… à ceux qui ne sont pas charbonniers.
Beaucoup de chrétiens, surtout d’un certain âge, voudraient pouvoir vivre avec sérénité leur vie chrétienne. Ils renvoient dos à dos les « polémistes » qu’ils considèrent comme extrémistes, d’un bord ou de l’autre.
Volontiers, ils se persuadent que la plupart des messes dites en France sont normales, que le mieux est de s’accommoder des usages nouveaux en laissant tomber les excentriques et ceux qui demandent des explications.
Puisque les évêques ne semblent vouloir exclure ni rien ni personne (du moins sur leur gauche) pourquoi eux, braves laïcs, iraient-ils étudier soigneusement qui a tort et qui a raison ? Le mieux serait donc de pratiquer une tolérance universelle, bref I’amour sans chicaner sur le dogme,
La foi du charbonnier, voilà un refuge où s’installent un très grand nombre de bons chrétiens aujourd’hui.
Une foi simple, naïve et sans examen, celle qu’on a hérité de ses parents : un point c’est tout.
Cette attitude est légitime pour les charbonniers, mais quand on est docteur, notaire ou professeur d’université, cette démission est ruineuse à plus ou moins brève échéance.
Pour soi-même d’abord, car une religion qui ne nourrit plus l’intelligence et n’est plus qu’un vague comportement de bienveillance, accompagné d’une pratique routinière ne correspond pas à I’enseignement du Christ qui veut que l’on aime Dieu « de tout son cœur, de toutes ses forces et de tout son esprit ». Et la fuite de toute réflexion doctrinale chez ceux qui en sont capables et sont plus instruits que les « charbonniers » est ruineuse aussi pour la communauté chrétienne dans son ensemble.
Nos chrétiens pacifistes, écœurés, disent-ils, par les zizanies, s’inquiètent avec raison de l’absence de prêtres et donc de messes aussi, en des zones de plus en plus étendues. N’en voient-ils pas la cause ? Une religion indifférente au contenu de la Foi ne peut susciter de séminaristes ni de prêtres. S’il ne s’agit que d’avoir le cœur sur la main et de s’accommoder de n’importe quoi ou de n’importe qui, des prostituées font beaucoup mieux l’affaire.
Elle est vraiment étrange cette lecture de l’Evangile qui consiste à n’y rencontrer que l’amour alors qu’un plus grand nombre de versets nous y enseignant la Foi et que, nulle part on n’y prône une charité sans foi !
Notre époque ne diffère pas tellement de celle de St Paul ; il polémiquait vigoureusement (Actes I8, 28), il combattait les loups rapaces qui n’épargnant pas le troupeau, les hommes qui dans l’Eglise même égarent les disciples par leurs discours pervertis (Actes 20 ‚30). Ses deux épitres à Timothée sont presque entièrement des écrits de combat contre les faux docteurs.
Ah ! « la paix, la paix avant tout », c’est facile à dire, mais Notre-Seigneur ne nous a pas promis cette paix-là ici-bas. « L’Esprit-Saint vous enseignera et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Je vous donne la paix mais pas celle que donne le monde » (Jean 14,26,27).
Source : Bulletin paroissial de Domqueur, n°118 (octobre 1981). Image : Godong.







