Sermon de Mgr Lefebvre – Epiphanie – 6 janvier 1985

L'Immaculée Conception, par Bartomolé Esteban Murillo, Musée de Madrid. Domaine public, via Wikimedia Commons

Mes bien chers amis,
Mes bien chers frères,

La fête de l’Épiphanie est l’une des plus impor­tantes dans la litur­gie de l’année, parce qu’elle est en effet, la Révélation au monde, de Jésus, du Sauveur, tan­dis que jusqu’alors, Jésus s’était mani­fes­té aux enfants d’Israël, à la très Sainte Vierge Marie, à Élisabeth, à Zacharie et Joachim, aux ber­gers sur l’appel des anges, mais voi­ci que désor­mais Jésus est annon­cé au monde, est annon­cé aux Gentils.

Reportons-​nous à cette scène admi­rable des Rois Mages venant ado­rer l’Enfant-Jésus, lui appor­tant les dons qui signi­fient ses pro­prié­tés essentielles.

Il est Roi ; Il est Sauveur ; Il est Prêtre. L’or, l’encens et la myrrhe, signi­fient ces trois attri­buts essen­tiels de Notre Seigneur. Mais approchons-​nous de la très Sainte Vierge Marie et demandons-​lui dis­crè­te­ment, ce qu’elle pense de tout ce qu’elle a enten­du, depuis que l’ange Gabriel est venu la visi­ter et lui annon­cer qu’elle serait la mère du Sauveur.

En effet, l’Évangile dit de la Vierge Marie, qu’elle enten­dait toutes ces paroles et qu’elle les repas­sait dans son cœur. Elle devait donc réflé­chir – elle rem­plie de l’Esprit Saint, rem­plie de l’Esprit de sagesse, de science, d’intelligence – elle devait réflé­chir sur tout ce qu’elle avait enten­du. Rappelons-​nous avec elle toutes ces paroles : paroles de l’ange Gabriel : « vous êtes bénie entre toutes les femmes. Celui qui naî­tra de vous, est le Sauveur du monde ».

Et non seule­ment Il est le Sauveur, mais Il est aus­si le Roi, Fils du Très-​Haut. Son règne n’aura pas de fin. Déjà, la très Sainte Vierge Marie est aver­tie de ce que sera cet Enfant, qu’elle aura bien­tôt dans ses bras. Il est le Roi, le Roi pour l’éternité. Non seule­ment Il régne­ra sur le trône de David, mais Il régne­ra sur les Cieux pour l’éternité.

Et puis, lorsqu’elle se rend chez sa cou­sine Élisabeth, sa cou­sine lui dit : « Bienheureuse, bien­heu­reuse vous qui avez cru. Et com­ment se fait-​il que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ». La mère de mon Seigneur, mère de Dieu. La très Sainte Vierge Marie a bien sai­si toute la por­tée des paroles de sa cou­sine Élisabeth.

Et en effet, la voi­ci qui magni­fie le Seigneur : Magnificat ani­ma mea. Et dans son Magnificat, elle laisse appa­raître toute sa science du Sauveur. Elle recon­naît bien sûr sa divi­ni­té. Elle recon­naît aus­si son rôle de Sauveur. Mais elle recon­naît aus­si son titre de Roi. Il est Tout-​Puissant ; Il bri­se­ra les trônes des rois qui s’opposent à Lui et au contraire Il élè­ve­ra les humbles.

La très Sainte Vierge Marie, voit déjà toute l’action de Notre Seigneur Jésus-​Christ au cours des siècles qui vont venir. Il rem­pli­ra de science ceux qui ont soif de la Vérité ; ceux qui sont dési­reux de rece­voir cette science. Mais au contraire. Il détrui­ra les orgueilleux ; ceux qui croient tout savoir, qui croient tout connaître et qui ne veulent pas s’humilier devant Notre Seigneur.

Ainsi en quelques paroles, la très Sainte Vierge résume tout ce com­bat qui va se livrer au cours des siècles à venir.

Et puis, la voi­ci à Bethléem. Entre temps, elle appren­dra de Joseph, les paroles que l’ange a adres­sées à Joseph en lui disant : « Ne crains pas Joseph de prendre Marie pour ton épouse, car Celui qui doit naître d’elle, s’appellera Jésus, le Sauveur ». Il est essen­tiel­le­ment le Sauveur. Et c’est Lui qui rachè­te­ra les peuples de leurs péchés.

La très Sainte Vierge Marie est confir­mée dans cette réa­li­té, cet attri­but tout par­ti­cu­lier de Notre Seigneur qui est avant tout le Sauveur du monde.

Et la voi­ci, donc, à Bethléem et c’est l’apparition des anges aux ber­gers : Gloire à Dieu, au plus haut des Cieux. Un Sauveur vous est né. C’est encore par la même parole que les anges annoncent la nais­sance de Jésus aux ber­gers. Celui qui a été pro­mis. Le voi­ci. Il est né. Allez le voir et l’adorer. Alors les ber­gers vont ren­con­trer Jésus et l’adorent et racontent à Marie et Joseph ce que les anges leur ont dit. C’est alors que l’Évangile nous dit que la très Sainte Vierge conser­vait toutes ces paroles et les repas­sait dans son cœur.

