Sermon de Pâques 1986 – Ecône le 30 mars 1986 – Mgr Lefebvre

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Mes bien chers amis, Mes bien chers frères,

Permettez-​moi, avant d’évoquer quelques consi­dé­ra­tions sur cette belle fête de Pâques, sur les sen­ti­ments qui doivent nous ani­mer en ce beau jour, de com­plé­ter — sur­tout pour vous, mes chers sémi­na­ristes, qui allez dans quelques ins­tants prendre le che­min des vacances — vous allez ren­con­trer vos parents, vos amis, et je ne vou­drais pas que ce que je vous ai dit jeu­di der­nier à l’occasion de la messe chris­male, soit mal inter­pré­té par vous.

Nous le savons tous, mes bien chers frères, mes bien chers amis, nous savons tous que nous sommes actuel­le­ment devant une situa­tion dans l’Église qui est de plus en plus inquié­tante. Ce n’est pas depuis aujourd’hui que le pro­blème se pose. Le pro­blème se pose depuis le concile par­ti­cu­liè­re­ment et depuis l’application des réformes du concile. Or, nous assis­tons à une espèce d’escalade de l’œcuménisme pra­ti­qué par le pape et par les évêques.

Ce n’est pas un mys­tère ; c’est vu et su par tout le monde ; c’est pré­sen­té à la télé­vi­sion, par tous les moyens de com­mu­ni­ca­tion sociale. Tout le monde est bien au cou­rant de cet œcu­mé­nisme qui est pra­ti­qué aujourd’hui par les auto­ri­tés de l’Église.

Alors cet œcu­mé­nisme nous pose, – à vous j’en suis cer­tain – chers fidèles, chers amis, un grave pro­blème de conscience. Pour nous, nous vou­lons et nous avons déci­dé – et je ne pense pas que nous ayons l’intention de chan­ger : nous vou­lons res­ter catho­liques. Et le catho­li­cisme pour nous, signi­fie : gar­der la foi, les sacre­ments, le Saint Sacrifice de la messe, le caté­chisme que l’Église a ensei­gné, a légué, comme un héri­tage pré­cieux pen­dant dix-​neuf siècles, à des géné­ra­tions et des géné­ra­tions de catholiques.

Nous-​mêmes nous avons reçu dans notre enfance, dans notre jeu­nesse, dans notre ado­les­cence, notre âge mûr, nous avons reçu ce pré­cieux héri­tage et nous y sommes atta­chés comme à la pru­nelle de nos yeux, en pen­sant que cette foi qui nous a été léguée et tous les moyens de gar­der la foi qui nous ont été légués, d’entretenir la grâce en nous, sont un moyen néces­saires, abso­lu­ment indis­pen­sables pour sau­ver nos âmes, pour aller au Ciel. Ce n’est pas pour autre chose que nous vou­lons demeu­rer catho­liques : pour sau­ver nos âmes.

Alors, lorsque j’avais l’occasion de vous dire jeu­di der­nier, mes chers amis, que nous avons l’impression de nous éloi­gner tou­jours davan­tage de ceux qui pra­tiquent cet œcu­mé­nisme insen­sé, contraire à la foi catho­lique — je devrais dire plu­tôt, que demeu­rant catho­liques et déci­dant de demeu­rer catho­liques jusqu’à la fin de nos jours — ce sont eux que nous voyons s’éloigner de nous, parce que nous demeu­rons catho­liques et qu’ils s’éloignent tou­jours un peu plus de la pro­fes­sion de cette foi catho­lique qui est le pre­mier pré­cepte qui est celui d’un bap­ti­sé, de pro­fes­ser sa foi.

Ce n’est pas pour rien que nos par­rain et mar­raine ont pro­non­cé le Credo le jour de notre bap­tême – et que nous-​mêmes ensuite – à la confir­ma­tion que nous avons reçue, nous avons répé­té par nous-​mêmes, ce Credo, qui nous attache défi­ni­ti­ve­ment à la foi catho­lique. Or, c’est un fait cer­tain, connu désor­mais de tout le monde, depuis sur­tout le voyage du pape au Maroc, au Togo, dans les Indes, et dans les com­mu­ni­qués que le Saint-​Siège offi­ciel­le­ment a fait paraître encore ces jours der­niers, pour dire que le pape avait l’intention de se rendre chez les juifs, pour prier avec eux, que le pape avait l’intention de se rendre à Taizé pour prier avec les pro­tes­tants et qu’il avait l’intention – il l’a dit lui-​même publi­que­ment à Saint-​Paul-​hors-​les-​murs – de faire une céré­mo­nie qui réuni­rait toutes les reli­gions du monde pour prier avec elles, à Assise, pour la paix – à l’occasion de l’Année de la paix qui a été pro­cla­mée par l’O.N.U. et qui pour l’O.N.U. doit avoir lieu le 24 octobre.

