Le scandale de la Déclaration Commune sur la Justification – 31 octobre 1999

Le 31 octobre 1999 le Cardinal Cassidy signait à Augsbourg une « Déclaration Commune sur la Justification » avec 124 églises de la Fédération Luthérienne Mondiale. Cette décla­ra­tion est un scan­dale au sens strict, une occa­sion de chute pour beau­coup. Pour bien sai­sir l’im­por­tance de cette décla­ra­tion et le mal fon­cier qui s’y trouve, il faut d’a­bord rap­pe­ler la doc­trine catho­lique sur la Justification et les héré­sies luthé­riennes oppo­sées ; on ver­ra alors quels pro­diges d’am­bi­guï­tés il faut pour faire une décla­ra­tion com­mune ; alors cette décla­ra­tion appa­raî­tra clai­re­ment comme un pro­duit typique de cet œcu­mé­nisme qui mine la Foi et qui ronge l’Église.

A. La Doctrine catholique

1. Vraie nature de la jus­ti­fi­ca­tion : trans­for­ma­tion inté­rieure de l’état de péché à l’état de grâce

Le pre­mier homme ayant été infi­dèle à la pre­mière grâce reçue et ayant souillé la nature humaine, tout homme né d’Adam est « fils des ténèbres » (1 Th. 5:5) et « fils de la colère » (Éph. 2:3), dans un état de péché sépa­ré de Dieu. A cela, dès l’âge de la rai­son, cha­cun ajoute des péchés, plus ou moins grands. Si par lui-​même l’homme peut tom­ber, il ne peut se rele­ver de lui-​même par les forces de sa nature seule, ni par la seule aide de la Loi : il a besoin de la grâce de Dieu, qui dans sa misé­ri­corde a envoyé un Sauveur, son propre Fils unique, Notre Seigneur Jésus Christ. C’est prin­ci­pa­le­ment par sa Passion et par le Sacrifice de la Croix que Notre Seigneur Jésus Christ nous a sau­vé : Il « s’est livré comme Rédemption pour tous les hommes » (1 Tim. 2:6). Mais pas tous les hommes ne sont sau­vés, cer­tains seront mis à la gauche du Juge et enten­drons ces paroles ter­ribles : « Éloignez-​vous de Moi, mau­dits, dans le feu éter­nel ! » (Mt 25:41) « Pas tous n’ont obéi à l’Évangile » (Rom. 10:16). Cette rédemp­tion, suf­fi­sante pour tous, doit être « reçue » par chaque âme : « à ceux qui L’ont reçu, Il a don­né pou­voir de deve­nir enfants de Dieu » (Jn 1:12). Cette récep­tion de Notre Seigneur Jésus Christ est une vraie nou­velle nais­sance, une trans­for­ma­tion inté­rieure de l’état de péché, de mort spi­ri­tuelle, sépa­ré de Dieu, à l’état de grâce, état de jus­tice, vie d’enfant de Dieu, membre de Jésus-​Christ ; elle com­porte et la rémis­sion des péchés et l’infusion de la grâce sanc­ti­fiante, vraie union vitale au Christ. C’est cela la jus­ti­fi­ca­tion : « il était mort et il est reve­nu à la vie ; il était per­du et il est retrou­vé ! » (Lc 15:32).

2. Ses causes : Première, la grâce divine, et seconde, la coopé­ra­tion humaine

« Tout don excellent, toute dona­tion par­faite vient d’en haut et des­cend du Père des lumières, chez qui n’existe aucun chan­ge­ment, ni l’ombre d’une varia­tion » (Jac. 1:17). La jus­ti­fi­ca­tion est dans l’âme l’effet d’une action divine, qui est pur don, aucu­ne­ment méri­té par l’âme : en effet, avant d’être jus­ti­fiée, l’âme était encore en état de péché et donc, loin de méri­ter les bien­faits divins, elle méri­tait les châ­ti­ments du Juste Juge ! Cette action divine est une grâce pré­ve­nante : « Il nous a aimé le pre­mier » (1 Jn 4:19), mais loin d’exclure une coopé­ra­tion de notre part, cette action divine sus­cite et exige une réponse de notre part. Si nous défaillons et ne répon­dons pas à cet amour pré­ve­nant de Dieu, la magni­fique trans­for­ma­tion inté­rieure qu’est la jus­ti­fi­ca­tion n’arrivera pas. Cette coopé­ra­tion a été exi­gée par l’Église depuis le début, spé­cia­le­ment dans la pré­pa­ra­tion au bap­tême, car sans le bap­tême, ou au moins le vœu du bap­tême, il est impos­sible d’obtenir cette nou­velle nais­sance. Cette pré­pa­ra­tion est bonne car elle vient de Dieu, sans être méri­toire (car avant d’avoir la cha­ri­té, il n’y a pas de mérite). Cette coopé­ra­tion est cause seconde de l’effet ultime : pas­sive par rap­port à la Cause Première dont elle reçoit l’impulsion et à la ver­tu de laquelle elle n’ajoute rien, elle est active par rap­port à l’effet ultime qu’est la trans­for­ma­tion de l’âme : on voit bien cet aspect actif de la pré­pa­ra­tion dans le retour de l’enfant pro­digue : il a reçu le par­don après être retour­né chez son père ; s’il n’était pas retour­né, il n’aurait pas reçu le par­don, bien que son retour actif n’ait pas méri­té au sens strict le pardon.

