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   Sermon de Mgr Lefebvre - Prise de soutane - 2 février 1975

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Sermon de Mgr Lefebvre
2 février 1975
Prise de soutane

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2 février 1975
Prise de soutane

 

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2 février 1975

 

Mes bien chers frères,
        Mes bien chers amis,

La fête que nous célébrons aujourd’hui, la Présentation de Jésus au Temple et la Purification de Marie est on ne peut plus adaptée à la cérémonie à laquelle vous, mes bien chers amis en particulier, vous allez prendre part dans quelques instants.

Cérémonie de réception de l’habit ecclésiastique et de la tonsure. Dans les premiers siècles de l’Église, on appelait la fête de la Purification, la fête de la Rencontre. Pourquoi la fête de la rencontre ? Parce que Siméon et Anne, appelés par l’Esprit Saint, étaient venus à la rencontre de Notre Seigneur et de ses parents, au Temple de Jérusalem.

Et, en effet, on comprend qu’il y ait là une signification remarquable. Que l’Enfant Jésus vienne au Temple de Jérusalem signifie que, désormais, ce ne sont plus des tables de pierre qui signifient la loi de Moïse, qui seront désormais notre loi, mais Lui, Lui qui est la loi de l’univers, Lui qui est la loi de la charité. Lui qui est la vertu de Dieu, Lui qui est la loi vivante, entre dans son Temple et remplacera désormais ces tables de pierre pour l’habiter jusqu’à la fin des temps. Notre Seigneur prend possession de son Temple, tout en se soumettant à la loi. Comme Il l’a dit : Non veni solvere legem, sed ad implere : « Je suis venu remplir la loi et non pas l’abolir ».

Et en effet. Notre Seigneur consacrait la loi et la transformait par une Nouvelle Alliance, par un Nouveau Testament en venant dans son propre Temple, prendre possession de son Temple.

Qui l’a reçu ? Sans doute les prêtres et les pontifes qui se trouvaient alors dans le Temple. Ont-ils vraiment reconnu Notre Seigneur Jésus-Christ ? Ont-ils vraiment reconnu Celui qui venait prendre possession de son Temple ?

Eh bien, nous ne le savons pas. L’Écriture en tout cas ne nous le dit pas. Il est très probable qu’ils L’ont reçu comme ils recevaient les parents venant apporter leur premier-né, pour les racheter en quelque sorte, en faisant une offrande au Temple, selon la loi de Moïse. Et c’est ce que venaient faire saint Joseph et la très Sainte Vierge. En venant présenter Jésus, ils accomplissaient la loi de Moïse.

Mais qui les a reconnus ? Un juste, un vieillard rempli du Saint-Esprit, qui vivait dans la ville de Jérusalem et qui, à ce moment, poussé par l’Esprit Saint est venu au Temple, pour rencontrer Notre Seigneur Jésus-Christ. Et Anne, la prophétesse. Ils ont reconnu Jésus. Et l’ayant reconnu, ils ont chanté les louanges de Notre Seigneur.

Désormais, dit le vieillard Siméon, je puis mourir, car j’ai vu le salut d’Israël et la rédemption de toutes les nations. Et l’on dit que la très Sainte Vierge et saint Joseph étaient en admiration devant tout ce qu’ils entendaient.

Eh bien aujourd’hui, mes chers amis, vous aussi vous allez à la rencontre de Notre Seigneur, à une rencontre toute spéciale. Certes déjà, lorsque vos parents vous ont préparé à la première communion, vous avez rencontré Notre Seigneur. Vous vous souvenez certainement de ce jour béni qui a été celui de votre première communion, de votre première rencontre intime, personnelle avec Notre Seigneur Jésus-Christ.

Et puis, bien des fois, vous avez eu cette grande grâce, de vous unir à Notre Seigneur, de mieux Le connaître. Peut-être y a-t-il eu quelques nuages au cours de votre existence dans cette union à Notre Seigneur.