Et ce n’est pas fini. Avant que les Mages ne viennent, Marie et Joseph se ren­dront à Jérusalem, pour la Présentation de Jésus au Temple, la Purification de Marie. Et là ils ren­con­tre­ront celui qui expri­me­ra de la manière la plus concrète et la plus forte, ce que repré­sente Notre Seigneur Jésus-​Christ, la venue de Jésus dans le monde. C’est le vieillard Siméon qui prend l’Enfant dans ses bras et remer­cie Dieu d’avoir vu Celui qui est le Sauveur d’Israël, le Sauveur du monde : Nunc dimit­tis ser­vum tuum. Maintenant Seigneur vous pou­vez me rap­pe­ler. J’ai vu Celui qui est l’objet des pro­messes de tous les Prophètes.

Et puis, il se tourne vers la Vierge Marie – c’est ce que dit l’Évangile – il adresse à Marie ces paroles : « Votre Fils sera un signe de contra­dic­tion et vous-​même, vous aurez le cœur trans­per­cé par un glaive ». Et cela révé­le­ra les pen­sées qui sont dans les cœurs.

Ainsi, d’une manière pro­phé­tique, le vieillard Siméon révèle aus­si ce qui se pas­se­ra bien­tôt : la lutte contre Notre Seigneur Jésus-​Christ ; la divi­sion qui va se pro­duire à l’occasion de la venue de Jésus dans le monde. Ceux qui croi­ront, ceux qui ne croi­ront pas. Ceux qui sui­vront Notre Seigneur, ceux qui rece­vront sa grâce, ceux qui se sou­met­tront à Lui, ou ceux qui s’opposeront à Lui, ou qui Le mépri­se­ront, l’ignorant ; ne vou­lant pas Le suivre.

Et n’est-ce pas cela pré­ci­sé­ment qui est le glaive qui trans­perce le cœur de la très Sainte Vierge Marie. Oh sans doute, elle sait déjà que Jésus est l’Agneau de Dieu ; elle sait déjà qu’un jour Il sera la Victime pour la Rédemption des péchés du monde. Mais ce qui lui cause encore plus de dou­leur, sans doute, c’est la dou­leur même que Notre Seigneur Jésus-​Christ éprou­ve­ra au moment de son ago­nie au Jardin des oli­viers, c’est la pen­sée que tant d’âmes Le refu­se­ront ; refu­se­ront sa misé­ri­corde ; refu­se­ront sa cha­ri­té ; refu­se­ront sa bon­té, refu­se­ront son Sang, la preuve de sa cha­ri­té. Les hommes fer­me­ront les yeux et Le crucifieront.

Et voi­ci que à leur tour, ce sont les Mages qui arrivent. Eux se pré­sentent d’une manière un peu dif­fé­rente. N’étant pas les fils d’Israël, ils ne connaissent pas bien les paroles pro­phé­tiques qui sont pro­non­cées à l’égard de Jésus. Cependant ils savent qu’un Sauveur doit venir et qu’un jour, ils ver­ront son étoile.

Et alors, ils suivent l’Étoile qui les guide jusqu’à Jérusalem et puis de Jérusalem, à Notre Seigneur. Et ils vien­dront se pros­ter­ner devant Notre Seigneur, dans l’humilité de leur cœur, mani­fes­tant ain­si la recon­nais­sance qu’ils ont de la royau­té de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Quelles devaient être alors les pen­sées de la Vierge Marie, devant ces Rois venus de loin, se pros­ter­nant devant son Fils et lui offrant leurs présents ?

Elle sau­ra bien­tôt, que tous ces hon­neurs qui sont dus à Notre Seigneur Jésus-​Christ, ne seront pas don­nés par tous les hommes et que pré­ci­sé­ment beau­coup d’hommes s’opposeront à Notre Seigneur et que la parole du vieillard Siméon se réa­li­se­ra dans quelques ins­tants, demain peut-être.

Dans la nuit qui a sui­vi le départ des Mages, l’ange vient dire à Joseph : « Prends l’Enfant et sa mère, pars en Égypte, car le roi Hérode veut le faire mou­rir », veut le faire disparaître.

La voi­là la per­sé­cu­tion ; elle com­mence. Jésus à peine né, déjà l’objet de contra­dic­tion, déjà l’objet de la haine des rois qui ne veulent pas se sou­mettre à Lui et de toutes les âmes qui per­sé­cu­te­ront Notre Seigneur et qui per­sé­cu­te­ront l’Église.

