Sermon de Mgr Lefebvre – Christ-​Roi – Diaconat – 29 octobre 1978

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis
Mes bien chers frères,

Comme chaque année, en cette fête du Christ-​Roi, nous avons la joie de confé­rer l’ordination du dia­co­nat à quelques-​uns de nos étudiants.

Et cette année, cette joie est par­ti­cu­liè­re­ment grande, parce que, par la grâce de Dieu, leur nombre est impor­tant et qu’à eux sont venus éga­le­ment s’ajouter les Sous-​Diacres qui viennent de Bédouin et de la Fraternité de la Transfiguration. Nous sommes heu­reux de faire en sorte que ce dia­co­nat qui com­porte tant de grâces pour ceux qui vont le rece­voir, puisse s’étendre, s’étendre tou­jours davan­tage pour le plus grand bien des âmes.

Mes chers amis, dans quelques ins­tants vous allez donc rece­voir Spiritum Sanction ad robur, l’Esprit Saint avec le don de force en par­ti­cu­lier. Vous allez rece­voir l’Esprit Saint pour bien rem­plir votre office. C’est ce que va dire l’évêque au milieu de la pré­face, par la for­mule sacramentelle.

Un carac­tère plus pro­fond, plus signi­fi­ca­tif encore, va mar­quer vos âmes du sacre­ment de l’ordre. Devant Dieu, devant l’Église, devant les saints Anges, devant toute la cour céleste, vous serez désor­mais des Diacres pour l’éternité.

Et si l’on en juge d’après les moni­tions qui sont don­nées par l’évêque aux Diacres, avant de leur confé­rer l’ordre du dia­co­nat, cette fonc­tion est très importante.

La fonc­tion du Diacre, dit la moni­tion, est de « ser­vir à l’autel, de bap­ti­ser et de prê­cher ». Servire adal­tare, bap­ti­zare et præ­di­care.

Servir à l’autel. Mais ser­vir à l’autel, d’une manière toute proche de celle du prêtre. Désormais le Diacre pour­ra por­ter les vases sacrés qui contiennent le Saint-​Sacrement. Désormais même, d’une manière extra­or­di­naire, il pour­ra dis­tri­buer la Sainte Eucharistie.

Il approche donc d’une manière plus près de ces saints Mystères, de ces grands mys­tères de notre sainte Religion : le Saint Sacrifice de la messe, la Sainte Eucharistie. Le grand sacre­ment dans le rayon­ne­ment duquel doit vivre le prêtre et dans le rayon­ne­ment duquel aus­si, mes chers amis, vous devez tou­jours vivre d’une manière plus intense.

Servir à l’autel, bap­ti­ser et prê­cher. Et la Sainte Église, dans la moni­tion qu’elle demande à l’évêque de pro­non­cer avant l’ordination, vous donne comme exemple saint Étienne. Exemple admi­rable que ce diacre dont il est dit, dans les Actes des Apôtres, qu’il a été choi­si parce qu’il était rem­pli de la grâce et du Saint-Esprit.

Plenus gra­tia et Spiritus Sancti.

Et un peu plus loin, dans les mêmes Actes des Apôtres :

Plenus gra­tia et for­ti­tu­dine : « Plein de grâce et de force ».

S’il y a un exemple que vous devez suivre, un exemple et un modèle, c’est bien celui de saint Étienne, puisqu’il vous est don­né par­ti­cu­liè­re­ment par l’Église.

En effet, saint Étienne, rem­pli de la grâce du Saint-​Esprit a prê­ché. Et les Actes des Apôtres, le montrent d’une manière écla­tante, d’une manière mani­feste. À tel point que les audi­teurs de sa pré­di­ca­tion étaient stu­pé­faits. Et voyaient en lui comme un ange du Ciel. Il rayon­nait de la splen­deur de l’éternité.

Et mal­gré cela, ses juges n’ont pas vou­lu accep­ter ses paroles et n’ont pas vou­lu rece­voir sa prédication.

Alors, en ter­mi­nant ses objur­ga­tions, saint Étienne avec force leur fait com­prendre qu’ils ne sont pas autres que ceux qui les ont pré­cé­dés et qui ont tué les Prophètes. Les Prophètes qui annon­çaient la venue du Juste.