3. La pre­mière justification

Le pre­mier élé­ment de cette trans­for­ma­tion inté­rieure, c’est la Foi. La vie inté­rieure étant essen­tiel­le­ment une vie toute spi­ri­tuelle, et rien ne pou­vant être dans la volon­té sans être aupa­ra­vant dans l’intelligence, il est mani­feste que c’est d’abord par la récep­tion de la véri­té sur­na­tu­relle dans l’intelligence que peut com­men­cer cette vie. Sans la vraie Foi, adhé­sion de l’intelligence à la Vérité révé­lée, il est abso­lu­ment impos­sible d’être jus­ti­fié (Concile de Trente, VI, 7). D’où la néces­si­té du caté­chu­mé­nat pour apprendre les véri­tés de Foi. L’âme prend d’abord connais­sance de Dieu, de sa Bonté, de sa voca­tion à Le voir au Ciel, puis de sa misère par le péché, puis de l’œuvre rédemp­trice du Christ, de la misé­ri­corde qui lui est offerte par Notre Seigneur, et tou­chée par la grâce, elle se repent d’avoir offen­sé Dieu, espère en sa Miséricorde et s’ouvre à « la cha­ri­té qui est répan­due dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous est don­né » (Rom. 5:5). La Foi étant le début et le fon­de­ment de la jus­ti­fi­ca­tion, saint Paul parle de « jus­ti­fi­ca­tion par la Foi » (Rom. 5:1); mais le même saint Paul nous aver­tit bien que avec la Foi seule, sans la cha­ri­té, nous ne sommes rien (1 Cor. 13:1) et saint Jacques que la Foi seule, sans les œuvres de la cha­ri­té, est morte (Jac. 2:17,26).

4. Développement ulté­rieur de la justification

La jus­ti­fi­ca­tion est donc le début de la vie spi­ri­tuelle, d’enfants de Dieu : celle-​ci est appe­lée à gran­dir et à fruc­ti­fier. Loin d’exempter le chré­tien de l’obligation de la Loi, la grâce qu’il a reçue lui donne les moyens d’observer la Loi, car « la cha­ri­té est la plé­ni­tude de la Loi » (Rom. 13:10). Saint Augustin explique que le chré­tien n’est pas « sous la loi », car depuis que par la grâce du Christ il observe la loi, celle-​ci ne l’écrase plus sous ses condam­na­tions ; mais il est « avec la loi » (1 Cor. 9:21) car celle-​ci est une lumière (Prov. 6:23) amie qui lui montre le che­min du Ciel, sur lequel il court le cœur dila­té (voir Ps. 118:32). La pra­tique régu­lière des sacre­ments de Pénitence et d’Eucharistie, asso­ciée à une vraie vie de prière et les œuvres de la cha­ri­té donne au fidèle non seule­ment la pos­si­bi­li­té d’observer fidè­le­ment les Dix Commandements, mais encore de gra­vir les degrés de sain­te­té. Ainsi à ceux qui font fruc­ti­fier les dons reçus par les bonnes œuvres de la cha­ri­té, le Ciel est don­né comme une récom­pense ; mais ceux qui ne font pas fruc­ti­fier les dons reçus « iront dans les ténèbres exté­rieures » (para­bole des talents Mt 25:14–30). Le salut pro­pre­ment dit est à la fin de la vie spi­ri­tuelle (« celui qui per­sé­vè­re­ra jusqu’à la fin, celui-​là sera sau­vé » Mt 24:13) ; il ne peut y avoir de mérite avant la jus­ti­fi­ca­tion car sans cha­ri­té pas de mérite ; mais il ne peut y avoir de salut pour les adultes sans mérite acquis après la justification.

La vie chré­tienne ici-​bas est un com­bat (Job 7:1), non seule­ment contre le monde (1 Jn 2:15) et contre le démon (Eph 6:12), mais aus­si contre la chair (Gal. 5:17), c’est-à-dire contre les ten­dances au péché qui demeurent en nous même après la rémis­sion des péchés, ten­dances qui viennent du péché et mènent au péché, mais ne sont pas for­mel­le­ment péché en elles-​mêmes (Concile de Trente V, 5). Dans ce com­bat même les justes sont par­fois légè­re­ment bles­sés et tombent dans des péchés véniels, pour les­quels ils prient tous les jours « pardonnez-​nous nos offenses » (Mt 6:12)) sans pour autant ces­ser d’être justes (Prov. 24:16).

Cette vie nou­velle peut mal­heu­reu­se­ment être per­due par n’importe quel péché mor­tel après la jus­ti­fi­ca­tion. Il est alors néces­saire de rece­voir à nou­veau la jus­ti­fi­ca­tion par le sacre­ment de péni­tence, qui est comme une résur­rec­tion spi­ri­tuelle, qui requiert une péni­tence vraie, donc une coopé­ra­tion de notre part, puisque la « matière » même du sacre­ment, sans laquelle il serait inva­lide, sont trois actes du péni­tent, à savoir la contri­tion, la confes­sion et la satisfaction.

5. Confiance sans cer­ti­tude pré­somp­tueuse du salut

Le fait que Notre Seigneur soit mort sur la Croix pour nous sau­ver en géné­ral est une véri­té de Foi dont il n’est per­mis à per­sonne de dou­ter ; mais l’application des bien­faits de Son Sacrifice à notre âme en par­ti­cu­lier n’est pas révé­lée, nous ne pou­vons en avoir qu’un signe dans la mesure où nous sommes fidèles à sa Loi, comme on juge un arbre à ses fruits : cela ne peut nous don­ner de cer­ti­tude abso­lue de notre état de grâce, encore moins de notre per­sé­vé­rance finale. Il faut donc comme le dit saint Paul, « faire notre salut avec crainte et trem­ble­ment » (Phil 2:12), avec pour­tant une pleine confiance en l’aide misé­ri­cor­dieuse de notre Père qui est dans les cieux, qui nous sou­tient comme « une mère tient son enfant sur son sein » (Is. 66:12).

