LAB de l’ADEC n° 31 – Collaborateurs de Dieu

Si la col­la­bo­ra­tion des parents avec la puis­sance créa­trice de Dieu dans le don de la vie à un futur élu du ciel est l’un des plus admi­rables des­seins de la Providence qui vou­lait hono­rer l’hu­ma­ni­té, leur col­la­bo­ra­tion dans la for­ma­tion d’un chré­tien n’est-​elle pas plus admi­rable encore ?

Pie XII, Allocution aux jeunes époux, 14 avril 1943

Chers amis et bienfaiteurs

C’est avec ces mots que Pie XII exhor­tait de jeunes époux à envi­sa­ger avec sérieux et enthou­siasme la fin pre­mière de leur mariage, qui consiste bien d’a­bord à don­ner la vie et à édu­quer les enfants que Dieu leur a don­nés. Dans l’un et l’autre aspect de cette fin pre­mière se pré­sente l’ac­ti­vi­té conjointe des deux parents, défi­nie comme une « collaboration ».

Pour don­ner la vie, les parents, unis dans un don réci­proque d’a­mour, col­la­borent avec Dieu qui crée l’âme de l’en­fant dont la par­tie cor­po­relle relève de l’acte de la géné­ra­tion. Et pour édu­quer cette vie, il s’a­git encore d’une col­la­bo­ra­tion des parents à la grâce de Dieu pour for­mer l’en­fant, l’é­du­quer dans toutes ses dimen­sions et faire de lui, bien­tôt avec la col­la­bo­ra­tion de l’en­fant lui-​même, un élu du ciel. Pie XI n’écrivait-​il pas, dans son ency­clique sur l’é­du­ca­tion chré­tienne « La fin propre et immé­diate de l’é­du­ca­tion chré­tienne est de coopé­rer à l’ac­tion de la grâce divine dans la for­ma­tion du véri­table et par­fait chré­tien, c’est-​à-​dire à la for­ma­tion du Christ lui-​même dans les hommes régé­né­rés par le bap­tême. »[1] ?

Parce qu’elle com­porte une fin sur­na­tu­relle, l’é­du­ca­tion relève donc de l’Eglise qui, seule, pos­sède les moyens sur­na­tu­rels néces­saires à l’ob­ten­tion de cette fin. La famille a donc besoin de l’Eglise, sans pour autant renon­cer à la part qui lui revient, dans l’ap­pli­ca­tion des prin­cipes de vie chré­tienne vécus au foyer. S’il revient, de droit natu­rel, aux parents d’é­du­quer ceux qu’ils ont engen­drés, ils ne pos­sèdent cepen­dant pas tous les moyens néces­saires à la pleine réa­li­sa­tion de leur mis­sion qui est, ulti­me­ment, d’ordre surnaturel.

Coopérer à l’ac­tion divine de la grâce pour for­mer le Christ dans l’âme des enfants, telle est l’œuvre à laquelle sont conviés par la Providence divine les parents, puis, dans leur pro­lon­ge­ment, les édu­ca­teurs chré­tiens qui œuvrent dans les écoles. Là encore, entre les deux ins­tances édu­ca­tives, il ne sau­rait être ques­tion d’autre chose qu’une col­la­bo­ra­tion har­mo­nieuse, au risque de com­pro­mettre le bien de l’en­fant. L’Eglise, qui a reçu du Christ lui-​même le pou­voir et la charge d’en­sei­gner pour édu­quer et de sanc­ti­fier, doit non seule­ment trans­mettre les véri­tés divines, mais aus­si tout ce qui contri­bue à l’é­lé­va­tion de l’en­fant dans son savoir et sa culture, son carac­tère, sa sen­si­bi­li­té. Elle doit pou­voir trou­ver dans l’ac­tion des parents la sol­li­ci­tude géné­reuse qui cherche à rendre effi­cace son action bien­fai­sante et com­plète. Pie XII se sert de l’i­mage du jar­di­nier pour résu­mer les deux axes de l’éducation :

« Le jar­di­nier a une double tâche : mettre la plante en état de tirer pro­fit des condi­tions exté­rieures et de ne pas en souf­frir ; tra­vailler la terre et la plante elle-​même pour le bien de sa crois­sance, de ses fleurs et de ses fruits. [2]»