Vos pères les ont tués et vous êtes sem­blables à eux, car vous avez tué le Juste lui-même.

Et enten­dant ces paroles de saint Étienne, les Actes des Apôtres disent que leur rage était à son comble et qu’ils grin­çaient des dents – ce sont les termes mêmes de la Sainte Écriture – et qu’ils se pré­ci­pi­tèrent sur saint Étienne pour le lapider.

Entre temps, avant qu’ils ne l’emmènent, saint Étienne, a vu les Cieux s’ouvrir et la gloire de Dieu. Et dans la gloire de Dieu, Notre Seigneur Jésus-​Christ, pré­sent dans la gloire de Dieu.

Et il leur dit : « Je vois les Cieux ouverts et je vois la gloire de Dieu et Jésus à la droite du Père céleste. »

Eh bien, mes chers amis, je crois que c’est là un exemple admi­rable pour nous tous. Aujourd’hui, en par­ti­cu­lier, en la fête du Christ-​Roi, vous devez avoir cette contem­pla­tion, cette vision en quelque sorte, de la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ, comme saint Étienne L’a vu, dans le Ciel, Notre Seigneur pré­sent dans le Ciel, le Roi du Ciel. Et non seule­ment le Roi du Ciel, mais le Roi de la terre.

Et c’est pour­quoi saint Étienne ne crai­gnait pas de par­ler avec force de la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ et du devoir d’obéir à Notre Seigneur Jésus-​Christ, ce que refu­saient les Scribes et les Pharisiens qui avaient tué Notre Seigneur. Et c’est pour­quoi ils le lapidèrent.

Eh bien, vous aus­si, vous allez bien­tôt, avec la grâce de Dieu, espérons-​le, deve­nir prêtre et exer­cer d’une manière encore plus pleine, cette fonc­tion de Diacre pen­dant votre sacerdoce.

Mais déjà, avant de rece­voir le sacer­doce, vous pour­rez prê­cher, lorsque l’occasion s’en pré­sen­te­ra et vous devez vous y pré­pa­rer. Dans cette pré­di­ca­tion, vous prê­che­rez la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Car ce n’est pas autre chose que le prêtre a à prê­cher. Vous prê­che­rez cette royau­té d’abord par la prière, par l’exemple de la pié­té, par l’amour de l’autel, par l’amour du Saint Sacrifice auquel vous êtes désor­mais atta­ché pour toujours.

Vous mani­fes­te­rez cet atta­che­ment au Sacrifice de Notre Seigneur par le res­pect des Choses saintes, afin d’encourager les fidèles à les res­pec­ter eux aus­si et à com­prendre que ces grands mys­tères doivent être la source de notre sanctification.

Vous prie­rez donc, car c’est par la prière et par le sacri­fice que Notre Seigneur a sau­vé le monde. Et vous ne le sau­ve­rez pas autre­ment, que par la prière et par votre sacrifice.

Vous prê­che­rez Notre Seigneur Jésus-​Christ et sa royau­té, par l’exemple de vos ver­tus, par votre habit sacer­do­tal, par votre atti­tude, par votre bon­té et par votre cha­ri­té, par votre zèle, dans vos conver­sa­tions, dans toutes les occa­sions que vous aurez d’approcher les fidèles et les infi­dèles, vous prê­che­rez Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et Dieu sait si aujourd’hui le monde a besoin de cette prédication.

Saint François d’Assise, emme­nant le frère Léon avec lui dans les rues d’Assise, disait : « Allons prê­cher Notre Seigneur Jésus-​Christ ». Et le frère Léon l’accompagnant, après avoir tra­ver­sé les rues d’Assise et saint François retour­nant à son couvent et n’ayant pas pro­non­cé une parole, le frère Léon lui dit : « Mais com­ment avons-​nous prê­ché Notre Seigneur Jésus-​Christ ? » – « Mais par notre exemple, par notre habit, nous avons prê­ché Notre Seigneur Jésus-​Christ ». Et le monde a besoin de cet exemple, le monde a besoin de cette prédication.