Le modèle par­fait de cette vie nou­velle dans le Christ Jésus est la Très Sainte Vierge Marie, dont la coopé­ra­tion à l’œuvre du Christ est mani­feste dans son Fiat, et sa com­pas­sion au pied de la Croix (voir Lc 1:38 et Rom. 8:17) et qui rend toute gloire à Dieu (Magnificat, Luc 1:46–55).

6. Conclusion

Le Concile de Trente a fixé pour tou­jours cette magni­fique doc­trine dans sa célèbre sixième ses­sion, où le décret fut approu­vé avec une par­faite una­ni­mi­té. Cette una­ni­mi­té a for­te­ment frap­pé tous les Pères du Concile, qui y ont vu un miracle moral et un signe tan­gible de l’assistance du Saint Esprit. Le Concile dit dans son pro­logue que c’est là « la doc­trine que le Christ a ensei­gnée, que les Apôtres ont trans­mise et que l’Église catho­lique a per­pé­tuel­le­ment tenue. » (Dz. 792a) Dans sa conclu­sion, le Concile affirme encore que « si quelqu’un ne tient pas fidè­le­ment et fer­me­ment cette doc­trine il ne peut être jus­ti­fié », et qu’il faut « non seule­ment tenir (cette doc­trine) mais aus­si évi­ter et fuir les (erreurs oppo­sées) » ana­thé­ma­ti­sées dans les canons qui suivent.

B. Les hérésies de Luther

1. Erreur sur la nature de la jus­ti­fi­ca­tion : impu­ta­tion extrin­sèque de la jus­tice du Christ

Le point fon­da­men­tal de son héré­sie est de pré­tendre que la jus­ti­fi­ca­tion n’est pas une trans­for­ma­tion inté­rieure du pécheur qui efface son péché et en fait vrai­ment un juste, mais seule­ment une impu­ta­tion exté­rieure des mérites du Christ, en consi­dé­ra­tion des­quels Dieu accepte de ne plus punir le pécheur. La com­pa­rai­son don­née est celle d’un voleur qui, n’ayant pas de quoi rem­bour­ser, voit sa peine remise parce qu’un riche paye la dette pour lui, sans que le voleur n’ait rien à faire, sim­ple­ment parce qu’il a confiance dans le riche qui le sauve. N’arrivant pas à obéir à la Loi du Christ, Luther a pré­fé­ré pré­tendre qu’il n’avait pas besoin d’être chan­gé inté­rieu­re­ment, qu’il pou­vait conti­nuer à déso­béir tout en étant « répu­té juste » exté­rieu­re­ment, sim­ple­ment parce qu’il fai­sait confiance aux pro­messes du Christ.

2. Erreur sur les causes : refus de toute coopération

Luther consi­dère que les dégâts du péché ori­gi­nel sont tels que la liber­té de l’homme est ren­due inca­pable de coopé­rer pour se pré­pa­rer à la jus­ti­fi­ca­tion. Loin de voir com­bien cela s’oppose à la pra­tique évan­gé­lique de la pré­pa­ra­tion exi­gée avant le Baptême, il pré­tend que cela sau­ve­garde l’honneur de Dieu, car pour lui, l’action de Dieu exclut l’action de l’homme : si la jus­tice vient de Dieu, elle ne vient pas de l’homme ; ce qui vient de l’homme est comme « volé » à l’honneur de Dieu. Luther en conclut que l’homme ne peut aucu­ne­ment méri­ter, et aucu­ne­ment coopé­rer à son salut. C’est ne pas sai­sir la trans­cen­dance de Dieu, Cause pre­mière, qui loin de sup­pri­mer les causes secondes, leur donne et d’exister et de cau­ser dans la dépen­dance d’Elle-même.

3. Erreur sur les consé­quences : des­truc­tion de toute vie chrétienne

L’homme en est si vicié qu’il reste encore vrai­ment pécheur même après la jus­ti­fi­ca­tion, de telle sorte qu’il est « simul ius­tus et pec­ca­tor – à la fois juste et pécheur », juste par la décla­ra­tion divine exté­rieure à lui en ver­tu des mérites du Christ, pécheur par la réa­li­té du péché qui reste en lui.

N’étant pas vrai­ment trans­for­mé, il reste inca­pable de suivre les Dix Commandements après comme avant sa jus­ti­fi­ca­tion, et n’y est pas tenu : il lui suf­fit d’avoir encore confiance dans ce riche qui conti­nue­ra à payer les dettes qu’il conti­nue­ra à encourir.

La foi consiste ain­si essen­tiel­le­ment, non dans l’adhésion de l’intelligence à la véri­té révé­lée, mais dans cette confiance d’être sau­vé par les mérites du Christ, qui doit être abso­lue, et donc avec cer­ti­tude abso­lue du salut.