Voilà les faits. Vous les avez lu dans les jour­naux ; vous les avez enten­du à la télé­vi­sion, pour ceux qui ont la télé­vi­sion. Que pensons-​nous ? Quelle est la réac­tion de notre foi catho­lique ? C’est cela qui compte, ce n’est pas notre sen­ti­ment per­son­nel, une espèce d’impression ou une consta­ta­tion quel­conque. Il s’agit de savoir ce qu’en pense l’Église catho­lique ; ce que l’on nous a ensei­gné ; ce que notre foi nous dit devant ces faits. C’est pour­quoi je me per­mets de vous lire quelques mots très courts que j’ai recueillis dans le Dictionnaire de Droit cano­nique, du cha­noine Naz, qui est offi­ciel­le­ment le com­men­taire du Droit canon qui est la loi de l’Église depuis les pre­miers temps de l’Église. Le Droit canon édi­té et publié sur l’ordre du pape Pie X et publié par Benoît XV, le Droit canon est l’expression de la loi de l’Église qui a été la sienne pen­dant dix-​neuf siècles. Que dit-​il à pro­pos de ce que l’on appelle la com­mu­ni­ca­tio in sacris, c’est-à-dire la par­ti­ci­pa­tion à un culte a‑catholique, par­ti­ci­pa­tion d’un culte non-​catholiques ? Je crois que c’est bien ce qui nous occupe ; c’est bien ce que nous voyons : la par­ti­ci­pa­tion du pape et des évêques à des cultes non catholiques.

Qu’est-ce qu’en dit l’Église ? La com­mu­ni­ca­tio in sacris, comme le dit l’Église en latin : Elle est inter­dite avec les non-​catholiques par le canon 1258, para­graphe 1, qui dit :

« Il est abso­lu­ment inter­dit aux fidèles d’assister ou de prendre part acti­ve­ment aux cultes des a‑catholiques de quelque manière que ce soit ».

De quelque manière que ce soit. Et voi­ci com­ment il l’explique — et cela je ne fais que copier ce qui se trouve dans le com­men­taire offi­ciel de la doc­trine de l’Église — :

« La par­ti­ci­pa­tion est active et for­melle quand un catho­lique par­ti­cipe à un culte hété­ro­doxe, c’est-à-dire non catho­lique, avec l’intention d’honorer Dieu par ce moyen, à la manière des non-catholiques ».

Je répète :

« La par­ti­ci­pa­tion est active et for­melle quand un catho­lique par­ti­cipe à un culte hété­ro­doxe, c’est-à-dire non catho­lique, avec l’intention d’honorer Dieu par ce moyen, à la manière des non-catholiques ».

C’est exac­te­ment ce devant quoi nous nous trou­vons. Je pense réel­le­ment que les évêques et que le pape ont l’intention d’honorer Dieu, par le culte non-​catholique, auquel ils par­ti­cipent. Je ne pense pas me tromper.

Une telle par­ti­ci­pa­tion est inter­dite, sous n’importe quelle forme – quo vis modo – parce qu’elle implique pro­fes­sion d’une fausse reli­gion et par consé­quent le renie­ment de la foi catholique.

« Il n’est per­mis ni de prier, ni de chan­ter, ni de jouer de l’orgue dans un temple héré­tique ou schis­ma­tique en s’associant aux fidèles qui célèbrent leur culte, même si les termes du chant et des prières sont orthodoxes ».

Ce n’est pas moi qui ai écrit cela. C’est écrit en toutes lettres dans le Dictionnaire de Droit cano­nique par le cha­noine Naz, qui fait pièce offi­cielle, qui a tou­jours été consi­dé­ré dans l’Église comme un com­men­taire tout à fait offi­ciel et valable.