Et voici, qu’attirés par l’Esprit Saint vous êtes venus dans ce séminaire pour Le rencontrer à nouveau, cette fois d’une manière définitive, cette fois d’une manière encore plus personnelle, d’une façon plus convaincue, d’une façon plus aimante, plus parfaite, plus complète. Et aujourd’hui, vous voulez que cela soit signifié par un signe extérieur qui va désormais marquer aux yeux du monde que vous êtes attachés à Notre Seigneur pour toujours. Et que vous désirez Le prêcher, Le manifester au monde. Manifester votre foi, manifester votre attachement à Notre Seigneur Jésus-Christ, manifester votre foi en la rédemption de Notre Seigneur, en sa venue en ce monde.

Et vous avez raison, mes chers amis, vous serez les hérauts de Notre Seigneur Jésus-Christ. Vous Le prêcherez, rien que par votre habit, rien que par votre attitude. Ce sera là une prédication excellente pour ceux qui vous rencontreront.

Mais, diront certains, cette présentation de Notre Seigneur Jésus-Christ est une provocation, cette manière de présenter Notre Seigneur Jésus-Christ n’attirera pas les âmes, elle les divisera.

Alors, il ne fallait pas que Notre Seigneur vint en ce monde. Il fallait que Dieu, que le Père évite d’envoyer son Fils en ce monde. Car si Dieu a voulu que son Fils vienne en ce monde et se présente sous la forme d’un homme comme nous. Il savait parfaitement qu’il faisait entrer le glaive en ce monde, que les inimitiés viendraient immédiatement à la poursuite de Notre Seigneur Jésus-Christ, que le monde serait divisé. Et erit signum contradictionis. C’est déjà le vieillard Siméon qui l’annonce : « Il sera un signe de contradiction et Il révélera ce qu’il y a dans le cœur des hommes ».

Oui, Notre Seigneur, par sa simple présence, révélera les pensées de nos cœurs. Les uns seront pour Lui, les autres seront contre Lui. Et du haut du Ciel, le Bon Dieu verra dans les cœurs, dans les consciences qui est pour Notre Seigneur, qui est contre Notre Seigneur.

N’était-Il pas à peine né que déjà le sang coulait à cause de Lui ? Tous ces innocents qui ont perdu la vie, qui ont répandu leur sang, à cause de Notre Seigneur, à peine était-Il en ce monde. Eh oui, disent les insensés : Dixit insipiens in cordæ suo, non est Deus. L’insensé dit dans son cœur : Il n’y a pas de Dieu. Je ne veux pas de Dieu : Dicentes : nolumus hune regnare super nos (Le 19,14) : « Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous » ont crié les juifs en voyant Notre Seigneur. Ainsi Notre Seigneur est venu et Il a révélé les pensées de nos cœurs.

Et vous aussi, mes chers amis, parce que vous porterez Notre Seigneur devant le monde, parce que votre habit portera la Croix de Notre Seigneur, votre foi en Notre Seigneur, vous serez aussi un signe de contradiction. Et vous révélerez ce qu’il y a dans le cœur des hommes. Et vous ferez comme Notre Seigneur : Vous sauverez les hommes en portant votre croix. Car ce n’est pas dans la joie ici-bas, ce n’est pas dans le bonheur d’ici-bas que vous porterez la Croix de Notre Seigneur. Vous suivrez Notre Seigneur en portant vous aussi votre croix. Vous partagerez ses épreuves, comme il a été dit à la très Sainte Vierge : « Un glaive de douleur transpercera ton cœur ». Elle qui était si pure ; elle qui était sans péché.

Alors nous, ses disciples, est-ce que nous pensons participer moins que la très Sainte Vierge aux épreuves de Notre Seigneur, nous qui méritons ces épreuves pour notre sanctification ?

Donc vous devez savoir qu’aujourd’hui, tout en endossant la soutane, vous portez aussi votre croix, la Croix de Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais vous la porterez avec joie. Vous la porterez avec paix.

Vous la porterez avec sérénité. Tous les hommes doivent supporter leurs souffrances.