4. Destruction du reste de la foi catholique

Utilisant ce faux prin­cipe d’une jus­ti­fi­ca­tion essen­tiel­le­ment exté­rieure comme « cri­tère » (DC 18.), Luther tire comme conclu­sion la néga­tion de nom­breux points du Dogme catho­lique. Il rejette tout ce qui est une œuvre, par laquelle nous nous unis­sons au Christ ; il nie la réa­li­té du Corps Mystique du Christ, la Communion des saints ; il rejette (avec une pro­fu­sion de blas­phèmes) le saint Sacrifice de la Messe, l’efficacité « ex opere ope­ra­to » des sacre­ments, le pou­voir d’ordre et de juri­dic­tion et par là toute la struc­ture de l’Église catho­lique (il a d’horrible blas­phèmes contre le Pape), les vœux de reli­gion, la vie monas­tique, les indul­gences, le pur­ga­toire, etc. Au niveau moral, de ces prin­cipes faux les pre­miers réfor­ma­teurs ont tiré toute une série de conclu­sions plus blas­phé­ma­toires les unes que les autres, telles que « pèche for­te­ment, pour­vu que tu croies plus for­te­ment encore », ou bien « toutes les bonnes œuvres sont des péchés mor­tels », etc. Les fruits d’immoralité de la Réforme furent tragiques.

Par la suite, cer­tains, moins per­vers, se sont crus obli­gés par la force des argu­ments catho­liques à réin­tro­duire cer­tains élé­ments de doc­trine catho­lique (telle qu’une cer­taine sanc­ti­fi­ca­tion inté­rieure, qu’ils appellent consé­quence de la jus­ti­fi­ca­tion, sans que pour eux la jus­ti­fi­ca­tion ne consiste essen­tiel­le­ment dans cette trans­for­ma­tion inté­rieure), mais ils ont été atta­qués par ceux qui vou­laient res­ter dans la ligne de Luther ; d’autres au contraire en sui­vant la per­mis­si­vi­té ouverte par Luther en sont allés à nier de plus en plus de dogmes jusqu’à ce que leur pro­tes­tan­tisme libé­ral s’évanouisse dans un ratio­na­lisme et qui mène à un athéisme com­plet. Nombreux furent les pro­tes­tants par­mi les grands anti­clé­ri­caux du XIX siècle.

Le car­di­nal Billot dit très jus­te­ment de cette héré­sie de la jus­ti­fi­ca­tion pure­ment extrin­sèque, que cela fait des « sépulcres blan­chis » (Mt 23:27). On voit par cet expo­sé paral­lèle com­bien radi­ca­le­ment incom­pa­tibles sont ces deux doc­trines : « Quel rap­port en effet entre la jus­tice et l’impiété ? Quelle union entre la lumière et les ténèbres ? » (2 Cor. 6:14) Seule une vraie conver­sion, reje­tant l’hérésie et embras­sant plei­ne­ment la véri­té catho­lique peut faire ren­trer les pro­tes­tants dans l’unité de l’Église.

C. La Déclaration Commune sur la Justification : prodige d’ambiguïté

Cependant, « por­té par la convic­tion que de nou­velles appré­cia­tions adviennent dans l’histoire de nos Églises et y génèrent des évo­lu­tions qui non seule­ment per­mettent mais exigent que les ques­tions sépa­ra­trices et les condam­na­tions soient véri­fiées et réexa­mi­nées sous un angle nou­veau » (DC 7), l’effort œcu­mé­nique com­men­cé à Vatican II est arri­vé trente ans après à cette décla­ra­tion com­mune. « Elle exprime un consen­sus sur les véri­tés fon­da­men­tales de la doc­trine de la jus­ti­fi­ca­tion et montre que les déve­lop­pe­ments qui demeurent dif­fé­rents ne sont plus sus­cep­tibles de pro­vo­quer des condam­na­tions doc­tri­nales. » (DC 5) « L’enseignement des Églises luthé­riennes pré­sen­té dans cette décla­ra­tion n’est plus concer­né par les condam­na­tions du Concile de Trente » (DC 41). Est-​ce vrai ?

1. Les erreurs de Luther s’y trouvent encore

On y trouve posi­ti­ve­ment cer­tains points que reje­tait Luther tels que l’existence d’une trans­for­ma­tion inté­rieure et la pos­si­bi­li­té de refu­ser la grâce (DC 21), mais on n’y trouve pas de renon­cia­tion aux prin­cipes mêmes de Luther ; au contraire on y voit plu­sieurs fois affir­més les points suivants :

- La jus­ti­fi­ca­tion « conçue de manière foren­sique » comme « décla­ra­tion de par­don » (DC 23), « accep­ta­tion par Dieu » qui est tou­jours par­faite et non sus­cep­tible de crois­sance (DC 39); « la jus­tice du Christ étant notre jus­tice » (DC 23) comme si la jus­tice du croyant n’était pas for­mel­le­ment inhé­rente à l’âme, comme l’a défi­ni le Concile de Trente (VI, 7 et can. 10). (Voir aus­si SD 4.7).

- Le rejet de toute coopé­ra­tion à la jus­ti­fi­ca­tion, la per­sonne humaine étant « inca­pable de coopé­rer à son salut,… ne pou­vant que rece­voir la jus­ti­fi­ca­tion mère pas­sive » (DC 21), celle-​ci étant « libre de toute coopé­ra­tion humaine » (DC 23, 24, 27, SD 4.1).

- La jus­ti­fi­ca­tion par la foi seule (DC 26, SD 3).