« Ceux qui par­ti­cipent ain­si acti­ve­ment et for­mel­le­ment au culte des non-​catholiques, sont pré­su­més adhé­rer aux croyances de ces der­niers. C’est pour­quoi le canon 2316 les déclare sus­pects d’hérésie et s’ils per­sé­vèrent ils sont consi­dé­rés comme réel­le­ment hérétiques. »

Ce n’est pas moi qui le dit, encore une fois. Pourquoi cette légis­la­tion de l’Église ? Pour nous aider à pra­ti­quer le pre­mier com­man­de­ment que nous avons de pro­fes­ser notre foi catho­lique. Si nous pro­fes­sons notre foi catho­lique, il nous est impos­sible, incon­ce­vable de pro­fes­ser une autre foi, un autre culte. Parce que en priant dans un autre culte nous fai­sons pro­fes­sion d’honorer le dieu qui est invo­qué par ce culte, par le culte d’une fausse reli­gion. Une fausse reli­gion, c’est hono­rer un faux dieu ; un dieu qui est une construc­tion de l’esprit ou qui est une idole quel­conque, mais qui n’est pas le vrai Dieu. Comment voulez-​vous que les juifs prient le vrai Dieu ? Ils sont for­mel­le­ment, essen­tiel­le­ment contre Notre Seigneur Jésus-​Christ, depuis pré­ci­sé­ment le jour de la Résurrection de Notre Seigneur. Et même avant, puisqu’ils L’ont cru­ci­fié. Mais d’une manière qua­si offi­cielle, après la Résurrection de Notre Seigneur. Et ils se sont mis immé­dia­te­ment à per­sé­cu­ter les dis­ciples de Notre Seigneur et cela pen­dant des siècles.

Comment peut-​on prier le vrai Dieu avec les juifs ? Qui est Notre Seigneur Jésus-​Christ ? Le Verbe de Dieu. Il est Dieu. Nous n’avons qu’un seul Dieu : Dieu le Père, le Fils et le Saint-​Esprit, et qu’un seul Seigneur : Notre Seigneur Jésus-​Christ. Ce sont les évan­gé­listes qui nous rap­pellent cela à satié­té. Si donc on s’oppose à Notre Seigneur Jésus-​Christ, comme le dit expli­ci­te­ment saint Jean dans ses Lettres : « Qui n’a pas le Fils, n’a pas le Père. Celui qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père. »

C’est nor­mal, il n’y a qu’un seul Dieu en trois Personnes. Si l’une des Personnes est désho­no­rée, est refu­sée, on ne peut pas hono­rer les autres Personnes, c’est impos­sible. C’est détruire la Sainte Trinité. Par consé­quent, en désho­no­rant Notre Seigneur Jésus-​Christ, les juifs désho­norent la Sainte Trinité. Comment peuvent-​ils prier le vrai Dieu ? Il n’y a pas d’autre Dieu au Ciel, que nous connais­sions, qui nous ait été ensei­gné par notre foi catholique.

Voilà la situa­tion devant laquelle nous nous trou­vons. Je ne l’invente pas. Ce n’est pas moi qui le veux, je vou­drais mou­rir pour qu’elle n’existe pas cette situa­tion. Je vou­drais don­ner ma vie. Mais nous nous trou­vons devant cette situa­tion. Comment la juger selon notre foi, sui­vant la doc­trine de l’Église ?

Nous nous trou­vons vrai­ment devant un dilemme grave, exces­si­ve­ment grave, qui je crois n’a jamais exis­té dans l’Église : Que celui qui est assis sur le siège de Pierre, par­ti­cipe à des cultes de faux-​dieux. Je ne pense pas que ce soit jamais arri­vé dans l’Histoire de l’Église.

Quelle conclu­sion devrons-​nous tirer, peut-​être dans quelques mois, devant ces actes répé­tés de com­mu­ni­ca­tion à des faux cultes ? Je ne sais pas. Je me le demande. Mais il est pos­sible que nous soyons dans l’obligation de croire que ce pape n’est pas pape. Car il semble à pre­mière vue — je ne veux pas encore le dire d’une manière solen­nelle et for­melle — mais il semble à pre­mière vue — qu’il soit impos­sible qu’un pape soit héré­tique publi­que­ment et for­mel­le­ment. Notre Seigneur lui a pro­mis d’être avec lui, de gar­der sa foi, de le gar­der dans la foi. Comment celui auquel Notre Seigneur a pro­mis de le gar­der dans la foi défi­ni­ti­ve­ment et sans qu’il puisse errer dans la foi, peut-​il en même temps être héré­tique publi­que­ment et qua­si apostasier ?