Voilà ce que devaient être les pen­sées de la très Sainte Vierge Marie. Mais cepen­dant peut-​être déjà, avant saint Jean, avec lequel Marie demeu­re­ra pen­dant de longues années et auquel sans doute, elle com­mu­ni­que­ra aus­si toutes ses pen­sées, n’avait-elle pas déjà la vision de l’Apocalypse, où elle voyait Notre Seigneur rayon­nant, le Roi dans toute sa splen­deur sur ce che­val blanc et prêt à com­battre un der­nier com­bat ; ayant un glaive de feu qui sort de sa bouche, la tête cou­ron­née de dia­dèmes, ayant ins­crit sur son vêtement :

Rex regum, et Dominus domi­nan­tium (Ap 19,16). Le Roi des rois, le Seigneur des sei­gneurs. Il part. Et ce sera le der­nier com­bat contre Satan qui sera pré­ci­pi­té dans l’étang de soufre, où se trouve déjà la Bête, c’est-à-dire, tous ceux qui sont des enne­mis de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et ce sera alors le règne pour tou­jours de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Eh bien, à l’occasion de cette fête de la royau­té de Notre Seigneur Jésus-​Christ en défi­ni­tive – la fête de l’Épiphanie – nous aus­si, mes chers amis, mes bien chers frères, nous sommes entrés dans ce com­bat : nous nous sommes joints aux ber­gers ; nous nous sommes joints aux Rois Mages pour appor­ter aus­si nos hom­mages, nos per­sonnes à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Mais nous ne devons pas oublier que fai­sant cela, nous nous enga­geons à une lutte effroyable, car l’ennemi n’a pas désar­mé. Et s’il est un temps où l’ennemi est puis­sant ; où il dis­pose de moyens dont il ne dis­po­sait pas autre­fois, c’est bien aujourd’hui.

Alors soyons cou­ra­geux, ayons une foi pro­fonde ; soyons tout entiers don­nés à Notre Seigneur Jésus-​Christ comme l’ont été ces ber­gers, ces Rois Mages, comme la Vierge Marie, comme saint Joseph, tout entiers dévoués au Sauveur du monde, au Roi qui régne­ra éter­nel­le­ment. Combien nous devons aus­si chan­ter notre Magnificat et remer­cier le Bon Dieu d’avoir la foi, d’avoir la foi catho­lique, d’être atta­ché à Notre Seigneur Jésus-​Christ pour toujours.

Nous l’avons pro­mis au jour de notre bap­tême, au jour de notre confir­ma­tion, en réci­tant le Credo ; nous l’avons pro­mis à notre pre­mière com­mu­nion, à notre com­mu­nion solen­nelle, de nous atta­cher à Jésus-​Christ pour toujours.

Alors, soyons du nombre de ces sol­dats qui luttent dans la croi­sade pour la vic­toire de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Et ne nous éton­nons pas des dif­fi­cul­tés que nous pou­vons ren­con­trer. Comment se fait-​il que ces pro­phé­ties aient été dites dès l’entrée dans le monde de Notre Seigneur ? Comment se fait-​il que la Vierge ait déjà été per­sé­cu­tée, avec Joseph, obli­gés de fuir en Égypte ?

Et nous vou­drions, ne pas subir de per­sé­cu­tions, ne pas nous trou­ver dans ces dif­fi­cul­tés vrai­ment dou­lou­reuses, pénibles. Et c’est là le lot de ceux qui sont fidèles à Notre Seigneur Jésus-​Christ. Ceux qui veulent échap­per à ce com­bat ; ceux qui veulent pac­ti­ser avec l’ennemi ; ceux-​là ne sont pas les vrais dis­ciples de Notre Seigneur Jésus-​Christ. Ceux qui veulent la paix à tout prix, avec un paci­fisme contraire à l’esprit de l’Évangile, contraire à la nature même de Notre Seigneur Jésus-​Christ qui est venu pour com­battre, com­battre contre celui qui a ten­té nos pre­miers parents, qui les a fait tom­ber dans le péché. Alors lut­tons avec cou­rage, avec confiance, avec espé­rance, per­sua­dés que par ce com­bat nous sau­ve­rons nos âmes et préparons-​nous à com­battre d’une manière peut-​être tou­jours plus pénible, tou­jours plus aus­tère, plus dif­fi­cile. C’est le secret de Dieu.

Mais ayons tou­jours confiance. Approchons-​nous de la Vierge Marie, approchons-​nous de Joseph, approchons-​nous des Rois Mages et demandons-​leur de nous don­ner cette convic­tion qu’ils avaient dans les attri­buts essen­tiels de Notre Seigneur qui est Dieu. Il est le Sauveur. Il est le Prêtre. Il est le Roi.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-​Esprit. Ainsi soit-il.

Fondateur de la FSSPX

Mgr Marcel Lefebvre (1905–1991) a occu­pé des postes majeurs dans l’Église en tant que Délégué apos­to­lique pour l’Afrique fran­co­phone puis Supérieur géné­ral de la Congrégation du Saint-​Esprit. Défenseur de la Tradition catho­lique lors du concile Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-​Pie X et le sémi­naire d’Écône. Il sacre pour la Fraternité quatre évêques en 1988 avant de rendre son âme à Dieu trois ans plus tard. Voir sa bio­gra­phie.