- La foi comme confiance (DC 25, 26, SD 4.3) ; et même : « Avec le Concile Vatican II, les catho­liques affirment : ‘croire signi­fie se confier plei­ne­ment en Dieu’ » (DC 36). Le Concile de Trente avait défi­ni : « Si quelqu’un dit que la foi qui jus­ti­fie n’est rien d’autre que la confiance en la misé­ri­corde divine qui remet les péchés par égard pour le Christ, ou qu’elle est seule­ment la confiance par laquelle nous sommes jus­ti­fiés, qu’il soit ana­thème ! » (VI, can. 11).

- Il reste dans le jus­ti­fié « une aver­sion envers Dieu » qui est « véri­ta­ble­ment péché » (DC 29) ; et donc « le croyant est à la fois juste et pécheur… tota­le­ment pécheur » (ibid.) (ADC 2.A)

- La Loi « a été dépas­sée en tant que che­min du salut » (DC 31) ; expres­sion très ambi­guë qui laisse la porte ouverte à l’hérésie Luthérienne selon laquelle l’observance de la Loi n’est plus obli­ga­toire, bien qu’elle soit « une orien­ta­tion » de l’action du chrétien.

- Le croyant en la cer­ti­tude de son salut (DC 34, 35).

- La doc­trine de la jus­ti­fi­ca­tion est « guide et juge pour tous les autres domaines de la doc­trine chré­tienne » (DC 1), « cri­tère indis­pen­sable » (DC 18, SD 3), « pierre de touche » (ADC 3) ; quand on se sou­vient que le prin­cipe pro­tes­tant, non reje­té dans cette décla­ra­tion, est à la racine de tant de néga­tions de dogmes catho­liques, réaf­fir­mer cette posi­tion de « cri­tère » pour cette doc­trine est abso­lu­ment inacceptable.

Ces points sont sou­vent expri­més d’une manière telle qu’on pour­rait leur don­ner une inter­pré­ta­tion com­pa­tible avec la doc­trine catho­lique, mais ce qui est cer­tain c’est qu’on peut aus­si leur lais­ser l’interprétation pro­tes­tante ori­gi­nelle. Les expres­sions sont soi­gneu­se­ment cal­cu­lées pour ne pas reje­ter les thèses de Luther, sans pour autant nier ouver­te­ment le dogme catho­lique. Un tel pro­dige d’ambiguïtés et de silences cal­cu­lés est loin de satis­faire aux exi­gences du Concile de Trente qui demande non seule­ment de « rece­voir fidè­le­ment et fer­me­ment » la doc­trine de la jus­ti­fi­ca­tion telle qu’il l’a expo­sée, mais encore « d’éviter et de fuir » (Dz 810) les erreurs condam­nées dans ses canons : le moindre qu’on puisse dire, c’est que cette décla­ra­tion ne les évite pas et les fuit encore moins. Dissimuler une erreur sous une for­mule ambi­guë, ce n’est pas l’éviter !

2. Ambiguïté et insuf­fi­sance des expli­ca­tions « catholiques »

Pour chaque point de cette décla­ra­tion com­mune, il est don­née une cla­ri­fi­ca­tion de la posi­tion luthé­rienne et une cla­ri­fi­ca­tion de la posi­tion catho­lique. Même cette der­nière est loin d’éviter et de fuir les erreurs condam­nées par le Concile de Trente ! Donnons des exemples : « la grâce jus­ti­fiante ne devient jamais une pos­ses­sion de la per­sonne dont cette der­nière pour­rait se récla­mer face à Dieu » (DC 27) ; en tant que cela signi­fie que la grâce sanc­ti­fiante n’est pas quelque chose qui ne vien­drait pas de Dieu, c’est vrai ; mais cela laisse à croire que la grâce sanc­ti­fiante n’est pas inhé­rente à l’âme (la néga­tion por­tant direc­te­ment sur « pos­ses­sion de la per­sonne » et seule­ment « obli­que­ment » sur la pro­po­si­tion rela­tive) ; de plus l’expression « se récla­mer face à Dieu » est aus­si ambi­guë, comme si on ne pou­vait pas prier Dieu, en s’appuyant sur ses dons déjà reçus comme garan­ties de son amour pour nous et gages de nou­velles béné­dic­tions, ain­si que le Saint Esprit Lui-​même nous enseigne à prier : « Juge-​moi, Yahvé, selon ma jus­tice et selon mon inté­gri­té » (Ps. 7:9). La véri­té est que la grâce sanc­ti­fiante est une pos­ses­sion de la per­sonne, inhé­rente à son âme, mais dont elle est rede­vable de la Bonté divine par Notre Seigneur Jésus Christ, et donc elle ne peut s’en glo­ri­fier « comme si elle ne l’avait pas reçue » (1 Co 4:7).

Autre exemple : « le renou­vel­le­ment de la vie par la grâce sanc­ti­fiante est tou­jours dépen­dant de la gra­tui­té de la grâce de Dieu sans pro­duire une contri­bu­tion à la jus­ti­fi­ca­tion dont nous pour­rions nous enor­gueillir devant Dieu » (DC 27). Toujours dépen­dant de la grâce de Dieu, oui. Sans pro­duire une contri­bu­tion, atten­tion ! Bien au contraire, ce renou­vel­le­ment de la vie pro­duit une contri­bu­tion : déjà avant l’infusion de la grâce, cette contri­bu­tion était requise en tant que pré­pa­ra­tion à la grâce, bien qu’elle ne la mérite pas ; et après l’infusion de la grâce, cette contri­bu­tion est requise et mérite vrai­ment une aug­men­ta­tion de cette grâce sanc­ti­fiante. Mais évi­dem­ment, cette contri­bu­tion n’est pas telle qu’on puisse s’en enor­gueillir ni devant Dieu ni devant les hommes, car elle est elle-​même un don de Dieu par le Christ Jésus. De plus si la pre­mière grâce est abso­lu­ment gra­tuite, et que de nom­breuses grâces sub­sé­quentes sont aus­si abso­lu­ment gra­tuites, il est faux de dire que toute grâce sub­sé­quente est abso­lu­ment gra­tuite, comme si nos bonnes œuvres ne pou­vaient pas méri­ter vrai­ment une aug­men­ta­tion de la grâce. Qui ne voit com­ment de telles phrases sont ambi­guës et insuffisantes ?