Voici un pro­blème qui vous concerne tous, qui ne concerne pas moi seule­ment. Si l’on nous a per­sé­cu­tés, si main­te­nant on nous traite comme des gens qui sont presque hors de l’Église, pour­quoi ? Parce que nous sommes res­tés catho­liques. Parce que nous avons vou­lu res­ter catho­liques. Et alors nous consta­tons que demeu­rant catho­liques, ces per­sonnes s’éloignent tou­jours davan­tage de la doc­trine catho­lique et par consé­quent s’éloignent de nous. Que voulez-​vous que l’on y fasse ? Absolument comme les juifs se sont éloi­gnés de Notre Seigneur. Ils se sont éloi­gnés de Lui tou­jours davan­tage, jusqu’à deve­nir des enne­mis jurés de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Alors qu’ils auraient dû tous se réunir à Notre Seigneur ; alors qu’ils auraient dû tous suivre la très Sainte Vierge Marie et les apôtres – à l’exception faite de Judas bien sûr – mais tous les dis­ciples de Notre Seigneur, juifs, qui se sont conver­tis à Notre Seigneur et qui ont sui­vi Notre Seigneur.

Notre reli­gion chré­tienne a com­men­cé avec des juifs, des juifs conver­tis. Pourquoi y en a‑t-​il un cer­tain nombre qui ont refu­sé de se conver­tir mal­gré toute l’évidence des miracles de Notre Seigneur, l’évidence de sa Résurrection ? Puisque les sol­dats qui étaient pré­sents ont cou­ru, effrayés, après l’apparition de l’ange et les trem­ble­ments de terre qui avaient eu lieu ; effrayés il sont par­tis voir les Princes des prêtres pour dire ce qui était arri­vé. C’est-à-dire que Notre Seigneur n’était plus là ; qu’il était res­sus­ci­té ; qu’il n’y avait plus rien dans le tom­beau et qu’ils avaient enten­du un trem­ble­ment de terre effrayant. Ils venaient appor­ter leurs consta­ta­tions, leur témoi­gnage. Qu’est-ce qu’ont dit les Princes des prêtres ? Au lieu de dire : Ah, vrai­ment, nous fai­sons amende hono­rable ; nous nous sommes trom­pés ; nous ado­rons Notre Seigneur Jésus-​Christ s’il est res­sus­ci­té. Comment ne pas L’adorer ? Comment ne pas Le suivre ? – Non – Qu’ont-t-ils dit aux sol­dats ? : « Voilà une forte somme d’argent et allez dire dans tout Jérusalem que pen­dant que vous dor­miez, les apôtres sont venus prendre le Corps de Notre Seigneur ».

Alors, comme le dit très bien saint Augustin, en sou­riant je pense, il dit : « Mais com­ment ontils pu dire que les apôtres ont enle­vé le Corps de Notre Seigneur Jésus-​Christ, com­ment les ont-​ils vus puisqu’ils dor­maient ? » Ils n’ont pas pu voir. Ils disaient même que pen­dant qu’ils dor­maient les apôtres sont venus enle­ver le Corps de Notre Seigneur, donc ils ne les ont pas vus. Mensonge, men­songe, men­songe. C’est le démon qui les a ins­pi­rés ; ils sont res­tés sous l’influence du démon.

Que faire, mes bien chers frères, mes bien chers amis ? Prier. Devant cette situa­tion de l’Église nous devrions prier matin et soir, jour et nuit, prier la très Sainte Vierge Marie de venir au secours de son Église. Car c’est un scan­dale consi­dé­rable – au vrai terme de scan­dale – scan­dale, c’est pous­ser au péché. Eh bien par ce scan­dale de l’oecuménisme, par ce scan­dale de la par­ti­ci­pa­tion aux cultes de fausses reli­gions, les chré­tiens perdent la foi. Les catho­liques perdent la foi ; ils n’ont plus la foi dans l’Église catho­lique. Ils ne croient plus qu’il n’y a qu’une seule reli­gion vraie ; qu’il n’y a qu’un seul Dieu, la Trinité Sainte et Notre Seigneur Jésus-Christ.

