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Gosse de riche ?

L’esprit de pauvreté dans l’usage des moyens matériels donne radicalement un éclairage à toute la vie.

Rien que de lire cette expression, vous imaginez déjà la description de l’enfant capricieux, auquel les parents ont cédé tout ce qu’il désirait. Habitué à l’opulence, à la sensualité, ses traits de caractères le rendent odieux.

Ce n’est pas tout à fait de lui dont nous allons nous entretenir, bien que certaines de ses caractéristiques se trouvent très largement répandues. Ce n’est pas la pauvreté ou la richesse pécuniaire qui suffit à définir la sainteté. La pauvreté est un état ; elle n’est pas une vertu par soi. Il existe des pauvres cupides comme des riches magnanimes.

L’esprit de pauvreté est une partie intégrante du langage de l’Évangile : pas un maître spirituel ne l’omet de son discours ; pas un fondateur d’ordre ne manque de la recommander ou de la mettre dans les vœux de son Institut. « Bienheureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux ».

Cette béatitude est-elle destinée aux enfants ? Leur est-elle seulement accessible ? Il n’existe aucun message de l’Évangile qu’on puisse dissimuler ou omettre. L’enfant est une sorte de novice dans les mains de ses parents. Ils sont chargés de lui donner les instruments de la perfection. Il est de leur mission d’expliquer et de faire vivre la vérité qui a été manifestée. Par certains côtés, il faudrait comparer l’enfance à un « noviciat » vers la vie d’adulte.

Pourquoi l’esprit de pauvreté ? Inévitablement, tout enfant qui entre dans le monde se trouve victime de la triple concupiscence dont parle saint Jean : concupiscence de la chair, orgueil de la vie, mais aussi, cette concupiscence des yeux qui désigne la soif de posséder. Cet attrait de la terre, ou plus modestement, cette inquiétude du lendemain peut arriver à obnubiler l’esprit, nuire aux œuvres de l’âme. Léon XIII a mis en relief la culpabilité d’un certain capitalisme qui abrutissait les ouvriers sous le travail et la misère. A l’opposé, on peut obtenir un effet similaire par excès de possessions, comme dans l’immense mirage commercial moderne.

Jésus, en s’incarnant, a choisi la pauvreté de la crèche, et la vie dans un foyer très modeste. Proche de la peine des hommes, il affirme cependant : « Pourquoi vous inquiéter… Cherchez le Royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. »

Il existe des pauvres cupides comme des riches magnanimes.

L’esprit de pauvreté, de simplicité dans l’usage des moyens matériels donne radicalement un éclairage à toute la vie. Il doit être au cœur de l’éducation. Cette simplicité peut toucher tant les loisirs que les manières d’être.

De simples coutumes comme de dire merci ou de se contenter de ce qu’on vous sert ont un rôle important dans les jeunes âmes.

La débauche de moyens techniques conduit les enfants à être leur propre maître dans tout une partie de leurs contacts, de leurs loisirs, de leurs choix de jeux, de spectacles, d’horaires d’écrans… Alors que la volonté est encore en formation, plus rien ne vient obliger à un sain usage, ou plutôt à un usage légèrement restrictif de ce qui n’est qu’un appât sommaire de la sensibilité.

Notre jeunesse part avec un handicap certain pour répondre à l’appel du Christ dans la première des béatitudes.

Or, en échange du royaume du Monde, le Sauveur promet le Royaume de Dieu. Une nouvelle fois, le paradoxe de la Croix est la clé du vrai bonheur. Aux Galates, saint Paul rappelle de ne pas se mettre à nouveau sous le joug de l’esclavage et de tenir bon dans la liberté que le Christ nous a conquise, (cf. Gal V, 1)

Source : Le Chardonnet n°370

FSSPX

M. l’abbé Jean-Pierre Boubée est prêtre depuis 1978. Après avoir connu la vie paroissiale en zone difficile, à Mantes-la-Jolie, il a été directeur de deux lycées-collèges et a formé de nombreuses générations dans les œuvres de jeunesse.
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