Autre exemple : « le don divin de la grâce demeure, dans la jus­ti­fi­ca­tion, indé­pen­dant de la coopé­ra­tion humaine » (DC 24). Si on entend « don divin » pour signi­fier la déci­sion de Dieu de jus­ti­fier tel homme, c’est vrai, car « Il nous a aimé le pre­mier » (1 Jn 4:19), la cause pre­mière ne dépend pas de la cause seconde ; mais si on entend « don divin » pour signi­fier le bien don­né, c’est faux, car l’effet ultime dépend non seule­ment de la cause pre­mière, mais aus­si de la cause seconde.

Autre exemple : « les catho­liques peuvent dire que Christ n’est pas un nou­veau légis­la­teur com­pa­rable à Moïse » (DC 33). Halte là ! La sainte Église a tou­jours ensei­gnée que le Christ nous a don­né la Loi Nouvelle, Il est un nou­veau légis­la­teur, mais incom­pa­ra­ble­ment supé­rieur à Moïse, car non seule­ment Il nous donne une loi plus par­faite (et plus exi­geante, voir Mt 5), mais encore les moyens de l’accomplir.

3. Les expli­ca­tions « luthé­riennes » tombent encore sous les ana­thèmes de Trente

Ces quatre exemples sont pris des cla­ri­fi­ca­tions « catho­liques », les cla­ri­fi­ca­tions luthé­riennes sont encore beau­coup plus éloi­gnées de la vraie doc­trine, et même par­fois abso­lu­ment incom­pa­tibles avec la doc­trine du Concile de Trente. Le point le plus direc­te­ment oppo­sé au Concile de Trente est celui du « simul jus­tus et pec­ca­tor – à la fois juste et pécheur » : l’expression est expli­ci­te­ment reprise, et l’explication luthé­rienne insiste sur le fait qu’il reste une « aver­sion de Dieu [qui] est en tant que telle véri­ta­ble­ment péché » dans le croyant « jus­ti­fié » à la mode luthé­rienne. Trente avait défi­nit : « Si quelqu’un affirme que tout ce qui a vrai­ment et à pro­pre­ment par­ler carac­tère de péché n’est pas enle­vé, mais seule­ment rasé ou non impu­té, qu’il soit ana­thème » (Session 5, can 5).

A la lumière de cet ana­thème, il est scan­da­leux que les repré­sen­tants catho­liques affirment que la concu­pis­cence « est objec­ti­ve­ment aver­sion envers Dieu » (DC 30), sachant que la défi­ni­tion tho­miste du péché est « aver­sion de Dieu par conver­sion à la créa­ture ». On mesure la gra­vi­té de cette affir­ma­tion quand on se réfère aux sources en annexe où il est dit : « un rap­pro­che­ment fon­da­men­tal et signi­fi­ca­tif est obte­nu lorsque le docu­ment Les ana­thèmes du XVIe siècle décrit la concu­pis­cence qui demeure dans le jus­ti­fié comme ‘aver­sion envers Dieu’ et la qua­li­fie ain­si de péché » (SD 4.4).

De plus, les catho­liques ne sont pas tou­jours conscient des fausses défi­ni­tions de cer­tains mots chez les pro­tes­tants. Par exemple le mot sanc­ti­fi­ca­tion. Le pro­fes­seur luthé­rien Gerhard O. Forde, le défi­nit ain­si : « la meilleure défi­ni­tion de la sanc­ti­fi­ca­tion, si elle signi­fie autre chose que la jus­ti­fi­ca­tion [extrin­sèque], est l’art de s’accoutumer à la jus­ti­fi­ca­tion incon­di­tion­nelle, œuvre de la grâce de Dieu par égard pour Jésus. » En d’autres termes, c’est l’art de s’accoutumer à la pen­sée qu’on est « sau­vé » mal­gré le fait qu’on conti­nue de pécher, comme il l’explique dans le reste du cha­pitre ! « Croissance dans la foi » (DC 39) veut ain­si dire pour le luthé­rien s’accoutumer de plus en plus à cette pen­sée abso­lu­ment pas catho­lique. Pour le luthé­rien, le « jus­ti­fié » conti­nue de pécher : « il demeure tota­le­ment pécheur, le péché habite encore en lui, il ne cesse de pla­cer sa confiance dans de faux dieux » (DC 29). On retrouve cette jus­ti­fi­ca­tion incon­di­tion­nelle dans la Déclaration Commune : « Par la jus­ti­fi­ca­tion nous sommes incon­di­tion­nel­le­ment mis en com­mu­nion avec Dieu » (ADC 2.D) ; ceci est expli­ci­te­ment contraire à l’Écriture elle-​même : « nous sommes cohé­ri­tiers du Christ si cepen­dant nous souf­frons avec Lui afin d’être glo­ri­fié avec Lui. » (Rom 8:17) ; « la bon­té de Dieu envers toi, pour­vu que tu demeures en cette bon­té ; autre­ment tu seras retran­ché toi aus­si. » (Rom. 11:22).