La foi dis­pa­raît. Quand l’exemple et le scan­dale viennent de si haut, que celui qui est sur le siège de Pierre et que presque tous les évêques… alors pauvres chré­tiens, qui sont livrés à eux-​mêmes ; qui n’ont pas suf­fi­sam­ment de for­ma­tion chré­tienne, pour main­te­nir leur foi catho­lique mal­gré tout, ou qui n’ont pas à côté d’eux des prêtres qui les aident à gar­der cette foi, ils sont com­plè­te­ment désem­pa­rés. Ou ils perdent la foi, ne pra­tiquent plus, ne prient plus, ou ils s’engagent dans des sectes quel­conques. Alors nous devons beau­coup prier, réflé­chir, deman­der au Bon Dieu de nous gar­der dans la foi catho­lique, quoi qu’il arrive.

Ces évé­ne­ments ne dépendent pas de nous, encore une fois. C’est comme un film de ciné­ma qui se déroule devant nos yeux. Depuis le concile, nous voyons la situa­tion s’aggraver, d’année en année, tou­jours plus grave, tou­jours plus grave. Le synode a encore mar­qué un point d’orgue – je dirai encore plus grave que les autres – parce qu’ils ont dit : Nous conti­nuons, nous conti­nuons, mal­gré toutes les dif­fi­cul­tés ; le concile a été l’œuvre du Saint-​Esprit, a été une Pentecôte extra­or­di­naire, il faut conti­nuer. Continuons dans l’esprit du concile. Pas de res­tric­tions, pas de répri­mandes, pas de retour à la Tradition. Et nous voyons main­te­nant que le fait que le synode ait dit : Il faut conti­nuer dans l’esprit du concile, eh bien nous voyons les étapes, main­te­nant se pré­ci­pi­ter, aller encore plus vite. Forcément puisqu’il n’y a pas eu d’objection à ces vingt années d’esprit du concile mis en pra­tique. Maintenant, désor­mais, tous ceux qui sont d’accord avec ces trans­for­ma­tions dans l’Église, disent il n’y a pas de rai­son de ne pas conti­nuer plus rapi­de­ment encore. On en arrive à la des­truc­tion totale de l’Église.

Mais je ne vou­drais pas ne pas évo­quer quelques consi­dé­ra­tions sur la belle fête de Pâques que nous avons et qui, jus­te­ment, encou­rage notre foi. Car voyez-​vous l’Église catho­lique est la seule, en défi­ni­tive, qui nous parle de l’au-delà d’une manière cer­taine. Oh, comme nous devons remer­cier le Bon Dieu d’avoir la foi catho­lique. Pauvres âmes qui n’ont pas la foi et qui errent – je dirai – dans l’aveuglement ; qui ne pensent qu’aux choses d’ici-bas et qui lorsqu’elles pensent ou qu’elles ont l’occasion de pen­ser aux choses de l’avenir, ce qu’il en sera après la mort, pré­fèrent plu­tôt fer­mer les yeux, fer­mer les oreilles, ne pas évo­quer ces choses-​là, pour ne pas avoir à y pen­ser. Pauvres gens qui dans leur aveu­gle­ment et dans leur atta­che­ment aux choses de ce monde, ferment les yeux sur les choses les plus belles qui nous attendent là-haut.

Aujourd’hui disent nos offices, Notre Seigneur a ouvert la porte du Ciel. Mais regar­dons donc vers le Ciel. Il nous ouvre les portes du Ciel, pour­quoi ? Mais pour nous y ame­ner tous, bien sûr ! Pour que tous les hommes Le suivent. Lui, puisqu’il a ouvert cette porte et qu’il est Lui-​même LA Porte. Ego sum ostium : Je suis la Porte du Ciel. Mais regar­dons Jésus-​Christ, regar­dons sa Résurrection, regar­dons toutes les Âmes saintes qui L’entourent ; regar­dons tous ces justes de l’Ancien Testament, qui vont bien­tôt mon­ter avec Lui au Ciel et for­mer déjà le corps des Élus au Ciel. Alors que nous enseigne l’Église sur cet au-​delà qui nous attend tous ? Cette vie est courte, est brève.

L’Église nous dit qu’il y a quatre pos­si­bi­li­tés pour les âmes, quatre lieux dans les­quels elles peuvent être pla­cées, dont trois défi­ni­tifs et un pro­vi­soire. Le lieux défi­ni­tifs sont : le Ciel, les Limbes et l’Enfer. Le lieu pro­vi­soire, c’est le Purgatoire.

