’autre que cette indif­fé­rence d’une âme qui a mieux à faire que de s’amuser aux fan­fre­luches du monde, parce qu’elle veut s’ordonner à Dieu qui la dépasse et seul la comble.

L’esclavage consiste pré­ci­sé­ment à se lais­ser prendre par le monde : « L’homme n’échappe à l’obéissance des choses d’en haut qui le nour­rissent que pour choir dans la ser­vi­tude des choses d’en bas qui le dévorent. » (Gustave Thibon). Et comme notre cœur bles­sé par le péché ori­gi­nel balance encore vers ces biens, il ne devien­dra libre qu’en se lais­sant émonder.

« Ô libre arbitre, si misé­ra­ble­ment esclave de ta liber­té lorsque tu n’es pas cloué par l’amour de la Croix ! » s’exclame sainte Thérèse d’Avila. La vraie liber­té ne s’obtient pas en écri­vant son nom par­tout, à l’encre plus ou moins sym­pa­thique ; elle s’obtient par le renon­ce­ment. Mais alors, saint Augustin peut dire à l’âme ain­si puri­fiée : « Aime, et fais ce que tu veux : si tu te tais, tais-​toi par amour ; si tu parles, parle par amour ; si tu cor­riges, cor­rige par amour ; si tu par­donnes, par­donne par amour ; aie au fond du cœur la racine de l’amour : de cette racine il ne peut rien sor­tir que de bon. » [1]

Abbé Nicolas Cadiet

Notes de bas de page

  1. Saint Augustin, Commentaire de la pre­mière épître de saint Jean, VII, 8.[]