Vous prê­che­rez aus­si Notre Seigneur Jésus-​Christ par la parole. Et vous sau­rez qu’en face de ce règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ que nous devons éta­blir, et que Notre Seigneur Jésus-​Christ a deman­dé que nous éta­blis­sions, envoyant ses soixante-​douze dis­ciples prê­cher l’Évangile, Notre Seigneur n’a pas dit autre chose : Allez prê­cher le règne de Dieu. Le règne de Dieu – Regnum Dei – ce règne de Dieu, c’est son règne, car il est Dieu. C’est notre Dieu. Nous n’avons pas d’autre Dieu que Notre Seigneur Jésus-​Christ. C’est donc le règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ qu’ont prê­ché ses disciples.

C’est le règne de Dieu aus­si, que Notre Seigneur pen­dant les qua­rante jours qui ont sui­vi sa Résurrection – avant son Ascension – c’est ce qu’il a prê­ché éga­le­ment. C’est ce que l’Évangile dit : « il entre­tint les apôtres du règne de Dieu ».

C’est donc le règne de Dieu qui pré­oc­cu­pait Notre Seigneur, son propre règne en défi­ni­tive. Si Notre Seigneur était si pré­oc­cu­pé de ce règne, alors nous aus­si qui sommes ses dis­ciples, nous devons être pré­oc­cu­pés tou­jours du règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ sur nous-​mêmes, règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ sur les indi­vi­dus, sur les per­sonnes, règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ sur les familles, règne de Notre Seigneur Jésus-​Christ sur les Sociétés.

Mais vous n’oublierez pas qu’en face de ce règne de Notre Seigneur, il y a le règne de Satan. Et jamais peut-​être comme aujourd’hui, le règne de Satan n’a été – aus­si – éten­du et a péné­tré par­tout, dans tous les domaines. Il nous entoure de partout.

Or qu’est-ce que le règne de Satan ? Le règne de Satan, c’est le règne du scan­dale. Et le scan­dale pris dans son vrai sens ; dans le sens de ceux qui nous amènent au péché et, par consé­quent, qui nous conduit en enfer. C’est cela le scan­dale. Le scan­dale est ce qui mène au pèche. Ce qui attire dans le péché.

Eh bien, ce monde est vrai­ment le règne du scan­dale. Tout est scan­dale autour de nous. Tout est contraire à la loi de Dieu. Dans le monde désor­mais, même les Commandements de Dieu, non seule­ment sont igno­rés, mais ils sont atta­qués publi­que­ment, offi­ciel­le­ment. Des lois sont por­tées qui vont à l’encontre des lois de Dieu. Tout cela est léga­li­sé, offi­cia­li­sé. On oblige les magis­trats, les méde­cins à faire des choses qui sont contraires à la loi de Dieu ; qui sont injustes, qui sont hor­ribles, abo­mi­nables. Et tout cela dans un temps où l’on croit que notre civi­li­sa­tion n’a jamais été aus­si grande, n’a jamais été aus­si belle.

Bien au contraire, cette civi­li­sa­tion porte la marque de Satan, porte la marque de l’enfer.

Alors, vous dénon­ce­rez ces scan­dales pour évi­ter que les âmes se dirigent vers l’enfer. Vous n’aurez pas peur de dénon­cer tout ce qui peut entraî­ner les âmes dans le péché.

Et pour avoir ce cou­rage et cette force, vous deman­de­rez par­ti­cu­liè­re­ment cette grâce à la très Sainte Vierge Marie. Vous savez, mes chers amis, Marie est notre Mère média­trice ; elle est média­trice de toutes les grâces.

La grâce que vous allez rece­voir dans quelques ins­tants, par l’imposition de la main de l’évêque et par les paroles sacra­men­telles qui vont être pro­non­cées, cette grâce du Saint-​Esprit, va vous être don­née par l’intermédiaire de notre Bonne Mère du Ciel.

Demandez à Marie, demandez-​lui, à notre Mère, demandez-​lui de vous don­ner cette grâce en abon­dance. Que vous soyez vrai­ment des Diacres selon son cœur ; que vous soyez plus tard des prêtres selon son cœur, comme l’a été son Divin Fils. Et elle vous aide­ra. Elle vous aide­ra à être des apôtres du royaume de Notre Seigneur et du règne de Dieu.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.