Ainsi, le milieu dans lequel l’en­fant est édu­qué doit être favo­rable à la crois­sance de sa vie phy­sique, intel­lec­tuelle et morale. Or, ce milieu, c’est d’a­bord la famille elle-​même, puis ses exten­sions, le cercle fami­lial plus large, les amis, les fré­quen­ta­tions, les acti­vi­tés de loi­sirs pra­ti­quées. C’est ensuite l’é­cole avec laquelle l’œuvre d’ins­truc­tion et d’é­du­ca­tion prend toute sa hau­teur, par l’ins­truc­tion phi­lo­so­phique et reli­gieuse, par la récep­tion des sacre­ments, éle­vant l’en­fant à l’âge où il doit prendre une part active à la « culture » de toute sa per­son­na­li­té, où il est confron­té à la dimen­sion sociale plus large qu’im­pliquent les pre­miers pas d’une vie pro­lon­gée hors du cadre sim­ple­ment familial.

Dans tous ces milieux de vie, il faut veiller à ce que « la plante » ne souffre pas des condi­tions exté­rieures mais qu’elle en tire pro­fit. Il revient donc aux adultes de pro­té­ger l’en­fant contre tout ce qui pour­rait le cor­rompre et nuire à son édu­ca­tion, non pas dans une sup­pres­sion illu­soire de toute dif­fi­cul­té ou de tout dan­ger, mais dans une pré­ser­va­tion pru­dente qui sau­ra, face aux dan­gers, faire preuve de dis­cer­ne­ment, de conseil et de force. Il ne faut pas mettre l’en­fant en dan­ger mais lui apprendre à sur­mon­ter les dan­gers qu’il ne peut évi­ter, en plus de lui faire aimer la véri­té, la ver­tu et le sens du bien commun.

Il serait dra­ma­tique que des parents, conscients du dan­ger pour la foi ou pour la vie morale qu’en­court leur enfant, ne cherchent pas à l’en pro­té­ger, sous pré­texte qu’il pour­rait ain­si se « confron­ter au réel ». Face au dan­ger de l’er­reur, qui touche la connais­sance et donc l’in­tel­li­gence, la véri­té affir­mée et connue pour­ra ren­for­cer celui qui y a été confron­té, à condi­tion d’a­voir accès à des sources fiables de véri­té. Mais face au vice et au scan­dale, la sen­si­bi­li­té et la volon­té de l’en­fant seront tou­jours bles­sées, fra­gi­li­sées et ten­tées, sou­vent mar­quées à vie. On ne traite pas de la même manière une source d’er­reur et une source de vice. On évite au mieux la pre­mière, on s’in­ter­dit la seconde.

Enfin, Pie XII, par­lait de « tra­vailler la terre et la plante elle-​même pour le bien de sa crois­sance, de ses fleurs et de ses fruits ». C’est là tout le tra­vail de l’ac­qui­si­tion des ver­tus et de l’ex­tir­pa­tion des vices, qui doit s’o­pé­rer avec le concours de l’en­fant et l’in­dis­pen­sable recours aux moyens de la grâce que sont les sacre­ments, la prière, la vie en Dieu, la vie du Christ dans l’âme de l’enfant.

Si parents ou édu­ca­teurs oublient ces grandes véri­tés, alors ils com­pro­mettent l’œuvre même de l’é­du­ca­tion des enfants dont ils ont la charge. La négli­gence à pré­ser­ver les enfants des sources mas­sives de cor­rup­tion (l’u­sage libre d’in­ter­net en est l’exemple typique aujourd’­hui) ou à les « arro­ser » des bien­faits de la grâce (doc­trine, messe, sacre­ments) est un man­que­ment grave sur les­quels tous seront jugés au terme de leur mis­sion sur terre. A l’in­verse, ceux qui auront cher­ché à rap­pro­cher de Jésus-​Christ les enfants rece­vront la récom­pense pro­mise aux ouvriers de la Vigne et à ceux de la Moisson.

Abbé Philippe Bourrat, Directeur de l’en­sei­gne­ment du District de France de la FSSPX

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Notes de bas de page

  1. Pie XI, Divini illius Magistri, 1929[]
  2. Pie XII, ibi­dem[]

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