La Bible se trompe-t-elle ?
Dans les années 70, une religieuse suit une formation sur la Bible, dans la ligne des perspectives ouvertes par la Constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine. Réaction : « Alors tout cela était faux[1] ? »
Avant le Concile, la doctrine était claire : le Concile de Florence introduit en 1442 le terme d’« inspiration » pour décrire l’action du Saint Esprit sur les auteurs des livres sacrés[2]. De ce rôle particulier de Dieu il résulte que la Bible a « Dieu pour auteur[3] ».
« C’est pourquoi ceux qui estiment que les passages authentiques des Livres Saints peuvent contenir quelque erreur, pervertissent la notion catholique de l’inspiration ou font de Dieu Lui-même l’Auteur de l’erreur[4]. »
Les recherches et hypothèses scientifiques et, parallèlement, la propagande rationaliste beaucoup moins scientifique[5], ont pu intimider les exégètes au point de leur faire remettre en cause cette infaillibilité ou « inerrance » de l’Écriture Sainte lorsque la science prétendait la prendre en défaut. Bien sûr, il ne faut pas y chercher une intention scientifique. Léon XIII comme Pie XII[6] admettent l’un et l’autre que l’exégète doit tenir compte des mentalités des auteurs humains, mais jamais au point de limiter l’inerrance à ce qui concerne le salut. Pourtant ils déplorent que : « la théorie qui n’admet l’inerrance des lettres sacrées que là où elles enseignent Dieu, la morale et la religion, on la professe en la renouvelant, bien qu’elle ait été plusieurs fois condamnée »[7].
Les discussions au Concile en firent écho. Là où le premier texte préparatoire disait que « la Sainte Écriture entière est absolument exempte d’erreur[8] », le vote se fixa sur une formulation ambiguë : « Puisque toutes les assertions des auteurs inspirés ou hagiographes doivent être tenues pour assertions de l’Esprit Saint, il faut déclarer que les livres de l’Écriture enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée dans les Lettres sacrées pour notre salut[9]. »
Ce que le père Ignace de la Potterie[10] sj, interprétait aussitôt : « L’Écriture contient la « vérité », non pas en ce sens scientifique que les événements de l’histoire qu’elle raconte offrent des garanties suffisantes d’exactitude pour l’historien, mais qu’elle nous décrit ce qui intéresse la foi : la réalisation – dans l’histoire – du plan divin du salut, c’est-à-dire la révélation[11]. » Autrement dit, il n’est plus nécessaire de s’embarrasser d’historicité. Le Compendium du Catéchisme de l’Église Catholique[12] reprend en 2005 la formulation : « 18. La Sainte Écriture… est donc dite inspirée et elle enseigne sans erreur les vérités qui sont nécessaires à notre salut. »
Si l’on veut maintenir la dignité de l’Auteur de l’Écriture, il faudra affirmer à nouveau que toute l’Écriture est sans erreur.
- Cité dans La Croix, hors-série de décembre 2002-janvier 2003, pp. 34–35.[↩]
- DS 1334.[↩]
- Concile Vatican I, Constitution dogmatique Dei filius, 24 avril 1870, DS 3006.[↩]
- Léon XIII, encyclique Providentissimus, 18 novembre 1893, cf. DS 3291–3294.[↩]
- Cf. Bruno Bioul, Contre-théorie de Jésus : réfutation ciblée de la théorie mythiste de M. Onfray, L’Harmattan, 2024.[↩]
- Pie XII, encyclique Divino afflante, 30 septembre 1943, DS 3829–3830.[↩]
- Pie XII, encyclique Humani generis, 12 août 1950, DS 3887.[↩]
- Cité par Pierre Grelot, Vatican II – La Révélation divine, t.2, Cerf, Unam Sanctam 70b, 1968, p.349.[↩]
- Dei Verbum 11, italique nôtre.[↩]
- Professeur à l’Institut Biblique Pontifical (1961–1989) et membre de la Commission biblique Pontificale (1973–1984).[↩]
- Ignace de La Potterie, « Vatican II et la Bible », in Le deuxième Concile du Vatican (1959–1965) – Actes du colloque organisé par l’École française de Rome (Rome 28–30 mai 1986), Rome : École Française de Rome, 1989, p.490.[↩]
- https://www.vatican.va/archive/compendium_ccc/documents/archive_2005_compendium-ccc_fr.html[↩]