Ah, qu’il est triste de penser que ceux qui souffrent ne savent pas comprendre la souffrance et le prix de la souffrance. Que tant d’hommes trouvent dans la souffrance, l’origine de leurs blasphèmes, l’origine de la séparation d’avec Dieu, d’avec Notre Seigneur, à cause des souffrances qu’ils doivent supporter. Songez à tous ceux qui sont dans les camps de concentration, à tous ceux qui souffrent dans les geôles communistes. Le Bon Dieu voit dans leur cœur, voient ceux qui souffrent en union avec Notre Seigneur et qui supportent leurs souffrances par amour de Dieu, par amour de leurs frères. Et les autres, au contraire qui n’ont que le blasphème à la bouche. Non, vous porterez ces souffrances, vous porterez ces épreuves comme Notre Seigneur, avec Notre Seigneur, comme la très Sainte Vierge Marie. Et vous en serez heureux et vous y trouverez de grandes consolations.

La Croix c’est notre espoir. Spes nostra. O Crux ave, spes nostra. La Croix de Notre Seigneur, c’est notre espérance. Pourquoi ? Parce que la Croix de Jésus conduit à la résurrection, conduit à la vie éternelle. Ce n’est pas autre chose que Notre Seigneur est venu nous enseigner. Il est venu nous dire que notre vie n’était pas ici-bas, que notre vie était dans l’éternité. Et c’est cela que les hommes ne veulent pas entendre dire, qu’il faut mépriser ce monde parce qu’il y en a un autre, vers lequel nous devons aller et qui est définitif, qui est éternel. Ils veulent s’attacher aux biens de ce monde. Ils veulent faire de ce monde, un paradis terrestre. Et quel paradis en font-ils !

Aussi, aujourd’hui, mes chers amis, vous recevrez de grandes grâces de la part du Bon Dieu, de la part de Notre Seigneur, de la part de l’Esprit Saint, grâces de foi. Et nous espérons que ces grâces fructifieront dans vos cœurs et que vous serez de véritables apôtres de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous suivrez l’exemple de la très Sainte Vierge Marie, que vous serez aussi des co-rédempteurs comme elle a été co-rédemptrice. Et cette Croix comment la manifesterez-vous, cette croix que tout à l’heure je déposerai avec joie dans vos mains et qui y restera le signe de votre espérance, le signe de votre charité surtout, car s’il y a un moyen par lequel Notre Seigneur Jésus-Christ nous a manifesté sa charité, c’est bien par sa Croix. Il n’y a pas eu de plus grand acte de charité que de donner sa vie pour ceux qui l’aiment. Et par conséquent cette croix sera pour vous le souvenir de cette cérémonie et rappellera en vous que vous devez aussi remplir vos cœurs de charité.

Et ainsi, mes bien chers frères, vous qui êtes venus assister à cette cérémonie, participer à la joie de vos fils, de vos frères, de vos amis, vous aussi, que cette cérémonie vous rappelle qu’il n’y a pas de paradis sur terre, que le Paradis est dans la demeure du Père et dans la vie éternelle et non pas ici-bas.

Ne nous attachons pas aux biens qui passent, aux biens éphémères. Attachons-nous à Notre Seigneur Jésus-Christ. Que chez vous aussi, dans vos maisons, sur les parois de vos maisons, se trouve le Christ, Notre Seigneur Jésus-Christ, la croix devant laquelle vous vous agenouillez en famille, le soir, afin d’implorer les grâces de Notre Seigneur Jésus-Christ, afin de recevoir les grâces dont vous avez besoin pour supporter les épreuves, pour supporter les difficultés de la vie. C’est là que vous trouverez la source de votre joie et de votre espérance aussi. Et c’est cela qui fait la force de l’Église et c’est cela que nous devons rappeler plus que jamais aujourd’hui où l’on voudrait arracher les croix de nos écoles, de nos églises, de tous les lieux dans lesquels nous vivons, alors qu’elles devraient au contraire présider à toute notre vie. Soyons de vrais fils de l’Église, des fils de cette Église qui a donné des saints et des martyrs dans toutes les classes de la société, dans tous les milieux. Et je souhaite vivement qu’un jour ceux qui, avec la grâce de Dieu deviendront ces jeunes prêtres, seront pour vous, mes bien chers frères, des soutiens, des exemples, des guides, des pasteurs, de vrais pasteurs, afin que vous soyez aidés sur le chemin qui doit vous mener à la vie éternelle, par la grâce de Dieu et avec le secours de la très Sainte Vierge Marie.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

 

22 décembre 1974       15 mars 1975

 

 

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