Voilà ce que nous enseigne l’Église. Il n’y a pas d’autres lieux. Ou c’est le bon­heur éter­nel, immé­dia­te­ment acquis, ou c’est le bon­heur éter­nel acquis par l’intermédiaire d’un séjour plus ou moins pro­lon­gé au Purgatoire pour puri­fier nos âmes de nos péchés véniels, des peines dues aux péchés que nous avons com­mis. Ou ce sont les Limbes pour les âmes de ceux qui n’ont pas péché per­son­nel­le­ment et qui sont morts avec le péché ori­gi­nel, comme tous ces enfants qui meurent… hélas — quand on pense à tous p. 6 ces avor­te­ments, tous ces enfants sont pri­vés de la grâce sanc­ti­fiante, pri­vés du bon­heur éter­nel du Ciel — ils ne sont pas mal­heu­reux, mais ils sont tout de même dans cette pri­va­tion invrai­sem­blable d’un bon­heur inef­fable, dont nous n’avons aucune idée ici-​bas. Cela se sont les Limbes. Et puis enfin l’Enfer.

Et saint Thomas donne une com­pa­rai­son, très moderne je dirai, parce qu’il dit : « Nos âmes lorsqu’elles quit­te­ront nos corps, ici-​bas, iront cha­cune à leur place, comme les astres qui ont été pro­je­tés dans le ciel par le Bon Dieu ».

Chacun a pris sa place selon sa gra­vi­té, sui­vant les lois de la gra­vi­ta­tion, sui­vant son impor­tance, il a pris sa place. Comme nous dirions aujourd’hui pour les satel­lites. Nous lan­çons des satel­lites qui, sui­vant leur poids, sui­vant leur gran­deur, sui­vant leur vitesse, prennent leur place sur orbite et tournent autour de la terre. Eh bien les âmes aus­si – d’une cer­taine manière – pren­dront cha­cune leur place. Par rap­port à quoi ? Par rap­port à leur rela­tion avec Notre Seigneur Jésus-​Christ. Sommes-​nous vrai­ment des fidèles de Notre Seigneur Jésus-​Christ ? L’aimons-nous de tout notre coeur ? Mourrons-​nous dans cet amour en disant : J’offre ma vie tout entière ; j’offre tout, j’offre mes souf­frances ; j’offre ma mort pour Notre Seigneur Jésus-​Christ ; pour être uni à Notre Seigneur Jésus-​Christ ; pour répa­rer les fautes, par amour pour Notre Seigneur. Alors, si vrai­ment nous fai­sons un acte de cha­ri­té par­faite avant de mou­rir, nos âmes tout natu­rel­le­ment par­ti­ront dans le Ciel et se pla­ce­ront dans le Ciel sui­vant notre degré de cha­ri­té ; plus ou moins près de Notre Seigneur, auto­ma­ti­que­ment, le Bon Dieu n’aura même pas à nous juger. C’est nous-​mêmes qui nous jugeons par la cha­ri­té que nous avons pour le Bon Dieu, pour Notre Seigneur et nous aurons le bon­heur éter­nel. Si au contraire nous avons des peines à expier, ce sera le Purgatoire. Et dans le Purgatoire, nous ne pou­vons rien faire par nous-mêmes.

N’oublions pas cela, mes bien chers frères. N’oublions pas que dans le Purgatoire, les âmes du Purgatoire ne peuvent rien faire par elles-​mêmes ; elles ne peuvent pas méri­ter ; elles sont fixées dans ce qu’elles sont, sim­ple­ment qu’elles ont un temps de peine à expier. Mais ce temps peut être abré­gé par nous, par les fidèles qui sont encore sur la terre. Nous pou­vons prier jus­te­ment, il faut prier pour les âmes du Purgatoire. C’est une grande rai­son de prier pour les âmes du Purgatoire. Parce que nous, nous pou­vons méri­ter pour elles, par nos prières, par nos sacri­fices ; en offrant nos sacri­fices pour les âmes du Purgatoire, pour les âmes de nos parents, de nos amis, de tous ceux qui souffrent au Purgatoire. Nous pou­vons sou­la­ger leurs peines. Elles ne peuvent plus pour elles-​mêmes ; elles attendent la fin de cette puri­fi­ca­tion, de ce Purgatoire et elles sou­haitent que ceux qui sont sur la terre, leurs amis, leurs parents, prient pour elles afin de les déli­vrer le plus vite pos­sible de ces peines et qu’elles aillent rejoindre les élus au Ciel. Par contre, inutile de prier pour les élus du Ciel ; inutile de prier pour ceux qui sont dans les Limbes ; inutile de prier pour ceux qui sont en Enfer, parce que dans ces trois lieux, l’état est définitif.