Ainsi lorsqu’on prend non les défi­ni­tions catho­liques, mais les défi­ni­tions luthé­riennes des mots jus­ti­fi­ca­tion, sanc­ti­fi­ca­tion, grâce, péché, etc., il ne fait pas de doute que les textes de cette Déclaration Commune tombent encore sous les ana­thèmes du Concile de Trente.

Il fau­drait des cen­taines de pages pour mani­fes­ter toutes les ambi­guï­tés de cette décla­ra­tion ; tou­te­fois les exemples ci-​dessus illus­trent suf­fi­sam­ment la méthode œcu­mé­nique. Pourquoi de telles ambiguïtés ?

D. La Déclaration Commune : œuvre typique de l’œcuménisme moderne

1. But : une uni­té autre que celle que Notre Seigneur Jésus Christ a don­née à son Église.

Ce qui fait l’unité d’un corps, c’est l’unité de vie qui anime tous les membres du corps ; de même ce qui fait l’unité de l’Église, Corps Mystique du Christ, c’est avant tout l’unité de vie, la vie du Christ par­ti­ci­pée par la grâce, qui anime tous les membres vivants et ani­mait les membres morts non encore sépa­rés du Corps : cette vie inté­rieure est une vie de Foi (« le juste vit de la Foi » Rom. 1:17), une vie d’espérance et de cha­ri­té, car « Dieu est Charité et celui qui demeure dans la cha­ri­té, demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jn 4:16). Cette vie inté­rieure de l’Église est mani­fes­tée par l’unité de pro­fes­sion de Foi, uni­té de culte, consé­quence de l’espérance, spé­cia­le­ment par les sacre­ments dont le pre­mier et la porte est le bap­tême, et enfin uni­té dans l’obéissance hié­rar­chique, consé­quence de la cha­ri­té. L’unité de l’Église est donc une uni­té dans la plé­ni­tude de la vie du Christ, non dans un mini­mum com­mun. Celui qui perd la grâce sanc­ti­fiante par le péché mor­tel, peut encore demeu­rer vrai membre de l’Église, mais membre mort, et donc ne par­ti­ci­pant qu’imparfaitement à l’unité de l’Église.

Pour assu­rer cette uni­té à son Église, Notre Seigneur Jésus Christ l’a dotée d’une struc­ture hié­rar­chique par le sacre­ment de l’Ordre, avec une tête visible, le Pape, et lui a don­né les pou­voirs d’enseignement de la Foi et de sanc­ti­fi­ca­tion par le culte. En ensei­gnant la vraie Foi avec la plé­ni­tude de son magis­tère infaillible, en « confir­mant ses frères » dans la Foi, le Pape assure cette uni­té de Foi, pro­té­geant les âmes contre le mal de l’erreur par les « canons », i.e. ce qui défi­nit la règle de la Foi. L’enseignement de la véri­té fait luire la lumière sur la mon­tagne (Mt 5:14), et attire les âmes qui ont soif de véri­té, ame­nant les infi­dèles et héré­tiques à ren­trer dans l’unité de l’Église par la conver­sion, c’est-à-dire par la renon­cia­tion à leurs erreurs et la pro­fes­sion de la vraie Foi : com­bien de conver­tis pen­dant le pon­ti­fi­cat de Pie XII illus­trent l’efficacité de l’enseignement total de la Foi pour rame­ner les bre­bis éga­rées à l’unique ber­cail du Christ !

L’œcuménisme quant à lui consi­dère cette uni­té comme trop dif­fi­cile à obte­nir ; les défi­ni­tions dog­ma­tiques, avec leurs ana­thèmes néces­sai­re­ment annexes, sont consi­dé­rées comme « sépa­ra­trices d’Églises » (sic ! DC 1). Il recherche une autre uni­té vers laquelle il marche, comme si l’Église Catholique ne pos­sé­dait pas depuis sa fon­da­tion par Notre Seigneur Jésus Christ cette uni­té, que Notre Seigneur lui a don­née et qu’elle ne peut jamais perdre. Les âmes indi­vi­duel­le­ment peuvent déchoir de cette uni­té en se sépa­rant de l’Église, mais l’Église elle-​même ne peut la perdre.

L’œcuménisme veut une uni­té sans conver­sion de l’hérétique. C’est là un manque grave à la cha­ri­té, car com­ment peut-​on ame­ner au salut ces âmes éga­rées si ce n’est en les rame­nant à l’unique ber­cail du Christ, qui est la sainte Église catho­lique ? A moins que l’œcuméniste ne croit plus que l’Église catho­lique soit l’unique Église fon­dée par Notre Seigneur Jésus Christ, en dehors de laquelle il n’y a pas de salut.

Quelle est cette autre uni­té que recherche l’œcuménisme ? Elle n’est sur­tout pas doc­tri­nale ; c’est une « uni­té dans la diver­si­té » pour­vu que « les dif­fé­rences qui demeurent soient récon­ci­liées et ne donnent plus motif à divi­sion. » (ADC 3) Cette uni­té non défi­nie, l’étude des textes montre que c’est une uni­té dans la « praxis » ; on veut pou­voir arri­ver à une action com­mune, « un témoi­gnage com­mun » (ADC 3), « faire ses preuves dans la vie et l’enseignement des Églises » (DC 43), action qui ne peut être com­mune qu’au niveau humain « en réfé­rence aux pré­oc­cu­pa­tions tant indi­vi­duelles que sociales de notre temps, » (ADC 3) action pour la paix et la jus­tice sociale, et non au niveau sur­na­tu­rel pour le vrai salut des âmes. Ainsi le fait même d’une décla­ra­tion com­mune est beau­coup plus impor­tant que son conte­nu pour les œcuménistes.

2. Moyens de l’œcuménisme

Il faut à tout prix « écar­ter toute pierre qui pour­rait consti­tuer ne serait-​ce que l’ombre d’un risque d’achoppement ou de déplai­sir » pour nos frères sépa­rés. On évi­te­ra donc tout expo­sé clair et pré­cis de la Doctrine, sur­tout tel que la théo­lo­gie sco­las­tique le fait ; on pré­ten­dra reve­nir à une approche plus biblique pour évi­ter ces pré­ci­sions. On divise la véri­té révé­lée en « véri­tés fon­da­men­tales », déno­mi­na­teur com­mun, sur les­quelles on pré­tend être arri­vé à un consen­sus, et « déve­lop­pe­ments qui demeurent dif­fé­rents » (DC 5), mais consi­dé­rés de peu d’importance, comme si on pou­vait nier des points soit-​disant secon­daires de la Foi (par exemple l’Immaculée Conception) sans perdre tota­le­ment la ver­tu de foi. On évi­te­ra sur­tout toute condam­na­tion : ils seront satis­faits d’être « dans leurs dif­fé­rences, ouverts les uns aux autres » (DC 40). On trouve alors ces chef‑d’œuvre d’ambiguïtés et de silences cal­cu­lés, qui ne peuvent que trom­per les âmes : car y a‑t-​il vrai­ment uni­té lorsqu’un même texte est enten­du d’une manière dif­fé­rente par chaque parti ?

Ces silences sont des manques cou­pables au devoir de pro­fes­ser la Foi : « Car celui qui aura rou­gi de moi et de mes paroles, de celui-​là le Fils de l’homme rou­gi­ra, lorsqu’il vien­dra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges » (Lc 9:26). Notre Seigneur Jésus Christ a don­né mis­sion à ses Apôtres d’enseigner la Foi (Mt 28:19), non pas de mettre la lumière sous le bois­seau (Mt 5:15). Considérer l’enseignement de la véri­té dans sa forme la plus solen­nelle, à savoir les canons infaillibles d’un Concile dog­ma­tique, comme « sépa­ra­teur d’Églises » (DC 1) est un scan­dale pour les fidèles : car com­ment ceux-​ci auront « l’amour de la véri­té » s’ils voient leurs pas­teurs avoir si peu d’estime pour elle ? Ce manque d’amour de la véri­té est un grand dan­ger pour le salut, car saint Paul parle de « ceux qui sont voués à la per­di­tion pour n’avoir pas accueilli l’amour de la véri­té qui leur aurait valu d’être sau­vés » (2 Th. 2:10).

Les mots ne sont pas appré­ciés à leur valeur de véri­té, mais à leur valeur pra­tique pour plaire à chaque par­tie. Ainsi pour plaire à tous, on écrit que cette décla­ra­tion « ne désa­voue pas le pas­sé de cha­cune de nos tra­di­tions ecclé­siales », mais elle est por­teuse de « nou­velles appré­cia­tions et d’évolutions » (DC 7) qui per­mettent de réexa­mi­ner les condam­na­tions pas­sées ; on retrouve là le style de la décla­ra­tion Dignitatis Humanæ du Concile Vatican II, disant qu’ « elle laisse intacte la doc­trine catho­lique tra­di­tion­nelle » (DH 1) tout en s’y oppo­sant formellement !

La pra­tique même du dia­logue est plus impor­tante que ce qui est dit. Or qui dit dia­logue, dit éga­li­té des par­ties. Ainsi dans une telle décla­ra­tion com­mune, des repré­sen­tants de l’Église catho­lique se mettent sur pied d’égalité avec les sectes héré­tiques, « par­te­naires dotés de droits égaux » (ADC 4), et pré­tendent même avoir une « foi com­mune » (DC 15) avec des hérétiques !

Conclusion

Cette décla­ra­tion com­mune sur la jus­ti­fi­ca­tion « sent l’hérésie – sapit hae­re­sim ». Elle est un scan­dale et pour les catho­liques qui y perdent leur amour de la vraie doc­trine, et pour les luthé­riens qui sont endor­mis dans leurs erreurs. Elle va mener à une pra­tique com­mune, aug­men­ter les « inter-​communions » sacri­lèges. Elle va faire perdre la Foi à beaucoup.

En face de ces péchés contre le pre­mier Commandement, contre la ver­tu la plus fon­da­men­tale, il est de notre devoir de for­ti­fier notre Foi, en l’étudiant mieux, en la pro­fes­sant sans com­pro­mis, en la met­tant en pra­tique avec fer­veur. Il est aus­si de notre devoir de tra­vailler à la conver­sion des éga­rés, par la prière, le bon exemple, et le témoi­gnage de la vraie Foi. Il faut recon­ver­tir des peuples entiers : priez le Maître de la mois­son pour qu’il envoie des ouvriers à sa mois­son ! Confions ces inten­tions à la très sainte Vierge Marie, Vierge Fidèle, et à saint Joseph, patron de l’Église.

FSSPX – Maison Générale