Mais comme nous ne le savons pas, nous ne savons pas par­mi nos parents, nos amis, ceux qui meurent, sont-​ils au Ciel ? Sont-​ils au Purgatoire ? Hélas sont-​ils en Enfer ? Nous ne savons pas. Alors nous devons prier pour eux et le Bon Dieu se sert de ces prières pour ceux qui peuvent rece­voir les mérites de ces prières, si les per­sonnes pour les­quelles nous prions ne sont plus sus­cep­tibles de chan­ger d’état ou de modi­fier leur état.

Par contre, ceux qui sont au Ciel, peuvent prier pour nous. Et c’est pour­quoi nous devons sou­vent invo­quer les saints du Ciel, invo­quer par­ti­cu­liè­re­ment bien sûr Notre Seigneur, la très Sainte Vierge Marie, les saints les plus puis­sants, ceux pour les­quels nous avons une dévo­tion par­ti­cu­lière, notre saint Patron, notre sainte Patronne, pour leur deman­der de venir à notre secours. Eux peuvent inter­cé­der auprès de Notre Seigneur Jésus-​Christ pour nous, pour nos âmes ; afin que nous pro­gres­sions dans la per­fec­tion ; afin que nous nous pré­pa­rions à ce moment si impor­tant, le moment le plus impor­tant de notre vie qui est notre mort. Pour que nous soyons prêts à aller les rejoindre là-​haut dans l’éternité. Voilà ce que nous enseigne la Sainte Église. Au moins les choses sont claires, simples, natu­relles, bonnes pour nous, qui nous encou­ragent à mar­cher dans le che­min de la per­fec­tion. Et c’est pour­quoi il est si pro­fi­table et je féli­cite tous ceux qui ici on déjà fré­quen­té les exer­cices spi­ri­tuels de saint Ignace, qui ont fait des retraites, pour médi­ter sur nos fins der­nières ; pour médi­ter sur ces magni­fiques hori­zons que le Bon Dieu nous pré­sente à l’occasion de sa Résurrection.

Tout ce que nous connais­sons ici-​bas n’est rien en com­pa­rai­son de ce que nous connaî­trons si le Bon Dieu nous accueille dans son Paradis. C’est saint Paul qui le dit : « Il n’y a aucune pro­por­tion entre ce que nous sommes ici et ce qu’il y a dans le Ciel ».

Alors, médi­tons ces choses et efforçons-​nous de pou­voir être accueilli – je dirai – par les anges, comme les saintes Femmes ont été accueillies. Voyez-​vous la dif­fé­rence qu’il y a eu entre les gar­diens du tom­beau de Notre Seigneur et les saintes Femmes qui sont venues pour voir Notre Seigneur, les saints Anges eux-​mêmes leur ont dit : « Vous, appro­chez, parce ce que nous savons que vous cher­chez Jésus-​Christ qui a été cru­ci­fié. Nous le savons. Alors venez, venez voir là où il a été dépo­sé ». Les femmes étaient effrayées, le trem­ble­ment de terre, l’ange qui des­cend du Ciel, res­plen­dis­sant de lumière et de splen­deur, elles sont épou­van­tées ; elles se seraient bien enfuies aus­si, comme les gar­diens qui eux se sont enfuis, ont pris la fuite. Non, à elles, les anges ont dit : « non, nous savons que vous, vous cher­chez Notre Seigneur Jésus-​Christ ». Puissions-​nous aus­si entendre : « Nous savons que vous, vous recher­chez Notre Seigneur Jésus- Christ ».

Que nos saints Anges gar­diens nous disent cela, lorsque nous arri­ve­rons à notre der­nier moment. Lorsque le Bon Dieu nous appel­le­ra, puissions-​nous être reçus comme cela par les anges et non pas nous enfuir et aller avec ceux qui sont avec le Prince du men­songe, comme l’ont fait ces pauvres sol­dats en allant trou­ver les Princes des prêtres.

Demandons à la très Sainte Vierge Marie, de nous gui­der au cours de notre vie, pour qu’un jour nous puis­sions aller par­ta­ger son bon­heur dans le Ciel.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

† Marcel Lefebvre

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.